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- « Quodam est le bras armé de la transformation de notre ville »
Maire (UDI) de Villeneuve-la-Garenne et vice-président de la Métropole du Grand Paris chargé de l'urbanisme, Pascal Pelain préside également Quodam. Née au début des années 1960, la société d'économie mixte est devenue un opérateur complet : immobilier, copromotion, gestion locative, énergie. Propos recueillis par Vianney Delourme d'Enlarge your Paris. Pascal Pelain. Quel est l'ADN de Quodam ? C'est la SEM historique de la ville, créée dans les années 1960 pour loger les Villenogarennois : près de 1 000 logements à l'époque. Aujourd'hui, Villeneuve se transforme entièrement, et la Ville ne peut pas avancer seule. Notre SEM, composée d'experts, nous accompagne sur de nombreux projets de transformation de la ville et construit du logement, soit directement pour son propre compte, soit en copromotion. C'est essentiel pour nous assurer de la qualité des opérations, ainsi rien ne nous échappe. C'est une SEM au service d'un projet politique : construire la ville sur la ville. J'ai livré près de 1 000 logements lors du mandat précédent, j'en livrerai 1 500 sur celui-ci. Quelle est son actualité ? Villeneuve est une ville récente, sans véritable centre-ville : c'est en partie ce que nous souhaitons recomposer dans le cadre de l'ANRU 2. Quodam y porte une première opération avec près de 480 logements en copromotion et a organisé les consultations pour choisir promoteurs et architectes. Autre particularité : lorsque nous identifions des dents creuses qui n'intéresseraient pas un promoteur classique, la SEM réalise elle-même de petites opérations, toujours avec le souci d'une architecture élégante : ce sont aussi ces projets à taille humaine qui transforment l'image de notre ville. C'est une sorte d'acupuncture urbaine, en ciblant des points névralgiques. Le logement n'est donc pas sa seule activité ? Non. Sa filiale VSG intervient en tant que syndic de copropriété, notamment dans le cadre du plan de sauvegarde de la dalle Malraux, ensemble immobilier complexe situé face à la mairie, et assure également la gestion locative de son patrimoine. Par l'intermédiaire de VEN, elle pilote aussi le projet de la géothermie. Un réseau de chauffage urbain au gaz dessert actuellement 15 % de la ville ; totalement rénové, il opérera sa décarbonation avec la géothermie. Surtout, nous l'étendons pour raccorder 80 % de la ville : tous les bailleurs sociaux et de nombreuses copropriétés ont validé le principe. La SEM coordonne ce vaste chantier d'une durée de cinq à six ans. Quelle vision portez-vous pour le Grand Paris ? J'ai la chance d'être maire d'une ville située à quatre kilomètres de Paris et d'y disposer de foncier. J'en tire un devoir moral : construire. Nous sommes en pleine crise du logement et il n'y a pas d'autre solution. Villeneuve est un laboratoire : du logement social (50 % du parc), de l'intermédiaire, de l'accession, pour rouvrir des parcours résidentiels aujourd'hui bloqués. Je suis un maire bâtisseur, et les maires bâtisseurs sont réélus, j'en suis la preuve : on ne l'aurait pas dit il y a encore quinze ans. Je porte ce message au sein de mon intercommunalité, à la Métropole et à la Région : là où il y a du foncier, il faut construire, et construire du logement social. Notre ville passera de 25 000 à 35 000 habitants en dix ans.
- « Quand on fait une promesse, on la tient »
GSE fête ses cinquante ans. Née à L'Isle-sur-la-Sorgue, aux portes du Luberon, l'entreprise a inventé le métier de contractant général : concevoir et construire un bâtiment pour un prix garanti dès le départ. Présent en France et en Europe du Sud, le Groupe réalise près d'un milliard d'euros de chiffre d'affaires avec 750 collaborateurs. Son président, Roland Paul, également président du Medef Vaucluse, en détaille l'ADN, les savoir-faire et les valeurs. Roland Paul, président de GSE. Quelle est l'identité de GSE ? Tout est né à L'Isle-sur-la-Sorgue, autour de deux architectes à qui un client a demandé d'assumer à la fois la conception et le prix. Ils ont inventé le contractant général : un guichet unique, où le client passe très tôt une commande qui englobe les démarches administratives, le permis et la construction, pour un prix fixé dès le départ. Nous sommes à la fois maître d'œuvre et entreprise générale : faire travailler l'ingénieur et l'architecte main dans la main offre un meilleur service. C'est tout notre ADN : prendre, très en amont, l'entière responsabilité d'un projet. Sur quels marchés intervenez-vous ? La logistique couvre un peu plus de la moitié de notre activité, mais nous construisons aussi des usines – une vingtaine ces deux dernières années, de moins de dix à cent cinquante millions d'euros. La rénovation, qui pesait 20 % il y a peu, devrait dépasser la moitié d'ici cinq ans, portée par l'artificialisation des sols et la difficulté à obtenir des permis. Nous avons lancé une activité de data centers il y a trois ans, dont le plus important, à Marseille, pour un leader du secteur. Nous comptons 750 collaborateurs, dont trois quarts d'ingénieurs. Qu'est-ce qui distingue votre manière de travailler ? Depuis quelques années, nous avons opéré une bascule vers l'orientation client, en mesurant la satisfaction tout au long de la relation, jusqu'à la levée des réserves – le moment de vérité. C'est aujourd'hui notre indicateur le plus important, devant le chiffre d'affaires, et la grande majorité de nos clients s'en déclarent satisfaits. Notre valeur ajoutée tient à un engagement rare : un prix garanti très tôt dans le processus, qui sécurise nos clients, en particulier les investisseurs. Quelles valeurs le Groupe porte-t-il ? J'interroge nos salariés tous les dix-huit mois ; la première valeur qu'ils citent est l'engagement : quand nous faisons une promesse, nous la tenons. Un client le résumait ainsi : « Si GSE dit oui, c'est qu'ils le font. » Viennent ensuite la transparence, le collectif – un data center mobilise une soixantaine des nôtres – et l'agilité, entretenue par la formation. Devenus entreprise à mission et certifiés EcoVadis Platinum, nous avons une raison d'être en trois points : construire au service des territoires, en préservant l'environnement et en prenant soin de l'humain. On ne pose plus un projet sans travailler avec son territoire.
- « Sans engagement des territoires, pas d'achat possible »
Île-de-France Nature fête ses cinquante ans cette année. Sophie Deschiens, directrice de l'agence, revient sur l'héritage de la ceinture verte, la renaturation des villes et les enjeux des cinquante prochaines années. Sophie Deschiens. Île-de-France Nature fête ses cinquante ans cette année. Quel est l'héritage le plus structurant de ce demi-siècle ? La ceinture verte, sans hésiter. Trois cent cinquante kilomètres, sept départements traversés, entre dix et trente kilomètres du centre de Paris. Le législateur avait confié à l'agence sa préservation et son extension : lutter contre le mitage, consolider les trames vertes et bleues, se porter acquéreur dès qu'un site était menacé. Le Sdrif-e, adopté l'an dernier, consacre cet acquis : sur ses cartes, tout s'articule autour de cette ceinture, matrice naturelle de l'aménagement régional. Vous insistez sur la méthode autant que sur la mission. Le bois du Piple l'illustre. Cent dix hectares à Sucy-en-Brie et Boissy-Saint-Léger, la dernière grande forêt privée du Val-de-Marne, restée fermée des décennies. Quand une cession pour une promotion immobilière a été envisagée, les communes ont dit non et sont venues chercher le bras armé de la Région. Condition posée à l'acquisition : une délibération chiffrée des deux communes, confirmant leur participation durable à l'entretien. L'agence a acquis ce bois et l'aménage – 500 000 euros d'études, près de 2 millions d'euros de travaux –, les communes se sont engagées sur le fonctionnement. Sans engagement des territoires, pas d'achat possible : cette coresponsabilité garantit la pérennité et a permis d'ouvrir le bois du Piple au public dès cette année. Vos missions se sont élargies à la renaturation des villes. Une commande de la présidente de la Région, fin 2022 : accompagner les maires pour « casser la dalle ». Cent quarante dossiers accompagnés depuis. Nous apportons d'abord l'ingénierie de projet, qui manque à beaucoup de communes, puis nous réunissons un comité des financeurs – Région, Île-de-France Nature, Métropole du Grand Paris, Agence de l'eau, Départements – pour financer jusqu'à 70 % du projet. Car avant de planter le premier arbre, la démolition et la dépollution coûtent très cher, sans aucune subvention classique. Le square Schuman, à Montrouge, inauguré en juin dernier, en est l'exemple. Quel est l'enjeu des cinquante prochaines années ? Il faut accélérer. L'accès à la nature est désormais au cœur des politiques publiques : entre 2020 et 2026, le regard des élus a radicalement changé. Avec une exigence d'équité territoriale : la forêt de Bondy est ouverte et très fréquentée côté Coubron, mais côté Clichy-sous-Bois, elle reste moins accessible, alors que les habitants sont juste là. Ne laisser personne de côté, c'est tout l'enjeu de notre rapport aux territoires. S'ajoute un enjeu de pédagogie, envers les territoires comme les habitants : notre patrimoine se conquiert parcelle par parcelle – nous passons parfois une délibération pour moins de dix mètres carrés. Les mandats électoraux sont trop courts pour aboutir sur ce genre d'opération : c'est ce qui justifie une telle institution inscrite dans le temps long.
- « La diversification, c'est notre état d'esprit »
Filiale immobilière d'un groupe de BTP plus que centenaire, Demathieu Bard Immobilier s'est imposé depuis 2012 comme un promoteur de taille intermédiaire au positionnement multi-produits. Avec dix-sept implantations régionales, une antenne au Luxembourg et la structure Beauregard, il revendique 2 600 lots en commercialisation. Deux ans après la passation entre Philippe Jung et Raphaël Emin, son directeur général adjoint Jean-François Léopold détaille une stratégie d'agilité et d'innovation, à l'heure où le Grand Paris Express redessine la carte francilienne. Jean-François Léopold. Comment définiriez-vous l'identité de Demathieu Bard Immobilier ? Le pôle s'est construit à partir de 2012 autour de l'équipe réunie par Philippe Jung, avant de croître en interne – à Lyon, Bordeaux, Marseille – et par acquisitions : AETHICA en Bretagne, Centre et Pays de la Loire, Cap Horn en Normandie, Beauregard dans le renouvellement urbain patrimonial. Plus récemment, nous avons repris l'implantation niçoise d'Art Promotion. Notre marque de fabrique reste cette appétence pour les opérations multi-produits, techniquement et juridiquement complexes. Structure de taille intermédiaire, nous intervenons sur le logement familial de toute nature et sur l'hébergement géré comme sur le tertiaire, avec une vraie expertise dans la restructuration lourde de bureaux parisiens. Quels projets franciliens illustrent cette diversité ? Début 2025, nous avons livré la phase héritage du Village des médias à Dugny et engageons, en copromotion avec Sogeprom, la deuxième tranche avec 600 logements qui rencontre déjà un véritable succès commercial. Nous conduisons aussi une opération mixte de 60 000 m² dans la ZAC du quartier de l'École polytechnique, à Palaiseau, et, à Cachan, l'îlot Sud de l'écoquartier, au droit de la gare Arcueil-Cachan de la ligne 15 avec 124 logements en accession, mais aussi du LLI, du locatif social et du PSLA, en chantier, conçus avec les agences MGAU et JBMN. Notre approche est volontairement multi-marchés, de Clichy-sous-Bois au 20e arrondissement de Paris ou à Issy-les-Moulineaux. Sur quels leviers d'innovation vous appuyez-vous ? Nous explorons des montages alternatifs autant que des innovations techniques. Avec Picto+, fonds value-added créé avec Picture AM, nous redonnons une seconde vie à des actifs cédés sans condition : l'ancien siège d'un parti politique, rue du Rocher, dans le 8e, ou l'immeuble de 2 300 m² du 19 rue Alphonse-de-Neuville, dans le 17e, que nous venons de livrer (architecte DTACC). Nous développons aussi Évoluvie, qui permet de vendre des logements divisibles ou regroupables, et participons au dispositif Néoproprio aux côtés de Xavier Lépine. Cette inventivité dans les montages est un atout déterminant. Nous bénéficions aussi de la force d'innovation technique d'un groupe de BTP. Qu'attendez-vous du Grand Paris Express ? Nous avons la conviction qu'il transformera les modes de déplacement, donc les choix résidentiels. En réduisant les temps de transport, il facilitera le recrutement des entreprises et ouvrira de nouveaux territoires aux acquéreurs. À Clichy-sous-Bois, des acheteurs nous confient avoir découvert la commune grâce à l'arrivée du métro. Il faut saluer le travail considérable de la Société des grands projets autour des pôles gares ; avec un regret : que la densification y demeure, ici ou là, un sujet encore difficile.
- « Le Grand Paris Express est une révolution décarbonée et prométhéenne »
À l'approche des premières mises en service des lignes du Grand Paris Express, le préfet de la région Île-de-France et préfet de Paris Georges-François Leclerc revient sur le calendrier de la réalisation du réseau, sa portée pour les Franciliens et l'aménagement des quartiers de gare. Attaché à une posture de discrétion, il livre aussi sa lecture de la réforme de l'organisation territoriale et de l'avenir du quartier de La Défense. Propos recueillis par Jacques Paquier Georges-François Leclerc. Justement, comment concevez-vous, sur ces quartiers de gare, le rôle de l'État, dans un contexte marqué par le Covid et la crise du tertiaire ? D'abord, un mot sur le rôle du préfet. Je suis par construction quelqu'un de très discret. Je parle peu, car ce n'est pas forcément à moi de le faire : j'informe et je suis au service de mes concitoyens. Je ne suis pas le seul représentant de l'État dans la région : les préfets de département jouent un rôle essentiel dans le lien avec les élus. C'est mon huitième poste de préfet et je sais que le secret du métier tient à la discrétion et au dialogue avec les élus. Je suis là pour garantir les intérêts nationaux, mais aussi pour aider et pour dialoguer. On ne peut bâtir une gare contre un maire : c'est d'abord lui qui est responsable de l'urbanisme. L'État peut aider – nous avons des subventions – et veiller à ce que son projet aboutisse. Je me contente de garantir trois composantes autour d'un quartier de gare. Du logement familial, avec une part de logement social, disons 25 à 30 % : sans lui, comment loger les infirmières et les infirmiers, les fonctionnaires, les professeurs des écoles ? Des entreprises ou des commerces. Et des liaisons secondaires douces. Le reste – le parti pris urbain et architectural – relève du maire, et je m'attache à le respecter. C'est une conviction qui m'habite : à quelle condition la France restera-t-elle une grande puissance ? Les facteurs sont nombreux : son rôle sur la scène internationale, au sein de l'Europe, sa cohésion. Mais j'ai une certitude : le Grand Paris Express est un élément de grande puissance, Paris-Saclay en est un autre et le logement social est enfin, pour moi, consubstantiel de la France des Trente Glorieuses, et donc de la prospérité collective. Sur Saclay, je rappelle la phrase du président de la République, Emmanuel Macron, en 2017 : « Il y a ici quelque chose d'unique. » Avec la présidente de Région, qui a relancé la réflexion collective récemment, nous allons faire se réaliser cette idée. Les élus de l'Essonne et des Yvelines le veulent aussi. Nous allons tous agir dans un esprit de rassemblement autour d'un projet d'élévation collective. Regardez Versailles-Chantiers, et je choisis à dessein un exemple hors de la Seine-Saint-Denis, département dont j'ai été préfet : il y a vingt ans, la gare n'était pas facile à fréquenter ; on y voit aujourd'hui des logements, des entreprises et des liaisons douces. Ces trois composantes, dans le respect du projet urbain et architectural du maire, voilà ce que je dois garantir. Les lignes du Grand Paris Express doivent être progressivement mises en service. Quel regard portez-vous sur ce grand projet ? C'est l'un des plus grands chantiers d'Europe, d'une grande complexité : sur un tel ouvrage, nous devons admettre que peuvent surgir des éléments difficilement prévisibles, qui expliquent des délais. Mais ces délais sont maîtrisés et connus, et aujourd'hui nous y sommes : le Grand Paris Express sera livré, progressivement. Le travail réalisé sur la ligne 14, au nord comme au sud, est là : la liaison vers Orly est efficace et les gares sont belles. Dans les mois qui viennent – cela se compte désormais en mois –, nous aurons la livraison de la première partie de la ligne 18, à l'automne 2026. Puis la ligne 15 Sud, à l'automne 2027 : elle est vraiment clé, car elle amorce la première rocade. Viendront ensuite les lignes 16, 17 et 18. Avec Valérie Pécresse, la présidente de la Région, je suis très attaché au respect des calendriers, mais nous sommes confiants. Et le prolongement de la ligne 18 vers le nord ? Sa réalisation n'est pas définitivement arbitrée : il n'y a ni tracé, ni plan de financement. La seule chose actée – et c'est un pas en avant important –, c'est que la Société des grands projets l'étudie. Les études seront rendues en septembre et j'organiserai alors une réunion pour les présenter. Il faudra ensuite que les élus et l'État discutent pour caler le financement, puis enclencher les choses. Ce que permet cette étape, c'est de mettre rapidement les grandes collectivités et les services de l'État en situation de se prononcer. Je suis optimiste, car mes discussions avec Valérie Pécresse sont claires, tout comme avec Pierre Bédier et Georges Siffredi. Au-delà du calendrier, quelle est la signification profonde de ce réseau ? C'est l'élément majeur pour la région parisienne dans les années qui viennent et je voudrais que, comme l'ensemble des décideurs, la population en prenne la mesure. Depuis trente ans, nous n'avions pas ouvert une ligne de métro : nous avons prolongé, sculpté la carte. Là, c'est une intuition née en 2010, consciencieusement entretenue et financée par les élus et par les gouvernements successifs. Sa signification est double. D'abord, nous ne sommes plus obligés, je caricature, de passer par Paris, par le fer ou par la route, pour aller d'un point à un autre de la région. Ensuite, qui dit lignes dit gares, et ces gares deviendront de nouveaux lieux emblématiques pour les communes qui les accueillent et les habitants qui les fréquenteront. Prenez un jeune homme ou une jeune femme de Clichy-sous-Bois, du lycée Alfred-Nobel, qui décroche le baccalauréat. Aujourd'hui, pour rejoindre l'université, il lui faut un bus à trois chiffres, un tram, puis le RER via Châtelet, avant de gagner Paris-VIII, Nanterre, la Sorbonne ou les grandes écoles de l'ouest. Avec la ligne 16, il ou elle ira beaucoup plus vite vers ces lieux de savoir. Que vous habitiez à pont de Sèvres, dans le nord de Paris, à Saint-Ouen près de Pleyel ou à Saint-Maur-des-Fossés, pour une consultation médicale spécialisée, un rendez-vous à La Défense, un avion à prendre à Orly ou à Roissy, ou un déplacement privé, vous disposerez d'une solution plus rapide et efficace. Prenez enfin un décideur étranger qui atterrit à Roissy avec deux rendez-vous, l'un à La Défense, l'autre sur le plateau de Saclay, dans une entreprise du quantique ; demain, il les enchaînera grâce à ce super métro. On a calculé que le Grand Paris Express place presque tous les Franciliens à environ deux kilomètres d'une gare – 68 gares au total – et permet de desservir 480 établissements de santé, sans compter les universités. C'est une révolution, décarbonée et prométhéenne : se soigner, prendre le train, travailler dans de nouvelles conditions, rapidement. C'est une véritable révolution qui attend la région parisienne : un instrument de développement, d'attractivité et de réduction des inégalités. Votre prédécesseur a remis au premier ministre Sébastien Lecornu un rapport examinant l'hypothèse d'un niveau d'administration de trop. Qu'en attendez-vous ? Permettez-moi d'user de mon joker. Le rapport a été remis récemment et la moindre des corrections est de laisser le Premier ministre dire lui-même, par les voies qu'il choisira, ce qu'il souhaite faire. Ce que je sais, c'est que toute réforme passera par la loi – et le calendrier législatif suppose un niveau élevé de consensus. Une chose doit rester en tête, me semble-t-il : l'exercice des compétences au service de nos concitoyens. Je vous répondrai de façon un peu jésuite : je raisonne moins en nombre de niveaux qu'en périmètre. On pense souvent en vertical, par empilement de collectivités ; moi, je pars de l'objectif territorial. La région compte des zones par lesquelles la prospérité se crée : Paris, l'un des phares du monde, nos deux aéroports, La Défense, Saclay, Rungis, parmi tant d'autres. Mon souhait, c'est que les institutions se concentrent sur ces zones de prospérité tout en se consacrant à la réduction des inégalités. Car derrière une région que l'on croit prospère – quand on voit La Défense, Roissy ou que l'on se promène dans Paris –, il y a aussi de la pauvreté. Je connais et aime cette région : j'y suis né et, Bourguignon affirmé, je n'en reste pas moins quelqu'un qui a fait ses études, s'est marié et réside en Île-de-France. Dans tous les départements franciliens, l'État et les élus doivent, ensemble, réduire les inégalités territoriales et asseoir la prospérité sur une base sociale et urbaine solide. Aussi veillerai-je toujours à ce que toute réforme, toute idée nous conduise à réduire les inégalités et à conforter les zones de prospérité de la région. Pour cela, il faut raisonner périmètre. Sur La Défense, le rapport Bédier n'a pas donné lieu à des annonces. Beaucoup attendent que l'État joue son rôle de chef de file. Peut-être pas de chef de file, mais de créateur de consensus, et j'y travaille avec les élus et le préfet des Hauts-de-Seine. J'ai rendu un second rapport au Premier ministre à la fin du mois de juillet pour lui livrer mon analyse. Quand on a la chance de disposer d'un quartier d'affaires aussi extraordinaire, sur le plan architectural comme sur celui de la création de valeur, il faut le garantir. C'est à cet équilibre, entre les collectivités et l'État, que je m'emploie. Le siège de la préfecture de Région, dans le 15e arrondissement de Paris.
- L'art de l'eau
De Buenos Aires à l'Île-de-France, le directeur général de SUEZ Eau France Marc Bonnieux a construit sa carrière au rythme des réseaux : sept déménagements, une thèse sur l'assainissement en Argentine, une passion avouée pour les Semop et une admiration pour les maires bâtisseurs. Portrait d'un ingénieur qui aimait l'architecture. Par Jacques Paquier Marc Bonnieux. Qu'il parle de ses années de coopération à Buenos Aires, dont il loue la qualité de vie, le sens de la fête et de l'accueil de ses habitants, ou qu'il évoque son profond respect pour les maires visionnaires, qu'il a côtoyés tout au long d'une carrière d'opérateur de grands services urbains, Marc Bonnieux affiche la même bonhommie. Ce Rennais équanime, qui n'aime rien tant que les week-ends en famille ou les séjours au Festival d'Avignon, n'a pas dédié sa carrière à l'eau tout à fait par hasard. S'il confie avoir caressé l'idée de devenir architecte, il se sent « plus ingénieur qu'artiste ». Et les longues discussions avec son père, économiste de l'environnement, spécialiste des grandes pollutions, l'ont sensibilisé dès le plus jeune âge aux enjeux environnementaux et, singulièrement, à ceux de l'eau. Il a démarré au sein du géant industriel français, dès la fin de sa coopération en Argentine, où le jeune homme prépare alors, pour l'université de Montpellier, un doctorat en génie des procédés consacré au traitement des eaux résiduaires par lit bactérien. Il décrit, en orfèvre de ces questions, une capitale argentine de 10 millions d'habitants, qui n'a alors aucune station d'épuration ; tout part au Rio de la Plata, dont les 60 kilomètres de large offrent « un pouvoir de dilution bien supérieur à celui de la Seine ». Il y découvre aussi une leçon d'économie appliquée : facturés au forfait, sans compteur, les Argentins consomment 600 litres d'eau par jour contre 150 pour un Français. De retour en métropole, il remonte poste après poste la carte de France de l'eau chez Lyonnaise des eaux depuis l'Hérault, le Vaucluse puis la Côte d'Or. À Dijon, en tant que dirigeant durant près de dix ans, il signe ses fiertés : les premières Semop, un nouveau modèle de contrat qui renouvelle et renforce le partenariat entre la collectivité et son opérateur. Il prend il y a trois ans la direction de l'Île-de-France : 1 300 salariés, une machine qui « doit tourner 365 jours par an, 24 heures sur 24 ». Sa vraie bataille : « Aligner les ressources financières des services de l'eau avec les besoins croissants en investissement. » Car si la région traverse les canicules sans pénurie aujourd'hui, c'est grâce à des ouvrages hérités, de l'adduction de Paris sous Napoléon III aux grands lacs de Seine et aux grands réseaux interconnectés. « Ce qui importe, c'est de projeter nos actions sur un temps long », constate-t-il. Sept déménagements ont fait de sa famille une tribu mobile, ancrée entre Saint-Malo et la Provence. Quand la mauvaise conscience le prend, il court. Sinon, il nage : même au repos, l'homme retourne à son élément.
- « Un projet immobilier ne s'impose pas à un territoire, il se construit avec lui »
Promoteur régional francilien, Yuman Immobilier fonde son développement sur un ancrage territorial revendiqué, du logement étudiant aux petits parcs d'activités. Son président, Christophe Afonso, détaille un modèle de proximité où chaque opération se veut d'abord utile à la commune qui l'accueille. Christophe Afonso, président de Yuman Immobilier. Quelle est la vocation de Yuman Immobilier et qu'est-ce qui vous distingue sur le marché ? Nous sommes un promoteur immobilier régional francilien, ancré dans les territoires où nous intervenons. Notre vocation ne se résume pas à construire des mètres carrés : elle consiste à comprendre un territoire, ses besoins et ses habitants, pour y proposer une réponse utile et durable. Tout part de la proximité : avec les villes, les entreprises locales comme avec les usagers. Nous ne lançons pas une opération parce qu'un foncier est disponible ou qu'un bilan fonctionne, mais lorsqu'elle présente une utilité réelle. Notre approche repose sur la co-construction : comprendre l'histoire d'une ville, son tissu urbain et ses besoins réels, pour concevoir un projet accepté. Un projet immobilier ne s'impose pas à un territoire, il se construit avec lui ; il doit améliorer un quartier, structurer une entrée de ville. Ce même état d'esprit irrigue notre engagement sociétal, via le fonds de dotation Yuman, qui accompagne des jeunes méritants. Chez nous, la méritocratie n'est pas un slogan : les personnes engagées évoluent vite vers des responsabilités. Sur quels types de projets concentrez-vous votre développement ? Notre développement repose sur deux jambes. La première, c'est le logement. Face à une crise profonde du logement, nous proposons une offre accessible et qualitative : logement social, intermédiaire, en accession, étudiant ou résidences jeunes actifs. Nous cherchons à créer un parcours résidentiel, du studio abordable au logement familial doté de surfaces extérieures et de belles hauteurs sous plafond. Le logement n'est pas un simple produit, c'est un cadre de vie. La seconde jambe, ce sont les petits parcs d'activités, de 2 000 à 10 000 m², destinés aux TPE, aux artisans et aux porteurs de projets. Là aussi, un jeune entrepreneur démarre avec une cellule modeste, puis grandit. Dans les deux cas, les mêmes valeurs nous guident : utilité territoriale, accessibilité, qualité et accompagnement dans le temps. Quelles réalisations ont marqué votre année 2025 ? Nous sommes fiers d'avoir livré l'opération Promess, à Romainville : un projet complexe, à tiroirs, associant la réhabilitation d'une ancienne cité-jardin et la construction de logements neufs sur le même site. Le défi était technique, humain et social : accompagner des habitants installés de longue date et leur permettre de retrouver un logement neuf sans perdre le lien avec leur quartier. C'est notre vision : la complexité au service d'une finalité humaine forte. Nous avons aussi réalisé un parc d'activités à Bagnolet, qui recrée une offre accessible pour des artisans en peine de trouver des locaux abordables en première couronne. Le Grand Paris ne peut pas être seulement résidentiel : il doit rester un territoire d'emploi et de production. Quels sont vos chantiers et projets phares pour 2026 ? Nous livrons une résidence étudiante réalisée avec la MGL, à proximité immédiate d'une gare RER : dans un marché tendu, proposer une offre neuve et abordable relève de l'utilité publique. Nous poursuivons plusieurs opérations de logement social avec Action Logement, dans le Val-de-Marne et en Seine-et-Marne, et développons en Essonne une résidence jeunes actifs avec CDC Habitat et sa filiale Adoma. Quand un studio neuf, proche d'un RER, revient à moins de 250 euros par mois après aides, nous sommes pleinement dans notre mission. Nous avons par ailleurs remporté un concours en Seine-Saint-Denis, en hyper centre-ville : un immeuble associant restaurant en pied d'immeuble, tiers-lieu, centre de santé, logement social et en accession. Mixer les usages et requalifier un centre-ville, voilà notre ambition. Nous travaillons enfin, en Essonne, sur une opération proche d'un centre hospitalier, mêlant stationnement et logements pour le personnel. En Seine-Saint-Denis, un programme immobilier, avec tiers-lieu à destination des familles, un restaurant, un centre municipal médical de santé et des logements en accession et sociaux, pour répondre à l’exigence de la collectivité. Comment voyez-vous l'avenir de l'immobilier et le rôle de Yuman dans le Grand Paris ? Cet avenir est passionnant, car les besoins sont immenses, mais incertain, car notre secteur requiert de la stabilité. Une opération a souvent une genèse de trois à cinq ans entre l'identification du foncier et le chantier : difficile, dès lors, de composer avec des règles fiscales et réglementaires qui changent trop souvent. Or la filière représente près de 10 % du PIB et emploie environ 2,5 millions de personnes. Quand on bloque la production de logements, on bloque des parcours de vie. Le Grand Paris est l'un des plus grands projets de transformation urbaine d'Europe. Avec le Grand Paris Express, des communes périphériques deviennent des centralités. Mais cette transformation doit être maîtrisée et devenir un accélérateur d'opportunités, pas un facteur d'exclusion. Notre rôle est d'en être un acteur de terrain, commune par commune. Nous voulons un Grand Paris plus équilibré, qui ne se contente pas de densifier, mais améliore concrètement la vie de ceux qui y habitent, y travaillent et y entreprennent.
- « Face aux effets du dérèglement climatique, nous construisons avec les acteurs du territoire des solutions concrètes et locales »
SUEZ assure l'ensemble du cycle de l'eau en Île-de-France : l'eau potable pour près de 3 millions d'habitants, l'assainissement pour plus de 2 millions d'usagers. Marc Bonnieux, directeur général adjoint SUEZ Eau France en charge de l'Île-de-France, explique comment l'entreprise répond aux deux effets majeurs du dérèglement climatique sur la ressource, en lien avec les acteurs du territoire. Marc Bonnieux. Quel est le périmètre de SUEZ en Île-de-France et pourquoi le climat est-il d'abord un sujet d'eau ? Nous assurons tout le cycle de l'eau : production et distribution d'eau potable pour près de 3 millions d'habitants, relation avec les usagers et assainissement pour plus de 2 millions d'usagers, de la collecte au traitement en station d'épuration jusqu'au rejet d'une eau épurée dans le milieu naturel. Si nous nous préoccupons du dérèglement climatique, c'est que ses premiers effets se font sentir sur l'eau. Deux surtout : la raréfaction de la ressource, ou stress hydrique, et la multiplication des événements extrêmes, au premier rang desquels des pluies diluviennes sur des temps très courts, sources d'inondations. Comment sécurisez-vous la quantité d'eau disponible ? La France a longtemps ignoré le manque d'eau ; ce n'est plus le cas. SUEZ a été précurseur : sur notre usine de traitement d'eau du Pecq-Croissy, dans les Yvelines, nous avons mis en œuvre, il y a plus de cinquante ans, la réalimentation des nappes, qui sécurise l'alimentation en eau, en quantité et en qualité, de plus d'un million de Franciliens. Ce procédé de géofiltration s'inspire du cycle naturel de l'eau et s'appuie sur les capacités épuratoires des sols. Nous pompons l'eau dans la Seine, la prétraitons puis l'envoyons dans une dizaine de grands bassins, d'anciennes sablières, sur plus de douze hectares. L'eau s'y infiltre, filtrée naturellement par le sable, jusqu'à la nappe située à trente mètres de profondeur. Nous constituons ainsi un réservoir naturel que nous maintenons plein et mobilisons en période de tension. La qualité de l'eau prélevée est contrôlée en continu et nous cessons de pomper en cas de pollution de la Seine. Sur la qualité, vous agissez à la source. De quelle manière ? Nous avons développé une approche préventive, adaptée au territoire, qui agit près des captages et des pratiques agricoles pour réduire en amont ce qui peut atteindre les nappes. À Flins-sur-Seine, nous avons noué une coopération étroite avec les agriculteurs, l'Agence de l'eau Seine-Normandie et la communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise, fondée sur le paiement pour services environnementaux. Sur la base du volontariat, nous accompagnons des agriculteurs, y compris financièrement, vers des pratiques moins consommatrices de produits phytosanitaires et la création de prairies. C'est un engagement de long terme, près de dix ans, que nous venons de prolonger. SUEZ est aujourd'hui le seul acteur privé engagé en France dans une telle démarche. À Flins, neuf agriculteurs participent, couvrant la moitié de la surface agricole de la zone prioritaire de captage ; une cinquantaine d'hectares de prairies ont été recréés et plus de 200 000 euros sont versés aux agriculteurs chaque année. Face aux pluies extrêmes, vous avez développé une gestion dynamique des eaux pluviales. Un exemple ? Des épisodes plus courts, mais plus violents accroissent les risques de saturation des réseaux et d'inondations en milieu urbain. La communauté d'agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines a prévu près de soixante bassins de rétention ; tout l'enjeu est de les piloter intelligemment. Depuis 2019, nous avons mis en place avec le territoire une solution digitale, SQY D'EAU, outil de supervision et d'aide à la décision qui donne en temps réel le taux de remplissage de chaque ouvrage. Des mesures radar nous font anticiper la pluie et orienter l'eau vers les bassins les moins remplis, comme une gare de triage. En octobre 2024, la tempête Kirk a déversé plus de 80 millimètres en quelques heures : nous avons évité toute inondation sur le périmètre. À chaque événement, nous faisons évoluer le système. Menez-vous une démarche comparable sur Paris-Vallée de la Marne ? Oui, sur un territoire historiquement exposé, où des zones densément peuplées côtoient des secteurs inondables : la résilience y est très sensible. Nous y déployons la même gestion dynamique, avec une vision en temps réel et la capacité de réorienter les flux vers les bonnes infrastructures grâce aux images radar. Mais l'outil ne suffit pas : nous installons, avec la collectivité, une cellule de crise, car il faut arbitrer en continu. Notre fil conducteur reste le même : anticiper plutôt que subir. La gestion du risque inondation se construit collectivement, en lien étroit avec les collectivités.
- « Mettre l'immobilier au service du bien commun »
Co-directrice générale de l'immobilier résidentiel de VINCI Immobilier pour l'Île-de-France, Hélène El Aïba détaille la façon dont la filiale du groupe aborde le Grand Paris : positionnement d'« ensemblier », priorité au recyclage urbain et opérations livrées ou engagées. Rappelez-nous le périmètre et la vocation de VINCI Immobilier en Île-de-France. Filiale de promotion immobilière du groupe VINCI, nous sommes implantés de longue date en Île-de-France, pour la partie résidentielle que je représente, en directions territoriales pour travailler au plus près des collectivités. Nous sommes un promoteur ensemblier, partenaire citoyen et créatif : « ensemblier », car nous assurons trois activités complémentaires — promotion, exploitation et prestation de services. Côté exploitation, nous gérons des résidences seniors (Ovelia), étudiantes (Student Factory) et de coliving (Bikube). En promotion : bureaux, locaux d'activités, logements, hôtels et résidences gérées. Nous intervenons aussi bien sur de grands projets urbains — comme le village des athlètes à Saint-Denis — que sur des immeubles de quarante à cinquante logements. Quels engagements environnementaux structurent vos opérations ? VINCI Immobilier est le premier promoteur engagé vers le zéro artificialisation nette à l'horizon 2030. Concrètement, nous ciblons friches industrielles, sites pollués ou zones d'activité en mutation, et transformons des bureaux en logements, ce qui permet souvent de désartificialiser et renaturer des terrains entièrement bâtis. Nous réduisons aussi l'empreinte carbone : réhabilitation de bâtiments obsolètes, construction neuve bas carbone visant la division par deux de l'impact et opérations entièrement électriques, la sortie du gaz ayant été anticipée de longue date. Ces engagements orientent aussi notre foncier : nous sourçons en priorité des terrains compatibles avec le recyclage urbain, suivis par des indicateurs internes. Nous comptons par ailleurs parmi les promoteurs ayant le moins de réserves à la livraison, et restons attachés à la démarche « Un immeuble, une œuvre » du ministère de la Culture, qui dote chaque opération d'œuvres d'art remises aux copropriétés. Quelques exemples concrets ? À Suresnes, l'opération Métamorphose, menée avec Brownfields en bord de Seine, remplace un ensemble tertiaire des années 1970 inoccupé depuis plus de dix ans par un programme mixte livré jusqu'à la fin de l'année : logements locatifs intermédiaires vendus à CDC Habitat, accession, résidence de coliving Bikube et hôtel quatre étoiles. Le projet comprend aussi une importante végétalisation, avec cœur d'îlot arboré et sente paysagère reliant les bords de Seine au centre-ville. Le parking en sous-sol réemploie l'infrastructure existante, la superstructure ayant été démolie. À Villeneuve-la-Garenne, nous inaugurons le Village Bongarde, en copromotion avec Sogeprom. Lauréat d'« Inventons la Métropole du Grand Paris », ce projet transforme une ancienne zone d'activité en quartier mixte associant logements en accession, sociaux (Hauts-de-Seine Habitat), intermédiaires (CDC Habitat), commerces, activités médicales et sportives, et agriculture urbaine sous serre. Le Village Bongarde à Villeneuve-la-Garenne. À Orly, en copromotion avec Pierreval, nous engagerons d'ici à la fin de l'année la reconversion d'un vaste parking en 669 logements (accession, sociaux et intermédiaires), des commerces et une crèche, avec espaces verts et un parc réalisé par l'aménageur puis rétrocédé à la Ville : un bel exemple de désartificialisation d'un site auparavant entièrement artificialisé. À Enghien-les-Bains, sur le site d'une ancienne clinique démolie, nous reconstruisons 70 logements, dont 23 sociaux, et un centre médical. Livraison prévue dans dix-huit mois. 70 logements et un centre médical à Enghien-les-Bains. Et du côté des résidences gérées ? Sur le plateau de Saclay, à Orsay, nous commercialisons une résidence Student Factory d'environ 230 logements, dont une partie des chambres sera dédiée à un usage hôtelier parahospitalier, à la demande de la Ville et de l'aménageur, en lien avec un hôpital voisin. Le chantier démarre au quatrième trimestre. Student Factory propose une solution hybride et innovante. Bien au-delà du modèle classique, le concept se distingue par des espaces communs entièrement dédiés à la réflexion, à l'apprentissage et au partage des connaissances, des équipements innovants et une décoration d'inspiration industrielle. Comment travaillez-vous avec les collectivités ? En partenaire informé, à l'écoute et proactif dès l'amont, pour favoriser l'acceptabilité de nos projets auprès des collectivités comme des riverains. Notre but : mettre l'immobilier au service du bien commun. À l'échelle francilienne, nous sommes engagés en responsabilité sociétale, en cohérence avec les valeurs du groupe, et proposons des solutions inclusives pour une ville plus mixte. D'où notre collaboration avec la Fondation VINCI pour la Cité, qui soutient des associations pour l'inclusion et le vivre-ensemble. Réalisation d’un programme de 669 logements à Orly.
- « Nous réinjectons chaque année plus de dix milliards d'euros dans l'économie francilienne »
Membre du directoire de la Caisse d'Epargne Île-de-France, en charge du pôle Banque de Développement Régional, Sabine Fleischel décrit le positionnement d'un établissement coopératif qui accompagne l'ensemble des acteurs du territoire, du logement social aux grandes infrastructures, du crédit à l'investissement en fonds propres. Sabine Fleischel. Quel est le périmètre de la Banque de développement régional que vous dirigez ? Quand on parle de Caisse d'Epargne, la première image est celle de la banque des particuliers. Mais les Caisses d'Epargne sont nées il y a deux cents ans avec le livret A, donc avec l'accompagnement du logement social : cela fait partie de notre ADN. Nous sommes entrés dans l'économie francilienne par le logement et nous nous sommes ouverts à l'ensemble des besoins du territoire. Le pôle que je dirige s'adresse à toutes les personnes morales : les bailleurs sociaux, le secteur public et les collectivités, les promoteurs, marchands de biens et investisseurs de long terme, l'économie sociale et solidaire – enseignement, culture, santé –, et les entreprises, PME, ETI et grandes entreprises, qui font l'emploi en Île-de-France. Nous partageons avec la Banque des Territoires la même volonté : nous couvrons les acteurs économiques à 360 degrés, tous ceux qui font l'emploi, la construction et la transformation de la ville de demain. Comment ce modèle se traduit-il concrètement ? Nous sommes une banque coopérative : nous appartenons à nos clients. L'épargne que les Franciliens nous confient est intégralement réinvestie sur le territoire, plus de dix milliards d'euros de financements injectés chaque année dans l'économie régionale. C'est un circuit court : l'argent déposé finance les enjeux de la région, là où habitent les gens, et non les marchés financiers mondiaux. Contrairement à une banque mondiale, nous ne pratiquons aucun arbitrage entre territoires : nous sommes en Île-de-France, notre raison d'être est son développement et 100 % de nos résultats y sont réinvestis. C'est pourquoi nous restons présents sur des segments que les banques commerciales délaissent, faute d'une rentabilité suffisante : nous sommes ainsi, avec 2 ou 3 banques, l'un des derniers banquiers à financer les hôpitaux, publics comme privés. Le logement traverse une crise durable. Quelle est votre réponse ? Nous sommes une banque du temps long : nous continuons d'accompagner le logement dans toutes ses dimensions – social, intermédiaire, libre – même dans un environnement compliqué. Le bail réel solidaire (BRS) l'illustre : nous finançons à la fois les organismes de foncier solidaire (OFS) et les accédants, quand les banques commerciales n'avaient pas ouvert leurs portes à ce système. Nous prêtons de quatre à cinq cents millions d'euros par an aux copropriétés pour leurs rénovations énergétiques. Et nous venons de créer, avec la Banque des Territoires et Icade, « Evolution habitat », une foncière dédiée à la transformation d'immeubles de bureaux vides en logements. Nous y avons investi en fonds propres et la force de notre modèle est d'intervenir à tous les niveaux de la chaîne : financer l'immeuble, la transformation, le promoteur qui porte le projet, l'entreprise qui réalise les travaux, puis l'acquéreur final, qu'il soit bailleur social ou particulier. Vous êtes donc à la fois banquier et investisseur ? C'est l'originalité du pôle, que vous ne trouverez nulle part ailleurs sur la Place : sous une même responsabilité, des banquiers, des experts thématiques – énergies renouvelables, datacenters, infrastructures – et une équipe de capital-investissement. Nous pouvons racheter un immeuble, apporter des fonds propres à une entreprise, investir dans un fonds partenaire. Auprès des promoteurs, notre présence dans les tours de table contribue à donner confiance aux bailleurs sociaux : la présence d'un tiers de confiance rehausse la signature du promoteur et sécurise la livraison. Nous finançons aussi les grandes infrastructures, au carrefour du public et du privé : nous étions dans le consortium retenu pour le financement du réseau de chaleur de l'ex-CPCU, aux côtés de Dalkia et de RATP Solutions. Le Grand Paris Express changera-t-il la donne ? J'en ai la conviction : le transport façonne le territoire. Les gares s'ouvrent et, autour d'elles, viennent les entreprises, les logements, les écoles – Paris-Saclay le montre. Le transport est la première brique des pôles d'excellence qui constitueront le Grand Paris. Cette confiance dans le territoire guide notre développement : nous accompagnons la Fédération Française de Basket, dont nous sommes le banquier, avec les premiers financements du Mondial 2031, dont la finale se jouera à Paris. Peu d'acteurs économiques misent aujourd'hui aussi fortement sur le développement. Nous, nous croyons aux évolutions positives de notre territoire : c'est le « Pari du développement », notre plan stratégique et cela reste la volonté du directoire.
- « D'une SEM d'aménagement, nous sommes devenus un groupe »
Directeur général de Citallios, seule société d'économie mixte interdépartementale d'Île-de-France, Maurice Sissoko revient sur la mutation d'un aménageur devenu groupe et sur sa lecture de l'avenir métropolitain. Maurice Sissoko. Comment définiriez-vous Citallios aujourd'hui ? Citallios est un outil au service des élus franciliens et la seule SEM interdépartementale de la région : trois départements (78, 92, 91), la région Île-de-France et plusieurs intercommunalités en sont actionnaires. En dix ans, nous avons livré plus de trente équipements publics, investi plus de 2,2 milliards d'euros dans des équipements et espaces publics, et sommes intervenus sur plus de 150 communes : 44 projets Anru, 17 en cœurs de ville, 90 % de renouvellement urbain. Première SEM de France dotée d'une raison d'être, nous sommes devenus un groupe articulant Citallios la SEM, Citallia la SPL et Citallios Promotion, avec une offre de conseil étendue au diagnostic énergétique et à la transformation de bureaux en logements. Pourquoi avoir isolé la copromotion dans une filiale dédiée ? Contrairement à une idée reçue, nous n'avons rien inventé : une étude de la Fédération des entreprises publiques locales montre que 70 % des aménageurs adhérents faisaient déjà de la promotion depuis plus de dix ans. Notre choix a été de la loger dans une filiale ad hoc, Citallios Promotion : le métier de promoteur n'est pas celui d'aménageur : ni les mêmes risques ni les mêmes fonds propres. Les séparer évite toute confusion – l'aménagement, lui, ne rapporte pas d'argent, sinon les acteurs privés s'y presseraient. Un projet emblématique de votre savoir-faire ? Le quartier de Seine Ouest, à Asnières-sur-Seine, livré l'an dernier : plus de 2 000 logements sur une friche industrielle achetée, dépolluée et transformée en écoquartier mixte, avec un parc préservant la nature au sol en contrepartie d'une densité verticale. À Poissy, l'écoquartier Rouget-de-Lisle, concession de vingt ans, illustre notre méthode : maîtrise des charges foncières, écoulement raisonné – on ne commercialise pas un lot tant que le précédent n'est pas lancé –, prix de sortie accessibles. Résultat : malgré la crise, les promoteurs vendent. Votre vision du Grand Paris ? Trois sujets. D'abord le Sdrif-e : son adoption donne de la vision et de la stabilité. Ensuite, la nécessité d'achever le Grand Paris Express, avec le prolongement de la ligne 18 vers le nord pour relier Paris-Saclay à La Défense, et l'essor des cars Express portés par François Durovray. Enfin, la simplification du millefeuille territorial : on recense 52 aménageurs d'économie mixte en Île-de-France, sans compter une vingtaine de foncières, les 7 aménageurs d'État et les groupes privés. C'est trop. Nés de la fusion de 4 SEM, nous venons d'en absorber une autre en 2023 (Essonne Aménagement) : concentrer ne veut pas dire s'éloigner du terrain.
- « S'appuyer sur les professionnels pour réussir la politique du logement »
Chambre régionale des professionnels de l'immobilier, la FNAIM du Grand Paris existe depuis plus de cent ans (la fédération nationale date de 1946). Elle accompagne un millier d'établissements franciliens dans leur développement et représente 13 métiers, de la transaction à la gestion en passant par le syndic, tout en assurant la défense de la profession et la promotion des métiers de l'immobilier. Son président, Olivier Princivalle, défend le rôle de tiers de confiance des professionnels et leur fonction de relais des politiques publiques, plus encore dans une crise locative aiguë. Olivier Princivalle. Qui sont vos adhérents et pourquoi en faites-vous un maillon essentiel ? Agents immobiliers, syndics, administrateurs de biens, gestionnaires de patrimoine, rénovateurs… Tous jouent un rôle de tiers de confiance pour qui cherche à se loger ou à investir. Rémunéré par toutes les parties, l'agent veille à un équilibre durable entre bailleur et locataire, vendeur et acheteur. Les professionnels assurent 90 % de la gestion des copropriétés, 70 % des ventes et 50 % des locations. En quoi êtes-vous des relais des politiques publiques ? Passer par un professionnel, c'est la garantie du respect des règles : décence, contrat équilibré, loyer conforme. Beaucoup de propriétaires non intermédiés les ignorent. Nous faisons aussi remonter ce qui se passe sur le terrain – un syndic signale les marchands de sommeil et de ces constats naissent nos préconisations. Sur le permis de louer, utile mais contraignant, nous avons proposé une simplification reprise par le ministre : dispositif harmonisé, exonération pour les propriétaires ayant missionné des professionnels, délais raccourcis, libérant les ressources des communes pour traquer les bailleurs hors des règles. Comment décrivez-vous l'état du marché locatif francilien ? Il est en crise depuis trois ans. Pour une annonce, nous recevons jusqu'à 200 appels en une heure : l'offre est aux antipodes de la demande, la mobilité ne s'exerce plus et les premiers touchés sont les candidats locataires. En cause, le cumul des contraintes sur la seule location de longue durée – rénovation énergétique, hausse de taxe foncière, encadrement des loyers, permis de louer, fiscalité dissuasive –, quand la location touristique de courte durée reste déréglementée et fiscalement avantagée. S'y ajoute une décennie de signaux défavorables, de l'IFI à la fin des aides à l'investissement locatif. Quelles recommandations portez-vous ? Sortir de la contrainte, simplifier et revenir à l'incitation : le marché s'équilibre de lui-même quand il est fluide. Faire revenir les investisseurs, c'est inciter fiscalement à acheter et à louer moins cher, rééquilibrer les obligations entre location de longue durée et touristique, ne plus faire porter aux seuls bailleurs la fiscalité locale et sécuriser le rapport bailleur-locataire. Mieux financer aussi la rénovation énergétique, des grosses opérations aux plus modestes. Le logement privé répond à un besoin que le parc social ne comblera jamais et il rapporte bien plus à l'État qu'il ne coûte. Les Français aiment la pierre : rendons-leur l'envie d'y investir. Contact : contact@fnaimgrandparis.fr - 01 40 53 73 50











