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- Grand Paris : l'aménagement durable sur la ligne de crête
Entre contraintes environnementales, exigences économiques et attentes sociales, les aménageurs du Grand Paris redessinent leurs modèles. Car leur mission ne consiste plus simplement à bâtir la ville, mais à la rendre durable, inclusive et viable. Un exercice d’équilibriste permanent. Parvenir à concilier Zéro artificialisation nette (ZAN), objectifs climatiques, contraintes budgétaires et pression foncière : c’est le nouveau quotidien des aménageurs du Grand Paris. « Aujourd’hui, l’aménagement est un métier d’arbitrages permanents », résume Jean-Baptiste Rey, directeur général adjoint de l’établissement public d’aménagement EpaMarne-EpaFrance. « On avance sur une ligne de crête entre urgence écologique, équilibre financier des opérations et acceptabilité sociale. » Première donnée de cette équation : la raréfaction du foncier. La mise en œuvre du Zéro artificialisation nette, même revu à la baisse, oblige les aménageurs à faire plus avec moins. Résultat : les opérations deviennent plus compactes, plus mixtes et plus souvent tournées vers la reconversion (friches industrielles, parkings, bureaux vacants…). À cette pression physique s’ajoute une exigence écologique grandissante. Intégration du cycle de l’eau, préservation des sols, renaturation, performance énergétique des bâtiments, mobilité décarbonée… L’ambition est là, portée à la fois par les élus et les citoyens. Mais ces impératifs ont des coûts — financiers, techniques… — et remettent en question les modèles économiques classiques de l’aménagement. Un défi d’équilibriste que les aménageurs franciliens s’attachent à relever, chacun à leur manière. CITALLIOS AU SERVICE DE LA PROXIMITÉ ET DE L’INGÉNIERIE FINE Face à la complexité grandissante de la fabrique de la ville, des opérateurs comme Citallios adaptent leur modèle. Le groupement de sociétés d’économie mixte s’appuie sur une palette de services, allant de la rénovation énergétique à la transformation d’actifs publics. Avec sa SPL Citallia, il répond à une demande croissante des collectivités pour des interventions sur-mesure, hors des cadres classiques de la concession. Maurice Sissoko, directeur général de Citallios. « Nous achetons du foncier sans conditions suspensives, avec les élus, pour permettre des projets flexibles », explique Maurice Sissoko, directeur général. Citallios travaille aussi main dans la main avec l’Epfif (Établissement public foncier d’Île-de-France) pour valoriser les actifs publics et accompagner les arbitrages fonciers. La SEM a notamment été choisie par la ville des Mureaux (Yvelines) pour mettre en œuvre le projet Cœur de Ville. Celui-ci consiste à transformer le centre-ville de la commune en un quartier plus attractif grâce à la réhabilitation des espaces publics et à une nouvelle offre commerciale et résidentielle. Après avoir décroché trois nouveaux projets de renouvellement urbain en Essonne, Citallios s’est aussi vu confier par le territoire de Paris Est Marne & Bois (Val-de-Marne), en accord avec la ville de Champigny-sur-Marne, l’aménagement de la partie campinoise du quartier du Bois-L’Abbé, troisième plus grand quartier politique de la ville francilien. PARIS LA DÉFENSEUNE VISION BAS CARBONE OFFENSIVE Autre terrain, autre échelle. À Paris La Défense, l’objectif est clair : faire du plus grand quartier d’affaires européen un modèle post-carbone. L’établissement public entend diviser par deux les émissions de gaz à effet de serre du territoire d’ici 2030. L’appel à projets Empreintes incarne cette ambition, en soutenant des opérations immobilières innovantes sur les plans énergétique, technique et urbain. Ainsi, parmi les lauréats, le projet Demi-Lune réinvestit une friche autoroutière à une centaine de mètres de la Grande Arche. « Ce sera le quartier le plus mixte jamais créé à La Défense, avec douze usages dont six pour le seul immeuble de grande hauteur », s’est enthousiasmée Valérie Wanquet, directrice générale de Crédit Agricole Immobilier, au Mipim, en mars dernier. Un jardin de 0,5 hectare sera en outre installé, avec un étang et plus d’une centaine d’arbres. Le quartier revoit aussi ses infrastructures : plus de mobilités douces, réaménagement du boulevard circulaire, points de recharge électrique, etc. Une attention particulière est portée à la végétalisation : mail arboré, jardins, salons extérieurs, massifs d'arbres... Sur le cours Michelet, les travaux de transformation des espaces publics visent à faciliter les connexions et à apaiser les circulations. Une attention particulière est notamment portée à la végétalisation : mail arboré, jardins, salons extérieurs, massifs d’arbres, installation de fontaines à eau et de colonnes Morris, pose d’une nouvelle signalétique… Près de 200 arbres seront plantés, en complément des 161 actuels. Pour limiter l’empreinte écologique de l’opération, la démarche adoptée privilégie également le réemploi des matériaux existants sur site. À La Défense, l’enjeu est collectif : les États généraux de la transformation des tours (pour redonner vie aux immeubles de grande hauteur obsolètes) ont rassemblé les acteurs immobiliers et fait émerger des propositions concrètes, comme un outil commun de calcul des émissions carbone, un permis multidestination ou l’ouverture des « green bonds » aux restructurations. PARIS-SACLAY, LABORATOIRE D’UNE URBANITÉ DURABLE Sur le plateau de Saclay, l’aménageur public Epaps œuvre à une ville-campus exemplaire. Exit la dispersion des sites scientifiques : place à un urbanisme compact, maillé et fortement articulé aux mobilités. Trois nouvelles gares du Grand Paris Express, des lignes de bus en site propre et des parcours cyclables dessinent un territoire interconnecté, pensé pour limiter la voiture et l’étalement. L’Epaps mise sur une mixité programmatique forte : bureaux, logements, équipements, universités. Et sur une stratégie bas carbone poussée. Tous les projets font l’objet d’un suivi pendant leur cycle de vie. L’Epaps impose aux opérateurs d’anticiper les futurs seuils réglementaires de la RE 2020 (RE 2020-25 et 28). Lauréat en 2024 du programme « Démonstrateurs de la ville durable » de France 2030, l’Epaps s’est donné 6 ans pour renforcer la biodiversité, effacer son impact carbone et pousser l’économie circulaire dans de nouvelles innovations en les testant à l’échelle du quartier de Corbeville à Orsay (Essonne). Faciliter le recours aux filières de construction vertueuses et faire émerger une filière de la terre crue à partir de Paris-Saclay. Paris-Saclay va ainsi collecter séparément les urines de 20 000 habitants pour les transformer en engrais agricole, comme alternative aux engrais chimiques. Par ailleurs, les eaux grises des douches et des cuisines vont être réutilisées dans les WC et les lave-linges des logements. L’Epaps va également lancer un travail pour utiliser ses propres terres dans la construction. L’objectif : faciliter le recours aux filières de construction vertueuses et faire émerger une filière de la terre crue à partir de Paris-Saclay. Une ambition écologique et humaine, voulue par son conseil d’administration présidé par Valérie Pécresse, qui associe la communauté d’agglomération Paris-Saclay et les villes d’Orsay et de Saclay, ainsi que les services de l’État. EPAMARNE-EPAFRANCE, UN GRAND PARIS ATTRACTIF Depuis 50 ans, EpaMarne-EpaFrance façonne l’Est francilien. Aujourd’hui, l’Epa adopte aussi le parti d’un urbanisme plus sobre, plus responsable, plus résilient et affirme une stratégie tournée vers le recyclage foncier, la requalification des friches, la réduction de l’étalement urbain et le soutien aux mobilités douces. Ainsi, à Torcy (Seine-et-Marne), sur la ZAC des Côteaux de la Marne, l’Epa a œuvré à la transformation d’un ancien camping à l’abandon. « 50 % de nos opérations sont du recyclage urbain », fait valoir Jean-Baptiste Rey, directeur général adjoint EpaMarne-EpaFrance. Les 18 hectares du cœur agro-urbain de l’écoquartier Les Roseaux de Montévrain ont été rendus possibles par une programmation fine à l’échelle du quartier, libérant des fonciers promis à l’extension urbaine. Jean-Baptiste Rey, directeur général adjoint EpaMarnEpaFrance. Parmi les objectifs, le développement de 112 000 mètres carrés de bureaux, la commercialisation de 44 hectares d'activités économiques... L’Epa poursuit aussi le développement du Val d’Europe, avec un nouveau cap stratégique. Parmi les objectifs, la réalisation de 112 000 mètres carrés de bureaux, la commercialisation de 44 hectares d’activités économiques et de terrains dans plusieurs ZAC (telles que celles des Studios et Congrès, des Trois Ormes, des Deux Golfs ou encore de la Motte), mais aussi le renforcement du statut de Val d’Europe comme pôle économique francilien. Cela passe par le développement de 20 000 mètres carrés de commerces, l’extension du complexe Center Parcs – Villages Nature Paris, le déploiement de logements supplémentaires et une augmentation de l’offre de transports. « Pour chaque logement, il doit y avoir une offre, à 15 minutes à pied, de commerces, de services, d’équipements, mais aussi de parcs et d’espaces de verdure. C’est un enjeu majeur, autant que de faire du développement résidentiel. Nous cherchons à créer une mixité entre le logement, les activités économiques et la nature », précise Jean-Baptiste Rey. L’objectif global est d’atteindre 80 000 habitants et emplois, tout en assurant l’équilibre du territoire à travers un aménagement harmonieux et durable.
- L'avenir est électrique !
Parmi ses objectifs majeurs, le groupe EDF, par la voix de sa directrice Commerce Île-de-France Birgit Fratzke-Weiss, souhaite mettre en lumière l’électrification comme levier avéré de décarbonation à travers des exemples concrets d’actions sur le territoire et une expertise mise à disposition de ses clients. Birgit Fratzke-Weiss. Pourquoi l'électrification est-elle une priorité aujourd'hui ? Le changement climatique impose de sortir des énergies fossiles (80 % de l'énergie consommée dans le monde). L'électrification des usages est le levier le plus efficace pour décarboner la France. Pour atteindre la neutralité carbone en 2050, il faut faire émerger 150 TWh de demande électrique additionnelle à horizon 2035, en remplaçant gaz, fioul ou essence par l'électricité, tout en continuant les efforts en matière d'efficacité énergétique. La France a un atout considérable : une électricité décarbonée, abondante et compétitive, parmi les moins chères d'Europe. Électrifier assure donc également la souveraineté énergétique du pays. Les clients peuvent profiter de cette énergie via des contrats moyen terme qui leur offrent de la visibilité et de la stabilité. Quels sont les principaux potentiels d'électrification en Île-de-France ? Tout d'abord le transport et particulièrement la mobilité lourde : premier secteur émetteur de gaz à effet de serre, avec environ 30 % des émissions nationales, il se transforme face à des évolutions réglementaires européennes et nationales. L'industrie : nous accompagnons de manière ciblée les entreprises dont les procédés impliquent une forte consommation de gaz pour décarboner leur activité via l'électrification. Le bâtiment : même si, avec la rénovation énergétique et les exigences en construction neuve, la consommation baisse, il s'agit de décarboner en remplaçant des chauffages fonctionnant au gaz ou au fioul par des usages électriques comme la pompe à chaleur pour le chauffage ou l'eau chaude sanitaire. Enfin, les centres de données : un tiers d'entre eux, représentant la quasi-totalité de la puissance électrique (en MW), sont concentrés en Île-de-France. Leur nombre et leur puissance ont encore vocation à augmenter du fait des besoins importants pour l'IA. Comment cette transition est-elle accompagnée par EDF ? Des exemples ? Nous menons une démarche globale : audit, plan d'actions, financement via les CEE qui permettent de bénéficier d'un soutien financier à l'investissement. Par exemple, en combinant prime CEE, suramortissement et optimisation de la recharge, le coût d'usage d'un camion électrique devient souvent plus faible que celui d'un modèle thermique. STAF, entreprise spécialisée dans le transport frigorifique de denrées alimentaires, bénéficie d'un contrat de fourniture d'électricité moyen terme et de primes CEE d'EDF pour électrifier sa flotte. Des partenariats CEE avec des constructeurs comme MAN facilitent l'accès de leurs clients à ces dispositifs pour l'acquisition de poids lourds électriques avec un processus simplifié. Des clients de l'industrie remplacent leurs fours à gaz par des équipements électriques ou installent géothermie et pompes à chaleur. Le groupe EDF, avec ses filiales spécialisées, propose à tous types de clients une large gamme de solutions d'électrification au service également de leur compétitivité. Pour les centres de données, EDF a lancé un appel à manifestation d'intérêt pour proposer des terrains prêts à accueillir de nouveaux projets, avec une puissance électrique disponible rapidement. Un accompagnement personnalisé est assuré, incluant démarches administratives, fourniture d'électricité et services adaptés. Notre action s'inscrit pleinement dans la dynamique de réindustrialisation de la France.
- La place financière de Paris en pleine mutation
L’intelligence artificielle est largement déployée par les acteurs de la finance en général et ceux de Paris en particulier, et utilisée depuis longtemps pour des applications telles que le calcul de scores de risque de crédit, le trading à haute fréquence ou encore le conseil en ligne. D'ici 2028, 33 % des logiciels d’entreprise embarqueront des agents IA capables de prendre des décisions de manière autonome, contre moins de 1 % aujourd’hui. Peu à peu, le secteur financier se met à l’intelligence artificielle. « L’ensemble des membres de Paris Europlace consultés utilise déjà ou prévoit d’utiliser ces systèmes », indique Olivier Vigna, délégué général adjoint de Paris Europlace. Un enthousiasme qui repose sur des bénéfices tangibles. Les applications basées sur l’apprentissage automatique (« machine learning »), le traitement du langage naturel (NLP) ou l’IA générative offrent de multiples avantages dont l’amélioration de l’efficacité opérationnelle et de la productivité. Car l’IA permet d’automatiser des tâches répétitives et chronophages comme la saisie de données, le traitement de transactions, la vérification de documents ou l’analyse de textes réglementaires. « Cela libère le personnel pour des activités à plus forte valeur ajoutée et conduit à des économies de temps substantielles », explique Olivier Vigna. Entre promesses de productivité… Le renforcement de la gestion des risques et la lutte contre la fraude constituent un autre avantage lié à l’IA, car les algorithmes excellent dans l’analyse de vastes quantités de données pour détecter des modèles et des anomalies. Crucial pour prédire les tendances du marché, évaluer les risques de crédit, identifier les opportunités d’investissement et, surtout, détecter et prévenir la fraude en temps réel. L’IA aide aussi à mieux qualifier le risque. « Cette véritable révolution technologique est clairement un facteur de renforcement de l’attractivité de la place financière de Paris, déjà leader dans l’Union européenne et 4e mondiale » Olivier Vigna, délégué général adjoint de Paris Europlace. L’amélioration de l’expérience client figure également au nombre des bénéfices de l’utilisation de l’IA. Les chatbots et assistants virtuels offrent un service client personnalisé et disponible 24h/24 et 7j/7, répondant instantanément aux requêtes courantes et réduisant les temps d’attente. « L’analyse des données clients permet aussi de proposer des produits et services financiers adaptés aux besoins individuels », précise Olivier Vigna. L’IA peut, d’autre part, aider les institutions financières à rester en conformité avec les réglementations complexes et changeantes en analysant et interprétant les exigences, en surveillant les transactions et en automatisant des contrôles. De plus, l’IA stimule l’innovation et contribue à la création de nouveaux métiers dans le secteur, comme ceux liés au développement et à la gestion des outils. « Cette véritable révolution technologique est clairement un facteur de renforcement de l’attractivité de la place financière de Paris, déjà leader dans l’Union européenne et 4e mondiale », poursuit Olivier Vigna. … et défis réglementaires Malgré ces perspectives prometteuses, l’intégration de l’IA est loin d’être sans défis ou risques. Les acteurs de la finance sont particulièrement attentifs à plusieurs points négatifs, par exemple, la dépendance vis-à-vis des fournisseurs non-européens. En effet, les principaux acteurs du marché de l’intelligence artificielle, notamment pour l’IA générative et les grands modèles de langage (LLM), sont majoritairement basés aux États-Unis ou en Chine. Une situation qui implique des transferts massifs de données, soulevant des risques réglementaires, opérationnels et de souveraineté. Le manque de transparence et l’opacité de l’IA peuvent aussi poser des problèmes de confiance, de responsabilité et de conformité réglementaire. L’outil produit également parfois de véritables « hallucinations », des réponses fausses ou absurdes, en raison de la qualité des données ou d’un manque d’informations. Les risques liés à la cybersécurité, à une forme de sur-dépendance et à la confidentialité des données sont aussi prégnants. « Une régulation est nécessaire afin d’aboutir à un équilibre, mais il est délicat à trouver, admet Olivier Vigna. La place financière de Paris est engagée dans un dialogue constant avec les autorités pour saisir pleinement les aspects positifs de l’IA, tout en gérant les risques et en préservant la compétitivité. L’IA est non seulement un moteur d’efficacité, mais aussi un levier pour une finance plus sûre, plus transparente et plus adaptée aux besoins des citoyens et des entreprises d’Île-de-France et d’Europe. »
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