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  • Une approche holistique de la banque de demain

    Nommée en mai 2026 membre du directoire de la Caisse d'Epargne Ile-de-France (CEIDF) en charge du pôle Banque de Développement Régional (BDR), Sabine Fleischel incarne une vision résolument renouvelée du métier bancaire. Par Fabienne Proux Sabine Fleischel. Sabine Fleischel défend une conviction forte dans un contexte économique en profonde mutation : « Aujourd'hui, la banque ne se contente pas de financer. Ses enjeux vont au-delà. Elle doit aussi éclairer les décisions, anticiper les transformations et accompagner les acteurs du territoire dans la construction de solutions durables. » Diplômée d'une maîtrise de sciences de gestion et d'un master en finance d'entreprise de l'Université Paris-Dauphine, elle développe très tôt une appétence pour la compréhension des dynamiques économiques. Pendant près de vingt ans, notamment chez Natixis ou BPCE, elle forge une expertise solide en analyse financière et en gestion des risques. Une expérience qui lui confère une capacité singulière : lire au-delà des chiffres, décrypter les modèles économiques et relier les données financières aux trajectoires stratégiques des entreprises. « J'aime partir des chiffres pour raconter une histoire », confie-t-elle. En 2022, elle choisit de rejoindre la Caisse d'Epargne Ile-de-France pour retrouver une dimension plus proche du terrain. Un choix structurant, qui traduit déjà une approche exigeante du métier : être au plus près des clients, comprendre leurs stratégies et agir concrètement. Son parcours s'inscrit dans une logique de sens. À la fois exigeante et à l'écoute, Sabine Fleischel revendique une capacité à comprendre en profondeur les enjeux de ses interlocuteurs. Cette posture nourrit une vision élargie de la banque : « Notre rôle ne se limite ni au financement ni aux moyens de paiement. Nous pouvons aussi éclairer et accompagner, en faisant émerger des solutions adaptées aux transformations de nos clients. » Au plus près des réalités économiques Depuis son entrée au Directoire, elle contribue à la stratégie et au développement d'une banque coopérative, ancrée sur son territoire depuis 200 ans. Une banque régionale solide, engagée aux côtés des particuliers, des entreprises et des institutions franciliennes. À la tête de la BDR, elle porte une ambition claire : faire de cette entité un véritable apporteur de solutions pour le territoire. La BDR accompagne ainsi les entreprises, les collectivités, les acteurs de l'immobilier, du logement social et de la santé ainsi que les grands partenaires institutionnels. L'objectif : soutenir les projets structurants, accompagner les transitions – qu'elles soient économiques, environnementales ou sociétales – et favoriser l'émergence de nouveaux modèles. Pour Sabine Fleischel, la banque de demain repose sur une approche profondément holistique : conjuguer excellence financière, connaissance fine du terrain et capacité d'anticipation. Une vision nourrie par les échanges avec les clients, avec ses pairs et bien sûr ses collaborateurs, au plus près des réalités économiques.

  • Elle fait grandir les actifs... et les équipes

    Directrice générale de la Société de la Tour Eiffel depuis 2021, Christel Zordan s'est imposée au fil de sa carrière comme l'une des dirigeantes les plus reconnues de l'immobilier français. Par Fabienne Proux Christel Zordan. Lorsqu'elle évoque son parcours, Christel Zordan se définit rarement par ses titres. Ce qui l'a toujours guidée, c'est l'envie d'apprendre. Une curiosité qui l'a conduite à explorer presque toutes les dimensions de l'immobilier : le conseil, l'investissement, le financement, la gestion d'actifs, la promotion, sans oublier le management. « J'ai toujours fait des choix au moment où je me disais que je n'apprenais plus assez ou que j'apprendrais davantage à l'étape suivante », évoque la directrice générale de la foncière la Société de la Tour Eiffel. Cette quête permanente de nouveaux défis a façonné une dirigeante à la fois analytique, pragmatique et profondément attachée aux femmes et aux hommes qui font l'entreprise. Ses premières années chez PwC, après HEC, la mettent en contact avec des entreprises en difficulté. Elle apprend à décortiquer rapidement des situations complexes. « Il fallait comprendre tout : le juridique, le comptable, le social, le financier, l'humain », se remémore Christel Zordan. C'est presque par hasard qu'elle découvre l'immobilier au milieu des années 2000, lors d'une mission de cession d'actifs. « J'ai été piquée par le virus de l'immobilier », s'enthousiasme-t-elle. Là où certains voient uniquement des actifs et des rendements, Christel Zordan s'intéresse aux usages, aux bâtiments, aux transformations urbaines. Dans un environnement international extrêmement exigeant, elle participe à des opérations de grande ampleur dont la vente du groupe Taittinger comprenant à l'époque l'hôtel de Crillon. Ses années chez GE Real Estate ensuite lui permettent d'acquérir une solide expertise en investissement et en création de valeur. Elle apprend à gérer des portefeuilles complexes dans des contextes de marché parfois euphoriques, parfois profondément dégradés après la crise de 2008. À la Compagnie de Phalsbourg, elle touche à toutes les fonctions qui font vivre un projet immobilier. « Aujourd'hui, je pense que c'est l'expérience qui m'est la plus utile en tant que dirigeante », reconnaît Christel Zordan. Le véritable tournant intervient lors de son passage à la tête de la plateforme française de Nuveen. Pour la première fois, elle dirige ses propres équipes et découvre ce qui lui procure désormais le plus de satisfaction : emmener une équipe vers un objectif et accompagner la progression de ses collaborateurs. Au Cercle des Femmes de l'Immobilier, elle participe à la création de l'Observatoire de la Charte de la Parité dans l'Immobilier qu'elle préside depuis 2024. Les temps libres de cette maman de deux garçons sont consacrés à la lecture et à une passion plus inattendue : les Lego.

  • Totalement sincère

    Ingénieur de formation, passé par l'Arabie saoudite, la Thaïlande et le Sud-Ouest avant de sillonner la région capitale, Laurent Tricot cultive le goût du contact et de l'action. Portrait d'un homme d'une totale sincérité. Par Jacques Paquier Laurent Tricot reçoit dans le hall de la tour Coupole, à La Défense, que TotalEnergies est en train de quitter pour la tour The Link, à Puteaux (Hauts-de-Seine). Un hall qu'il a contribué à dessiner lorsqu'il dirigeait l'environnement de travail et les mobilités de l'énergéticien. Une responsabilité à la mesure de son énergie et de son goût pour le réel, déployés au fil d'une carrière menée tambour battant, chez TotalEnergies pour l'essentiel, qu'il rejoint en 1995. Un premier stage à Djeddah, où il participe à la construction d'une base navale, puis un an et demi à Bangkok, où il bâtit un hôtel, lui inoculent le virus du voyage et de l'international. C'est ce qui le pousse à rejoindre Total – qui ne s'appelle pas encore TotalEnergies – après un passage chez Bouygues Construction, où il prend part à la construction d'un immeuble de logements dans le 18e arrondissement de Paris. Mais l'international, cet amateur de rugby qui a grandi à Toulouse ne s'y rendra finalement que pour des séjours d'agrément, dont un voyage de secondes noces au Vietnam. « Ma seule certitude aujourd'hui, c'est que je passerai une partie de ma retraite en Asie », confie-t-il. Pas d'international dans sa carrière chez Total, donc, tout simplement parce que les postes proposés en France l'ont fait voyager dans des métiers très différents, où son goût des contacts humains et des problèmes complexes trouve à se satisfaire. Il commence par vendre du bitume aux entreprises de BTP, au sein d'une unité dont il gravit les échelons pour devenir, à la fusion de Total, Fina et Elf, directeur des ventes. Il passe par un métier d'optimisation qui le conduit à fréquenter la salle de marché de TotalEnergies afin d'arbitrer, selon disponibilités et prix, les attributions de fioul domestique entre clients internes et externes. Il prend ensuite en charge la maintenance des réseaux de stations-service, sillonnant la France à la rencontre des exploitants. Il rejoint enfin pendant quatre ans la filiale de proximité Alvéa comme directeur de l'activité commerce général. Basé à Marmande, il arpente le Sud-Ouest au contact de ses agences. Goût de l'innovation Remarqué pour son goût de l'innovation et de l'entrepreneuriat, Laurent Tricot se voit confier le lancement de fioulmarket.fr, première plateforme de vente de fioul en ligne, adossée au réseau de distribution de proximité de la compagnie. Il savoure alors la carte blanche de ses supérieurs et l'esprit start-up de sa petite équipe. La plateforme, un succès qui perdure, le propulse vers la direction des achats, où il pilote en père tranquille un budget de 80 millions de dollars. À l'environnement de travail, sa responsabilité suivante, ce père de famille à l'accent chantant gère le quotidien des quelque 8 000 collaborateurs des sièges parisiens, dont ceux des deux tours IGH à La Défense. Il affronte la crise du Covid, avec des tours désertées, des stocks de masques expédiés puis reçus de Chine, des caméras thermiques à l'entrée des bureaux. Depuis avril 2024, Laurent Tricot sillonne l'Île-de-France avec l'énergie qu'il mettait à parcourir le Sud-Ouest. Interlocuteur des élus et des acteurs de la fabrique de la ville, il incarne les liens protéiformes entre TotalEnergies et les territoires. Il souligne l'engagement de sa compagnie dans la transition énergétique : réseau de stations-service en cours de transformation, bornes de recharge Belib' déployées à Paris, ancienne raffinerie de Grandpuits (Seine-et-Marne) muée en plateforme zéro pétrole, plus grandes fermes solaires d'Île-de-France opérées à Grandpuits et Gargenville (Yvelines). S'y ajoutent le soutien aux clubs sportifs, les prêts à taux zéro aux PME et les think tanks réunissant élus, opérateurs et journalistes, dont celui sur la sobriété énergétique qu'il anime. Deux ans après sa prise de fonction, il confesse, modeste et ironique, « commencer tout juste à comprendre les jeux d'acteurs institutionnels et le fonctionnement des différentes strates de collectivités territoriales ». Toujours avenant, l'homme ne masque pas ce qu'il pense. Il y a chez ce sportif, qui a couru deux marathons après 50 ans et se fixe d'en courir un pour ses 60 ans, une franchise qui tranche dans un monde où la communication est soigneusement calibrée.

  • « Être une PME, c'est notre identité »

    Fondée en 1956 par Émile Capocci, l'entreprise familiale de travaux publics – terrassement, démolition, VRD, fondations spéciales – célèbre ses 70 ans. Serge Capocci, troisième génération à sa tête, raconte… Serge Capocci. 70 ans, un anniversaire rare pour une PME de travaux publics. Comment vous situez-vous dans cette histoire ? C'est avant tout une histoire humaine et familiale. Mon grand-père Émile a fondé l'entreprise en 1956, convaincu que le sous-sol de Paris et de sa banlieue allait être travaillé pendant des décennies. Mon père Antoine a pris la suite en 1984 en développant la démolition. J'ai rejoint l'entreprise en 1993 pour l'orienter vers les grands projets d'infrastructure. Trois générations, mais le même ADN : l'exigence du travail bien fait, la sécurité des équipes, la fierté de construire ce territoire. Ce qui me touche, c'est que l'entreprise est encore familiale et indépendante. Être une PME, c'est notre identité. Qu'a représenté le Grand Paris Express pour CAPOCCI ? La plus belle aventure industrielle de notre génération et une véritable rupture d'échelle : 47 collaborateurs en 2017, 140 en 2026. Nous avons travaillé sur plusieurs lots des lignes 15, 16, 17 et 18 – tunnels, gares, terrassements en zone dense – et participé à la gestion de plus de 13 millions de tonnes de déblais. Ce projet a confirmé la pertinence de notre modèle : assembler les compétences pour répondre à des projets d'une complexité croissante. Vous vous êtes lancés dans l'économie circulaire avec CAP MAT. Évolution naturelle ou virage stratégique ? Nous faisons du concassage pour le recyclage du béton depuis les années 1990, c'est une culture maison, que nous avons formalisée avec CAP MAT, notre pôle dédié à la gestion durable des matériaux : diagnostic, dépollution, valorisation, traçabilité. En 2025, 96,1 % des déchets de nos chantiers de démolition et 89,8 % des terres excavées ont été valorisés, évitant l'émission de 1 000 tonnes de CO₂. CAP MAT représente 22 % de notre activité. CAPOCCI affiche une progression remarquable sur la mixité : 24 femmes en 2026, contre 3 en 2017… C'est le fruit d'une volonté ferme. Conductrices de travaux, ingénieures QHSE, cheffes de chantier : c'est une réalité chez nous. Je suis fier de compter parmi les 17 membres fondateurs des SouterReines, association qui œuvre à changer les représentations dans nos métiers. Quelles ambitions pour les années à venir ? Les infrastructures de transport restent notre colonne vertébrale, avec la logistique et la transformation énergétique. Nous intégrons l'intelligence artificielle et le pilotage numérique des chantiers, et travaillons à l'électrification de notre parc de plus de 120 engins. Et puis, il y a la transmission : dans 20 ans, CAPOCCI doit toujours être une entreprise familiale et indépendante. Préparer cette quatrième génération, c'est peut-être le travail le plus important que j'aie à faire.

  • « L'architecture est la solution aux maux de nos territoires »

    Rééquilibrage territorial, simplification des procédures, qualité architecturale et transition écologique : Christophe Millet, président du Conseil national de l'Ordre des architectes (CNOA) et membre d'Acteurs du Grand Paris, défend une vision globale dans laquelle l'architecture redevient un levier d'intérêt public au service de l'habitat et des territoires. Christophe Millet, président du CNOA. La France traverse une crise du logement sans précédent. Quel est votre regard sur la situation actuelle dans les grandes métropoles ? La crise du logement est aujourd'hui une réalité avérée dans toutes nos grandes métropoles : Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux ou Nantes. Elle s'explique par une forte demande liée à l'accroissement de la population et au phénomène de décohabitation, ce qui nécessite un nombre de logements bien plus important qu'auparavant. Cependant, nous nous heurtons à une incapacité à construire, que ce soit pour des raisons financières ou de coûts de sortie trop élevés, rendant la commercialisation difficile. Je crains que nous ne soyons jamais capables de résorber totalement cette crise tant que ces métropoles resteront les seuls pôles d'attractivité, car le foncier n'y augmentera pas et les prix continueront de grimper. Par ailleurs, la question du logement ne doit plus être traitée de façon purement sectorielle ou métropolitaine. Le problème réside dans la manière dont on pose la question : on tente d'y répondre par des solutions cloisonnées. Il faut travailler sur un équilibre des territoires, en rendant l'habitat en périphérie plus désirable. C'est là que le foncier est disponible et moins cher. Tant que nous resterons enfermés dans le modèle métropolitain actuel, nous ne pourrons pas absorber la demande supplémentaire. Quel rôle spécifique l'architecte doit-il jouer dans ce contexte ? Un chiffre est particulièrement éloquent : sur les 720 000 autorisations de construire déposées l'année dernière, environ 10 % seulement ont été conçues par des architectes. C'est extrêmement faible. Pour nous, le recours à l'architecte n'est pas une question de corporatisme, mais de garantie de qualité et de probité, car l'architecte prête serment pour porter cet intérêt public. La priorité de l'Ordre est de réintégrer le logement dans l'intérêt public de l'architecture, comme le prévoyait la loi de 1977. Aujourd'hui, la construction de logements a fait un « pas de côté » par rapport à cet intérêt général. Vous proposez au gouvernement une simplification administrative majeure : le permis de construire unique. En quoi consiste-t-il ? L'idée est de mettre fin à la confusion entre déclaration préalable et permis de construire, qui freine souvent la réhabilitation et la transformation de bureaux en logements. Nous proposons une seule règle, un seul permis pour toutes les typologies de projets, avec seulement deux dérogations : pour les particuliers (moins de 150 mètres carrés) et pour les bâtiments agricoles. De plus, nous souhaitons lier la conformité finale du bâtiment à l'autorisation déposée, en y impliquant l'architecte initial. Cela créerait une obligation de résultat pour le porteur de projet, assurant aux élus et aux habitants que la qualité promise au départ est réellement livrée. C'est un levier puissant pour accélérer les chantiers et limiter les recours. Comment l'architecture peut-elle aussi résoudre le problème de l'acceptabilité sociale des projets ? Aujourd'hui, les gens acceptent la construction d'une salle des fêtes ou de bureaux, mais beaucoup moins de logements à côté de chez eux. C'est parce que le logement, lorsqu'il sort de l'intérêt public architectural, n'est pas jugé qualitativement suffisant. En remettant l'architecture au cœur du processus, on améliore l'acceptabilité sociétale et on réduit le risque de recours, qui est l'un des freins majeurs. Une architecture ancrée dans son territoire, utilisant des matériaux locaux (bois, chanvre, pierre, terre crue), crée un lien et une résilience que le béton ne permet pas toujours. Un autre défi majeur est celui de la transition écologique. Quel est le chantier qui nous attend d'ici 2050 ? Le défi est colossal : nous avons 38 millions de foyers à rénover d'ici 2050. La part du neuf est finalement faible par rapport au parc existant. L'architecture est un accélérateur de cette transition, notamment par le développement de filières de matériaux locaux indépendantes de la maîtrise d'ouvrage privée. Mais pour réussir, nous avons besoin de continuité politique. Je déplore que certains nouveaux élus annulent ou repoussent des projets validés par leurs prédécesseurs. La transition écologique ne peut pas se permettre de repartir de zéro tous les six ans à chaque mandat municipal ; les élus doivent se passer le témoin pour que nos territoires s'adaptent enfin au dérèglement climatique. La loi sur l'architecture de 1977 fêtera prochainement ses 50 ans. Quel message souhaitez-vous adresser aux décideurs ? Si nos villes et nos paysages français sont aujourd'hui reconnus pour leur beauté, c'est grâce à cette culture architecturale portée par la loi de 1977. À l'aube de cet anniversaire, j'invite les acteurs, notamment ceux du Grand Paris, à relire ce texte. L'architecture n'est pas une contrainte, c'est la solution aux maux de nos territoires et le moteur indispensable de la transition écologique.

  • À Paris, la densité peut devenir acceptable et « utile »

    Dans un contexte de tension foncière extrême à Paris, deux opérations menées dans les 12e et 19e arrondissements par in'li et l'agence Architectes Singuliers explorent une autre manière de produire de la densité. Pensés sur des parcelles contraintes, ces projets défendent l'idée d'une densification « utile », capable de conjuguer qualité architecturale, mixité sociale et performance environnementale, sans dégrader le cadre de vie. Les architectes Guillaume Dujon et Matthieu Hackenheimer. Comment miser sur la densification dans Paris pour offrir des logements de qualité à un prix maîtrisé ? C'est le défi auquel répondent in'li, filiale du groupe Action Logement dédiée au logement à prix maîtrisé, et l'agence Architectes Singuliers. Au travers de deux opérations qu'ils réalisent dans les 12e et le 19e arrondissements, implantées au cœur de parcelles contraintes, ils démontrent qu'une certaine forme de densité peut être acceptable, voire même « utile » et acceptée, car porteuse de valeur pour le quartier. Pour Éric Balci, la densité acceptable est celle qui « s'intègre à son environnement, qui va être bien pensée ». Aussi, ajoute le directeur général d'in'li, « c'est pour cela qu'il ne suffit pas de densifier à outrance. Sinon, à un moment, on vient dénaturer, complexifier la vie dans le bâtiment aussi ». Une vision partagée par les architectes de ces deux projets, dont l'engagement et le savoir-faire « consistent aussi à induire une perception favorable du renouvellement urbain. C'est une exigence », souligne l'architecte Matthieu Hackenheimer. « Grâce à une morphologie agile et aérée, qui met l'emphase sur les respirations paysagères plus que sur l'affirmation du bâti, nous apportons un nouvel îlot de fraîcheur au quartier, que nous offrons à la vue des passants », poursuit-il. Au-delà des chiffres, ces projets incarnent une mixité sociale concrète et non stigmatisante. Logements à prix maîtrisé et logements abordables cohabitent dans un même ensemble, sans distinction visible. Cette approche favorise une diversité de profils — du jeune actif au ménage familial — dans un cadre homogène et qualitatif. Elle contribue à une ville plus inclusive, où différentes catégories sociales peuvent vivre dans les mêmes quartiers, à proximité des bassins d'emploi et des services. Un Grand Paris plus inclusif, durable et attractif Autres dimensions structurantes : le volontarisme et l'exemplarité environnementale. Bien que conçus avant l'adoption du PLU bioclimatique parisien fin 2024, les deux projets partagent sa philosophie et respectent déjà ses grands principes. La renaturation des cœurs d'îlots en pleine terre pour assurer les continuités paysagères et atténuer les étés caniculaires, alliée à la sobriété carbone des matériaux de construction et du mode de chauffage, sont au cœur des partis pris. Dès 2024, in'li a décrété le recours systématique aux pompes à chaleur, en remplacement du gaz, ce qui illustre cette volonté d'aller au-delà des obligations réglementaires. « Cette stratégie répond à un double objectif : réduire l'empreinte carbone et maîtriser les charges pour les locataires, enjeu clé du pouvoir d'achat », convient Éric Balci. Dans le 19e arrondissement, l'utilisation de matériaux biosourcés et géosourcés — pierre locale, ossature bois — renforce encore cette dimension, tout en participant à une architecture ancrée dans son territoire. Dans le 12e arrondissement, l’opération développée par in’li et Architectes Singuliers, sur une friche rue de la Voûte, a permis de créer 45 logements. Ces deux réalisations démontrent qu'il est possible « de concilier la production de logements répondant aux besoins des salariés avec une architecture de qualité, pérenne et bas carbone », mettent en avant les parties prenantes. En redonnant du sens à la densification, en réintégrant les salariés des classes moyennes dans le tissu urbain et en anticipant les mutations écologiques, elles participent pleinement à la construction d'un Grand Paris plus inclusif, durable et attractif. « Concevoir un cadre de vie de qualité, propice à l'épanouissement et à la stabilité des salariés repose sur une valeur qu'Architectes Singuliers érige comme un droit fondamental : le plaisir d'habiter ! » assure l'architecte Guillaume Dujon. « Car, ajoute Éric Balci, si on commence à densifier et que les gens viennent simplement pour être dépannés pendant quelques mois et partir, nous aurons tout perdu économiquement et en termes de valeur d'actifs. Il faut que les gens se sentent bien et qu'ils aient envie d'acheter leur logement. Et là, on aura tout gagné. »

  • « La ville de 2050 doit se préparer dès aujourd'hui »

    Réchauffement climatique, évolution des usages, vieillissement : pour Icade, la ville de 2050 ne relève plus de la projection abstraite. L'entreprise développe des offres concrètes pour aider les territoires à s'adapter et publie un magazine de design-fiction, « 2050, L'Odyssée de la ville », fruit de 18 mois de travaux avec plus de 60 experts internes et externes, pour faire évoluer les représentations dans le secteur de l'immobilier et auprès du grand public. Nicolas Joly, directeur général d'ICADE. Icade a lancé une démarche sur la conception d'offres pour bâtir la ville de 2050. Pourquoi maintenant ? Parce que la ville de 2050 se construit dans les décisions d'aujourd'hui. Les projets que nous lançons maintenant auront des effets pendant plusieurs décennies. Il faut anticiper les transformations qui redessinent les territoires : réchauffement climatique, tensions sur les ressources, évolutions démographiques, recomposition des usages. Notre méthode part de situations concrètes, croise les expertises et fait émerger des offres réplicables et opérationnelles. Nous sommes à un moment charnière. L'intensification des aléas climatiques et les attentes croissantes des collectivités nous obligent à revoir nos cadres d'action. Le mandat municipal qui s'ouvre (et qui devrait être rallongé d'un an en raison d'un encombrement électoral probable en 2032) est aussi une opportunité : c'est un an de plus pour lancer des projets structurants et poser les premières pierres d'une ville plus résiliente. Quelles sont vos convictions sur la ville de 2050 ? Nous croyons à une ville plus relationnelle, qui crée des liens entre générations, entre usages, entre humains et vivant. L'adaptation au changement climatique doit devenir un principe structurant de la fabrique urbaine. Enfin, les évolutions démographiques et les nouveaux rapports au travail obligent également à concevoir des lieux plus souples et plus mixtes. C'est le sens des trois démonstrateurs que nous activons dès aujourd'hui, autour du concept d'immeuble-refuge, des mobilités géographiques liées au climat ou à la réindustrialisation et de mécanismes de « péréquation verte », pour que chaque opération contribue activement à la reconstitution de la biodiversité à l'échelle d'un territoire. Pourquoi avoir eu recours à la science-fiction ? Parce qu'elle rend les choses tangibles. La prospective peut rester abstraite ; la fiction donne chair aux transformations. Elle aide à se représenter des modes de vie, des usages quotidiens, des relations entre habitants. En plaçant l'humain au cœur du récit, on parle du futur de façon plus sensible et plus accessible. Paradoxalement, la science-fiction est un très bon moyen de parler du quotidien – du logement, du travail, de la chaleur, de l'eau, du vieillissement – dans un cadre projeté qui aide à prendre du recul. On contribue, surtout, à faire évoluer concrètement les comportements ; c'est avant tout cela qui guide notre action.

  • « Transformer les contraintes en projets viables, utiles et responsables »

    Groupe d'ingénierie, de développement et de construction dédié à l'immobilier d'entreprise, APRC accélère ses livraisons en logistique et messagerie, et s'ouvre à l'international. Razzy Hammadi, directeur Stratégie et Prospective, détaille cette dynamique et sa vision de l'immobilier productif. Razzy Hammadi. Quel est l'ADN d'APRC Group ? APRC est un groupe d'ingénierie, de développement et de construction au service de l'immobilier d'entreprise. Notre ADN repose sur une approche intégrée : comprendre les usages, maîtriser le foncier, concevoir des bâtiments performants, les construire dans les délais et accompagner nos clients dans la durée. Cette chaîne de valeur complète nous permet d'être à la fois stratèges, développeurs, constructeurs et partenaires opérationnels, sur des actifs logistiques, industriels, de messagerie ou des opérations urbaines, avec une même exigence : créer des sites utiles, durables et adaptés aux mutations économiques et environnementales. Quelle est votre actualité ? La construction de Géotex en Occitanie, site référence de la production de géotextile, dont le président de la République a posé la première pierre en avril dernier, illustre notre capacité à accompagner des projets structurants pour les territoires. Nous poursuivons un rythme soutenu de livraisons, notamment en messagerie, activité et logistique, où les attentes de réactivité, de qualité d'exécution et de performance énergétique sont très fortes. Parmi les opérations emblématiques : Lidl aux Arcs-Draguignan, La Lainière à Roubaix et Wattrelos, référence de la logistique urbaine, ou Cholet, développée de bout en bout avec KSI, notre filiale de promotion immobilière. APRC franchit par ailleurs une nouvelle étape à l'international, avec la commercialisation de ses premières opérations en Italie et le renforcement de son développement en Croatie et en Slovénie. Nous accélérons aussi sur le développement de data centers, avec deux opérations d'ampleur en cours en France et en Italie ; nous démontrons que l'expertise et l'expérience accumulées ces 20 dernières années peuvent être mobilisées sur de nouvelles typologies. Quelle est votre vision pour l'avenir ? Elle est pragmatique : les crises ne mettent pas fin aux besoins, elles les transforment. Les entreprises ont besoin de sites plus sobres, plus flexibles, mieux connectés aux infrastructures et plus acceptables pour les territoires. Le Grand Paris reste un laboratoire majeur : il concentre des enjeux de foncier, de mobilité, de réindustrialisation, de logistique urbaine et de transition environnementale, mais impose de faire mieux avec moins d'espace, de densifier intelligemment, de réhabiliter et de recomposer. Notre attente est que l'immobilier productif soit reconnu comme une infrastructure essentielle : sans logistique, sans industrie, sans messagerie, il n'y a ni commerce efficace, ni souveraineté économique, ni transition crédible. APRC veut rester un acteur de confiance, solide techniquement, agile dans ses montages, capable de transformer les contraintes en projets viables, utiles et responsables.

  • « Rester le partenaire de référence des entreprises franciliennes »

    Nommée directrice d'Orange Île-de-France, Gayané Manukyan a construit sa carrière dans le groupe, du marketing aux réseaux. Entreprises, jeunes, territoires : elle détaille ses priorités pour une région où l'opérateur compte plus de 11 000 collaborateurs. Gayané Manukyan. Quel parcours vous conduit à la direction d'Orange Île-de-France ? J'ai construit ma carrière chez Orange, dans des domaines variés : le marketing, les opérations, les réseaux, la relation client. Depuis 2023, je dirigeais la relation client monde d'Orange Business, avec plus de 2 000 collaborateurs sur quatre continents, chargés du support de nos clients B2B dans 240 pays et territoires. Ce parcours me donne une vision transverse du groupe, utile pour accompagner les transformations des territoires franciliens. Que représente l'Île-de-France pour Orange ? Un territoire majeur : plus de 11 000 collaborateurs et plus de 70 boutiques. Chaque Francilien est à moins de 30 minutes d'un point de contact physique. Deux boutiques ouvrent le dimanche : Roissy Aéroville à Tremblay-en-France et Le Plessis-Pâté (Essonne). La région est unique : 12,4 millions d'habitants, une forte concentration de grandes entreprises françaises, 30 % d'étudiants. Cela nous pousse vers l'excellence. Nous atteignons 96 % de couverture en fibre optique et 98 % en 5G Outdoor. Et auprès des jeunes et des collectivités ? Notre ambition : fermer le réseau cuivre d'ici 2030 et la 2G, prévue en octobre en Île-de-France, et donner à tous l'accès au très haut débit. Nous sommes présents aux moments clés de leur vie : sur les campus, dans les festivals franciliens comme We Love Green cet été, avec des offres dédiées aux 18-26 ans. Auprès des collectivités, des départements et des préfectures, nous poursuivons nos actions d'inclusion numérique : en 2025, nous avons organisé plus de 50 000 ateliers numériques gratuits en Île-de-France, sur la prévention du cyberharcèlement ou les usages de l'IA. Quelles innovations proposez-vous aux entreprises ? Orange propose des solutions sécurisées qui allient connectivité et intelligence artificielle. Orange Drone 360° est la première offre européenne de lutte anti-drones en mode « as a service ». Elle s'appuie sur des infrastructures souveraines, avec la plateforme Cloud Avenue SecNum et plus de 3 000 experts d'Orange Cyberdéfense. Pour les commerçants, nous avons lancé Tap to Pay by Contodeo : sans engagement ni abonnement, la solution permet d'encaisser depuis un smartphone, sans terminal, en garantissant la traçabilité des transactions. Trois priorités ? Les entreprises, les jeunes et les territoires. Ces thématiques sont structurantes pour Orange Île-de-France et sont nos priorités pour les années à venir. Nous avons les infrastructures, les talents et les solutions pour apporter à chacun les clés d'un numérique responsable.

  • « Un logement sur six produit en France l'an dernier l'a été par le groupe Action Logement »

    Directeur général d'Action Logement Services, Olivier Rico revient sur le rôle contracyclique du Groupe, la montée en puissance de ses services aux salariés et le soutien qu'il apporte aux opérateurs du logement abordable franciliens. Entretien. Olivier Rico. Comment résumeriez-vous le poids et le positionnement d'Action Logement aujourd'hui ? Notre Groupe repose sur deux jambes : un pôle immobilier, fort de 1,2 million de logements en patrimoine, et un pôle service, qui a distribué plus de 820 000 aides et services l'an dernier. Le fait marquant, très illustratif, c'est qu'un logement sur six produit en France l'année dernière l'a été par nos filiales immobilières. Cela résume notre vocation contracyclique : face à l'effet de ciseau entre une demande qui ne cesse de croître et une production qui fléchit, l'État, les ministères, nos partenaires sociaux et nos bénéficiaires nous demandent de tenir le cap. En Île-de-France, zone sous tension maximale, nous y parvenons : notre patrimoine y approche les 400 000 logements et nous avons enregistré près de 15 000 nouveaux agréments sur la seule année écoulée tout en mettant en chantier plus de 14 400 logements neufs, au travers de nos principales filiales, à commencer par 3F. Côté services, quels dispositifs rencontrent le plus large écho ? Deux produits, surtout. Le prêt accession à 1 % est un véritable succès : son taux est plus qu'attractif et, comme il n'exige aucune garantie, les banques l'assimilent à un apport. Il renforce donc mécaniquement la solvabilité des ménages à revenus modestes. L'autre pilier, c'est Visale, notre caution locative gratuite, qui couvre trente-six mois de loyers impayés pour le bailleur. Nous en avons délivré plus de 350 000 l'an dernier, et nous avons fêté en juillet dernier le deux-millionième contrat. L'Île-de-France en concentre une part considérable : c'est un levier décisif d'accès au logement pour les jeunes actifs, les étudiants et les salariés en mobilité. Les promoteurs attendent de savoir s'ils peuvent encore compter sur vos achats. Où en êtes-vous ? Au plus fort de la crise, nous avons acquis 34 000 logements, aujourd'hui commercialisés pour l'essentiel en Île-de-France - près de 3 000 arriveront sur le marché l'an prochain. Un tel effort n'est pas reconductible chaque année, mais nous tenons à donner de la visibilité aux bailleurs. Nos arbitrages obéissent à des critères clairs : l'équilibre économique de l'opération, son implantation au regard des besoins de logement des salariés, et une exigence de durabilité – nous demandons un peu plus que la norme, et récompensons d'un bonus les opérateurs qui vont au-delà. Nos appels à manifestation d'intérêt portent désormais sur deux ans, 2026 et 2027, jusqu'au terme de notre convention quinquennale : beaucoup d'opérateurs s'inquiétaient de notre présence en 2027, année d'élection présidentielle. La réponse est oui. Nous y ajoutons une innovation financière : nous cautionnons les prêts de logements intermédiaires de la Banque des territoires, via une enveloppe de près de 400 millions d'euros sur la période 2026-2027. Alors que les collectivités peinent à apporter des garanties, ce mécanisme, simple et compétitif, dénoue des opérations. À Rueil-Malmaison (92), Seqens Accession a livré en juillet 2026 la résidence CAP 15, 16 logements proposés en PSLA. Quels autres leviers de développement portez-vous ? Notre Opérateur national de vente illustre bien notre logique de double bénéfice. Il rachète en bloc des logements à des bailleurs sociaux, leur procurant un afflux de trésorerie aussitôt réinvesti ; nous les remettons à niveau énergétique et en copropriété, pour les revendre en priorité à leurs occupants ou à des locataires du parc social. Près de 10 000 logements ont été acquis depuis son lancement, environ 2 000 revendus à ce jour ; sur la seule année écoulée, nous en avons acheté près de 1 800 et cédé un peu plus de 600, le temps de constituer le stock nécessaire à la revente. Autre chantier porteur : la transformation de bureaux en logements, via notre Foncière de Transformation Immobilière. En cinq ans, nous avons acquis près de 300 000 m², soit de l'ordre de 7 000 à 7 500 logements, dont plus de 1 300 déjà livrés. C'est une tendance de fond, et nous travaillons à sa massification. Nous avons par ailleurs toujours mené d'importantes opérations de logement, désormais de taille plus mesurée, car la période invite à limiter la prise de risque. Vous présentez l'innovation comme un marqueur du Groupe. Que recouvre-t-elle ? Pour moi, innover, c'est préparer l'avenir. Notre Convention quinquennale nous dote d'une ligne dédiée : l'an dernier, nous avons financé 109 projets sur tout le territoire, pour une quinzaine de millions d'euros, tous au service du lien emploi-logement, au bénéfice des salariés. L'innovation est d'abord technique - nous avons été les premiers à construire des bâtiments à l'imprimante béton, et nous travaillons sur la sobriété énergétique, le photovoltaïque ou la nouvelle génération des ballons d'eau chaude. Mais elle est aussi sociale. À VivaTech, nous venons d'accompagner une start-up dont l'application permet de faire visiter un logement à distance : le visiteur, sur place, est souvent une personne des quartiers prioritaires que nous orientons, avec France Travail, vers un retour à l'emploi. Cela limite du même coup les déplacements : l'innovation se fait alors à la fois sociale et énergétique.

  • Vivifiante !

    Marie-Laure Gadrat, successeure de Richard Curnier à la tête de la Banque des Territoires en Île-de-France décrit, avec une modestie non feinte, un parcours effréné, d'Eymet (Dordogne) aux cabinets ministériels du 7e arrondissement de Paris, en passant par Papeete, Malte ou Toulouse. Au service des territoires et de leurs habitants. Par Jacques Paquier Marie-Laure Gadrat. On ne s'ennuie pas avec Marie-Laure Gadrat. La nouvelle directrice régionale Île-de-France de la Banque des Territoires manie l'art des digressions, des développements connexes, toujours à propos, souvent cocasses, rapides, jamais surplombants. Tenter d'améliorer la vie des gens semble être son unique boussole. « J'ai été biberonnée au service public », résume-t-elle d'emblée. Jusqu'à l'adolescence, sa résidence est le logement de fonction à l'intérieur de la maison de retraite publique que son père dirige à Eymet (Dordogne). « Je viens d'un village de 3 000 habitants et, dans ma famille, il n'y a pas de haut fonctionnaire ou de chef de grande entreprise », dira-t-elle un peu plus tard, pour expliquer pourquoi l'émotion la saisit à l'hôtel de Castries, proche de Matignon, le soir de sa nomination au cabinet de Sylvia Pinel, ministre du Logement et de l'Égalité des territoires. « Je me suis dit ce jour-là que mon père aurait sans doute été fier de moi, c'est aussi ça l'école de la République », confie-t-elle. Fier d'un parcours ascensionnel sans faute, mené à toute berzingue, sans jamais se ménager. « Je travaille beaucoup », relève-t-elle. Son parcours professionnel démarre à Papeete, capitale de la Polynésie française, où elle débarque à 20 ans pour effectuer son stage de troisième année de Sciences Po Toulouse. « Deux jours après mon arrivée sur l'île, le texte faisant de la Polynésie un pays d'outre-mer était discuté par l'Assemblée de la Polynésie française », se souvient-elle. Gaston Flosse, qui préside alors la collectivité ultramarine, entame son discours par quatre phrases en français, puis enchaîne en tahitien. « Je me suis dit que ça allait être long », glisse-t-elle dans un sourire. Stagiaire au secrétariat général du gouvernement, Marie-Laure Gadrat travaille aux détails de la rédaction de cette réforme. Une Européenne convaincue Après Tahiti, Malte, pour un stage dans une direction de Bercy, chargée de faciliter l'implantation d'entreprises françaises sur l'île, et inversement. Puis cette Européenne convaincue entame un master à Strasbourg. « J'ai adoré cette ville », dit-elle. Elle aime autant la beauté de ses rues que la ferveur européenne partagée par l'ensemble de sa promotion. Elle s'occupera de l'Europe ensuite, au cabinet de Martin Malvy, président du conseil régional de Midi-Pyrénées, ainsi que de nombreux dossiers relevant des principales compétences régionales : développement économique, transports, enseignement supérieur ou lycées. Elle salue la grande exigence de son patron d'alors. « Quand nous voyagions en voiture avec lui à travers la région, nous révisions la veille l'itinéraire, sûrs qu'il nous interrogerait sur l'état d'avancement des travaux des lycées de chaque ville traversée, se rappelle-t-elle. J'ai énormément appris à ses côtés. » Par la suite, elle dira la même chose de Sylvia Pinel ou de Jean-Michel Baylet, dont elle sera successivement la cheffe de cabinet. Une fonction qui se résume à une phrase : organiser les déplacements de son ministre et pouvoir, à tout moment, treize heures par jour, accéder au bon dossier… pour prendre la meilleure décision. De Sylvia Pinel, elle loue la capacité d'opposition, citant sa résistance à la réforme de la réduction du loyer de solidarité (RLS). En Jean-Michel Baylet, elle admire « l'animal politique », capable de nouer d'excellentes relations, sans renier ses convictions, avec un Laurent Wauquiez, alors président de l'Association nationale des élus de la montagne, ou un Gilles Simeoni, autonomiste corse. La direction Île-de-France de la Banque des Territoires, où Marie-Laure Gadrat succède à Richard Curnier, n'a pas de secret pour elle puisqu'elle y a déjà œuvré en 2017. Elle y passe alors plusieurs mois à la direction des grands comptes, avant d'intégrer le cabinet d'Éric Lombard, directeur général de la Caisse des Dépôts. D'abord comme cheffe de cabinet, puis comme directrice de cabinet, fonction qu'elle conservera auprès d'Olivier Sichel, actuel directeur général de l'établissement. De ses premiers mois, elle retient surtout les élus, « des gens dont le temps est entièrement dédié aux autres et qui en prennent parfois plein la figure de façon injuste ». Sa méthode : ne pas leur dicter une solution, mais leur demander : « C'est quoi votre plan ? » Et toujours voir la commune avant son maire, car « y aller sans l'avoir jamais vue, c'est désincarné ». Mais le temps de l'entretien s'achève et l'équipe de direction de la Banque des Territoires d'Île-de-France investit son grand bureau de l'avenue Pierre-Mendès-France (13e arr.). L'ambiance est conviviale et studieuse. Son programme est clair : donner du sens à l'action de la Caisse. Améliorer, autant que possible, la vie des gens.

  • Insatiable

    À l'âge où certains préparent leur retraite, Pascal Popelin continue la seule chose qu'il sait faire : livrer des combats. Non plus en élu séquano-dionysien, mais en aménageur, à la tête d'une Maison Séquano qu'il a redressée et rénovée du sol au plafond. Par Jacques Paquier Pascal Popelin. « Ne détaillez pas ma carrière politique, c'est du passé, et ça n'intéressera personne », demande Pascal Popelin. Avec cet air à la fois gourmand et insatiable qui ne le quitte jamais, la saillie verbale jamais loin, malgré une bienveillance et un goût de l'intérêt général revendiqués. Ancien député de la Seine-Saint-Denis, il a quitté la vie politique en 2017 pour prendre la tête de Séquano, l'aménageur public départemental. Le presque sexagénaire bouillonnant d'énergie est un gamin de Livry-Gargan, où sa famille est installée « au même endroit » depuis 1898. Ses parents « ont commandé le mouflet et le pavillon en même temps » ; le chantier ayant duré plus longtemps que la grossesse, il naît à Paris, dans le 19e arrondissement, en février 1967, et sa famille s'installe en Seine-Saint-Denis dès le mois de juin. Il y vivra jusqu'à ses 50 ans : école au bout de la rue, collège, lycée, escrime au club local. Bachelier à 16 ans, entré à Sciences Po à 17, il refuse la légende du premier de la classe : « Le parcours est beau de loin, mais il est loin d'être beau », résume-t-il. Adhérent au PS en 1985, il rencontre Laurent Fabius l'année suivante. « Au départ, tu colles des enveloppes. Et, à l'époque, elles n'étaient pas autocollantes », rappelle-t-il, avec une gouaille digne des Tontons flingueurs. Collaborateur de Claude Bartolone, puis conseiller général à 27 ans, adjoint aux finances de Livry-Gargan auprès d'Alain Calmat, vice-président du département à 31 ans : « On ne s'improvise pas élu. Il y a une sorte de cursus honorum », fait-il valoir. Le sien culmine en 2012 avec la députation. Membre de la commission des lois, il est rapporteur de la loi sur le binôme paritaire aux départementales, puis de la loi prorogeant l'état d'urgence en 2016. Entre-temps, il aura présidé Seine Grands Lacs et passé quatorze ans à la vice-présidence du Syndicat des eaux d'Île-de-France aux côtés d'André Santini. Car Pascal Popelin ne fait rien à moitié. En 2017, à 50 ans, il ne se représente pas et démissionne même de son mandat municipal. « Je suis venu au Parti socialiste à un moment où il correspondait à ce que je croyais bon pour mon pays. J'en suis parti quand je ne le pensais plus », dit-il. Depuis, il s'interdit toute prise de position publique : rien qui pourrait nuire à son nouvel engagement total, sa nouvelle passion, l'aménagement public. À la tête de Séquano, il y transpose sa conviction d'une transformation « par petites touches » : création de Séquano résidentiel en 2019, de Séquano patrimoine et de la SPL Séquano Grand Paris en 2022, restructuration du capital en 2023, création de Foncière Séquano en 2025. L'ensemble forme désormais la « Maison Séquano », dont il vient de signer le 16e traité de concession. « Je ne dis pas que j'ai fait : j'ai porté, j'ai essayé d'incarner », souligne-t-il. Cet urbain s'est découvert une passion pour la campagne, dans la Somme, où il fait des confitures avec les fruits de son verger. Quant aux honneurs, il les décline, Légion d'honneur comprise : « Je ne suis pas sûr d'avoir envie d'entendre mon éloge funèbre de mon vivant », confie-t-il. Fermez le ban.

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