"L'action contracyclique fait partie de notre ADN"
- timotheedulud
- 31 août 2025
- 4 min de lecture
Directeur général d’Action Logement Services, Olivier Rico revient sur les missions du groupe paritaire, ses leviers d’action dans la crise du logement et les spécificités de l’Île-de-France, premier territoire d’intervention du Groupe.

Olivier Rico.
Quel est le rôle d’Action Logement ?
Action Logement est un groupe paritaire issu du 1 % logement. Il est structuré autour d’une association de tête, Action Logement Groupe, et de deux branches :
une branche immobilière, avec 45 filiales de logement social et une filiale de logement intermédiaire qui financent, produisent et gèrent des logements ;
une branche de services, que je dirige, Action Logement Services.
En tant que société de financement, nous prêtons à la fois aux bailleurs sociaux et aux salariés des entreprises, nous garantissons les loyers via Visale et nous soutenons l’accession sociale à la propriété. Nous comptons plus de 3 000 collaborateurs sur tout le territoire et nos 13 directions régionales assurent une présence au plus près des besoins des entreprises et des salariés.
Vous insistez sur l’utilité contracyclique d’Action Logement. En quoi cela consiste-t-il ?
Pendant la crise, nous avons lancé le plan « 30 000 logements pour l’emploi », avec la Caisse des dépôts.Nous avons dépassé nos objectifs et acheté en bloc, entre l’été 2023 et le printemps 2024, 34 400 logements à des promoteurs en difficulté. Cela a permis de finaliser des opérations immobilières et de préserver des emplois, tout en répondant à la demande de logements. Nous avons également développé un mécanisme de caution pour les prêts de la Banque des Territoires aux bailleurs du logement intermédiaire, accélérant la mise en œuvre des projets.
Cette capacité à agir rapidement, en quelques semaines au lieu de plusieurs mois, est reconnue par tous les acteurs comme un véritable levier de fluidification du marché.
La crise du logement s’aggrave. Comment y répondez-vous ?
Nous faisons face à un double effet ciseau : une production insuffisante de logements abordables et une faible rotation.Les locataires restent plus longtemps dans leur logement, notamment faute de pouvoir accéder à la propriété.
Notre réponse est double :
à court terme, créer de l’offre immédiate, par exemple via le programme « Louer pour l’emploi », qui mobilise le parc privé vacant ;
à moyen terme, investir dans la production et faciliter l’accession sociale pour libérer des logements.
Nos dispositifs doivent être adaptés à la réalité des territoires et à l’évolution des besoins. Notre ambition est de fluidifier le parcours résidentiel en développant des solutions multiples.
Le modèle est-il menacé par les ponctions budgétaires ?
L’État a ponctionné nos réserves par le passé. Cela ne crée pas de logements, alors que 2,8 millions de demandes sont enregistrées au fichier national. Il serait grave de priver le principal acteur de la production de ses moyens d’action.Nous avons des engagements clairs, contractualisés avec l’État dans le cadre de la Convention quinquennale 2023-2027.
Pour les tenir, nous avons besoin de ressources stables. L’efficacité de notre action repose sur une visibilité budgétaire suffisante, permettant d’engager des programmes pluriannuels et de nous projeter dans le temps long de la construction.
Quelle est la place de l’Île-de-France dans votre stratégie ?
C’est notre vaisseau amiral. La moitié des contributions des entreprises provient d’Île-de-France. Elle concentre également une part importante des besoins. Nous y menons des actions fortes en faveur du lien emploi-logement, du soutien aux quartiers prioritaires et de la réduction des mobilités pendulaires. Nos outils digitaux permettent d’affiner l’adéquation entre l’offre et la demande. La plateforme AL’in, notamment, facilite la mise en relation entre les offres de logement et les salariés.
Elle a été complétée au printemps par une plateforme dédiée aux salariés en mobilité, aux jeunes actifs, aux saisonniers et aux salariés ne relevant pas du logement social.
Comment agissez-vous pour la décarbonation ?
Nous avons rendu public, en novembre 2022, un Plan pour les économies d’énergie et la décarbonation, en cohérence avec la stratégie RSE du Groupe, déployée depuis 2021. Nos obligations sont émises sur les marchés financiers avec une labellisation durable.Le Groupe représente 1 % des émissions nationales de gaz à effet de serre : notre responsabilité est immense.
Nous innovons, en construisant par exemple des immeubles en béton recyclé ou en déployant des solutions de sobriété énergétique dans les logements. Notre stratégie implique toutes nos structures et vise à rendre notre modèle plus sobre et résilient, avec un objectif très clair : -55 % d’émissions carbone en 2030, pour tendre vers la neutralité carbone à l’horizon 2040.
L’action sociale fait-elle aussi partie de votre mission ?
Oui, Action Logement a une mission d’utilité sociale.Notre objectif est de loger les salariés. Cela passe par des aides financières, mais aussi par une meilleure connaissance des besoins.
L’accompagnement des publics fragilisés est un pan essentiel de notre action : en 2024, plus de 21 000 salariés ont bénéficié de l’accompagnement d’un conseiller social, et 10 % des aides délivrées s’adressaient à des salariés en difficulté. Notre présence sur les territoires, métropole et territoires ultra-marins, illustre notre volonté d’être au plus près des entreprises et de leurs salariés afin d’adapter nos réponses à leurs besoins.
Nous menons chaque année 700 000 enquêtes de satisfaction. Nos taux de retour sont supérieurs à 90 %. Cela montre que notre transformation, bien qu’encore inachevée, répond aux attentes du terrain. Cette attention constante à la qualité du service est au cœur de notre projet d’entreprise. En 2024, près de 800 000 familles ont bénéficié de nos aides et services, dont près d’un quart en Île-de-France.
Et votre implication dans le Grand Paris ?
Nous sommes membres du Club des Acteurs du Grand Paris, car cette dynamique métropolitaine fait sens avec notre rôle : loger les salariés près de leur bassin d’emploi.
Le Grand Paris Express, le télétravail, les nouveaux usages de la ville nous imposent de repenser nos dispositifs.Nous devons accompagner la mutation des territoires, en créant des logements là où sont les besoins réels et non où ils étaient hier.
Notre organisation nous permet une approche évolutive, à la fois territorialisée et pragmatique, au service de notre ambition : faciliter le logement pour favoriser l’emploi.



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