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- « Nous nous engageons dans des projets concrets, au service des territoires »
Depuis 2023, Théophile Morelli pilote l’activité de promotion immobilière de RATP Solutions Ville. Une mission stratégique au sein de cette filiale du groupe RATP, qui entend faire de la fabrique urbaine un levier de transition écologique et de création de valeur pour les territoires. Pourquoi la RATP développe-t-elle aujourd’hui une activité de promotion immobilière ? Historiquement, le groupe RATP cédait les terrains devenus obsolètes ou inexploités à des promoteurs privés. Désormais, avec RATP Solutions Ville, il s’agit d’aller au-delà de la seule valorisation foncière, en participant pleinement à la réalisation des projets immobiliers. Nous devenons co-promoteurs, en accompagnant les opérations de bout en bout : conception, montage, suivi des chantiers. Cela nous permet de mieux défendre les intérêts du Groupe et de garantir l’intégration urbaine, sociale et environnementale des projets. Quels types de projets pilotez-vous aujourd’hui ? Nous avons deux chantiers en cours et venons d’accompagner la direction de l’Immobilier du Groupe dans le lancement de deux nouvelles consultations, l’une à Bagneux pour un programme d’activités, l’autre dans le 20e arrondissement de Paris pour un projet de 80 logements, adossé à un nouvel atelier de maintenance de métro (Belgrand Saint-Fargeau). Nous sommes également co-promoteurs de la réhabilitation de l’ancien siège de l’AP-HP, face à l’Hôtel-de-Ville, avec nos partenaires BNP Paribas Real Estate et Apsys. Ce projet emblématique, nommé « Les Arches Citoyennes », alliera bureaux, logements sociaux et centrale des mobilités – un espace de services urbains dédié à la pratique du vélo, géré par RATP Solutions Ville. Votre périmètre d’intervention reste-t-il cantonné au foncier RATP ? Non, notre ambition est d’intervenir également en dehors du patrimoine RATP. Nous répondons à des appels à projets aux côtés d’acteurs traditionnels, en apportant une valeur ajoutée singulière : notre ancrage territorial, la capacité à intégrer du logement social via notre bailleur RATP Habitat et l’expertise de nos autres filiales en matière de mobilités, d’énergie ou de logistique urbaine. Nous assumons un rôle actif dans les projets, au-delà d’une simple présence institutionnelle. Quel est le profil type des projets que vous recherchez ? Nous ciblons des opérations complexes, à dominante résidentielle, mais avec une forte mixité d’usages : services urbains, logistique, équipements. Le cœur de notre champ d’action reste Paris et la petite couronne, en cohérence avec le maillage historique de la RATP. Notre présence est particulièrement pertinente dans les projets urbains mixtes, là où nous pouvons conjuguer les compétences de l’ensemble du Groupe. Comment intégrez-vous les impératifs écologiques dans vos projets ? Nous appliquons la charte de l’immobilier durable de la RATP, qui s’imposera à tous les projets menés par RATP Solutions Ville. Nous nous inscrivons pleinement dans la trajectoire climat du Groupe, avec des exigences élevées en matière de construction bas carbone, de réemploi des matériaux, de sobriété foncière. En sites urbains denses, l’enjeu est de combiner la réindustrialisation et la modernisation de certains sites avec la création de logements, d’espaces publics ou d’équipements partagés. C’est tout le sens de notre action : inventer une ville plus sobre, plus accessible et plus fonctionnelle. Théophile Morelli, un professionnel engagé dans la fabrique urbaine de demain Diplômé de l’ESTP, formé à la conduite de travaux au Canada, Théophile Morelli a fait ses armes chez Demathieu Bard Immobilier, avant de rejoindre RATP Solutions Ville en 2023 pour y prendre la tête de l’activité promotion immobilière. Ce passionné d’urbanisme coordonne aujourd’hui le développement de projets complexes en Île-de-France, sur des fonciers RATP ou dans le cadre d’appels à projets. Entre montage juridique, dialogue avec les collectivités et coordination technique, il incarne une nouvelle génération de promoteurs engagés, soucieux d’intégrer les enjeux sociaux et climatiques à la construction de la ville. « Le promoteur, dit-il, est un chef d’orchestre. Il faut trouver la bonne harmonie entre les usages, les équilibres économiques et l’intérêt général. » RATP Solutions Ville, un opérateur urbain intégré au service des territoires Filiale du groupe RATP dédiée aux services urbains, RATP Solutions Ville rassemble les expertises complémentaires de quatre entités historiques : RATP Habitat, RATP Real Estate, RATP Connect et RATP Capital Innovation. Sa mission : accompagner la transition écologique des villes en proposant des solutions intégrées en immobilier, télécoms, énergie, logistique et nouvelles mobilités. Co-promoteur de projets urbains complexes, gestionnaire de réseaux de fibre et de froid urbain, opérateur d’espaces logistiques ou de services vélos, RATP Solutions Ville incarne une nouvelle approche de la fabrique de la ville, au croisement des enjeux de mobilité, de sobriété et de proximité.
- Data centers : anticiper pour mieux raccorder
Alors que les projets de data centers se multiplient en Île-de-France, RTE anticipe leurs besoins croissants en électricité et prépare leur arrivée. Vivien Molinengo, responsable des affaires publiques de RTE dans la région, revient sur cette dynamique et sur les actions mises en place pour organiser, avec les territoires concernés, leur accueil. Pourquoi observe-t-on un tel engouement pour les data centers en Île-de-France ? L’Île-de-France concentre aujourd’hui la majorité des demandes de raccordement de data centers reçues par RTE en France. Ce n’est pas un hasard : la région dispose d’infrastructures de télécommunication de premier plan, d’un tissu économique dense et d’ambitions en matière d’innovation et de numérique, comme l’illustre le projet du plateau de Saclay. À ce jour, 5 data centers sont raccordés au réseau de transport d’électricité en Île-de-France. Une trentaine d’autres sont en cours de raccordement et autant à l’étude. Cela montre à quel point la dynamique est forte et touche désormais l’ensemble du territoire francilien, y compris des départements jusqu’ici peu concernés, comme la Seine-et-Marne. Face à cette demande, quels sont les enjeux pour le réseau électrique ? L’enjeu est clair : dans notre rôle de raccordeur et compte tenu des objectifs publics en matière de décarbonation, de réindustrialisation et de souveraineté numérique, il s’agit d’accueillir, dans les meilleures conditions et avec la meilleure qualité de service possible, tout nouvel utilisateur du réseau qui en fait la demande à RTE, dont les data centers. Concrètement, que met RTE en place pour répondre de façon efficace à cette dynamique ? Nous avons notamment lancé une démarche innovante de mutualisation dans le sud-est francilien, sur une zone à cheval entre l’Essonne et la Seine-et-Marne. L’idée est de ne plus traiter les demandes les unes à la suite des autres, mais de concevoir d’emblée une architecture électrique globale pour accueillir l’ensemble des projets à venir. Une telle mutualisation doit améliorer l’efficacité du réseau, raccourcir certains délais de raccordement et limiter la gêne pour les territoires en phase travaux. Par ailleurs, nous avons co-réalisé une étude avec l’Institut Paris Region afin d’identifier des zones qui seraient pertinentes pour accueillir des data centers, en croisant notamment des critères électriques et relatifs au foncier. Ce travail se poursuit avec les services de l’État pour aboutir à une véritable stratégie régionale d’accueil. Cette dynamique est-elle compatible avec l’objectif de décarbonation ? Un des atouts de la France, c’est que la production d’électricité y est abondante et à 95 % décarbonée. À ce titre, implanter des data centers ici est plus vertueux que dans d’autres pays fortement émetteurs de CO2, sans oublier l’importance stratégique de la souveraineté numérique. Enfin, la question de la contribution potentielle du numérique à la décarbonation reste ouverte, comme l’a souligné France Stratégie dans une note d’analyse de 2024. Quoi qu’il en soit, les études prévisionnelles de RTE à moyen terme prennent en compte ces nouveaux besoins électriques et notre rôle en la matière sera de garantir que le réseau de transport d’électricité réponde à toutes les demandes au meilleur coût pour la collectivité et avec le moins d’impacts pour l’environnement.
- "Construire durablement : c'est le défi que nous portons"
3 questions à Alain Girard, Directeur général, Groupe Legendre Comment agissez-vous en faveur de la décarbonation sur les projets gros œuvre en Île-de-France ? Nous croyons au fait d’utiliser le bon matériau au bon endroit. Si notre champ d’action peut paraître limité sur les projets de gros œuvre seul, nous avons tout de même quelques options. Notamment le fait d’optimiser la quantité de béton nécessaire, grâce à nos ingénieurs experts en calcul de structure. Sur l’opération P17&Co (Paris 17e) , réalisée en partenariat avec le cabinet Hardel Le Bihan Architectes et pour le compte de BNP Paribas Real Estate, nous avons par exemple varianté la structure des parois des 5 niveaux de sous-sol de l’ouvrage. Nous avons ainsi économisé 790 mètres cubes de béton, soit un peu plus de 180 tonnes de CO2 . Nous nous intéressons également à la composition des bétons. Nous nous sommes ainsi associés à la société Hoffmann Green, pour expérimenter leur ciment décarboné sur le chantier de nos nouveaux bureaux de Villejuif (94), et nous poursuivons l’utilisation de centrales béton sur nos chantiers pour intégrer du laitier à la formulation dès que c’est possible. La mixité de matériaux, le biosourcé... Ces solutions sont-elles incontournables aujourd’hui pour une entreprise générale ? Nous savons intégrer le bois, la terre crue ou d’autres matériaux à faible empreinte carbone dans nos projets, nous savons adapter nos structures béton pour qu’elles se marient facilement avec du bois ou du métal... Il me semble que les nouveaux enjeux se situent dans l’optimisation de notre organisation sur le chantier. Le principe d’économie circulaire nous occupe beaucoup chez Legendre. Entre dépose sélective, réemploi, réutilisation, les équipes montent en compétences sur ces sujets. Sur le projet de construction de la résidence sociale Petite Pierre (Paris 11e) , la démarche a été challengée à tous les niveaux, des garde-corps au toit végétalisé, en passant par la réutilisation des luminaires, des vasques et des WC. Imaginé par Thibaut Robert Architectes & Associés pour le compte de l’Habitat Social Français, ce chantier offre une belle illustration de notre savoir-faire. La réhabilitation semble durable par définition. Qu’en est-il selon vous ? Les projets de réhabilitation constituent une véritable solution pour limiter l’impact de la construction sur notre environnement. La loi ZAN (Zéro artificialisation nette) nous amène à prolonger toujours plus le cycle de vie des bâtiments. Construire dès que possible sur du « déjà bâti », anticiper les transformations grâce à la réversibilité des usages, augmenter les capacités des ouvrages existants grâce à la surélévation bois sont autant d’options envisageables. C’est actuellement le cas rue du Bessin (Paris 15e) , dans le cadre de la réhabilitation et de la surélévation de trois niveaux d’un ancien centre d’hémodialyse pour en faire une résidence jeunes actifs de 80 logements et une crèche de 30 berceaux. Nous avançons main dans la main avec l’Atelier Téqui Architectes sur ce projet réalisé pour le compte d’Elogie-Siemp. La nécessaire réduction de l’empreinte carbone de la construction force la créativité et nous disposons aujourd’hui d’une vraie palette de solutions. C’est le défi que nous portons pour nos clients et pour la préservation de notre planète.
- "Nous sommes devenus développeurs d'infrastructures critiques"
Bulent Gunduz, directeur administratif et financier, co-fondateur de l’entreprise du bâtiment SBG Lutèce, explique la diversification de son activité vers les infrastructures numériques. Un véritable « changement d’échelle » pour un acteur de la promotion- construction qui ambitionne de devenir l’un des leaders français du développement de data centers verts. Vous êtes issu du secteur de la construction. Comment êtes-vous arrivé dans l’univers des data centers ? Il y a trois ans, face à la mutation profonde du secteur immobilier, j’ai décidé de prendre un virage stratégique vers l’innovation et les infrastructures numériques. Très vite, nous avons identifié un besoin croissant en France, à la croisée de la transition numérique, de la souveraineté technologique et de l’exigence environnementale. Quel a été votre premier projet concret dans ce domaine ? Nous avons développé un data center de 100 mégawatts dans l’Essonne sur un site stratégique. Ce projet, l’un des plus ambitieux d’Île-de-France, a été vendu à un groupe international spécialisé. Il illustre notre capacité à intervenir en tant qu’acteur global : conception, acquisition foncière, autorisations ICPE, raccordement électrique, jusqu’à la vente à l’exploitant. C’est un véritable changement d’échelle pour une société issue de la promotion-construction : nous sommes devenus développeurs d’infrastructures critiques. L’Île-de-France reste-t-elle un territoire prioritaire pour SBG Lutèce ? L’Île-de-France est notre berceau historique. Cette implantation locale nous permet de repérer rapidement des opportunités foncières adaptées aux data centers, en lien avec les besoins des opérateurs et des collectivités. Nous entretenons des relations de confiance avec de nombreux élus et techniciens territoriaux, ce qui facilite le dialogue, l’acceptabilité des projets et leur insertion dans les stratégies locales d’aménagement. Cette proximité institutionnelle est un atout décisif pour faire émerger des projets structurants dans des délais réalistes. Vous insistez sur l’aspect écologique. Pourquoi est-ce si important pour vous ? Parce que les infrastructures numériques ne peuvent plus se penser sans responsabilité environnementale. Tous nos projets intègrent systématiquement des dispositifs de réemploi énergétique, comme la valorisation de la chaleur fatale. Par exemple, notre data center dans l’Essonne permettra de chauffer une serre de 5 hectares – un réel modèle de synergie territoriale. L’objectif est double : réduire l’empreinte carbone tout en créant des bénéfices locaux. Nous voulons prouver que ces infrastructures peuvent être utiles à la collectivité, respectueuses de l’environnement et intégrées à leur territoire. Et pour SBG Lutèce, quelle est la suite ? Aujourd’hui, nous avons une équipe dédiée, formée aux enjeux spécifiques des data centers. Notre ambition est claire : devenir l’un des leaders français du développement de data centers verts, structurants pour les territoires. Nous croyons en une infrastructure numérique locale, performante et alignée avec les objectifs de neutralité carbone.
- "Face à la crise, nous réinventons l’immobilier avec agilité et responsabilité »
Stéphanie Bensimon, directrice de l’Immobilier, et Omar Fjer, directeur Immobilier France et directeur exécutif, reviennent sur la stratégie d’un investisseur qui conjugue performance financière, transition écologique et adaptation aux nouveaux usages. Un modèle d’investisseur agile SB : Ardian est une société d’investissement privée française, indépendante et détenue majoritairement par ses salariés. Avec 180 milliards d’euros sous gestion dans le monde, le groupe couvre plusieurs classes d’actifs, dont l’immobilier depuis 2016. Notre stratégie repose sur le repositionnement d’actifs à fort potentiel , avec près de 6 milliards d’euros investis en immobilier , déjà alignés sur les objectifs des accords de Paris. Des projets emblématiques en Île-de-France SB : Nous avons repositionné le siège mondial de Sanofi avenue de la Grande-Armée et l’ancien immeuble d’Europe 1. Nous développons aussi la pointe amont de l’île Seguin avec Emerige, et avons noué un partenariat stratégique avec Kering autour d’actifs d’exception (place Vendôme, avenue Montaigne). Diversification et nouveaux usages OF : Nous vivons une transformation profonde des usages – travail, consommation, habitat. Certains bureaux resteront vacants, d’autres, bien localisés et pensés, resteront attractifs. Nous élargissons donc notre champ d’action : bureaux prime, résidentiel, résidences étudiantes, centres de stockage urbains, data centers. La diversification est un levier de résilience et d’innovation. La décarbonation comme moteur SB : Avec une équipe ESG de 15 experts climat et biodiversité, Ardian place la durabilité au cœur de sa stratégie : mesure d’impact, réemploi, construction bas carbone. La décarbonation est pour nous à la fois une responsabilité et une opportunité de création de valeur . Conversion des bureaux en logements OF : Ce n’est plus un tabou. La baisse de valeur des bureaux obsolètes rend désormais ces opérations viables, notamment pour des résidences étudiantes . Mais elles doivent reposer sur des projets solides et durables. Une ambition claire SB : Nous voulons poursuivre notre diversification et notre expansion internationale, tout en restant fidèles à notre mission : développer des projets utiles, durables et adaptés aux usages, contribuant à une ville plus inclusive et résiliente.
- « Nous devons massifier la transformation de bureaux en logements »
Richard Curnier, directeur régional Île-de-France de la Banque des Territoires, détaille les leviers d’action de son institution pour répondre à l’urgence écologique et sociale : décarbonation énergétique, reconversion de bureaux vacants, soutien massif au logement social. Il revient aussi sur le partenariat renforcé avec la Métropole du Grand Paris. Quel est le rôle de la Banque des Territoires en Île-de-France ? Nous sommes un acteur de long terme, au service des collectivités, des bailleurs et de l’intérêt général. En 2024, nous avons mobilisé 8,2 milliards d’euros de prêts, dont plus de 7 milliards pour le logement social et intermédiaire. Cela représente près de 23 000 logements sociaux neufs, plus de 8 500 logements intermédiaires et la réhabilitation de 30 000 logements. Nous intervenons aussi auprès des collectivités locales, avec 1 milliard d’euros prêtés pour leurs projets structurants. Vous insistez sur l’importance de transformer les bureaux vacants. Pourquoi ce choix ? Parce que la vacance tertiaire explose : 6 millions de mètres carrés aujourd’hui et peut-être 10 millions en 2030. Dans le même temps, 800 000 personnes attendent un logement social en Île-de-France. Transformer des bureaux en logements, c’est du bon sens. Depuis 2022, nous avons financé 16 opérations de reconversion, représentant plus de 2 000 logements. Le potentiel est considérable, mais il faut encore lever les freins techniques, réglementaires et économiques. Quels outils avez-vous mis en place pour encourager ces transformations ? Nous avons créé un prêt haut de bilan spécifique, à taux zéro, pendant 20 ans, d’un montant de 25 000 euros par logement, sur une durée de 40 ans. Transformer un bureau en logement coûte en moyenne 15 % de plus qu’une construction neuve. Ce prêt rééquilibre les opérations, notamment pour les bailleurs sociaux. C’est un levier essentiel pour massifier. Quels projets emblématiques illustrent cette politique ? À Paris, l’îlot Saint-Germain a permis la création de 253 logements sociaux dans un ancien bâtiment du ministère des Armées. À Pantin, l’opération Délizy a transformé d’anciens bureaux en 48 logements sociaux. À Orsay, la résidence Athéna proposera 312 logements en coliving. À chaque fois, nous finançons via des prêts longs et accompagnons des montages innovants, souvent en VEFA. La transition énergétique est l’autre axe fort de votre stratégie. Où en êtes-vous ? Nous soutenons la structuration d’un mix énergétique décarboné. En 2024, nous avons contribué à alimenter l’équivalent de 82 000 logements en géothermie. Nous intervenons aussi via des prêts longs (Malakoff, Plaine Commune) et en fonds propres dans des SEM locales comme Essonne Énergies. Vous êtes également actifs dans la rénovation des bâtiments scolaires. Quel est votre rôle ? Avec la Métropole du Grand Paris, nous portons le programme ÉduRénov. Une nouvelle convention a été signée pour rénover 500 écoles en cinq ans. La Métropole bonifie nos prêts de 0,5 % et nous finançons 100 % des études préalables. L’objectif est un gain énergétique d’au moins 40 % par établissement. Quelle est la nature de votre partenariat avec la Métropole du Grand Paris ? Il est ancien, structurant et renforcé chaque année. Nous avons cofinancé des projets de redynamisation des centres-villes, soutenu la Gemapi et des projets d’innovation métropolitaine. Une nouvelle convention intégrera le Plan métropolitain de l’habitat, avec un objectif clair : agir plus vite et plus fort sur le logement, l’énergie et la cohésion des territoires. Dans un contexte de crise, comment maintenir cette dynamique ? Notre modèle est résilient. Nous sommes un investisseur contracyclique. En 2024, nous avons doublé nos engagements malgré la baisse du nombre de projets. Le groupe Caisse des Dépôts affiche un bilan consolidé de 1 388 milliards d’euros et un résultat net de 5 milliards. Cela nous donne la capacité d’investir massivement pour l’avenir des territoires.
- "Le commerce est un vecteur social, pas un simple lieu de transaction"
François Agache, directeur général Développementet Opérations d’Apsys, détaille la stratégie de cette foncière familiale, fondée sur la mixité des usages et l’ancrage territorial. Quels sont les fondements d’Apsys et votre positionnement dans le Grand Paris ? Apsys est une entreprise familiale créée par Maurice Bansay en 1996. Son intuition première : le commerce est protéiforme, au croisement des loisirs, de la restauration, des services ; il constitue un levier puissant pour animer les cœurs de ville. Nous avons toujours conçu nos projets comme des morceaux de ville, à l’image de Manufaktura à Lodz en Pologne ou de Beaugrenelle à Paris, notre premier virage vers un modèle de foncière. Aujourd’hui, Apsys est expert de la requalification urbaine sur mesure ; nous concevons, réalisons, animons et exploitons des lieux qui accompagnent la transformation des territoires. En quoi consiste ce modèle hybride ? Depuis Beaugrenelle, inauguré en 2013, nous conservons, le plus souvent, en portefeuille nos actifs, avec une logique patrimoniale et une attention particulière portée à l’expérience client. C’est cette attention portée au produit qui irrigue des lieux comme Boom Boom Villette, situé au sein de la Cité des Sciences et de l’Industrie à Paris. Nous avons créé un concept inédit de 25 000 mètres carrés, réunissant de la food, des loisirs et des événements, et nous exploitons directement le food market. Comment abordez-vous les défis actuels du commerce ? Nous sommes convaincus que le commerce physique reste pertinent. En créant des lieux bien pensés, connectés, expérientiels et à forte valeur ajoutée, nous répondons aux nouvelles attentes des consommateurs. Notre ambition est de développer des projets d’excellence au service d’un commerce durable et désirable qui apporte une réelle dynamique au territoire. Quels projets illustrent votre stratégie francilienne ? Nous développons cette année deux projets de référence en Île-de-France. À Clichy, nous restaurons le monument historique de la Maison du Peuple pour y accueillir les activités d’Alain Ducasse. En face de l’Hôtel de Ville de Paris, nous restructurons l’ancien siège de l’AP-HP en un programme mixte, avec bureaux, commerces ESS et logements. Ce sont des lieux avec une intensité des usages, durables, ouverts sur la ville. Dans un marché atone, quel avenir pour Apsys ? Notre double casquette de foncière et de promoteur nous confère une vraie résilience. Nous ne dépendons pas uniquement des cycles de la promotion. Cela nous permet d’investir, de poursuivre le développement de nos projets, de convaincre nos partenaires publics et financiers. À condition, bien sûr, d’être au rendez-vous de notre promesse initiale. Chez Apsys, nous ne cessons jamais de requestionner un projet. C’est cette exigence, conjuguée à une vision de long terme, qui fait notre singularité.
- « Cuisiner, c’est transformer en joie des produits chargés d’histoire »
Premier chef à entrer à l’Académie des beaux-arts, Guy Savoy confie son émotion, revendique la cuisine comme un art à part entière et rappelle combien Paris et la France ont influencé l’évolution gastronomique du monde entier. « Lorsqu’on est cuisinier, on rêve de toques, d’étoiles, pas d’un fauteuil sous la coupole. » Guy Savoy en sourit encore. À 70 ans passés, le chef trois étoiles vient d’être élu à l’Académie des beaux-arts, au fauteuil numéro cinq. Une première historique pour un représentant de la gastronomie. « C’est un immense honneur. Eh, oui, une fierté pour moi, mais aussi pour tous les cuisiniers qui donnent une deuxième vie aux produits. » Deux ans durant, Guy Savoy a mené sa campagne, allant à la rencontre des Académiciens, rédigeant une lettre à chacun, expliquant son cheminement, sa passion. « Certains étaient déjà convaincus que la cuisine avait sa place parmi les arts. D’autres n’y avaient jamais pensé, mais s’en sont trouvés interpellés. » Un long processus, avec ses joies, ses incertitudes et, à l’annonce de l’élection, une douleur dans le dos de trente minutes, puis un flot de souvenirs de jeunesse, de professeurs sceptiques, de cette psychologue qui me disait que je n’étais pas fait pour un métier manuel... » La reconnaissance académique de la cuisine ? Une évidence pour lui. « C’est un art qui mobilise tous les sens, qui transforme, dans l’instant, un produit brut en émotion. Il faut des mois pour élever une volaille de Bresse. Nous, en cuisine, en quelques minutes, nous lui donnons une deuxième vie, faite de plaisir. » Sur le mur de son restaurant, quai de Conti, une phrase résume sa philosophie : « La cuisine est l’art de transformer instantanément en joie des produits chargés d’histoire. » Guy Savoy revendique une approche « concrète et sensorielle » de son métier : « Quand je vois une carotte, je l’imagine dans son champ ; un homard, dans son fond marin. C’est cette proximité avec la nature, avec ceux qui la cultivent, l’élèvent, la pêchent, qui fonde notre art. » Fidèle à l’Hôtel de la Monnaie, dans un décor où les œuvres de la collection Pinault dialoguent avec ses assiettes, il défend une vision globale de la gastronomie : « Le cadre, le service, l’atmosphère... Tout participe de l’expérience. C’est une recette à plusieurs ingrédients. » Et sur la question du durable, le chef est clair : « On nous parle de circuits courts, d’écologie, mais j’ai grandi avec ça. Mon père était jardinier. On arrachait les radis un quart d’heure avant de les manger. Rien n’était jeté. Ce que certains découvrent aujourd’hui était mon quotidien. » Loin de toute posture, il préfère parler d’« authenticité » : « Mon éleveur de volailles de Bresse en est à la troisième génération. Il nourrit ses bêtes trois fois par jour pour garantir la fraîcheur. Il le fait comme ses grands-parents. C’est cela, le véritable respect du vivant. » « La France a été un phare » Et Paris dans tout cela ? « Paris est une vitrine. Et un observatoire. Mon restaurant, c’est une université. J’apprends tous les jours : des fournisseurs, des clients, des collaborateurs. » Depuis la fin de la crise sanitaire, il observe une évolution marquante : « La clientèle s’est rajeunie, les nationalités se sont multipliées. Aujourd’hui, je reçois des convives du monde entier. La cuisine a plus évolué ces trente dernières années que dans les deux millénaires précédents, affirme-t-il. La France a été un phare. Beaucoup de chefs étrangers sont venus apprendre chez nous. Et, en rentrant, ils ont valorisé leur propre cuisine. » De Las Vegas à Mexico, de Tokyo à Oslo, il voit se diffuser l’idée que « s’attabler dans un restaurant est devenu un acte culturel ». Et le chef de rappeler : « Dans la gastronomie, j’inclus les vins, les fromages, la charcuterie, la viticulture. Tout ce qui fait notre paysage alimentaire. Une diversité exceptionnelle, dans une qualité exceptionnelle. » Membre actif de l’Académie, Guy Savoy participe chaque mercredi à ses réunions. « On échange avec des architectes, des réalisateurs, des musiciens. On parle de création, mais aussi de budgets amputés. La culture est trop souvent sacrifiée. » Et s’émerveille-t-il : « Cela fait des décennies que je nourris des gens ; là, c’est moi qui suis nourri. » Avec la même passion, intacte, que celle de ses débuts. « La retraite n’existe pas dans mon dictionnaire », glisse-t-il dans un sourire. Une manière de rappeler que certains feux, une fois allumés, ne s’éteignent jamais.
- Un an après les JOP 2024, les transports franciliens poursuivent leur transformation
Tarification unique, prolongements et créations de lignes, plans vélo, décarbonation des déplacements : les transports franciliens face aux enjeux économiques, sociétaux et environnementaux. Par Vianney Delourme. 2,50 € pour tout le réseau : prix unique, effet maxi ? Janvier 2025 marque un tournant historique. Pour 2,50 €, il est désormais possible de rejoindre n’importe laquelle des 400 gares d’Île-de-France. Les zones tarifaires disparaissent, balayant quarante ans de casse-tête billettique qui fragmentait notre vision du territoire. Cette « révolution tarifaire » concrétise des décennies d’investissements publics et de décisions politiques, amorcées au début des années 2000, et une montée en puissance d’Île-de-France Mobilités, actuellement en phase de renégociation avec les transporteurs historiques. Chez Enlarge Your Paris , avec dix ans de recul depuis le dézonage du Navigo, nous mesurons l’ampleur de ce changement pour les habitants comme pour les visiteurs : des jeunes partent pique-niquer en bord de Seine, des familles découvrent des forêts à vingt minutes du périphérique, des touristes s’aventurent enfin au-delà de Paris. Ce qu’a confirmé début juillet 2025 une étude de l’Institut Paris Region et de SNCF Transilien : le mass transit de loisirs se développe fortement le week-end. Cette nouvelle accessibilité donne une dimension inédite au Grand Paris et renforce l’attractivité de toute la région. Un changement d’échelle au moment opportun Cette accessibilité tarifaire arrive dans un contexte particulièrement favorable : juste après l’ouverture des prolongements des lignes 14 et 11, l’extension du RER E vers l’ouest et à la veille de la mise en service des lignes 15 Sud et 18 du Grand Paris Express. Vingt années de planification et d’investissements convergent enfin et commencent à porter leurs fruits : infrastructures, matériel roulant, logiciels d’exploitation, billettique. Il y a un an, contre toutes les prévisions pessimistes, le réseau francilien a prouvé son rôle clé dans la réussite des Jeux olympiques. Il a démontré sa solidité. Aujourd’hui, nous assistons à un véritable changement d’échelle. Les gares ne sont plus de simples terminus, mais des nœuds de mobilité multimodale. La digitalisation de l’information voyageurs, grâce aux smartphones et aux données en temps réel, accompagne cette transformation. La logique du porte-à-porte s’impose : le vélo gagne sa place en banlieue, les trajets s’orchestrent en temps réel, les itinéraires se diversifient et s’optimisent. Les premières lignes du réseau Vélo Île-de-France et du réseau Vélo de la MGP sont attendues avec impatience. Cette évolution accompagne une nouvelle façon d’habiter le territoire : plus fluide, plus spontanée, plus libre. Grand Paris Express : la révolution qui vient L’histoire ne fait que commencer. La révolution tarifaire s’accompagne d’une transformation encore sous-estimée du grand public : celle des usages liés au Grand Paris Express. Ce réseau entièrement nouveau – le plus grand projet urbain d’Europe – ne se contentera pas de raccourcir les distances. Il va reconfigurer notre perception du territoire : relier directement les banlieues entre elles, contourner Paris, effacer les anciennes frontières mentales et, espérons-le, sociales. Alors qu’il entre dans sa phase d’ouverture progressive, un cycle d’appropriation collective commence : urbanisme autour des gares, intermodalité renforcée, nouveaux récits métropolitains. Un an après son prolongement, la ligne 14 atteint déjà le trafic quotidien du RER A. Imaginons l’impact lorsque la ligne 15 sera complète ! La chance du siècle : transports publics et urgence climatique Les transports sont la première source d’émissions de CO2 en France. Décarboner nos déplacements quotidiens, nos loisirs et notre tourisme est une urgence. Le transport de masse exige une précision à la seconde en période de pointe. Derrière la tarification unique et les promesses du Grand Paris Express se cachent des défis considérables : la tension croissante sur les finances publiques, la qualité de service, condition première d’une mobilité choisie plutôt que subie, l’amélioration du vécu des usagers, pour qui les trajets quotidiens constituent souvent l’expérience la plus éprouvante de la vie francilienne. Mais nous bénéficions d’une opportunité unique : habiter un territoire qui, pour la première fois depuis des décennies, se dote des moyens de réinventer notre rapport aux distances, aux lieux et aux autres. La convergence d’investissements publics de long terme et de l’urgence climatique crée une configuration exceptionnelle. Il nous appartient d’en faire une chance partagée. Car ce qui se joue aujourd’hui dans les transports franciliens dessine une trajectoire d’avenir pour notre territoire et peut inspirer les grandes métropoles européennes.
- L'IA bouscule les prestations intellectuelles
L’intelligence artificielle ne se limite plus aux robots ou aux algorithmes dissimulés dans les moteurs de recherche. Depuis l’émergence des modèles dits « génératifs », comme ChatGPT, elle s’invite au cœur même des prestations intellectuelles : ces services à haute valeur ajoutée fournis par des architectes, avocats ou communicants. L’adoption de l’IA est en forte croissance dans les entreprises françaises, avec plus d’un quart des sociétés l’utilisant régulièrement et une augmentation annuelle de 35 %. Longtemps préservés par la complexité de leur savoir-faire, les métiers intellectuels voient aujourd’hui leur fonctionnement, leur modèle économique et même leur légitimité profondément remis en question par l’usage croissant de l’intelligence artificielle. La première onde de choc est celle de la productivité. L’IA générative permet de produire en quelques secondes des notes de synthèse, des projets de contrat, des pitchs commerciaux ou des analyses de marché. Dans les cabinets de conseil, on ne cache plus l’usage massif de ces outils pour accélérer la phase de cadrage, générer des trames ou simuler des scénarios. Idem dans les agences de communication, où les rédacteurs publicitaires collaborent désormais avec l’IA pour produire plus de contenu en moins de temps. Même les cabinets d’avocats s’y mettent : certains utilisent des IA spécialisées pour générer des actes simples, résumer des décisions de justice ou identifier des jurisprudences pertinentes. « On ne remplace pas l’expertise juridique, mais on automatise tout ce qui est fastidieux », explique un associé d’un grand cabinet parisien. L’enjeu de la qualité Alors que les projets urbains se multiplient sous la pression démographique et environnementale, les agences d’architecture adoptent de plus en plus d’outils d’IA pour générer des esquisses, tester des scénarios ou optimiser l’usage des matériaux, permettant de fait d’explorer des solutions plus durables. « L’IA ne remplace pas la sensibilité humaine », précise toutefois l’architecte Silvio d’Ascia, qui a mis en place une cellule dédiée au sein de son agence parisienne il y a environ un an. « L’usage de l’IA nous permet surtout de mieux analyser l’impact et l’insertion des projets dans leur contexte. Les maîtres d’ouvrage, publics et privés, peuvent exiger un certain niveau de qualité de représentation du projet afin d’être sûrs de son impact. Dans de nombreux concours et appels d’offres, cette mesure de l’impact esthétique, volumétrique et environnemental est nécessaire. » Simulations, balades virtuelles... autant de possibilités qui permettent d’accélérer et d’éclairer la prise de décision préalable à la réalisation. « Je continue toujours de dessiner à la main, de faire de jolis croquis. Cela fait partie de mon bagage et de mon plaisir au quotidien ! Ce bagage est désormais amplifié, en jonglant entre croquis et image d’insertion photoréaliste à travers l’IA, sans même devoir passer par le dessin informatique, en faisant des variantes avant d’entamer le véritable projet en CAD-Revit », explique l’éminent architecte. La clé du succès résiderait dans le niveau de compétences. « Si vous n’êtes pas sachant, l’IA peut être très dangereuse, alerte Silvio d’Ascia. Une expertise est nécessaire afin de ne pas avoir de résultats néfastes. Il faut toujours une interface humaine ! Et donc le spectre de compétences qu’un architecte doit avoir s’élargit de plus en plus ! » Le défi : former des professionnels tout en garantissant que l’IA reste au service du projet et de ses usagers. Cela suppose donc d’introduire l’IA dans les écoles et de former non seulement à la technique propre du métier d’architecte, mais aussi au « métalangage » lié aux nouveaux outils (programmation, script...) pour un usage optimal de l’IA dans le process. « Il faut avoir confiance dans l’évolution technologique de notre métier, mais sans jamais oublier qui tient le crayon ! » conclut Silvio d’Ascia. Un nouvel âge des métiers de l’esprit s’ouvre donc, plus technologique, mais pas moins humain.
- éCo.urbain : un aménageur pas comme les autres
Depuis sa création en 2022, éCo.urbain assume un rôle d’ensemblier, avec l’ambition de prendre son essor au-delà de Colombes, son territoire d’origine. Point d’étape avec Florence Bruyère, directrice générale, après trois années d’activités au service d’un aménagement durable et engagé. Vous dirigez une structure composée d’une SEM et d’une SPL, durablement ancrées dans le paysage colombien. Qu’est-ce qui a changé en les regroupant sous la marque éCo.urbain ? éCo.urbain est né en avril 2022, il y a trois ans. Changer de nom a été une manière de nous repositionner. La SEM (Codevam), avec ses quarante ans d’activité, est un acteur historique alors que la SPL (Ascodev) est plus récente. Avec ses capitaux mixtes, la SEM peut agir sans contrainte territoriale et prendre des initiatives. La SPL, elle, peut intervenir sans mise en concurrence, pour le compte de ses actionnaires publics. Combiner ces structures nous permet de couvrir tous les champs de l’urbain : nous sommes aménageurs, nous menons des opérations d’équipements et d’espaces publics, nous créons une foncière de locaux commerciaux et nous menons une étude d’opportunité, à notre initiative. Colombes reste notre ancrage, et demeure présent dans notre nom. Cette nouvelle identité, qui regroupe la SEM et la SPL, nous permet de travailler au-delà de Colombes. Dans éCo.urbain, on entend écologie, Colombes et urbain, entre autres... Comment combinez-vous ces dimensions ? Et on le voit aussi ! Notre marque nous raconte, nous et nos valeurs. Nous faisons référence à Colombes et aussi à l’écologie, l’économie, la concertation, l’urbain qui est notre terrain de jeu, l’innovation et un nom qui n’entre pas dans les cases, car nous aimons les projets atypiques et les montages complexes.Ce travail sur nos valeurs a été un acte fondateur de notre nouvelle marque. Nous anticipons les conditions climatiques en exigeant des qualités environnementales exemplaires. Nous co-concevons tous nos projets, pour prévoir les usages. D’ailleurs, ces engagements s’inscrivent aussi dans notre organisation : nos cotraitants font de l’emploi en insertion, et nous formons des alternants et des stagiaires. Depuis 2021, la taille de l’équipe a plus que doublé : chacun(e) a son domaine d’expertise, ce qui nous permet d’agir sur tous les sujets qui font la Ville, mais également de partager nos savoirs et de travailler en équipe. Sur l’éCo.lieu C 2Mains (ZAC Charles de Gaulle Est), les habitants s’approprient l’espace pour penser l’équipement public à venir. On pourrait même entendre « école », un type d’équipement public sur lequel vous intervenez en ce moment... Notre équipe est attachée à l’intérêt général et au bien public – ce qui me semble fondamental dans l’aménagement, d’ailleurs... En effet, nous intervenons sur plusieurs projets d’école, à Colombes et à Villeneuve-la-Garenne. Nous avons l’habitude de caractériser nos programmes en quelques mots, pour donner une âme, une direction au projet.Nous attendions de l’école Dominique Frelaut une « école heureuse » – en plus de respecter le budget et le planning !Si vous demandez à mes collaborateurs, ils vous diront tous que j’ai besoin de nouveaux défis en permanence ! Ces projets sont aussi l’occasion pour nous de nous challenger, d’apprendre et de développer nos savoir-faire. Ces écoles sont également des lieux d’apprentissage pour nous ! éCo.urbain, c’est aussi un « aménageur responsable », comme le précise votre devise. Comment cela se concrétise-t-il ? En tant qu’aménageur, nous sommes doublement responsables. Envers les générations à venir d’abord, pour lesquelles nous fabriquons des lieux de vie, en anticipant le dérèglement climatique. Et nous sommes également responsables envers les générations actuelles, car nous travaillons avec de l’argent public.En dehors de nos opérations, nous avons notre propre responsabilité. Dès 2021, à mon arrivée, j’ai modernisé la structure. Nous avons été le premier aménageur à établir notre bilan carbone. Notre groupe est paritaire et entretient un climat de travail sain. La responsabilité, c’est aussi la sobriété dans l’entreprise : moins de papiers, moins de gaspillage. Et avec les économies, j’emmène l’équipe en séminaire chaque année, en train bien sûr ! Le complexe sportif Marie-José Pérec, « icône frugale » de la ZAC Arc Sportif. S’il fallait ne retenir qu’une opération en 2025, laquelle serait-elle et pourquoi ? Je pense à trois équipements publics. Fin 2024, nous avons remis à la Ville le complexe sportif Marie-José Pérec. L’espace a été investi par les sportifs dès janvier et les étoiles dans les yeux des joueurs nous ont rendus très fiers.Nous sommes aussi ravis que l’école Dominique Frelaut puisse être une source d’inspiration pédagogique, comme nous l’a confié sa directrice. Ce sont ces choses-là qui donnent le sentiment du devoir accompli.Enfin, je pense à C 2Mains, un projet d’urbanisme de préfiguration. Sur cette parcelle de la ZAC Charles de Gaulle Est, les habitants se sont approprié un espace éco-conçu et minimaliste. Plusieurs associations ont développé des projets qui vont de l’aquaponie à des fresques en passant par une bricothèque ! L’objectif à terme est de construire un espace public dédié à la transition écologique, intégrant les expérimentations en cours avec les riverains. C’est une aventure fascinante et très enrichissante !
- « Le commerce est un vecteur social, pas un simple lieu de transaction »
François Agache, directeur général Développementet Opérations d’Apsys, détaille la stratégie de cette foncière familiale, fondée sur la mixité des usages et l’ancrage territorial. Quels sont les fondements d’Apsys et votre positionnement dans le Grand Paris ? Apsys est une entreprise familiale créée par Maurice Bansay en 1996. Son intuition première : le commerce est protéiforme, au croisement des loisirs, de la restau- ration, des services ; il constitue un levier puissant pour animer les cœurs de ville. Nous avons toujours conçu nos projets comme des morceaux de ville, à l’image de Manufaktura à Lodz en Pologne ou de Beaugrenelle à Paris, notre premier virage vers un modèle de foncière. Aujourd’hui, Apsys est expert de la requalification urbaine sur-mesure ; nous concevons, réalisons, animons et exploitons des lieux qui accompagnent la transformation des territoires. En quoi consiste ce modèle hybride ? Depuis Beaugrenelle, inauguréen 2013, nous conservons, le plus souvent, en portefeuille nos actifs, avec une logique patrimoniale et une attention particulière portée à l’expérience client. C’est cette attention portée au produit qui irrigue des lieux comme Boom Boom Villette, situé au sein de a Cité des Sciences et de l’Industrie à Paris. Nous avonscréé un concept inédit de 25 000 mètres carrés, réunissant de la food, des loisirs et des événements,et nous exploitons directementle food market. Comment abordez-vous les défis actuels du commerce ? Nous sommes convaincus que le commerce physique reste pertinent. En créant des lieux bien pensés, connectés, expérientiels et à forte valeur ajoutée, nous répondons aux nouvelles attentes des consommateurs. Notre ambition est de développer des projets d’excellence au service d’un commerce durable et désirable qui apporte une réelle dynamique au territoire. Quels projets illustrent votre stratégie francilienne ? Nous développons cette année deux projets de référence en Île-de-France. À Clichy, nous restaurons le monument historique de la Maison du Peuple pour y accueillir les activités d’Alain Ducasse. En face de l’Hôtel de Ville de Paris, nous restructurons l’ancien siège de l’AP-HP en un programme mixte, avec bureaux, commerces ESS et logements.Ce sont des lieux avec une intensité des usages, durables, ouverts sur la ville. Dans un marché atone, quel avenir pour Apsys ? Notre double casquette de foncière et de promoteur nous confère une vraie résilience. Nous ne dépendons pas uniquement des cycles de la promotion. Cela nous permet d’investir, de poursuivre le développement de nos projets, de convaincre nos partenaires publics et financiers. À condition, bien sûr, d’être au rendez-vous de notre promesse initiale.Chez Apsys, nous ne cessons jamais de requestionner un projet. C’est cette exigence, conjuguée à une vision de long terme, qui fait notre singularité.











