top of page

303 résultats trouvés avec une recherche vide

  • L’INSTITUT PARIS REGION ET L’APUR : DEUX FABRIQUES D’EXPERTISES AU SERVICE DE L’INTERET GENERAL

    Lors d’un dîner débat de l’association Acteurs du Grand Paris, qui s’est tenu à l’Aéro-Club de France le 11 mai 2023, Nicolas Bauquet et Alexandre Labasse, respectivement directeur général de l’Institut Paris Region et DIRECTEUR GÉNÉRAL de l’Atelier parisien d’urbanisme, ont livré leurs regards croisés sur l’Île-de-France et le Grand Paris. L’occasion de détailler les évolutions récentes, démographiques notamment, et les bouleversements provoqués par la pandémie sur le travail et les mobilités. Hélène El Aïba, Nicolas Bauquet, Ludovic Raës, Fadia Karam, Thomas Hantz, Alexandre Labasse et Pierre Trebosc. Expertise d’intérêt général Nicolas Bauquet : « Un tiers de confiance au service de tous les élus et acteurs de la ville. » « L’Atelier parisien d’urbanisme et l’Institut Paris Region produisent ce que j’appellerais de l’expertise d’intérêt général, dans un contexte dans lequel depuis des années, hélas, l’État a déconstruit ses outils natio-naux de connaissance et d’analyse. L’Institut Paris Region, c’est la plus grande et la plus ancienne agence d’urbanisme française, avec 220 collaborateurs et de nombreuses institutions partenaires, et en particulier le soutien constant de la Région Île-de-France dans cette production de savoirs. Tout comme l’Apur, avec lequel nous partageons le même modèle, nous sommes un tiers de confiance au service de tous les élus et acteurs de la ville. Au cours des derniers mois, nous avons ainsi travaillé aux côtés de Valérie Pécresse (présidente de la Région Île-de-France, ndlr) et de Jean-Philippe Dugoin-Clément (vice-président du conseil régional d’Île-de-France, ndlr) pour produire le Schéma directeur de la Région Île-de-France environnemental (Sdrif-e), et c’était passionnant. » Alexandre Labasse : « Offrir une vision stratégique à nos partenaires. » « Je partage avec Nicolas Bauquet la conviction du rôle fondamental de nos structures, qui étudient, analysent les évolutions urbaines et portent une vision prospective dans un moment où les modèles urbains sont questionnés avec une différence fondamentale de périmètre. L’Institut Paris Region travaille sur un territoire de presque 1 300 communes, nous, à l’échelle d’une métropole de 131 communes. Notre ambition est de porter notre regard à cette échelle du Grand Paris de ces 7 millions d’habitants, des grands paysages à l’échelle plus fine du quartier, de la rue, de l’immeuble, afin d’offrir une attention fine à chacun de nos partenaires. En accompagnant tant l’élaboration de documents de planification, tels que le Schéma de cohérence territoriale (SCoT), le Plan métropolitain de l’habitat et de l’hébergement (PMHH), le Plan local d’urbanisme (PLU) bioclimatique de Paris ou les PLUi de certains territoires, que des enjeux locaux de transformations de voirie, des tissus bâtis ou de revégétalisation. » Trois valeurs cardinales : partenarial, transversal, créateur de données Nicolas Bauquet : « Une expertise partenariale, un lieu de réflexion collective et transversale. » « Nous sommes animés par trois valeurs cardinales. Celle de représenter une expertise partenariale et d’être un lieu de réflexion collective. Deuxième point, nous sommes un lieu de réflexion transversale. On ne peut, par exemple, anticiper les problématiques de transport si l’on n’est pas capable de comprendre ce qu’il se passe sur la question du télétravail. Enfin, nos institutions sont des lieux où l’on explore, où l’on exploite et où l’on crée de la donnée, en inventant de nouveaux modes de faire. Nous venons, par exemple, de mettre en place un consortium d’une douzaine de partenaires afin de créer les données nécessaires pour comprendre les évolutions récentes des transports en Île-de-France. Nous avons équipé 3 000 Franciliens d’un boîtier électronique, pendant une semaine, pour suivre leurs déplacements. Aujourd’hui, à l’issue du Covid, on ne sait pas réellement qui se déplace, pourquoi. De même, nous essayons de suivre, avec le Rectorat, l’évolution des effectifs scolaires dans toute l’Île-de-France. » Alexandre Labasse : « L’Apur est l’atelier de la réparation. » « Le plus important, dans notre nom, c’est le terme d’atelier. Il définit exactement ce que nous sommes. Alors que nous traversons une crise à la fois climatique, démographique, économique et sociale, l’Atelier parisien d’urbanisme est le lieu du travail en commun et celui de la réparation. Cela se traduit dans un modèle singulier de gouvernance partagée autour de la Ville de Paris, de la Métropole, de l’État et d’une vingtaine de partenaires, avec qui nous élaborons chaque année notre programme de travail. Ces institutions qui nous financent sont aussi nos administrateurs. Autrement dit, nos études sont proposées, votées par des représentants des grands syndicats techniques métropolitains, des entités publiques ou des collectivités. Cela se traduit dans un éventail de missions très large, porté par les spécialistes de l’Atelier sur des sujets très spécifiques et des études plus généralistes, avec toujours l’ambition de soulever dans le champ urbain les grands enjeux de société. » Signaux faibles et évolutions fortes Nicolas Bauquet : « Un risque d’aggravation des fractures. » « Nous étudions un modèle francilien qui envoie une série de signaux faibles, qui disent que des évolutions extrêmement puissantes sont à l’œuvre, notamment avec l’essor du télétravail, évolutions qui sont en train de complètement transformer les fondamentaux de ce modèle francilien. Avec, en filigrane, un risque de perdre de l’attractivité et des forces vives. Nous avons travaillé sur le Sdrif-e avec ce risque en tête. Celui d’un modèle à la fois démographique, économique, social qui se gripperait, avec un risque d’aggravation des fractures. » Alexandre Labasse : « Vieillissement de la population et mutation des mobilités. » « En ce moment, nous nous intéressons notamment aux dynamiques démographiques, derrière les grandes tendances de baisse de la population parisienne et de ralentissement de la hausse de la population métropolitaine. Ces analyses nous guident dans les enjeux d’aménagement d’habitat ou de mobilité, que ce soit la hausse du nombre de seniors ou la difficulté des jeunes pour s’installer au cœur de la métropole. Ces évolutions croisent l’accélération de la mutation des mobilités post-Covid que nous analysons avec la baisse des immatriculations automobiles, qui apparaît dans quasiment l’ensemble des communes du Grand Paris, corrélée à une très forte augmentation de l’usage du vélo (x 5). En parallèle, nous étudions l’émergence d’initiatives vertueuses, de signaux faibles en matière d’immobilier temporaire de santé, comme l’académie populaire de la santé en Seine-Saint-Denis, ou de lieux culturels, avec le dessin d’une nouvelle géographie métropolitaine symbolisée par l’ouverture d’Artagon à Pantin ou du Hangar Y à Meudon. » Logement Nicolas Bauquet : « La Région est vertueuse dans sa capacité à maîtriser sa consommation d’espaces naturels. » « Sur la question du logement, nos études ont montré la prégnance de la suroccupation en Île-de-France, qui concerne 1 personne sur 5, contre 1 personne sur 10 en France. Nous avons travaillé également sur la question de la rénovation énergétique de l’habitat, démontrant que 45 % des logements aujourd’hui, en Île-de-France, sont susceptibles de sortir du marché locatif du fait des régulations récentes, entraînant un risque d’aggravation de la crise du logement. Parallè-lement, nous avons réalisé récemment une étude rétrospective sur 20 ans de construction en Île-de-France, sur ce que l’on appelle la région bâtisseuse. Elle montre que l’on est parvenu à atteindre, au cours des années passées, le rythme de construction de 70 000 logements par an et que l’Île-de-France est d’ores et déjà très vertueuse dans sa capacité à maîtriser sa consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers, pour construire du logement. Dans un contexte où la suppression de la taxe d’habitation puis de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) coupe le lien fiscal entre les nouvelles implantations, d’habitants ou d’entreprises, et donc l’acte de construire, et les ressources propres des communes. » Alexandre Labasse : « Tout le monde souhaite vivre dans une ville mixte. » Le logement est l’outil dont disposent les pouvoirs publics pour créer de la mixité, pour éviter la ségrégation, en permettant l’arrivée de nouveaux ménages, en répondant aux demandeurs de logement social et en assurant une diversité de l’offre. Cette politique doit aujourd’hui tenir compte, d’une part, des évolutions que je citais précédemment, en proposant des logements à l’intention des étudiants, des jeunes actifs, mais aussi des seniors pour qu’ils puissent rester à domicile et, d’autre part, de la révolution en cours des transports, à l’image de celle des transports en commun, avec plus de 160 gares de métro et tramway créées dans la métropole entre 2020 et 2030. » Nicolas Bauquet « J’ai pris la tête de l’Institut Paris Region le 1er juillet 2022. Contrairement à mes prédécesseurs, je ne suis pas urbaniste mais historien. J’ai mené un parcours à l’international, aux États-Unis, à Rome et Taïwan, sur le réseau diplomatique, et j’ai été trois années durant directeur des études de l’Institut Montaigne. En septembre 2021, je suis devenu conseiller à la prospective au cabinet de la présidente de la Région Île-de-France. » Alexandre Labasse « Je suis directeur général de l’Apur depuis novembre 2022 et j’ai poursuivi, jusqu’en février dernier, en parallèle, mes précédentes fonctions de directeur général du Pavillon de l’Arsenal. C’est là que j’ai notamment développé le laboratoire « Faire », premier accélérateur dédié aux architectes, designers, paysagistes, et été commissaire de plusieurs expositions, dont Conserver Adapter Transmettre ou La beauté d’une ville. Architecte DPLG, je suis également membre de l’Académie d’architecture, président de l’École nationale supérieure d’architecture de Paris Versailles, membre du conseil d’administration de l’association Bâtiment bas carbone et de la Commission du Vieux Paris. »

  • « ENGIE devient un “net zero carbon supplier” »

    Pierre-Yves Dulac, directeur régional délégué Île-de-France d’ENGIE, détaille la stratégie du groupe pour accompagner ses clients vers le zéro carbone. Quel est l’ADN d’ENGIE ? Engie est un des leaders mondiaux des services à l’énergie et connaît, depuis quelques années, une profonde mutation de sa stratégie pour devenir un « net zero carbon supplier ». Ce qui signifie que nous aidons nos clients à réduire leur empreinte carbone. Cette stratégie diffère-t-elle selon vos segments de clientèle ? Nous proposons des contrats d’énergie de plus en plus verts à notre clientèle individuelle. Mais les particuliers sont confrontés au montant parfois élevé que représentent la rénovation thermique de leur habitation, le raccordement à un réseau de chaleur, l’installation d’une pompe à chaleur ou de panneaux photovoltaïques. Avec les collectivités territoriales et les copropriétés, qui constituent la deuxième grande famille de nos clients, nous développons des projets de transition énergétique d’ampleur. Notamment grâce à des réseaux de chaleur vertueux. Un réseau de chaleur dans lequel le mix énergétique comprend pour 60 % au moins d’énergie renou­velable bénéficie d’une TVA réduite, qui passe de 20 à 5,5 %. En Île-de-France et dans le Grand Paris, l’installation de tels réseaux constitue le fer de lance de notre activité. Enfin, nous proposons aux industriels des contrats de fourniture en électricité verte, incluant des offres d’hydrogène vert. Quelle est votre présence dans le Grand Paris ? Nous opérons sur le réseau de la compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU), dont nous sommes concessionnaires depuis 99 ans et qui sera renouvelé l’an prochain, ainsi que sur « Fraîcheur de Paris », ex-Climespace, le réseau de froid de la Capitale, qui vient de nous être réattribué pour les prochaines 25 années. Nous exploitons une quarantaine de réseaux de chaleur dans le Grand Paris que nous transformons progressivement en réseaux verts, en particulier grâce à la géothermie, très adaptée en Île-de-France. La géothermie bénéficie d’une grande stabilité des prix, avec un gisement inépuisable de fluide géothermal. ENGIE est un acteur majeur de la mobilité électrique. Nous venons, par exemple, de remporter le marché d’installation des bornes de recharge sur les réseaux d’autoroutes Paris Nord, Paris Ouest et A6. Nous accompagnons par ailleurs le développement progressif de la mobilité hydrogène, qui demeure aujourd’hui limité compte tenu du prix de l’hydrogène vert et surtout du manque d’usages.

  • LE GRAND PARIS FACE AU DEFI DE LA MIXITE SOCIALE

    Véritable puissance économique, la métropole du Grand Paris est marquée par de fortes inégalités, peuplée à la fois par les habitants les plus riches et les plus pauvres de France. Mais, au-delà de ce constat, le territoire n’est pas le plus ségrégué du pays, même si la mixité recule sous l’effet de la hausse des prix de l’immobilier et du manque de logements sociaux. Par Stéphane Duguet Avec une hausse moyenne en France de 5,2 % en 2022, l’inflation aura révélé encore un peuplus la précarité de millions de Français. La Banque Alimentaire a d’ailleurs recensé, cette année-­là, 2,4 millions de bénéficiaires, trois fois plus qu’il y a dix ans. Le phénomène de la pauvreté concerne d’autant plus la métropole du Grand Paris qu’elle est la plus inégalitaire, à l’image de la région Île-de-France. « On est dans une métropole qui polarise grandement les écarts de revenus », relève Éric Constantin, directeur régional de la Fondation Abbé Pierre en Île-de-France. Les études menées par l’Insee avec l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur) attestent qu’au sein de la métropole, en 2019, les 10 % des ménages les plus aisés gagnent cinq fois plus que les 10 % des ménages les plus pauvres. « Ce ratio est le plus élevé des 22 métropoles de France », notent les auteurs du rapport sur la mixité, publié en février 2023. Le rôle clé de la redistribution Au sein de la métropole en 2019 (dernière année dont les données sont disponibles à l’échelle métropolitaine), les 10 % les plus aisés disposent d’un revenu mensuel de plus de 4 500 euros, contre 3 300 euros au niveau national. De leur c ôté, les 10 % les plus pauvres vivent avec moins de 900 euros, contre 971 euros en moyenne en France. Un dernier indicateur permet de saisir l’ampleur des inégalités : la métropole avait un taux de pauvreté de 18 % en 2013 d’après l’Insee et l’Apur, quatre points de plus qu’au niveau national. La pauvreté dans la métropole du Grand Paris pourrait être encore plus importante sans la redistribution. En effet, « le versement des prestations familiales, minima sociaux et aides au logement, et le prélèvement d’impôts directs contribuent à atténuer ces disparités de revenus », précise l’étude sur les inégalités de revenus. Ainsi, les disparités sont réduites de 44 % grâce aux mécanismes redistributifs. Mais les statistiques masquent une réalité : le coût de la vie dans la métropole est plus élevé que la moyenne nationale. Cela signifie qu’encore plus de personnes pourraient être considérées comme pauvres. L’Insee a donc établit le nombre d’entre elles qui se trouveraient sous le seuil de pauvreté si l’on prend en compte le revenu médian francilien. Au total, elles sont 470 000 à se situer dans le « halo de la pauvreté ». L’étude de l’Insee note qu’en « l’absence de prestations sociales, 70 % de ces personnes basculeraient sous le seuil national de pauvreté ». « On voit bien tout le danger de chercher à diminuer des aides comme les APL », rappelle Éric Constantin. Opposition ouest/nord-est Les disparités entre les Établissements publics territoriaux (EPT) de la Métropole du Grand Paris (MGP) sont très marquées géographiquement. Les plus riches habitent l’ouest de Paris et de la métropole, les plus pauvres le nord-est. « La Seine-Saint-Denis est le département le plus pauvre et Paris le département le plus riche », observe le directeur régional. La Seine-Saint-Denis enregistre ainsi un taux de pauvreté de 27,6 %. Au sein même du département, c’est l’EPT Plaine Commune qui est le moins favorisé avec un taux de pauvreté de 37 %. « Les causes de ce phénomène sont multifactorielles et parfois cumulatives », explique Mathieu Hanotin, président de Plaine Commune et maire socialiste de Saint-Denis, citant entre autres la population jeune, la surreprésentation des familles nombreuses, monoparentales ou le taux de chômage. À une échelle plus locale, un indicateur donne une idée très précise du grand écart des revenus au sein de la MGP. À Aubervilliers, ville la plus pauvre de la métropole, les 10 % les plus riches gagnent au moins 28 280 euros par an. À un peu plus de 10 kilomètres de là, les habitants du 7e arrondissement de Paris, les 10 % les plus aisés, gagnent au moins 135 220 euros par an. « Le vécu de la pauvreté peut être plus compliqué parce qu’à proximité il y a des gens très riches et des gens très pauvres, avec une difficulté à faire bouger ces lignes », constate Cécile Tagliana, ancienne commissaire à la lutte contre la pauvreté à la préfecture de la région d’Île-de-France. « Les évolutions se font sur le temps long. » Ségrégation et mixité sociales Cette inertie s’illustre aussi par l’évolution de la mixité dans la métropole du Grand Paris. Elle a, en effet, très légèrement régressé depuis 15 ans, d’après une étude de février 2023 de l’Insee et l’Apur. Cette publication révèle que 37 % de la population métropolitaine vit dans un quartier mixte, dans lequel « la répartition des ménages par niveaux de revenus est proche de la moyenne observée dans le pôle de Paris ». Au contraire, 21 % des Grands Parisiens vivent dans un quartier « ségrégué », c’est-à-dire un quartier dans lequel cohabitent des populations avec le même niveau de revenus, qu’ils soient élevés ou faibles. Plaine Commune (T6), Paris Terres d’Envol (T7) et Paris Ouest La Défense (T4) sont les trois EPT les plus ségrégués d’après l’Insee et l’Apur. Les deux premiers concentrent des populations modestes, tandis que le troisième des habitants aisés. « La métropole du Grand Paris est la plus inégalitaire de France, mais pas la plus ségréguée », nuance Marie Acs, cheffe de projets d’action régionale à l’Insee Île-de-France et autrice de l’étude. Cela s’explique, d’abord, par la densité de la métropole : « Plus les zones sont denses, plus on a de probabilité d’avoir de la mixité. » Parmi les résultats de cette analyse, Plaine Commune et Paris Terres d’Envol, les deux EPT les moins mixtes de la MGP, suivent des dynamiques différentes. Au sein de Plaine Commune, la mixité a augmenté de 4 % « mais la situation partait de très très bas et est portée par les communes limitrophes à Paris qui connaissent beaucoup de projets d’aménagement », indique Marie Acs. Au contraire, la mixité a reculé de 8 % au sein de Paris Terres d’Envol. Même tendance à Paris Ouest La Défense, qui a perdu cinq points de mixité, « certainement à cause du prix de l’immobilier qui pousse les plus modestes à partir », selon la cheffe de projets. Manque de logements sociaux La mixité de la métropole dépend aussi du nombre de logements sociaux construits dans les EPT. « Si on a trop peu de logements sociaux, on perd en mixité et on augmente en ségrégation entre personnes aisées, comme dans l’ouest parisien. À l’inverse, quand on a une part de logements sociaux trop importante, on augmente en ségrégation, mais entre personnes modestes », souligne Marie Acs. Dans la métropole, comme ailleurs en France, « il y a clairement une difficulté à construire du logement et du logement social pour être en adéquation avec la densification », complète Cécile Tagliana. Sur cette question, Éric Constantin regrette que l’objectif de construction de 37 000 logements sociaux par an en Île-de-France d’ici 2030 « plafonne à 20 000 » depuis 2017. La loi SRU, qui impose à une ville de disposer de 25 % de logements sociaux, peine encore à être respectée dans la région. « On en est loin, déplore le directeur régional de la Fondation Abbé Pierre. 232 communes sont déficitaires et 49 font l’objet d’un arrêté de carence ! » Au rang desquelles figurent Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) et Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne). Au-delà de la production, Éric Constantin attire l’attention sur l’attribution des logements sociaux aux ménages les plus pauvres : « En Île-de-France, 25 % des ménages qui font une demande de logement social sont pauvres et ne bénéficient pourtant que de 13,8 % des attributions, contre 25 % comme l’exige la loi égalité et citoyenneté. » Les attributions varient selon les EPT : dans les quatre EPT de Seine-Saint-Denis, 20 % des logements sociaux sont attribués aux plus modestes. C’est 8 % à Paris Ouest La Défense et Grand Paris Seine Ouest (T3). Héritage attendu des Jeux olympiques En plus des nombreuses politiques publiques enga­gées contre la pauvreté, l’héritage des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 est attendu. « Ils offriront des équipements sportifs flambant neuf, 3 000 logements, des ponts… », énumère Mathieu Hanotin. L’élu mentionne aussi les opportunités d’emploi générées par l’événement. Cécile Tagliana confirme : « On attend beaucoup des JOP, notamment sur les transports, parce que de nombreuses zones sont encore enclavées et ce n’est pas bon pour l’emploi. » Mais elle prévient tout de même : « On attendait aussi des retombées après les Jeux de Londres et on a été un petit peu déçu. » 1,3 MILLION DE MAL-LOGÉS RÉSIDENT EN ÎLE-DE-FRANCE. À PARIS, LES POPULATIONS LES PLUS PAUVRES HABITENT DANS LES 18E, 19E, 20E ARRONDISSEMENTS ET DANS LE SUD DU 13E. Éric Constantin, de la Fondation Abbé Pierre, regrette que l’objectif de construction de 37 000 logements sociaux par an en Île-de-France d’ici 2030 « plafonne à 20 000 » depuis 2017.

  • « La transformation écologique et énergétique est un de nos axes stratégiques essentiels »

    En île-de-France en 2022, la Banque des Territoires a financé 18 895 logements ainsi que 26 450 réhabilitations. Soit 3,2 milliards d’euros prêtés pour le secteur du logement social, contre 3,1 milliards en 2021. Son directeur île-de-France, Richard Curnier, détaille les résultats et l’action de l’établissement dans la région capitale l’an dernier. Quels sont les principaux traits de l’activité 2022 de la Banque des Territoires, à l’heure où vous venez de publier vos résultats ? Le résultat net agrégé de la Caisse des dépôts et ses filiales (BPI, groupe La Poste, Egis, Icade, Suez, Transdev, etc.) est de 4,177 milliards d’euros, pour 59 milliards d’euros de fonds propres. La Caisse des dépôts gère également la retraite d’un Français sur cinq et le livret A, dont 60 % de la totalité des dépôts nous incombe. Quels sont les principaux métiers de la Banque des Territoires ? La Banque des Territoires exerce trois métiers principaux : depuis l’origine, nous travaillons avec les notaires et les professions juridiques réglementées dans leur ensemble. Les dépôts des notaires représentent en île-de-France aujourd’hui un montant de 12,9 milliards d’euros. Cela nous permet de mesurer le volume de transactions, constituant ainsi un bon thermomètre de l’économie. Aujourd’hui, les dépôts baissent, passant de 13,5 à 12,9 milliards, soit une perte d’un peu plus de 500 millions d’euros, qui reflète le ralentissement des transactions. Nous leur avons prêté 105 millions d’euros en 2022, lors de leur installation ou de l’acquisition de locaux professionnels ou bien de parts. De plus, 390 millions d’euros de consignations ont été confiés à la Banque des Territoires en île-de-France pour un encours de 622 millions d’euros. Comment intervenez-vous en faveur du logement social ? Pour le financement du logement social, nous transformons les mannes du livret A en prêts de très long terme, jusqu’à des durées de 80 ans pour le financement des Offices Fonciers Solidaires (OFS). Nous finançons ainsi près de 90 % des logements sociaux, mais aussi leur réhabilitation. En île-de-France, nous avons financé 18 895 logements ainsi que 26 450 réhabilitations en 2022. Soit 3,2 milliards d’euros pour le secteur du logement social, contre 3,1 milliards en 2021. Nous avons par exemple soutenu le développement du groupe Batigère avec une convention de partenariat d’un montant d’1,3 milliard d’euros, pour construire 8 000 nouveaux logements et en réhabiliter 9 000 d’ici à 2024. Nous avons accompagné Habitat 77 avec un prêt de 15 millions d’euros pour l’achat en vente en l’état futur d’achèvement (Vefa) de 100 logements au profit des élèves officiers de l’école de gendarmerie de Melun (Seine-et-Marne). Vous prêtez également aux collectivités territoriales… Nous avons prêté 300 millions d’euros aux collecti­vités territoriales. Nous avons financé un programme d’assainissement de la commune de Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne), l’extension du centre commercial d’Ivry (Val-de-Marne), pour un montant de 31 millions d’euros. Nous avons financé les travaux du Colisée de Tremblay (Seine-Saint-Denis), pour 20 millions d’euros. Nous prêtons aussi pour des projets de taille plus réduite. Nous disposons pour cela de trois ressources : le livret A, la Société de financement local (Sfil) et la Banque européenne d’investissement (BEI), pour laquelle nous endossons le rôle de réseau commercial. Quelle est la nature de votre activité d’investisseur ? En réalisant 318 millions d’euros d’investissement en 2022, nous jouons pleinement un rôle d’investis­seur en fonds propres, avec un double effet de levier. La Banque des Territoires est toujours en position minoritaire. Un appel à la dette est réalisé dans tous nos projets : en créant une société avec un investisseur qui souscrit de la dette. Pour 1 euro investi dans une société, nous obtenons au final un effet de levier de 5 à 6 euros. 318 millions d’euros investis permet­tent donc de générer 1,5 milliard d’euros de projets ! Pouvez-vous là encore nous citer quelques exemples ? à Bois-Colombes (Hauts-de-Seine), au cœur du quartier de la future gare, nous avons créé une société avec La Française Real Estate managers pour loger Sagemcom dans l’immeuble Alphabet. Nous avons investi 6,8 millions dans le projet du Hangar Y à Meudon (Hauts-de-Seine). Pour le stade Bauer à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), avec le groupe Réalités, nous allons investir 33 millions d’euros. Nous avons créé une Semop avec Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), dans le cadre d’un projet de géothermie baptisé Caliti. Nous avons pris en l’espèce une participation de 15 %. La mairie détient pour sa part 34 %, tandis que la Saur a pris 51 % du capital. Nous avons aussi créé des SEM commerce et venons de livrer le premier établissement de CDC Habitat au sein du Village olympique. Quels sont vos grands axes stratégiques pour 2023 ? La transformation écologique et énergétique est un des axes stratégiques essentiels du groupe. Nous souhaitons accentuer nos efforts sur la géothermie. Outre Saint-Germain-en-Laye, financée sous la forme d’une Semop, nous avons également financé la géothermie à Grigny (Essonne), en prêtant ainsi 21 millions d’euros à la SPL de Grigny. Nos projets se portent sur la géothermie de surface et profonde, qui nécessite des financements de très long terme ou des investisseurs long terme. Nous nous engageons sur des sujets de souveraineté, numérique, alimentaire, industrielle, en relocalisant un certain nombre d’activités, notamment sur des friches industrielles. Nous œuvrons pour la cohésion sociale ou territoriale, en favorisant le rééquilibrage est-ouest, le grand âge, avec l’inauguration de la plate­forme gérontologique de Villiers-le-Bel (Val-d’Oise), la santé, en prêtant 29 millions d’euros au groupe hospitalier Nord-Essonne. La rénovation thermique constitue aussi un chantier prioritaire. Enfin, nous allons créer une foncière de redyna­mi­sation commerciale avec la Métropole. La Banque des territoires île-de-France en chiffres : Montant des prêts signés : 3,4 milliards d’euros Investissement en fonds propres : 318 millions d’euros Dépôts des notaires : 12,9 milliards d’euros Montant France 2030 engagé : 193 millions d’euros Conseil et ingénierie : 8,9 millions d’euros

  • Rekeep, un groupe centré sur l’humain

    Cyndie Gombauld, Responsable grands comptes de Rekeep, décrit les métiers du groupe, ses valeurs et des perspectives d’avenir. Quel est l’ADN de Rekeep ? Notre groupe Rekeep, anciennement Manutencoop, a été créé en 1938 en Italie. Nous sommes devenus, au cours de nos 80 années d’histoire, l’un des princi­paux leaders du facility management en Europe, notamment dans le secteur de la santé et des transports. En mettant au cœur de ses prestations l’humain, Rekeep propose une gamme de services complète comprenant le nettoyage, l’accueil et le petit entretien technique. Notre ADN repose, depuis plus de 80 ans, sur la volonté de prendre soin de ceux qui prennent soin des autres. Qu’est-ce qui fait la force de Rekeep ? Notre expertise, notre savoir-faire reposent ainsi sur l’expérience du groupe et de chacun de nos collaborateurs éprouvés au quotidien sur plus de 700 établissements de santé dans 6 pays différents. Notre récente arrivée en France apporte du dyna­misme au secteur et un œil neuf pour des projets transverses liés à l’environnement de travail et l’environnement quotidien des personnes. Conscient que chacune de nos actions a un impact sur notre planète et ceux qui l’occupent, Rekeep est en perpétuelle recherche de la solution environ­nementale et du dispositif social qui pourraient s’intégrer dans nos prestations. L’humain étant la principale force de notre activité, nous travaillons avec des acteurs locaux du recrute- ment et de l’insertion afin de créer et maintenir un vivier de collaborateurs réactifs, formés et à proximité de nos sites clients. C’est en ce sens que nous perpétuons aussi, en France, notre volonté d’être un acteur du facility management dans l’insertion, dans l’inclusion, en participant activement à des groupes de réflexion comme l’Impact Tank, Mouvement Impact France, et en étant signataires du Global Compact. Depuis quand intervenez-vous en France ? Rekeep est présent en France depuis 2016 et a démarré ses activités dans le secteur du transport en commun grâce à des prestations de propreté. Notre stratégie depuis a été d’étoffer notre gamme de services comme notre maison mère, en intégrant la maintenance, l’accueil ou encore la logistique. Nous avons également élargi notre présence dans des secteurs d’activités variés comme le secteur hospitalier, les collectivités, l’industrie ou encore l’immobilier. Notre objectif est de poursuivre notre développement sur ces différents secteurs d’activité et notamment celui de la santé afin devenir un acteur incontour­nable du facility management en France. Pourquoi vous intéressez-vous au Grand Paris ? Le Grand Paris est un projet d’aménagement du territoire de grande envergure pour les prochaines années. La population, les déplacements, les logements, les établissements de santé et tous les acteurs du territoire sont et seront touchés par le projet. Nous voyons en ce projet plusieurs opportunités, tant pour nos collaborateurs que pour notre développement : une amélioration de la qualité de vie et, pour nos clients actuels et futurs, l’opportunité de se centrer sur leurs activités premières en faisant appel à Rekeep.

  • LE FINANCEMENT DU LOGEMENT SOCIAL EN FRANCE

    Dans la mécanique du financement du logement social en France, l’État et les collectivités territoriales jouent un rôle clé, appuyés par la Caisse des dépôts, Action Logement ou encore les bailleurs eux-mêmes. Par Jacques Paquier Selon un bilan publié en novembre dernier par le ministère de la Transition écologique, près de 94 775 logements locatifs sociaux ont été financés en France métropolitaine en 2021. Un chiffre en retrait par rapport aux 105 000 financés en 2019. Sur ce contingent 2021, près de 23 000 opérations concernent la seule région Île-de-France. Hérité de l’immédiat après-guerre marqué par l’urgence à reconstruire, le système actuel repose sur les aides à la pierre, subventions ou prêts versés aux producteurs de logements. Un système dans lequel l’engagement de l’État a pu varier au gré des réformes successives, mais dont la tendance reste à l’incitation faite aux investisseurs privés à construire des logements locatifs. Depuis les années 2000, ce désengagement de l’État va de pair avec la montée en puissance des subventions des collectivités locales : des subventions de base calculées en fonction de la superficie et de la structure des opérations, et donc de la taille des logements ; des subventions pour surcharge foncière utilisées dans des zones où le coût d’achat et d’aménagement des terrains est élevé ; ou encore des primes d’insertion, comme c’est le cas en Île-de-France, qui visent à faciliter la réalisation des logements les plus sociaux dans une zone où le coût du foncier reste particulièrement élevé. Exonérations fiscales et mise à disposition du foncier public Par ailleurs, les dispositifs fiscaux représentent la part la plus importante des aides de l’État. Ils prennent la forme d’exonérations ou de réductions d’impôts qui font l’objet d’une compensation ou d’un remboursement de l’État. Il peut s’agir d’exonération d’impôt sur les sociétés pour les organismes HLM ou autres offices publics d’aménagement et de construction (Opac), d’exonération de taxe foncière sur les propriétés bâties (pouvant aller jusqu’à 25 ans) ou de l’application d’un taux de TVA réduit (5,5 %) étendu aux travaux d’amélioration, de transformation ou d’aménagement de logements locatifs sociaux. L’État dispose enfin d’un autre levier : la mobilisation du foncier public pour y construire des logements sociaux. Loi 3DS : les EPCI entrent dans la danse Depuis la loi du 13 août 2004, l’État peut également déléguer ses compétences à des collectivités territo­riales « volontaires » en matière d’aide à la pierre. Un champ étendu depuis (lois Maptam et Alur de 2014) aux intercommunalités afin qu’elles puissent mener leur politique du logement (garantie Dalo, procédure de réquisition des locaux vacants...). Et, en 2022, la loi 3DS a autorisé les conventions de délégation conclues entre l’État et les EPCI à fiscalité propre. À noter que la Métropole du Grand Paris dispose d’une « délégation de compétences indissociables » pour les aides à la pierre et la gestion de l’hébergement. Les collectivités ont, en outre, la possibilité de subventionner des opérations de logement social. De son côté, la Caisse des dépôts, qui finance 70 % du logement social en France, octroie des prêts de longue durée aux bailleurs sociaux ainsi que des prêts bonifiés (à parité avec Action Logement et le Fonds d’épargne CDC) au bénéfice des organismes de logement social.

  • LE LOGEMENT (SOCIAL ET ABORDABLE) DANS TOUS SES ETATS

    Le 28 juin, lors d’un dîner-débat exceptionnel du club des Acteurs du Grand Paris consacré au logement social et abordable, Damien Vanoverschelde, président de l’Aorif, Richard Curnier, directeur Île-de-France de la Banque des Territoires, Koumaran Pajaniradja, directeur général adjoint d’Action Logement Immobilier, et Anne-Sophie Grave, présidente du directoire de CDC Habitat, ont appelé à l’inventivité et aux coopérations pour faire face à la crise aiguë du logement en cours. Par Jacques Paquier « Il n’y aura pas de Grand Paris attractif sans habitat et sans habitants, et donc sans logement pour tous, abordable et social », a déclaré Damien Vanoverschelde, en ouverture d’un dîner-débat exceptionnel consacré par Acteurs du Grand Paris au logement social et abordable, le 28 juin dernier à Paris. Le président de l’Aorif a rappelé que son organisation rassemble une centaine d’organismes franciliens de logement social, représentant quelque 1,3 million de logements, regroupant 30 % de la population régionale et 25 % du parc social français. Il a insisté sur le triptyque « territoire, emploi, logement », comme socle de tout développement territorial. Le porte-parole des bailleurs sociaux franciliens a souligné l’effet de ciseau que produit la hausse des besoins de logements sociaux et la baisse de leur production. Il s’est dit en accord avec la volonté du Conseil national de la refondation dédié au logement de construire plus de logements locatifs intermédiaires (LLI). Damien Vanoverschelde a mentionné l’importance du rôle contracyclique que jouaient les acteurs du logement social, quand la crise de l’immo­bilier n’a peut-être pas encore atteint son acmé. Il a averti, en l’occurrence, l’assemblée d’un risque d’effon­drement de la production à venir, alors que le nombre de permis de construire a décru de 18 % au cours du premier semestre 2023, la livraison de logements baissant de 40 %. « L’absence de formulation d’une politique est une politique », a-t-il résumé. Mais le bailleur social réfute toute posture de résignation : « Soit on trouve des moyens, soit on attend et on pleure », a-t-il précisé. À ce sujet, le président de l’Aorif a regretté que le gouvernement ait décidé demaintenir une réduction des loyers de solidarité (RLS) pour neutraliser la baisse de l’allocation personnalisée logement (APL) des logements correspondants, ponctionnant d’autant les caisses des bailleurs sociaux. « Que l’on nous laisse faire notre métier », a-t-il martelé, soulignant également l’ampleur des finance­ments nécessaires pour mener à bien la rénovation thermique du parc. 600 000 personnes en attente Richard Curnier, pour sa part, a précisé qu’au sein de la région capitale, seulement une demande de logement social sur dix était satisfaite, portant à 10 ans le temps moyen d’attribution. « 600 000 personnes sont en attente d’un logement social », a-t-il indiqué. Le directeur Île-de-France de la Banque des Territoires a rappelé la mécanique du financement du logement social en France, grâce à l’épargne des Français sur leur livret A, d’abord réservée à la Caisse des dépôts et consignations et aux Caisses d’épargne, ouverte à l’ensemble des banques depuis 2009. Un livret A dont la récente hausse des taux, passant de 0,5 à 3 %, fait le bonheur des épargnants mais coûte cher aux bailleurs sociaux, qui voient le coût de leur financement augmenter d’autant. « Un point d’augmentation du livret A représente 80 millions d’euros de charges en plus par an pour les bailleurs sociaux », a souligné Anne-Sophie Grave, présidente du directoire de CDC Habitat. Alignement de planètes noires « L’ensemble de la chaîne du logement est grippé », a estimé, quant à lui, Koumaran Pajaniradja. Le directeur général adjoint d’Action Logement Immobilier a rappelé tout d’abord la genèse de son groupe, héritier du 1 % logement, créé par des représentants du mouvement patronal soucieux d’offrir à leurs employés des logements abordables. Il a précisé qu’Action Logement représentait plus d’un million de logements en France, un tiers des logements sociaux du pays et un logement locatif intermédiaire sur deux. « On a rarement vu un tel alignement de planètes noires », a poursuivi Koumaran Pajaniradja, indiquant qu’au relèvement des taux d’intérêt s’ajoutaient le renchérissement du foncier lié aux exigences de la sobriété foncière, les hausses des coûts de construction et l’augmentation légitime des exigences des locataires. Enfin, Anne-Sophie Grave a décrit à son tour « la crise majeure » à laquelle le secteur fait face. « La promotion immobilière souffre », a-t-elle déclaré, soulignant que, par un effet de dominos, la réduction de la production de logements libres, au sein de programmes incluant une part de logements sociaux, réduit mécaniquement la production de ces derniers. « Quand tout va bien, tout va bien pour tout le monde, et vice-versa », a-t-elle poursuivi. Pour la présidente du directoire de CDC Habitat, il n’existe aucune solution miracle. « Ni la transformation de bureaux en logements, ni le développement des offi­ces fonciers solidaires, ni l’allongement de la durée des prêts ne pourront à eux seuls résoudre la crise. Ce qui n’empêche pas qu’il faille cultiver ces différentes pistes », a-t-elle estimé. Anne-Sophie Grave prévoit deux années difficiles : « Si l’inflation décroît, 2025 ira mieux. Mais nous allons souffrir en 2023 et 2024 », a-t-elle conclu.

  • Sécurité dans la Métropole du Grand Paris : qui fait quoi ?

    La Métropole du Grand Paris (MGP) et plus largement la Région Île-de-France comptent une myriade d’acteurs de la sécurité. D’abord, la préfecture de police de Paris qui a autorité sur la Capitale et les trois départements de petite couronne : la Seine-Saint-Denis, les Hauts-de-Seine et le Val-de-Marne. Mais le préfet de police de Paris, Laurent Nuñez, est aussi préfet de la zone de défense et de sécurité de Paris qui comprend toute la région. La préfecture de police de Paris gère entre autres la sécurité et l’ordre public avec 30 000 policiers. Collaboration avec les polices municipales Dans la MGP, la police nationale collabore avec les polices municipales comme celle de Paris, créée en 2021. Parmi les 2 779 opérations conjointes menées en 2022, la moitié d’entre elles concernent la lutte contre les vendeurs à la sauvette. Outre ce travail commun, « la police municipale permet à la police nationale de se concentrer sur le cœur de ses missions », explique Nicolas Nordman, adjoint socialiste à la maire de Paris chargé de la Sécurité. Les 800 policiers municipaux parisiens ont pour mission, par exemple, de réguler les terrasses, d’encadrer les marchés ou de lutter contre les incivilités. La mairie ambitionne de disposer de 2 000 agents d’ici 2024. Sécurité partagée dans les transports Dans les transports en commun, les policiers de la brigade des réseaux franciliens, sous l’autorité du préfet de police, côtoient les agents du GPSR (Groupe de protection et de sécurité des réseaux) de la RATP et de la Sûreté ferroviaire de la SNCF. La RATP dispose de 1 000 agents assermentés et armés. Comme les policiers, ils peuvent effectuer des fouilles, arrêter des individus. En revanche, ils ne peuvent pas contrôler l’identité des passagers. Ces agents se coordonnent avec la préfecture de police au sein d’un poste de commandement partagé, en partie financé par la Région Île-de-France. Soutien de la Région Île-de-France Bien que ce ne soit pas une de ses compétences, le Conseil régional investit le sujet de la sécurité en finançant des rénovations de commissariats, des installations de caméras de surveillance ou en achetant des véhicules pour la police des transports. En 2023, le budget sécurité de la Région s’élève à 35 millions d’euros. « Notre région est la plus criminogène de France, il est impossible de la diriger sans s’occuper de la sécurité », justifie Frédéric Péchenard, vice-président LR de la Région Île-de-France chargé de la sécurité. Vers une police métropolitaine ? La Métropole du Grand Paris n’est pas, elle non plus, compétente en matière de sécurité. Mais en 2015, peu avant sa création, Geoffroy Boulard, désormais maire LR du 17e arrondissement de Paris, lançait le débat autour d’une police métropolitaine. « La qualité de vie en ville est une compétence de la MGP et la sécurité publique en fait partie », avance toujours le vice-président métropolitain, même si l’idée n’est plus à l’ordre du jour.

  • LA PREFECTURE DE POLICE DE PARIS JOUE UN ROLE MAJEUR POUR LA SECURITE EN ÎLE-DE-FRANCE

    Trafic de stupéfiants dans la métropole, crack dans la Capitale, manifestations, sécurisation des Jeux olympiques 2024… Le préfet de police de Paris, Laurent Nuñez, nommé en juillet 2022 après avoir été secrétaire d’État et coordinateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, revient sur ses principales actions et les résultats obtenus. Propos recueillis par Stéphane Duguet Quelles sont les missions de la préfecture de police qui vous ont le plus occupé en 2022 ? Toutes ! L’institution préfecture de police joue un rôle majeur sur la sécurité en Île-de-France. D’abord, la responsabilité la plus visible du préfet de police, c’est l’ordre public et faire en sorte que les manifestations se passent bien. Cette année 2022 a aussi été, pour moi, la mise en œuvre des objectifs fixés par le ministre de l’Intérieur. Ils sont multiples, mais il y a une volonté forte de faire baisser la délinquance à Paris et dans les trois départements de petite couronne sur lesquels j’ai une autorité directe. Et ça marche. Par exemple, sur les quatre premiers mois de l’année 2023, par rapport à la même période en 2022, les vols avec violence reculent de 26 %, les cambriolages – et c’est une première depuis longtemps – de 3 %. Les violences aux personnes dans les transports baissent de 27 %. Mais il faut rester modeste parce que l’on a une délinquance qui est structure­lement élevée. Nous obtenons ces résultats en renforçant la présen­ce de nos effectifs sur la voie publique et notamment dans les transports en commun, sécurisés, depuis août 2022, par 100 patrouilles par jour. Nous avons également des renforts d’unités de forces mobiles et je mobilise tous les policiers de la préfecture de police, en priorité dans les zones les plus criminogènes. Concernant la lutte contre le trafic de stupéfiants, où en est-on dans la Métropole du Grand Paris ? C’est un autre des objectifs fixés par le ministre Gérald Darmanin. Nous poursuivons le déman­tè­lement des points de deal et des réseaux. Cette action comporte deux dimensions : un travail de voie publique, les policiers sont présents dans les territoires, et un travail d’investigation sur les réseaux. Nous comptions 513 points de trafic en 2020 dans l’agglomération, aujourd’hui, nous en dénombrons 348. Parmi les différents trafics de stupéfiants dans la métropole, comment votre lutte contre le crack se poursuit-elle depuis l’évacuation, en octobre 2022, du campement du square de Forceval dans le 19e arrondissement de Paris ? Depuis l’évacuation, il n’y a plus de campement de consommation à ciel ouvert. Il y a encore des consommateurs qui errent, les policiers les dispersent tous les jours. Nous travaillons sur deux axes : éviter que les consommateurs ne squattent l’espace public et arrêter les trafiquants. Notre action est très efficace puisque les vendeurs ont de plus en plus de mal à réaliser leurs ventes. Cela se traduit par une augmentation du prix des doses parce que le trafic est périlleux. Certains vendeurs renoncent aussi à exercer leur « activité » en France et partent dans d’autres pays européens. Mais nous avons conscience que pour nos concitoyens ce n’est jamais assez parce que le trafic restant crée des nuisances importantes. Quelles actions supplémentaires pouvez-vous mettre en place ? Sur le crack, la préfecture de police est au bout de ce qu’elle peut faire. Nous travaillons avec l’Agence régionale de Santé sur ce dossier. Il y avait un pro­blème de trafic et de consommation sur la voie publique, je considère que nous arrivons au bout de l’exercice en termes de répression. Par contre, la prise en charge sanitaire et sociale monte en puissance. C’est un élément fondamental de la réussite de notre dispositif parce qu’il faut sortir les consommateurs de la rue. Vous êtes aussi responsable de la sécurisation des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. Avez-vous identifié des menaces particulières ? Nous sommes dans la phase de préparation de la sécurité des sites, que ce soient ceux dédiés à la compétition, le Village olympique, le Village des médias, les sites de célébration ou la cérémonie d’ouverture sur la Seine. Protéger, cela veut dire assurer la protection périmétrique des lieux et lutter contre la délinquance à leurs abords. Parmi les menaces, il y a évidemment le terrorisme. C’est pour cette raison que nous prenons par arrêté des périmètres de protection, ce qui nous permet d’effectuer un certain nombre de contrôles. Mais la menace, c’est aussi une délinquance d’appropriation de personnes qui profiteraient de la venue de nombreux touristes, de spectateurs, d’athlètes, de staff, pour se livrer à des actes délictueux. C’est un événement inédit… Combien d’effectifs allez-vous mobiliser ? Du point de vue de la préfecture de police de Paris, les Jeux sont inédits parce qu’ils vont se dérouler dans toute l’Île-de-France, mais aussi parce que c’est la toute première fois que la cérémonie d’ouverture aura lieu en dehors d’un espace clos. Du côté des effectifs, nous aurons des renforts significatifs de toute la France. Rien que pour la cérémonie d’ouverture, au moins 35 000 agents des forces de sécurité intérieure seront mobilisés. Pour les journées des Jeux olympiques, la mobilisation va varier entre 12 000 et 45 000 policiers. Après notamment les mobilisations contre la réforme des retraites de cette année, comment anticipez-vous d’éventuelles manifestations au moment des JOP en 2024 ? Nous prenons les manifestations en compte. Évidem­ment, nous aurons des dispositifs qui nous permettront de gérer les cortèges. Mais, il faut avoir à l’esprit qu’il y aura des périmètres dans lesquels on ne pourra pas pénétrer. Et puis, il y a un temps pour tout : celui des manifestations et celui des Jeux olympiques qui seront un moment de fête et d’intérêt national.

  • « Le Grand Paris a une vocation de “laboratoire” pour l’ensemble des régions françaises »

    Sébastien de Vanssay, directeur des clientèles institutionnelles et des professionnels de l’immobilier, Caisse d’Epargne Ile-de-France Le Grand Paris offre à la France un formida­ble rayonnement à l’international et ren­force encore l’attractivité de notre pays auprès de talents du monde entier (étudiants, startups, comme grands groupes ou acteurs de la finance). Aussi, fort de sa densité de population, d’entreprises, et fort de sa diversité, le Grand Paris a une vocation de « laboratoire » pour l’ensemble des régions françaises. Les enseignements à tirer de la multiplication des initiatives dans notre région, dans les domaines de l’aménagement, de l’immobilier, des transports, de la santé, de la formation, se diffusent dans tout l’Hexagone. Et ceci d’autant plus que les entreprises franciliennes déploient souvent leurs activités dans toute la France. Les entreprises franciliennes ont souvent une dimension nationale Dans cette perspective, la Caisse d’Epargne Ile-de-France, dont la plupart des clients sont des entreprises qui ont une dimension nationale et qui rayonnent dans les régions, s’est attachée à disposer d’expertises pointues pour les accompa­gner sur des projets franciliens, mais aussi dans les autres territoires métropolitains et dans les DOM-TOM. Dans l’univers des énergies renou­velables, nos équipes dédiées contribuent à la réalisation de projets d’infrastructures (réseaux de chaleur, fermes photovoltaïques, unités de valorisation de déchets, usines de biomasse, etc.). Nous déployons aussi une expertise spécifique de financement des projets de rénovation énergétique des copropriétés, un enjeu particulièrement prégnant en île-de-France, compte tenu de la densité des logements, mais aussi majeur dans l’ensemble des régions. Le Grand Paris est donc par nature un projet d’intérêt national, qui doit profiter à l’ensemble des citoyens. Pour notre part, nous cherchons, dans toutes nos démarches, à être utiles à nos clients et au développement durable de notre territoire. Dans un contexte de transitions sociale, numérique et environnementale, nous sommes convaincus qu’une métropole attractive est aussi une métropole qui sait mettre au premier plan la dimension du « bien vivre » et du « vivre ensemble ».

  • LE SEDIF : LA MEMOIRE DE L’EAU FRANCILIENNE

    L’histoire du syndicat des eaux d’Île-de-France, créé en 1923, se conjugue avec celle de la banlieue parisienne où « aller à l’eau » était encore, au début du XXe siècle, une corvée pour bien des habitants. Cent ans plus tard, le service public de l’eau continue à faire son chemin. Par Catherine Bernard « Quel chemin parcouru depuis 1923, quand “aller à l’eau” représentait une corvée quoti­dienne harassante pour une partie des habitants de la banlieue », s’exclame André Santini, président du syndicat des eaux d’Île-de-France. Difficile d’imaginer en effet, cent ans après la création du Sedif, que les cuisines et les salles de bain disposant d’eau courante n’étaient encore, en 1923, qu’un rêve pour une bonne partie des résidents de la zone dense francilienne. À l’époque, l’urgence était plutôt de disposer d’une eau tout simplement potable. Pour ce faire, des concessions avaient été accordées au XIXe siècle à des sociétés privées pour purifier l’eau et la délivrer aux habitants. Mais la qualité était parfois inégale entre les zones et les tarifs variables. Après quelques tentatives de régulation avant la Première Guerre mondiale, le Sedif – né Syndicat des communes de la banlieue de Paris pour les eaux – est donc créé en 1923 pour veiller à ce que l’eau fournie par la Compagnie générale des eaux soit distribuée « en quantité et qualité voulues », mais aussi pour examiner les comptes de son délégataire. Dès sa création, plus de 130 communes de la banlieue parisienne en sont membres, représentant environ 1,5 million d’habi­tants. Outil politique innovant, ce syndicat est l’émanation des communes (et aujour­d’hui des intercommunalités) qui s’unissent pour mieux partager l’effort nécessaire à la potabilisation et à la distribution de l’eau aux habitants. Un outil industriel de grande ampleur Alors que la population ne cesse d’augmenter et, qu’après la Seconde Guerre mondiale, le besoin de confort s’accroît, le syndicat pilote la modernisation des usines d’eau qui deviennent de véritables objets industriels. Aujourd’hui, les 4 millions d’usagers desservis par le Sedif sont approvisionnés par 3 usines principales, situées chacune sur une rivière : l’usine de Choisy-le-Roi, dans le Val-de-Marne, est approvisionnée par la Seine (capacité de 600 000 m3/j) ; celle de Neuilly-sur-Marne, en Seine-Saint-Denis, reçoit les eaux de la Marne (capacité de 600 000 m³/j) ; celle de Méry-sur-Oise, dans le Val-d’Oise, borde l’Oise (capacité de 340 000 m³/j). Ces sites sont des installations de grande taille : l’espace est en effet nécessaire pour que l’eau soit décantée, clarifiée et passe par plusieurs étapes de filtration, chacune ciblant certains types d’éléments pathogènes. Enfin, l’eau est chlorée avant d’être envoyée dans une unité élévatoire, puis injectée sur le réseau. En tout, le parcours de l’eau, de son prélèvement à sa sortie de l’usine, prend une dizaine d’heures. Pour la distribuer, le Sedif a construit 8 000 km de canalisations de différents diamètres. Il est également propriétaire de 45 stations de pompage pour acheminer l’eau vers les reliefs plus élevés, comme le plateau de Saclay, dans l’Essonne ; 75 réservoirs, qui prennent souvent la forme de châteaux d’eau, permettent des stockages temporaires d’eau, pour mieux répondre aux besoins, très variables selon les heures de la journée. Deux stations d’échange sont équipées pour transférer, si nécessaire, de l’eau entre les usines du syndicat. Enfin, 69 interconnexions existent entre le réseau du Sedif et ceux des autres opérateurs d’eau franciliens, afin de permettre un secours mutuel en cas d’indisponibilité temporaire de leurs installations. Pour piloter ce réseau, le syndicat a mis sur pied le ServO, basé à Nanterre (Hauts-de-Seine). Il suit, par exemple, les informations données par les 1 700 capteurs Rés’écho qui font remonter des suspections de fuite. Grâce à ces outils, le rendement dépasse les 90 %. L’accessibilité, un défi toujours renouvelé Pourtant, si, en 100 ans, la situation a bien changé, le syndicat des eaux d’Île-de-France n’en est pas moins confronté à de nouveaux défis. Celui de l’accessibilité tout d’abord. Certes, l’eau du robinet est désormais disponible dans chaque foyer, ou presque. Elle n’en reste pas moins un service inaccessible à certaines bourses. C’est pourquoi le Sedif a lancé, en 2011, le programme « Eau solidaire ». Doté de 1 % des recettes provenant des ventes d’eau, soit environ 2,5 millions d’euros par an, il comporte trois volets. Le premier consiste à aider les personnes en difficulté ou en situation d’urgence à payer leur facture d’eau ou, lorsqu’elles habitent en immeuble collectif, l’équivalent « eau » du loyer. Près de 60 000 foyers ont ainsi déjà été aidés. Le deuxième volet concerne la prévention : il s’agit de sensibiliser les publics – et notamment les plus fragiles – aux écogestes permettant de réduire les volumes d’eau consommés. Ceci passe par un travail mené avec une trentaine d’associations. Enfin, le troisième volet vise à accompagner les résidences et copropriétés dans la recherche de fuites d’eau, souvent invisibles, mais, in fine, très coûteuses, et à les réparer. Depuis 2015, environ un millier de copropriétés ont ainsi été l’objet d’une surveillance des volumes consommés. Mais, cent ans après la création du Sedif, le principaldéfi du syndicat reste la qualité de l’eau distribuée. Car si l’outil industriel est dimensionné pour répon­dre, largement, à toutes les normes en vigueur, celles-ci se trouvent parfois dépassées par la réalité. Ainsi, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) a publié, en avril 2023, les résultats d’analyses sur plus de 150 pesticides et métabolites de pesticides. 800 millions d’euros pour la qualité de l’eau Or ces résultats font apparaître, y compris en Île-de-France, la présence très fréquente dans l’eau potable du métabolite du chlorothalonil R471811, dérivé d’un pesticide interdit depuis 2019. « Les mesures indiquent que les filières actuelles de traitement des trois usines principales de production de Choisy-le-Roi, Neuilly-sur-Marne et Méry-sur-Oise, pourtant complètes, ne peuvent retenir certains pesticides que les progrès de l’exploration scientifique mettent au jour », explique André Santini. « C’est pourquoi le Sedif a étudié, depuis 2015, la possibilité de mettre en œuvre à 100 % la technologie de filière membranaire haute performance sans reminéralisation, afin de retenir toujours plus de micropolluants, résidus médi­camenteux et autres perturbateurs endocriniens. » Dans les filières dites « traditionnelles », l’eau passe par plusieurs étapes de filtration : sable, ozonation, charbon actif, ultraviolets, chacune ciblant certainstypes d’éléments pathogènes. Dans les filières membranaires, l’eau est injectée dans des membranes dont les trous sont si petits qu’ils ne laissent passer que le liquide. Les membranes capturent les polluants contenus dans l’eau. Pour l’heure, seule l’usine de Méry-sur-Oise est équipée d’un système de nanofiltration, qui cohabite avec la filière conventionnelle. Mais le Sedif entend généraliser cette famille de technologies et, notamment, l’osmose inverse basse pression, qui fait actuellement l’objet d’un débat public. La qualité de l’eau a un prix : des investissements de l’ordre de 800 millions d’euros seront consentis d’ici à 2032. Parallèlement, le Sedif agit à la source pour aider les agriculteurs à changer de pratiques et à utiliser moins d’intrants chimiques. Tel est l’objet du programme « Terre & Eau 2025 », qui vise à protéger la nappe de Champigny, en Seine-et-Marne.

  • « Réinventer le Grand Paris » : Jacques Paquier

    Jacques Paquier, directeur de la rédaction du Journal du Grand Paris Il y a décidément quelque chose qui cloche en France, comme les émeutes du début de l’été l’ont de nouveau démontré. Ceux qui ont voyagé cet été ont pu voir, selon leur destination – ce n’est pas vrai partout –, des sociétés plus harmonieuses, plus calmes que la nôtre. Et pas seulement parce que les parents y tiennent mieux leurs enfants… C’est une indéniable réalité, le pays a perdu en partie son art du vivre ensemble. Et bien malin celui qui saurait comment y remédier. Quelques idées, toutefois. Notamment celle qui veut que le Grand Paris pourrait contribuer à corriger cette situation, pour l’Île-de-France et au-delà. Sous différentes formes. Si le pays s’est rapproché au cours des dernières années du plein emploi, les promesses de développement économique du projet du Grand Paris sont de nature à donner de nouvelles perspecti­vesde carrière, faisant mentir ceux qui semblent penser que la société n’a rien à leur offrir. La création de quartiers aimables, végétalisés, dûment desservis par un réseau de transport décuplé, devrait également contribuer à pacifier la région, tant il est vrai que Roland Castro avait raison quand il constatait que les quartiers à l’architecture soignée étaient le plus souvent épargnés par les vandales. Le rééquilibrage spatio-économique, un des objectifs premiers fixés à la construction métropolitaine par la loi relative au Grand Paris de 2010, contribuera, lui aussi, en luttant contre les ghettos, des deux côtés de l’échelle sociale, à la construction d’une Île-de-France moins ségréguée et donc moins violente. Pour ces différentes raisons, la construction du Grand Paris est bel est bien un projet d’intérêt général. Il faut l’accélérer. En garantissant aux pouvoirs publics l’autorité suffisante pour que la multiplicité des lois en vigueur, censées porter ces objectifs, soit suivie d’effets. Cela ne passerait-il pas par une meilleure application du beau principe de subsidiarité, qui veut que l’on décide tout au niveau local, sauf ce qui gagne à être orchestré au niveau supérieur ? Une logique de simplification et de gestion de proximité qui n’exclut pas l’État, bien au contraire. Qui peut, à part lui, garantir la primauté de l’intérêt collectif sur les intérêts particuliers ?

bottom of page