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  • PARIS-SACLAY : LE COUP D'ACCÉLÉRATEUR

    Alors que le campus urbain commence à prendre définitivement vie, de nouveaux quartiers entrent désormais en phase aménagement : Corbeville sur le plateau de Saclay, mais aussi Satory Ouest à Versailles ou la ZAC des Savoirs à Guyancourt. De quoi renforcer les liens entre les trois communautés d’agglomération concernées sur les deux départements des Yvelines et de l’Essonne. PAR CATHERINE BERNARD. Son nom est mondialement renommé : il figure à la 13e position du classement inter­national de Shanghai des universités les plus prestigieuses et est connu de tout ce que le monde compte d’investisseurs en nouvelles technologies. Et pourtant, la petite commune de Saclay, dans l’Essonne, ne recense que quelque 4 300 habitants ! Mais le nom de la bourgade s’est, en une décennie, érigé en concept à l’échelle mondiale. Réhabilitation de la Halle Piano, naguère propriété de Thales à Guyancourt, sur le territoire de Saint-Quentin-en-Yvelines. Sur le campus urbain, qu’aménage depuis plus de 10 ans l’Établissement public d’aménagement de Paris-Saclay (Epaps) avec les collectivités concernées, les derniers grands représentants du monde académique ont désormais pris leurs quartiers : l’impressionnante Ecole normale supé­rieure de Paris Saclay, dessinée par Renzo Piano, a accueilli ses 1 700 étudiants et 300 enseignants chercheurs en septembre 2021. Le campus d’Agro­ParisTech, dessiné par les architectes Marc Mimram et Jean-Baptiste Lacoudre, ouvrira lui ses portes en septembre 2022, tout comme le pôle BPC (biologie-pharmacie-chimie) de l’Université Paris-Saclay. Les grands centres de recherche privés ne sont pas en reste : côte à côte se construisent ainsi le nouveau centre de recherche de Danone et celui de Servier, qui ouvrira au printemps 2023. En attendant celui promis par LVMH. Bientôt commenceront les travaux du « Central », ce quartier mixte innovant de plus de 60 000 mètres carrés dans le quartier de l’École polytechnique. Désormais, la vie s’installe sur un plateau qui semblait, jusqu’alors, condamné à des travaux permanents : la nouvelle brasserie de la ZAC, située sur la commune de Palaiseau, fait le plein et l’arrivée de familles dans le quartier du Moulon a impulsé l’ouverture de l’école et de commerces de plus en plus nombreux. Alors que le chantier de la ligne 18 du Grand Paris Express, qui reliera l’aéroport d’Orly à Versailles-­ Chantiers, bat son plein, l’aménage­ment du troisième quartier du plateau a déjà commencé : il s’agit de Corbeville, situé à mi-chemin entre le Moulon et l’École polytechnique. Le futur hôpital de Paris-Saclay et le complexe sportif sont en construction, et les premières consultations pour des logements étudiants et familiaux ont déjà été lancées. L’aventure commence en territoire yvelinois Mais l’opération d’intérêt national déborde désor­mais de son périmètre essonnien. À Guyancourt, sur le territoire de Saint-Quentin-en-Yvelines, le top départ de la réhabilitation de la Halle Piano, naguère propriété de Thales, est lancé. Elle fera l’objet d’un projet d’urbanisme transitoire dès 2024 et constitue le premier jalon du futur quartier des Savoirs qui doit voir le jour dans la ZAC Gare de Guyancourt-Saint-Quentin. À Versailles Grand Parc, sur Satory Ouest, les véhicules de chantier commencent à arriver. Le laboratoire de Mines ParisTech devrait être terminé en 2024, tout comme la construction d’un parking silo et d’un restaurant collectif. Les premières consultations pour la construction de logements seront lancées au 2e semestre 2022. Signe des temps : pour son édition 2022, Paris-Saclay Spring, l’événement dédié à l’innovation, rassemblait cette année en nombre des acteurs venus des territoires yvelinois de Paris-Saclay. Le campus d’AgroParisTech, dessiné par les architectes Marc Mimram et Jean-Baptiste Lacoudre. « Nous devons faire de Satory Ouest un quartier exemplaire » POUR FRANÇOIS DE MAZIÈRES, PRÉSIDENT DE VERSAILLES GRAND PARC (YVELINES), LA CONSTRUCTION DU NOUVEAU QUARTIER DOIT HARMONIEUSEMENT S’INTÉGRER DANS L’EXISTANT. « À Versailles Grand Parc, l’opération d’intérêt national se traduit notamment par l’aménagement du quartier de Satory Ouest, qui devrait accueillir à terme 4 200 logements. Nous devons en faire un quartier exemplaire du XXIe siècle, mixant activités et logements et sortant de la logique le corbusienne d’orga­nisation par secteurs. Il est important d’inscrire cet aménagement dans le temps et de bien le phaser avec l’arrivée du futur métro, prévue en 2030. Le danger est de construire trop vite, et pas bien. Nous devons également tisser un lien harmonieux entre la ville et les surfaces agricoles toutes proches. C’est pourquoi, nous pensons avec beaucoup de soin l’organisation de cette ZAC. Le quartier baptisé « Lisières » (700 logements) va faire l’objet d’une promotion immobilière dès 2023. Il s’inspire du quartier Vauban à Fribourg-en-Brisgau, en Allemagne. Un parking silo sera situé à son entrée. La circulation, ensuite, se fera essentiellement à pied ou à vélo. Sans être doctrinaires, il s’agit de repenser le rôle du véhicule particulier pour redonner du calme aux îlots d’habitation. Mais Satory sera aussi un pôle académique, avec l’implantation très prochaine des laboratoires de Mines ParisTech, et un pôle économique et de recherche. D’ores et déjà sont présents l’institut Vedecom, dédié aux nouvelles mobilités, l’université Gustave Eiffel et une piste d’essais, qui doit être reconstruite. » « Il est nécessaire de tisser des liens entre le plateau et les villes pré-existantes » PRÉSIDENT DE LA COMMUNAUTÉ D’AGGLOMÉRATION DE PARIS-SACLAY, GRÉGOIRE DE LASTEYRIE SOULIGNE L’ENJEU D’INTÉGRER LE CLUSTER SCIENTIFIQUE DANS LES VILLES DE LA COMMUNAUTÉ D’AGGLOMÉRATION. « C’est une fierté pour notre territoire que le pari de créer un grand pôle d’innovation ait déjà en partie été réussi. L’université de Paris Saclay est la première université européenne au classement de Shanghai et Paris-Saclay est reconnu par le MIT comme l’un des huit pôles mondiaux d’innovation. Nombre d’entreprises font en outre le choix de s’installer sur le plateau. EDF a été pionnier, LVMH comme Intel sont en train de regar­der, sans oublier Servier ou Danone. Un grand chemin a été parcouru en dix ans et je suis sûr qu’un chemin tout aussi important reste à faire dans les prochaines années. L’arrivée du métro est essentielle pour desser­vir ce quartier. Pour les maires, l’enjeu est de tisser des liens entre ce nouveau pôle et nos villes actuelles, qui se trouvent plutôt dans la vallée. Cela suppose de créer de la vie dans ces nouveaux quartiers, de construire les équi­pements publics indispensables, mais aussi de faire en sorte que leurs habitants découvrent les parties plus anciennes des communes, et réci­proquement. À Palaiseau, des commerces sym­pa­thiques commencent à ouvrir sur le plateau et cela contribue à faire venir des habitants. Pour ma part, je propose systé­matiquement aux entreprises qui s’implantent de leur faire faire le tour du territoire. À l’inverse, j’organise régulièrement des visites en car du nou­­veau quartier et, à chaque fois, il fait le plein ! » « SQY est le cœur écono­mique de Paris-Sacla­y » JEAN-MICHEL FOURGOUS, PRÉSIDENT DE SQY, SE RÉJOUIT DE VOIR LES LIENS ENTRE LA COMMUNAUTÉ D’AGGLOMÉRATION QU’IL PRÉSIDE ET LE PLATEAU DE SACLAY S’INTENSIFIER. « Avec plus de 17 000 entreprises et 5 filières d’excellence (mobilité, sécurité, santé, numérique, smart city), Saint-Quentin-en-Yve­lines est le cœur économique de Paris-Saclay, le 3e bassin de recrutement des cadres et ingénieurs de R&D en Île-de-France. On compte 35 groupes de plus de 500 salariés : Renault, Bouygues, Crédit Agri­cole, Thales,… qui attirent dans leur sillage de nombreuses PME, TPE et start-up qui nourrissent notre stratégie d’innovation. Complété par une offre universitaire large, ce potentiel expli­que notre croissance remarquable en matière d’immobilier d’entreprise avec près de 175 000 m² de transactions en 2021 et 300 000 m² de projets en développement. De très nombreux aménagements témoignent de notre dynamisme : la réhabi­litation de l’hypercentre autour de la gare de Montigny-le-Bretonneux ; la constitution d’un pôle de haute technologie, SQY High Tech, sur les communes de Plaisir, Élancourt, Trappes, Les Clayes-sous-Bois ; la ZAC Gare-Bécannes à La Verrière ; la ZAC de La Remise à Voisins-le-Bretonneux ; enfin, la ZAC du Quartier des Savoirs à Guyancourt. À proximité immédiate du technocentre Renault et de la nouvelle gare du Grand Paris Express, ce quartier, qui pourrait accueillir environ 2 000 logements, est l’un des sites stratégiques de SQY. D’ores et déjà, un accord-cadre de maîtrise d’œuvre vient d’être attribué à un groupement piloté par Carrière Didier Gazeau pour réhabiliter la Halle Piano, naguère occupée par Thales. »

  • ACTEURS DU GRAND PARIS ET LE GROUPE SOS FONT LE PARI(S)DE L’INNOVATION SOCIALE

    EN CETTE RENTRÉE, ACTEURS DU GRAND PARIS ET LE GROUPE SOS S’ASSOCIENT POUR FAVORISER L’INNOVATION SOCIALE SUR LE TERRITOIRE MÉTROPOLITAIN. AU PROGRAMME DE L’ANNÉE 2022/2023 : UN RÉFÉRENTIEL ET UN PRIX POUR RÉCOMPENSER LES MEILLEURES INITIATIVES EN LA MATIÈRE. PROPOS RECUEILLIS PAR STÉPHANIE PROUVOST. A-t-on connu projet urbain plus ambitieux que celui du Grand Paris depuis les grands travaux du baron Haussmann au XIXe siècle ? Sa réorganisation urbaine a amélioré la qualité de vie de milliers d’habitants. Mais qu’en est-il du Grand Paris ? Évaluer ses programmes est essentiel pour savoir s’il remplit une telle promesse », estime Yohann Marcet, directeur général du pôle Experti­ses et Impact du Groupe SOS. C’est de ce constat qu’est né le projet de référentiel d’innovation sociale. Imaginé par Acteurs du Grand Paris et le Groupe SOS, son chantier sera lancé dès septembre 2022. Ses objectifs ? Renforcer les capacités d’innovation des porteurs de projet. Répondre à leurs besoins d’autoévaluation. Et soutenir les projets d’intérêt général sur la métropole. Une idée qui s’est imposée d’elle-même quand les chemins d’Acteurs du Grand Paris et d’Impact Tank du Groupe SOS se sont croisés au printemps 2022. « Nous avons réalisé qu’Impact Tank avait des talents pour décortiquer scientifiquement les projets. Et que nous, nous rassemblons des acteurs en attente d’évaluer l’impact de leurs actions », confirme Thomas Hantz, président d’Acteurs du Grand Paris. Rassembler des acteurs complémentaires autour de la table Le think tank dédié à la mesure d’impact – lancé par le Groupe SOS en partenariat avec la Croix-Rouge et des universités de renom telles que Sciences Po, l’Université Paris Dauphine-PSL ou le CNAM – entend réunir le monde de la recherche et le terrain. Au-delà des décideurs et financeurs publics et privés du Grand Paris, Impact Tank prévoit ainsi de faire appel à des sociologues, des ethnographes et des économistes pour apporter un éclairage pluridisciplinaire. De quoi aboutir à une vision 360 degrés de la mesure d’impact des projets de transformation des villes. La démarche se veut pragmatique : « Pas de grande idéologie. Nous souhaitons un outil efficace pour les acteurs du terrain », affirme Yohann Marcet. Émeline Stievenart, directrice scientifique de l’Impact Tank, considère d’ailleurs qu’il ne sera pas nécessaire de partir de zéro : « Nous commencerons par recenser toutes les études d’impact déjà menées au sein du Grand Paris. » Faire toute la lumière sur les projets du Grand Paris Passer de l’intuition à la preuve, c’est ce que proposera ce référentiel. Acteurs de l’immobilier, aménageurs, collectivités territoriales,… cela fait des années qu’ils ont la volonté de créer des projets plus inclusifs. Ils mettent des clauses sociales dans les marchés, embauchent en contrat d’insertion ou se rapprochent des acteurs de l’économie sociale et solidaire. Mais, in fine, personne n’est véritablement capable d’apprécier les effets de ces opérations. « D’autant plus que, parfois, des actions à première vue vertueuses ne le sont pas. À l’inverse, des actions qu’on sous-estime ont un fort impact de transformation. Nous souhaitons aider les porteurs de projet à évaluer le caractère vertueux de leurs mesures afin qu’ils tirent des conclusions objectives et améliorent leurs pratiques », confie Thomas Hantz. Impact Tank va regarder la vérité en face. « Il faut avoir l’honnêteté d’étudier les effets indirects collatéraux. Par exemple, si on survalorise un quartier, la population fragile se déplace vers le quartier d’à côté. Il faut aussi se questionner sur le ratio entre l’impact et les ressources mobilisées pour s’assurer de l’efficience d’un projet », explique Émeline Stievenart. Un plaidoyer positif autour de l’innovation sociale Le référentiel rendra lisible les actions qui ont fait leurs preuves. Nicolas Prunières, fondateur de Paname TP, gère sa PME avec conviction et peut s’enorgueillir d’un partenariat réussi avec Emmaüs Défi. Avec ce référentiel, il espère que « les grands groupes ne vont plus se contenter des critères de coût pour choisir des sous-traitants et qu’enfin les volets sociaux prendront du poids ». Thomas Hantz va même plus loin : « Aider les maîtres d’ouvrage à mesurer l’impact social sur des bases scientifiques rationnelles, c’est aussi un acte démocratique pour mieux rendre compte. » Les enjeux sociétaux et environnementaux actuels sont plus que jamais pressants. Il est temps de « porter, auprès des pouvoirs publics et des financeurs, la bonne parole sur l’urgence de financer les dispositifs qui marchent le plus », complète Yohann Marcet. Les Prix de l’innovation sociale, dont l’appel à candi­datures sera proposé en septembre 2022, devraient participer à prêcher les convaincus et inspirer les autres. Une manière de créer l’émulation et de suivre les pas du baron Haussmann. Tout le monde à pied d’œuvre !

  • LA FRANCE OFFRE TOUT CE QUI PERMET À LA NATURE D’ÊTRE GÉNÉREUSE : GUY SAVOY

    POUR GUY SAVOY, DONT LE RESTAURANT AU PREMIER ÉTAGE DE LA MONNAIE DE PARIS OFFRE UNE VUE IMPRENABLE SUR LA SEINE, LE GRAND PARIS DOIT ÊTRE UN VECTEUR D’AFFERMISSEMENT DE L’EXCELLENCE FRANÇAISE. ENTRETIEN. PROPOS RECUEILLIS PAR JACQUES PAQUIER. « LE SUCCÈS RÉSULTE D’UNE MULTITUDE DE PARAMÈTRES. C’EST UN MÉLANGE DE SAVOIR-FAIRE, DE DIVERSITÉ DANS CE SAVOIR-FAIRE, D’ENVIE, D’AUDACE… » Vous êtes un amoureux de Paris… Des fenêtres de mon restaurant de la Monnaie de Paris, je vois à la fois l’Institut, le pont des Arts, les bouquinistes, le Louvre, la Samaritaine, le pont Neuf… C’est magique ! Quels sont, selon vous, les freins au développement de l’excellence française, dont vous êtes, en matière gastronomique, l’un des fleurons ? Pour moi, qui défends, à mon niveau, l’excellence, j’aimerais que celle-ci soit contagieuse. J’ose espérer que l’on peut faire mieux, tout en tenant compte naturellement des contraintes de notre époque. En France, on n’explique sans doute pas suffisamment aux gens ce qu’est l’excellence ou encore ce mot que l’on a parfois du mal à prononcer : le luxe. Ici, on l’associe immédiatement à l’argent. Mais, avant d’arriver au luxe, quel boulot, quelle histoire ! Je pense à l’histoire des savoir-faire, à celle de la diversité. Prenons le secteur de la gastronomie. On peut dire que tous les pays du monde possèdent une cuisine. Pourquoi sommes-nous le pays de la gastronomie ? Pour une raison très simple : notre localisation nous permet de tout faire pousser. On bénéficie d’une diversité de paysages, de climats, sur un territoire relativement petit, de 550 000 kilomètres carrés... Océan, mer, montagnes, vallons, côteaux, forêts, fleuves et rivières, la France offre tout ce qui permet à la nature d’être généreuse. Cette générosité, grâce aux travail des hommes – et des femmes –, a suscité la curiosité des Français, les a conduits à observer, puis à développer une grande diversité de savoir-faire, pour les vins, la charcuterie, la pâtisserie, la boulangerie, la confiserie… Voilà pourquoi, nous sommes le pays de la gastronomie. Nous disposons d’une multitude de pièces du puzzle qui compose ce paysage culinaire. Et la gastronomie participe du paysage, que ce soient les vignes, les vergers, les cultures diverses, pâturages, alpages, etc. Il faudrait que l’on explique un peu mieux tout cela à nos concitoyens. Je suis peut-être un peu simpliste, mais cela passe nécessairement par ce type d’explication. Les Français ont un rapport ambivalent avec la réussite et ses signes extérieurs. Qu’en pensez-vous ? Un sondage indiquait, il y a quelques années, que 93 % des Français rêvaient de déjeuner dans un restaurant étoilé. Il y a donc une aptitude à accepter l’excellence et même à en bénéficier. Et en même temps, certains vont détruire des boutiques… J’ai du mal à les comprendre. Pourquoi en arriver là ? Si on peut parvenir à expliquer tout cela dans le cadre du Grand Paris, en favorisant partout la création, l’innovation, ce sera parfait. Car, aujourd’hui, force est de constater que les gens viennent plus à Paris pour ce qui a été réalisé il y a des siècles que pour ce qui a été réalisé récemment. Paris continue de faire rêver, comme Florence ou Venise. J’avais un client, il y a quelques années, qui voyait 250 spectacles par an à Paris et en proche banlieue. Et on vous dit que les villes où il se passe des choses, c’est Londres et New York ! Mais ça bégaye un petit peu en ce moment. Si des acteurs privés, comme François Pinault, ne lancent pas des projets, il ne se passe pas grand-chose. Faisons rêver. Quand l’Hôtel de la Monnaie, où nous nous trouvons quai de Conti, a été créé en 1775, on ne disposait pas des moyens techniques d’aujourd’hui… Entre le Louvre et l’Institut… Mon kif, si l’on peut dire, c’est de traverser les deux cours du Louvre, puis la Seine par le pont des Arts, avec l’Institut de France face à moi. C’est tout simplement extraordinaire, tout comme le sont tous les hôtels particuliers des quais de Seine. Vous êtes né à Paris ? Je suis né à Nevers et j’ai grandi à Bourgoin-Jallieu, en Isère, puis j’ai fait un apprentissage de trois ans chez les frères Troisgros à Roanne, avant d’arriver dans la Capitale. Ma première place à Paris était chez Lasserre. Vous n’êtes donc pas un héritier, vous vous êtes fait vous-même… Mon père était jardinier à la ville de Bourgoin-Jallieu et ma mère tenait la buvette du jardin de la ville, voyez… Et savez-vous pourquoi j’ai décidé de venir m’installer à Paris ? En 1977, alors que travaillais chez Lasserre, je vais boire une menthe à l’eau sur les Champs-Élysées. Quand j’ai vu son prix, je n’ai pas porté de jugement. Mais je me suis dit, à Bourgoin ou à la Tour-du-Pin, on fait un repas pour ce prix-là. C’est donc à Paris qu’il faudra que j’ouvre mon restaurant ! À quoi attribuez-vous votre succès ? J’ai toujours travaillé avec mon énergie, mon cœur. Si j’ai rallié autour de moi des convives qui aimaient mon style, c’est formidable. Le succès résulte d’une multitude de paramètres. C’est un mélange, encore une fois, de savoir-faire, de diversité dans ce savoir-faire, d’envie, d’audace… Hier soir, je citais encore une chanson de Brel, où il parle de Jojo, son copain qui vient de mourir : « Nous parlons en silence d’une jeunesse vieille, nous savons tous les deux que le monde sommeille, par manque d’imprudence. » Tout est dit ! J’ai été imprudent, bien évidemment. J’ai été extrêmement imprudent. Votre premier restaurant ? Rue Duret dans le 16e. Où je reste 7 ans, avant de déménager rue Troyon dans le 17e où je reste 28 ans, et cela fait 7 ans que je suis ici, à l’Hôtel de la Monnaie. Vous avez pris des risques ? Vous prenez des risques quand vous en avez conscience. Mais quand vous ne l’avez pas… Je me souviendrai toujours, à l’époque où j’avais emprunté de l’argent à 13,60 %. Vous imaginez… Dans les années 80, je ne m’en étais pas rendu compte, alors qu’au bout de 5 ans, mon comptable m’a dit que je n’avais pour l’instant remboursé que les intérêts et que, maintenant, je devais rembourser le capital. Avez-vous beaucoup souffert de la Covid ? On nous a tout de même fermés durant 3 et 7 mois. Mais j’ai la chance d’avoir beaucoup de Français, et de Parisiens, dans ma clientèle. Quand on a rouvert le 9 juin 2021, les Parisiens sont venus et nous ont beaucoup aidés. Il y avait un manque, donc il y a eu un afflux. Avant la crise, nous avions entre 4 et 6 tables de Coréens par jour. Ils reviennent progressivement, mais on n’est pas encore au niveau d’avant-crise. Aujourd’hui, on a tous les jours une table d’Indonésiens, une table de Thaïlandais, des nationalités que l’on ne voyait plus. Les Chinois ne peuvent toujours pas quitter leur pays. Et les Américains sont présents en grand nombre. On a d’abord eu ceux qui possèdent un pied à terre à Paris. Maintenant, beaucoup sont des touristes. Hier au soir, j’ai accueilli un couple de Bulgares, avec un couple de Français. Les Bulgares étaient à Paris pour voir l’exposition de Tatiana Trouvé au centre Georges Pompidou, dont vous avez un tableau derrière vous… Quand ils m’ont dit ça, je les installés en arc de cercle face à ce tableau. Ils sont venus ici parce qu’ils savaient que cette œuvre était là. J’ai la chance, cela se sait maintenant à travers la planète, que François Pinault me prête ses œuvres. Tout est important. On a besoin de cette énorme diversité qui mélange les savoir-faire techniques aux savoir-faire artistiques. Quel regard portez-vous sur l’alimentation en circuits courts ? On fait ça depuis longtemps ! La plupart de mes fruits et légumes proviennent des maraîchers franciliens. Savez-vous le nombre de maraîchers qui entourent Paris ? Quant à ma viande, elle provient de la Meuse. Comment définiriez-vous votre cuisine ? L’originalité dans l’originalité. La noblesse de notre métier, c’est de magnifier les produits dans des justes assaisonnements, des justes cuissons et en faisant attention au gras. On ne va pas mettre du beurre, de l’huile à outrance, lorsqu’il n’y en a pas besoin. Mon objectif, c’est de donner une deuxième vie aux produits.

  • POUR UNE NOUVELLE GÉNÉRATION DE DÉCENTRALISATION : GERARD LARCHER

    C’EST DANS LE LIEU EMBLÉMATIQUE DU SÉNAT QUE S’EST TENU, LE 21 JUILLET DERNIER, LE COCKTAIL ESTIVAL DES ACTEURS DU GRAND PARIS, AVEC LA PARTICIPATION EXCEPTIONNELLE DE GÉRARD LARCHER. EN MARGE DE L’ÉVÉNEMENT, LE PRÉSIDENT DU SÉNAT S’EST PRÊTÉ BIEN VOLONTIERS AU JEU DES QUESTIONS/RÉPONSES DE NOTRE JOURNALISTE. PROPOS RECUEILLIS PAR LE MAG. Cocktail estival des Acteurs du Grand Paris au Palais du Luxembourg, le 22 juillet 2022. Quel regard portez-vous sur le Conseil national de la refondation ainsi que sur la Commission transpartisane qu’Emmanuel Macron souhaite notamment charger de réfléchir à une prochaine grande réforme institutionnelle ? Je tiens à rappeler que le lieu du débat, c’est le Parlement. Et l’enjeu est aujourd’hui d’associer concrètement à la décision les partenaires sociaux, économiques et les élus locaux qui constituent les forces vives de nos territoires. Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a précisément pour objectif de faire le lien entre les pouvoirs publics et la société civile. Les Français réclament moins de discours, moins de bureaucratie, plus de proximité. Parce que l’élu local est aux prises avec la réalité du quotidien des Français, la réforme que j’appelle de mes vœux est celle d’une nouvelle génération de décentralisation. On ne renouera avec la confiance qu’en nous appuyant sur les maires, les présidents d’intercommunalité, de département et de région. C’est avec eux, en priorité, que nous devons construire un nouveau cadre de travail, pour que toutes les compétences qui gagnent à être traitées en proximité soient exercées par les collectivités territoriales. Dans ce cadre, quelle est l’architecture institutionnelle que vous appelez de vos vœux, au plan national, mais aussi en Île-de-France où le fameux millefeuille territorial est souvent décrié ? D’abord un constat : aucune des trois « métropoles » de Paris-Lyon-Marseille ne fonctionne de façon satisfaisante. La Commission des lois du Sénat a mis en place une mission d’information et de contrôle, relative à « la mise en œuvre des dispositifs créant les métropoles de Lyon et d’Aix-Marseille-Provence », et rendra son rapport à la rentrée. De la même façon, nous devrons faire évoluer la Métropole du Grand Paris, autour d’un principe très simple : la place des maires doit demeurer centrale au sein de l’inter­communalité, les exemples marseillais et surtout lyonnais en attestent. J’ajoute qu’en Île-de-France, au-delà de la question de l’organisation, nous devrons traiter de celle du périmètre. Nous ne pouvons penser l’avenir de la Région Capitale sans intégrer les secteurs stratégiques que sont Roissy et Saclay. Dans tous les cas, c’est aux élus franciliens qu’il reviendra de proposer, d’arbitrer, in fine de décider pour un modèle institutionnel adapté aux caractéristiques d’un territoire unique en France. Le Sénat va travailler à des propositions dans les mois à venir. Quelle appréciation faites-vous de la pertinence de la création d’un conseiller territorial, fruit de la fusion entre une partie des conseillers départementaux et des conseillers régionaux ? Cette réforme ne me paraît pas en phase avec les attentes de nos concitoyens qui demandent plus de proximité en matière de décision et d’action publique. L’idée du conseiller territorial, en 2009, s’inscrivait dans une logique de coordination entre les échelons du département et de la région, et à l’époque, nous comptions 21 régions métropolitaines. La réforme voulue par François Hollande, dans le cadre de la loi du 16 janvier 2015, a conduit à la création des grandes régions, ce qui a profondément bouleversé l’équilibre des relations entre les collectivités sur le territoire. Nous voyons bien que l’échelon départemental, qui assure notamment l’essentiel des politiques de solidarité, a confirmé sa place incontournable dans le maillage territorial. Cela vaut tout autant pour la représentation de l’État local, qui appelle au renforcement du préfet de département. Quand je dresse le bilan de la gestion des crises successives que notre pays vient de vivre, j’en tire au moins deux leçons, en plus des qualités d’agilité déployées par les collectivités territoriales : c’est, tout d’abord, la façon dont les différents niveaux de collectivité ont su s’organiser, dans l’intérêt de leurs territoires ; c’est aussi leur capacité à répondre au plus près des besoins des habitants. Le département est un maillon indispensable, tant dans le couple qu’il forme avec les communes et intercommunalités, pour l’action de proximité, que dans sa complémentarité avec la région, par exemple pour accompagner les acteurs économiques ou les praticiens de santé. Nous serons donc extrêmement attentifs à ce qu’une réforme de notre organisation territoriale n’aboutisse pas à un résultat à l’inverse des attentes exprimées par les Français. Nos concitoyens demandent des solutions différenciées, décidées par l’échelon local, adaptées aux territoires où ils vivent. Faites-vous partie de ceux qui pensent que les collectivités territoriales risquent de payer cher le retour d’un État surendetté selon les critères de déficit de Maastricht ? La participation des collectivités territoriales à la réduction de la dépense publique est légitime. Mais les exécutifs locaux y participent déjà et je rappelle que la dette des collectivités est maîtrisée et pèse moins de 10 % de la dette publique... Les collectivités territoriales ont beaucoup contribué depuis 2013 ! Mais la question de la méthode me paraît essentielle : transférer des dépenses de l’État vers les collectivités ou limiter d’autorité leurs dépenses de fonctionnement, comme les contrats de Cahors avaient tenté de le faire, n’est pas acceptable... Un tel mécanisme ne serait d’ailleurs pas soutenable au regard du niveau actuel d’inflation. Nous en mesurons les premiers effets sur le fonctionnement des services publics locaux, restauration scolaire, piscines, éclairage urbain… La capacité à investir des collectivités s’en trouvera également fortement impactée, alors que le secteur local porte 70 % de l’investissement public. Au fond, je crois qu’il est devenu indispensable de remettre à plat le système actuel de dotations : il est devenu illisible à coups de péréquations et il prive les élus locaux d’une juste vision de leurs ressources à court et moyen termes. Nous devons sécuriser les ressources des collectivités territoriales en garantissant leur planification. C’est une des « 50 propositions pour le plein exercice des libertés locales » que le Sénat a formulées en juillet 2020. Ces 50 propositions reposaient sur un fil conducteur simple mais porteur d’une vraie ambition : reconnaître les élus locaux comme des acteurs de pleine responsabilité. Comptez-vous sur la poursuite de la construction d’un Grand Paris pour tirer la croissance française, mais aussi l’innovation française, de même que notre attractivité internationale ? Je sais que vous avez à cœur de favoriser les approches transverses. C’est ce que j’attends précisément de la poursuite du Grand Paris, une approche élargie à l’ensemble des territoires qui composent l’Île-de-France, incluant bien entendu la grande couronne, voire les départements voisins. L’attractivité à l’international de la région Île-de-France tout entière repose sur des atouts extraordinaires, avec le plus grand parc d’immobilier d’entreprise européen mais aussi un pôle de recherche et de développement de dimension mondiale. Le Grand Paris est un moteur de croissance, qui doit être pensé à l’échelle la plus large possible, tout en démontrant qu’il est aussi un acteur de proximité et qu’il n’a pas vocation à « assécher » les territoires voisins. La solidarité entre les différents territoires qui composent la Région Capitale, fondée sur la complémentarité, ne peut qu’aider à l’innovation et à l’efficacité des politiques publiques.

  • ACTION LOGEMENT, ACTEUR ENGAGÉ DES PROJETS DU GRAND PARIS

    Marie-Christine Oghly, présidente, Françoise Gaudel, vice-présidente du Comité régional Action Logement Île-de-France, et Olivier Rico, directeur général d’Action Logement Services, exposent la stratégie du groupe sur le territoire du Grand Paris. Quel est le rôle d’Action Logement sur le territoire du Grand Paris en matière de production de logements ? Marie-Christine Oghly : Action Logement intervient en Île-de-France au travers de ses filiales ESH (Immobilière 3F, 3F Résidences, Seqens, Seqens Solidarités, Erigere) et d’une filiale de logement intermédiaire (In’li). Elles détiennent un patrimoine de 337 000 logements. Elles produisent une offre diversifiée de loge­ments de qualité, en location et en accession, construits au cœur des bassins d’emploi. En 2021, elles ont obtenu 19 000 engagements à construire et livré plus de 10 000 logements neufs. Fortes de leur expertise en matière d’habi­tat, ces filiales s’engagent avec ambition en faveur de la rénovation, notamment thermique, du parc existant. Enfin, trois sociétés foncières thématiques interviennent sur l’Île-de-France : Enéal, dédiée au logement des seniors ; la Fon­cière de Transformation Immobilière, qui trans­forme les lieux d’activité vacants en logements ; l’Opérateur national de Vente (ONV), dont la vocation est l’acquisition en bloc de logements sociaux pour permettre aux bailleurs d’accélérer la production de nouveaux logements et la revente des logements acquis aux candidats à l’accession sociale. Comment intervenez-vous pour accompagner les parcours logement des salariés ? Françoise Gaudel : Action Logement Services et sa délégation régionale Île-de-France ont une double mission : d’une part, financer la production de logements abordables et, l’an dernier, ce sont plus de 660 Me qui ont été accordés aux bailleurs sociaux de l’ensemble du secteur ; d’autre part, accompagner les ménages franciliens dans leur parcours résidentiel : en 2021, nous avons ainsi engagé 280 Me et aidé près de 152 000 ménages, notamment au travers de nos aides à la mobilité, de placements locatifs, de prêts accession ou travaux. Et, préci­sion im­portante, les salariés peuvent accéder facile­ment à l’offre d’Action Logement via le site actionlogement.fr ou en se rendant dans l’une de nos agences. Comment le groupe Action Logement peut-il contribuer à relever les défis du Grand Paris ? MCO : Le projet du Grand Paris insuffle au territoire francilien une dynamique de recomposition. La création de ces 68 futures gares impacte largement le paysage régional en termes de géographie de l’offre de logements et également en matière d’emploi et de stratégie de localisation des entreprises. Action Logement prend largement part aux débats depuis plusieurs années et nous avons adapté notre stratégie de développement d’offre de logements et de services aux salariés au regard des enjeux qui caractérisent la région Île-de-France. Olivier Rico : En effet, ces projets produisent de nouvelles dynamiques territoriales, économiques et résidentielles. Nous avons déjà proposé des solutions de logement adaptées aux salariés travaillant à la réalisation et à l’achèvement des chantiers du Grand Paris. Nous travaillons aussi à loger les futurs salariés des nouveaux bassins d’emploi et à répondre aux besoins des entreprises du Grand Paris. Pourquoi avoir signé une convention avec Grand Paris Aménagement ? OR : Pour Action Logement, les partenariats sont essentiels. Au travers de cette convention signée en novembre dernier, nous avons adopté une méthode de travail commune puisque Grand Paris Aménagement et Action Logement contribuent, chacun selon son domaine d’intervention, au développement des politiques de l’habitat du territoire francilien. Ce partenariat permet une compréhension réciproque des enjeux auxquels nous sommes confrontés : tension dans l’accès au logement social et privé, complexité de l’accès au foncier constructible et de l’acte de construire, recherche de solutions en termes d’innovation et de développement durable pour faire face aux enjeux environnementaux et sociaux. Comment participez-vous aux différents cadres de concertation et de programmation de l’aménagement du territoire francilien ? MCO : Nous sommes un partenaire actif de grands programmes nationaux dont le NPNRU qui, en Île-de-France, est particulièrement impactant et déterminant. L’élaboration du SDRIF-Environnemental portée par la Région, par exemple, est un rendez-vous indispensable auquel Action Logement répondra présent. FG : C’est pour le groupe une occasion de partager son expertise et sa connaissance du lien emploi/logement. MCO : De façon plus large, Action Logement est acteur de proximité, ancré localement, pour qui le dialogue avec les territoires est fondamental pour trouver des solutions adaptées et durables.

  • JO 2024 : LES CHANTIERS BATTENT LEUR PLEIN

    ALORS QUE LA PLUPART DES ÉQUIPEMENTS DES JEUX OLYMPIQUES ET PARALYMPIQUES DE PARIS 2024 DOIVENT ÊTRE LIVRÉS FIN 2023, LES CHANTIERS, QUI N’ONT PAS RENCONTRÉ D’OBSTACLES MAJEURS, SONT MONTÉS EN PUISSANCE COURANT 2022. PAR RAPHAËL RICHARD. De 3 500 personnes impliquées dans les tra­­vaux début 2022, elles seront 8 000 à l’automne ; 58 « objets » sous maîtrise d’ou­vrage de la Solideo seront en travaux fin 2022. Au cours des derniers mois, l’activité est montée en puissance pour être prêts avant l’été 2024. « Nous sommes dans les temps, sans besoin d’accélérer le rythme », estime Nicolas Ferrand, directeur général de la Solideo. Les constructions réalisées dans les temps sont la preuve, pour lui, que « la France est toujours un grand pays de bâtisseurs, encore capable de mobiliser ingénierie publique et financière ». Les craintes de retards consécutifs à la pandémie et à la disponibilité des matériaux, accentuées par la guerre en Ukraine et le nouveau confinement en Chine, ont en effet été levées. Si « de vraies difficultés » avaient été exprimées par les entreprises en mars dernier, les choses sont rentrées dans l’ordre. « Les opérateurs de la construction ont recréé d’autres chaînes d’approvisionnement et nous ont assuré avoir la garantie de disposer des matériaux nécessaires jusqu’à fin 2022 », a indiqué le directeur général de la Solideo, prévenant toutefois qu’il restait à résoudre la question des surcoûts liés à l’envolée de l’inflation, même si l’enveloppe budgétaire globale attribuée aux ouvrages des JOP, soit 4,3 milliards d’euros, établie en 2016, « sera tenue ». « Plus grand chantier de France » Avec 330 000 mètres carrés en construction, le Village des athlètes, à Saint-Denis, Saint-Ouen et L’Île-Saint-Denis, est le « plus grand chantier de France ». Quelque 3 500 compagnons sont à pied d’œuvre depuis cet été. Une première étape pour ce site qui accueillera 15 000 athlètes lors de l’événement, avant l’arrivée « d’un bloc » de 12 000 habitants à partir de l’été 2025. Les travaux battent également leur plein autour de l’aéroport du Bourget (Seine-Saint-Denis) transformé en centre principal des médias, où le hall 3 est en reconstruction et un certain nombre d’équipements en cours d’amélioration, mais aussi où le Village des médias sort de terre. 2 500 jour­nalistes y seront logés. Idem pour le stade départemental Yves-du-Manoir à Colombes (Hauts-­de-Seine) qui va être intégralement reconstruit pour accueillir les épreuves de hockey sur gazon. Cérémonie d’ouverture sur la Seine Paris 2024 avance de son côté sur la cérémonie d’ouverture qui doit se dérouler sur la Seine avec, d’Austerlitz au pont de l’Alma, une féerie de 160 bateaux, de barges, de spectacles et de musiques, le tout retransmis sur 80 écrans géants. Les bateaux, au moins pour partie à moteurs électriques, transporteront 206 délégations et quelque 10 500 athlètes. 600 000 spectateurs sont attendus sur le trajet de 6 km qui sera ponctué d’animations. LES JO 2024 EN QUELQUES CHIFFRES : 51 hectares Soit la superficie totale du village olympique. Des travaux qui vont redynamiser les villes de Saint-Ouen, Saint-Denis et de L’Île-Saint-Denis. 4,3 milliards d’euros C’est l’enveloppe budgétaire globale attribuée, en 2016, aux ouvrages liés aux JOP. 15 000 C’est le nombre d’athlètes et officiels attendus. 330 000 mètres carrés Soit la superficie du chantier du futur Village des athlètes, à Saint-Denis, Saint-Ouen et L’Île-Saint-Denis.

  • PLUS RAPIDE LA VIE : STEPHANIE BENSIMON

    ENTHOUSIASMÉE PAR LES ÉVOLUTIONS ÉCONOMIQUES ET SOCIALES ACTUELLES, STÉPHANIE BENSIMON, RESPONSABLE D’ARDIAN REAL ESTATE, DÉVELOPPE AVEC PASSION L’INVESTISSEMENT IMMOBILIER DANS LES GRANDES CAPITALES EUROPÉENNES. « J’AI CE BESOIN DE DÉCOUVRIR ET DE COMPRENDRE DE NOUVEAUX ENVIRONNEMENTS », DÉCLARE CETTE FEMME D’ACTION BRILLANTE AU PARCOURS SANS ACCROC, DEVENUE MEMBRE DES ACTEURS DU GRAND PARIS EN 2021. PROPOS RECUEILLIS PAR ELENA JEUDY BALLINI. D’aussi loin qu’elle s’en souvienne, Stéphanie Bensimon a toujours su que sa vie professionnelle devait être trépidante, jalonnée de challenges : « Plus jeune, je n’avais pas d’idée précise sur ce que je voulais faire, mais je savais que je voulais agir dans le concret. Instinctivement, j’avais envie d’être au cœur de l’écosystème. » Petite dernière d’une famille de huit enfants, Stéphanie Bensimon naît et grandit à Casablanca. « J’ai eu une enfance heureuse, entourée de tous mes frères et sœurs, avec un sens de la famille très fort. Mes parents étaient d’une gentillesse peu commune mais, forcément, j’avais du mal à ne les avoir qu’à moi ! Je crois que, d’une certaine façon, cela m’a rapi­dement poussée à rechercher mon indépendance », raconte-t-elle. La découverte d’un monde passionnant La famille quitte le Maroc pour le 18e arrondissement de Paris, entre Anvers et le Sacré-Cœur. Un déménagement qui revêt des allures d’aventure inédite dans les grands yeux verts de Stéphanie Bensimon, six ans à l’époque. Galvanisée par la bienveillance de ses parents et leur sens du travail, elle poursuit une scolarité fluide, ponctuée d’excellents résultats. Discrète et bonne élève, elle décroche son baccalauréat avec un an d’avance et intègre l’université Paris Dauphine où elle étudie l’économie et la finance. À l’issue de son master et âgée seulement de 22 ans, elle devient gestionnaire des risques pour une filiale de General Electric qui fédère les servi­ces financiers du groupe américain. « Je voulais entrer rapidement dans le monde de l’entreprise, dès l’obtention de mon diplôme. GE développait son équipe fusion/acquisition en immobilier. Je suis arrivée au bon moment ! » Très vite, le poste lui ouvre de nombreuses perspectives. Pour Stéphanie Bensimon, c’est la révélation : « J’ai découvert un monde passionnant, très structurant pour la suite de ma carrière. Développer des équipes, créer du business un peu partout en Europe, voyager et découvrir de nouveaux environnements… C’est une expérience déterminante, j’ai eu envie de retrouver cette adrénaline dans la suite de ma carrière », explique-t-elle. Aujourd’hui membre du directoire d’Ardian France et responsable d’Ardian Real Estate, Stéphanie Bensimon réalise de l’inves­tissement immobilier à travers des fonds dédiés dans de grands pôles euro­péens comme Paris, Berlin, Munich, Milan ou Madrid. « J’aime cette idée de repositionner les immeubles pour les convertir et les mettre ainsi au meilleur standard pour les meilleurs usages, confie-t-elle. Nous traversons en ce moment des évolutions très intéressantes sur la façon de penser la ville. Vivre ces transformations et y participer est excitant. On pense souvent que l’immobilier est quelque chose de figé. En réalité tout s’accélère ! J’ai le sentiment d’apprendre sans cesse ! » Devenue membre du club des Acteurs du Grand Paris depuis le dernier cocktail estival où elle intervenait en tant que présidente du Cercle de l’immobilier en présence d’Élisabeth Moreno, alors ministre déléguée à l’Égalité femmes-hommes, à la Diversité et à l’Égalité des chances, Stéphanie Bensimon apprécie l’aspect fédérateur du Grand Paris, alliant sphères publique et privée : « Ce projet est d’une importance capitale pour l’avenir, car il détermine la manière dont la ville existe en elle-même. Le plus important selon moi est la manière dont les acteurs coexistent autour du Grand Paris et comment ils le construisent ensemble. » On pourrait croire qu’une fois les bureaux du leader de l’investissement privé quittés, place Vendôme, cette femme d’action goûte enfin au calme et au repos. C’est sans compter les réunions familiales, aux allures de joyeux bazar : « Dans la famille, nous sommes amateurs de musique ! On chante, on joue, on rit… Nous nous retrouvons toujours, tous ensem­ble. Cela fait partie de notre équilibre. » Avec le Maroc, où elle passe régulièrement ses vacances, Stéphanie Bensimon garde un lien indéfectible assorti d’une affection viscérale. Si elle se sent profondément Parisienne, ce goût de l’ailleurs lui confère une véritable capacité d’adaptation, tout comme son sens des découvertes et des nouveaux horizons. « Le rapport à la famille et à son histoire est aussi ce qui structure le rapport au monde. Finalement, la vie c’est cela ! »

  • L’HÉRITAGE DES JO DOIT ÊTRE NOTRE GRAND PROJET COMMUN : EMMANUEL GRÉGOIRE

    « PLUS D’UNE CENTAINE DE MAIRES, D’ÉLUS LOCAUX ET D’INSTITUTIONS S’ACCORDENT ET TRAVAILLENT ENSEMBLE POUR QUE CE MOMENT EXCEPTIONNEL QUE SONT LES JEUX PUISSE ACCÉLÉRER LES TRANSFORMATIONS DONT LE TERRITOIRE MÉTROPOLITAIN A BESOIN », SE FÉLICITE EMMANUEL GRÉGOIRE, DANS UNE INTERVIEW AU MAGAZINE D’ACTEURS DU GRAND PARIS. LE PREMIER ADJOINT À LA MAIRE DE PARIS JUGE QU’UNE SIMPLIFICATION ADMINISTRATIVE S’IMPOSE PAR AILLEURS ET QUE LES COMPÉTENCES DE LA MÉTROPOLE DOIVENT ÊTRE RENFORCÉES, NOTAMMENT EN MATIÈRE DE TRANSPORT. PROPOS RECUEILLIS PAR JACQUES PAQUIER. Quel bilan dressez-vous des 6 premières années de la Métropole du Grand Paris ? La création de la Métropole du Grand Paris (MGP) en tant qu’institution en 2016 a été l’aboutissement d’un long processus de débats et de travail pour faire émerger un début de culture commune. Vous savez, nous partons de très loin. Suite au démantèlement du département de la Seine en 1968, Paris et ses voisins n’avaient pas de culture commune du faire-ensemble et le dialogue était quasiment inexistant. C’est à l’initiative de Bertrand Delanoë, en 2001, que les liens ont été rétablis avec les premières réunions métropolitaines. De la création de Paris Métropole en 2009 jusqu’aux lois Maptam et NOTRe en 2014 et 2015, nous avons réussi à faire émerger une institution, certes imparfaite, mais qui traduit notre ambition et notre volonté communes. À titre personnel, je m’en félicite. Au cours des dernières années, et particulièrement durant la crise sanitaire, la Métropole a su être efficace. Nous avons voté un plan de relance de 110 millions d’euros en mai 2020 pour soutenir le tissu économique local sans oublier d’agir pour la transition écologique du territoire grâce au développement des mobilités douces et le déploiement du plan vélo métropolitain. L’héritage des Jeux olympiques et paralympiques de 2024 doit être notre grand projet commun pour les prochaines années. Plus d’une centaine de maires, d’élus locaux et d’institutions s’accordent et travaillent ensemble pour que ce moment exceptionnel que sont les Jeux puisse accélérer les transformations dont le territoire métropolitain a besoin. La Métropole du Grand Paris est d’ailleurs maître d’ouvrage du Centre aquatique olympique et de la ZAC Plaine Saulnier. Ces deux sites seront reconvertis après les Jeux pour offrir un équipement sportif d’ampleur à Saint-Denis ainsi qu’un nouveau quartier au bord du canal et aux portes de Paris. Certes, nous ne sommes pas d’accord sur tout. Mais nous avons réussi à créer un cadre de travail commun avec la gouvernance partagée. Des élus de tous les groupes politiques sont présents dans l’exécutif métropolitain et œuvrent au service du même projet. C’est assez rare pour être souligné et la récente adoption du Schéma de cohérence terri­toriale (SCoT) est l’illustration que ce travail paye. La Métropole est une institution très jeune, qui doit encore monter en compétence. Il est essentiel de se fixer collectivement de nouveaux objectifs pour la construction métropolitaine. « L’INSTABILITÉ ÉCONOMIQUE ACTUELLE CONCERNANT LA MÉTROPOLE ET LES EPT REPRÉSENTE UN FREIN POUR METTRE EN ŒUVRE DE VÉRITABLES POLITIQUES PUBLIQUES AMBITIEUSES. » Quel est votre scénario de réforme institutionnelle idéal ? L’enchevêtrement actuel en Île-de-France est une parfaire illustration du « millefeuille administratif français ». Je ne crois pas au grand soir de la révo­lution institutionnelle, mais une clarification est indispensable. La MGP doit être pleinement reconnue comme notre maison commune, le lieu où les maires agissent ensemble, en laissant au vestiaire les effets de posture. La Métropole n’a que 6 ans, elle est jeune mais elle avance. Comme toutes les autres grandes métropoles françaises, il faut qu’elle gagne en capacité d’action et en visibilité. Je ne pense pas qu’il y ait un scénario magique mais l’évolution institutionnelle devra se faire. S’il doit avoir une réforme, il faut que les élus locaux soient impliqués dans cette évolution, capable de s’adapter à la réalité du terrain et de répondre aux attentes des Grandes Parisiennes et des Grands Parisiens. Un point essentiel devra être abordé : c’est la question financière. Aujourd’hui, la situation n’est satisfaisante pour personne. L’instabilité économique actuelle concernant la Métropole et les EPT représente un frein pour mettre en œuvre de véritables politiques publiques ambitieuses face aux défis auxquels nous sommes déjà confrontés : la transition écologique et la crise du logement. « CHAQUE JOUR, 1 MILLION DE FRANCILIENS VIENNENT TRAVAILLER DANS PARIS ET 300 000 PARISIENS FONT LE CHEMIN DANS L’AUTRE SENS. » Selon vous, quelles compétences exercer au niveau métropolitain ? La répartition des compétences entre les collectivités territoriales et la Métropole doit être le fruit d’une concertation avec les élus locaux. Pour ce qui est des compétences que la Métropole exerce, elles répondent à des enjeux dont le traitement fait sens à l’échelle du territoire métropolitain. Il n’est plus possible d’agir efficacement si on le fait tout seul. La transition écologique et l’adaptation au dérègle­ment climatique doivent nous guider. Un grand nombre de communes du Grand Paris agissent à leur échelle, comme Paris le fait déjà beaucoup. Je suis convaincu que la Métropole doit jouer un rôle d’accompagnement et de coordination plus fort. Le SCoT va dans ce sens en matière d’aménagement et de santé environnementale, le plan biodiversité également. Il y a encore beaucoup de travail à faire sur la question de l’énergie et évidemment des transports. Je suis convaincu que la Métropole devra voir ses compétences considérablement renforcées en matière de mobilités. Soit en devenant autorité organisatrice des transports de second rang, soit en siégeant au Conseil de surveillance de la Société du Grand Paris au même titre que les départements et la Région. La question du logement est cruciale. Les enjeux sont immenses et ne peuvent pas se régler à l’échelle des communes. Si la Métropole est fondée à exercer la compétence logement, elle ne l’exerce pas encore de manière effective en l’absence de Plan métropolitain de l’Habitat et de l’Hébergement (PMHH). Comme pour le SCoT, c’est un document qui mérite un important travail de fond et de concertation, qui a été engagé et que je soutiens. Nous ne parviendrons pas à résoudre seuls les défis qui sont face à nous : le besoin de nouveaux logements, le rééquilibrage territorial de l’offre sociale, le développement d’une offre de logement abordable et la nécessaire rénovation éner­gétique des bâtiments demandent un effort massif et collectif. Quelles seraient, pour vous, les priorités de l’agenda métropolitain au cours des prochains mois, des prochaines années ? Il faut travailler à la construction d’une identité métropolitaine. Combien d’habitants de la Métropole se revendiquent comme tels ? Pourtant la Métropole est un espace vécu au quotidien. Chaque jour, 1 million de Franciliens viennent travailler dans Paris et 300 000 Parisiens font le chemin dans l’autre sens. Le Grand Paris, dans la vie des gens, il est déjà là. Il nous faut accompagner cette prise de conscience. C’est sur le champ de la culture que l’identité métropolitaine émergera. La culture doit être au cœur de notre action. La culture illustre le potentiel du Grand Paris : ce foisonnement fabuleux de créations, d’architecture nouvelle, de patrimoine protégé et d’histoire commune. Le Grand Paris grandit Paris. Aujourd’hui, le potentiel culturel de la Métropole est sous-exploité. Combien de Parisiens ont visité le Mac Val ? Ou la Basilique de Saint-Denis ? Il y a un sujet auquel je tiens particulièrement : l’esthétique de la ville. Le Grand Paris, ça ne peut pas être Paris en plus grand. Il faut inventer la couleur propre du Grand Paris, construire une grammaire urbaine commune aux territoires de la Métropole. Les transformations viennent d’en bas, à nous d’appuyer la scène culturelle émergente, qui se joue des frontières, qui révèle les nouveaux territoires. Ensuite, il y a des occasions à ne pas perdre. Il faut que nous nous saisissions, avec les élus et les acteurs associatifs, de la mise en œuvre du plan vélo métropolitain pour inventer une identité métropolitaine. « IL FAUT INVENTER LA COULEUR PROPRE DU GRAND PARIS, CONSTRUIRE UNE GRAMMAIRE URBAINE COMMUNE AUX TERRITOIRES DE LA MÉTROPOLE. » Quel rôle doit jouer la Métropole en matière de logement, d’urbanisme, d’aménagement ? La Métropole ne s’est pas encore dotée de PMHH, alors que nous sommes au-devant d’une crise du logement sans précédent dans le Grand Paris et en France. Nous avons besoin de construire vite et bien. C’est-à-dire qu’il faut répartir l’offre de manière plus équilibrée qu’aujourd’hui sur le territoire métropolitain. C’est pour moi l’autre priorité métropolitaine. La Métropole joue un rôle de coordination en termes d’aménagement grâce au SCoT et va bientôt se saisir de l’enjeu du logement. Certaines opérations d’urbanisme, déclarées d’intérêt métropolitain, sont également sous maîtrise d’ouvrage de la Métropole du Grand Paris, à l’instar de Livry-Gargan ou de Villeneuve-la-Garenne. Ces premières opérations devront en amener d’autres car de nombreux projets urbains ont vocation à constituer de nouveaux quartiers d’envergure métropolitaine. À Paris, nous regardons l’opportunité d’un transfert de maîtrise d’ouvrage sur certaines de nos opérations d’aménagement situées à proximité du périphérique. Il faut que ces futurs aménagements soient à la hauteur des défis sociaux et environnementaux actuels, les citoyens nous le demandent. La dernière édition de l’appel à projets « Inventons la Métropole du Grand Paris 3 » incite à la transformation de bureaux en logements et à la reconversion des friches. Ces dynamiques doivent se poursuivre pour construire la Métropole sur elle-même afin de lutter contre l’étalement urbain et les inégalités.

  • CO-CONSTRUIRE ET DÉVELOPPER LA VILLE DE DEMAIN

    AU NOMBRE DE SIX EN ÎLE-DE-FRANCE, LES ÉTABLISSEMENTS PUBLICS D’AMÉNAGEMENT PRÉSENTENT DES CARACTÉRISTIQUES PARTICULIÈRES SELON LEUR LOCALISATION, LEURS ENJEUX ET LEURS AMBITIONS PROPRES. ZOOM SUR CES VÉRITABLES BRAS ARMÉS DE L’ÉTAT QUI IMPULSENT LES STRATÉGIES DE DÉVELOPPEMENT DES TERRITOIRES D’INTÉRÊT NATIONAL. PAR ELENA JEUDY-BALLINI Depuis leur apparition dans les années 1960 pour bâtir les fameuses villes nouvelles, les établissements publics d’aménagement (EPA) ont vu leurs missions se diversifier et inclure notamment le renouvellement urbain. Pour leur compte, celui de l’État, des collectivités territoriales ou d’un autre établissement public, les six opérateurs et Grand Paris Aménagement peuvent réaliser des opérations d’aménagement ainsi que des acquisitions foncières et immobilières, mais également proposer une stratégie de développement économique de leur territoire et en assurer la coordination. De fait, les EPA sont des acteurs à part entière de la stratégie logement du gouvernement et contribuent, en outre, à l’accueil d’activités économiques. Leurs compétences se révèlent ainsi particulièrement précieuses en zones tendues. En Île-de-France, où l’État a toujours voulu garder la main sur l’aménagement, leur rôle est donc stratégique et les enjeux nombreux : une démographie croissante, l’évolution des usages, la nécessité d’une meilleure prise en compte des facteurs environnementaux et la sobriété foncière. Le tout en étant attentif au tissu local. EPA Sénart Les riches potentiels du sud-est parisien Situé au sud-est de la métropole du Grand Paris, sur le territoire de Grand Paris Sud, l’EPA Sénart pilote l’aménagement et le développement de l’opération d’intérêt national de Sénart, composée des commu­nes de Cesson, Combs-la-Ville, Lieusaint, Moissy- Cramayel, Nandy, Réau, Savigny-le-Temple, Vert-Saint-Denis (Seine-et-Marne), Tigery et Saint-Pierre-du-Perray (Essonne). « Le modèle historique de l’EPA était de polariser le développement de la frange sud-est de l’Île-de-France par un développement urbain organisé sur les terres agricoles acqui­ses par l’État, qui a constitué au fil des années de très importantes réserves foncières », rappelle Aude Debreil, directrice générale de l’EPA Sénart. « Celles-ci s’élèvent encore aujourd’hui à 1 300 hectares. C’est un patrimoine unique qui recèle un important potentiel de développement. » Profitant de son excellente desserte autoroutière, le territoire s’est longtemps spécialisé dans la logistique. Ces dernières années et à la demande des élus, l’EPA a toutefois repositionné la stratégie économique en faveur de l’accueil d’industries et de la supply chain, et mis en place un ambitieux plan d’actions commerciales et de marketing territorial. « L’EPA crée de 800 à 1000 emplois nouveaux par an », indique Aude Debreil. À Savigny-le-Temple, La restructuration du Miroir d’eau s’articule autour du repositionnement des bâtiments, la création d’une continuité commerciale et l’implantation du marché. Le Carré Sénart est une polarité forte du territoire qui héberge 116 000 m² de commerces et 40 000 m² de bureaux. Figurant au nombre des opérations les plus emblématiques de l’EPA, Le Carré Sénart constitue une polarité forte du territoire qui héberge 116 000 mè­tres carrés de commerces et 40 000 mètres carrés de bureaux, des services, un important pôle de loisirs et culture ainsi que des établissements d’enseignement. Une réalisation que l’établissement public entend bien accélérer. En matière de développement économique, le parc de l’A5, dédié à l’accueil de logistique XXL, représente également une réalisation d’envergure avec ses 500 000 mètres carrés de surface de plancher. À Savigny-le-Temple, le Miroir d’eau est la première opération de reprise complète d’un des plus anciens quartiers de la ville nouvelle. Cette réhabilitation de grande ampleur, à forte dimension environnementale, combine la reconstitution de commerces en pied d’immeuble avec la création de près de 400 logements. Fruit d’un solide partenariat entre l’EPA Sénart et la commune de Lieusaint, l’écoquartier de l’Eau Vive a été lauréat de l’appel à projets régional « Nouveaux quartiers urbains » et a reçu, en 2017, le label national du ministère de la Cohésion des territoires. « À l’heure de la loi climat et résilience et du ZAN, l’EPA Sénart prend le virage d’une densification raisonnée, de la recomposition de tissus existants et de la densification des quartiers de gare, tout en sachant qu’il ne dispose quasiment pas de friches sur son territoire », explique Aude Debreil. L’établissement public a pour cela missionné équipes d’urbanistes et paysagistes de renom qui l’accompagnent désormais : l’agence Devilliers et Associés, TGTFP et Sosson, l’agence TER et Architecture Studio avec l’agence de paysage Babylone. Par ailleurs, l’EPA Sénart aspire à contractualiser une nouvelle ambition avec l’État et les élus du territoire : celle de projets partenariaux d’aménagement. « L’EPA crée de 800 à 1 000 emplois nouveaux par an » Aude Debreil, directrice générale de l’EPA Sénart. EPA Paris-Saclay Paris-Saclay, écosystème de l’innovation À l’issue du projet de développement d’un cluster technologique au sud de Paris en 2006 et du lancement du Plan Campus en 2008, l’EPA Paris-Saclay est créé par la loi du 3 juin 2010 relative au Grand Paris et chargé de superviser les travaux d’aménagement et le développement économique du cluster. Vingt membres le composent dont trois représentant l’État et dix les collectivités territoriales ainsi que sept personnalités qualifiées, nommées notamment par le premier ministre. Valérie Pécresse, présidente du Conseil régional d’Île-de-France, préside le conseil d’administration tandis que Philippe Van de Maele assure la direction générale. « L’État conduit à Paris-Saclay un projet global, qui s’étend sur trois agglomérations, Versailles Grand Parc, Saint-Quentin-en-Yvelines ainsi que Paris-Saclay, dans le département de l’Essonne », précise Philippe Van de Maele. La majorité des grandes opérations menées par l’EPA Paris-Saclay ont lieu sur les campus urbains qui font sa renommée. Celui de Palaiseau, par exemple, a été marqué par le développement de la ZAC du quartier de l’École polytechnique en 2013 qui a elle-même accueilli par la suite bon nombre de projets comme le Digihall, centre de recherche et d’innovation autour des nanotechnologies, l’Institut photovoltaïque d’Île-de-France, l’ENSTA ParisTech, l’EDF Lab, le Centre de nanosciences et nanotechnologies, etc. Sur le campus urbain d’Orsay ont été établis l’Institut des Sciences moléculaires, le Conservatoire à Rayonnement départemental mais aussi plusieurs résidences étudiantes et l’Hôpital Paris-Saclay, qui ouvrira mi-2024. D’une surface de 45 000 mètres carrés, l’établissement disposera d’une dizaine de salles de bloc opératoire, de services de médecine, de chirurgie mais aussi d’une unité dédiée aux maladies infectieuses, d’une unité de crise, d’un service d’urgences et d’une maternité. Le campus urbain de Gif-sur-Yvette accueillera, dès le dernier trimestre 2022, le nouveau centre international de recherche et d’innovation de Danone ainsi que le projet In’Cube, qui visera à accompagner la transformation des métiers de la recherche en alimentation. Philippe Van de Maele, directeur général de l’EPA Paris-Saclay. EPA Orly Rungis - Seine Amont Dans le Val-de-Marne, on mise sur le recyclage urbain Aux portes de Paris, l’opération d’intérêt national Orly Rungis - Seine Amont réunit 11 communes, des bords de Seine d’Ivry jusqu’à Orly. Créé en 2007, l’EPA ORSA poursuit les objectifs stratégiques identifiés par l’État : améliorer la lisibilité du territoire, renforcer l’économie, mieux loger la population et accueillir de nouveaux habitants, ou encore organiser le développement urbain autour d’une nouvelle offre de transports. Depuis 2017, l’établissement public est fédéré à Grand Paris Aménagement, une particularité lui permettant de mobiliser l’ensemble des expertises techniques de l’aménageur public francilien de référence. Autre spécificité de l’EPA ORSA : la majorité de ses opérations sont réalisées en recyclage urbain. Une volonté incarnée dans le projet des Ardoines, à Vitry-sur-Seine. « Il s’agit de l’une des plus importantes opérations d’aménagement en France », déclare Frédéric Moulin, directeur général de l’EPA ORSA. Actuellement desservi par le RER C, le site de 300 hectares accueillera, à horizon 2025, une gare du Grand Paris Express de la ligne 15 sud, le bus en site propre à haut niveau de service, TZen 5 et un nouveau franchissement des voies ferrées. Un quartier métropolitain sera développé dans une première ZAC établie autour de la gare des Ardoines, avec l’installation d’un pôle tertiaire et commercial. La ZAC Seine Gare Vitry accueillera, quant à elle, un tout nouveau collège ainsi qu’une programmation future à dominante résidentielle. « Cette opération étant en bord de Seine, la résilience aux inondations du quartier de la ZAC Gare Ardoines sera assurée et tous les espaces publics accessibles hors d’eau en cas de crue », assure Frédéric Moulin. S’étendant sur les villes de Thiais et d’Orly, la ZAC du Sénia prévoit la requalification d’environ 40 hectares de zone logistique en logements, équipements publics, bureaux, commerces et espaces verts. L’EPA prévoit aussi la création d’un réseau de rues et voies de circulation avec la mise en place de nouvelles continuités piéton­nes et d’itinéraires cyclables. « Cette zone logistique à proximité du MIN de Rungis se développera sous la forme d’un nouveau quartier. L’opération Sénia crée un morceau de ville dans un secteur qui n’est pas urbain à l’origine. Il s’agira d’un quartier mixte avec des équipements d’envergure métropolitaine, desservi par la ligne 14 du métro dès 2024 », souligne le directeur de l’établissement public. En outre, plusieurs fermes urbaines voient le jour sur le territoire val-de-marnais. À Ivry-sur-Seine, la première pierre de l’agro-cité Gagarine a été posée. « Près de 1 500 logements en renouvellement urbain y sont prévus », indique Frédéric Moulin. Trois hectares seront ainsi consacrés à l’agriculture urbaine en pleine terre, sur dalle et en toitures. « Notre volonté d’exemplarité sur la déconstruction témoigne de notre ambition environnementale », affirme le directeur général de l’aménagement de GPA. Un projet de renaturation des berges de l’Yerres à Villeneuve-Saint-Georges est également porté par l’EPA qui souhaite transformer cette zone inondable, aujourd’hui habitée, en une zone entièrement naturelle. Une partie sera accessible à la population tandis que l’autre constituera un espace naturel sensible. Un projet notamment subventionné par l’Agence de l’eau, la Métropole, le Département, la Ville, le Territoire, le SyAGE et la Région. Nature en ville, lutte contre l’étalement urbain, renforcement économique, gestion d’inondations potentielles : « Notre action répond à de vrais besoins », conclut Frédéric Moulin. EPA Mantois Seine Aval Équilibrer le développement du territoire yvelinois Le long de la Seine, depuis la confluence avec l’Oise à l’est, au niveau de Conflans-Sainte-Honorine jusqu’aux portes de la Normandie à l’ouest, après Bonnières-sur-Seine, le périmètre de l’opération d’intérêt national Seine Aval couvre une cinquantaine de communes yvelinoises. Si L’EPA Mantois Seine Aval intervient surtout autour de trois polarités importantes (Mantes-la-Jolie, Les Mureaux et Carrières-sous-Poissy), il est aussi présent sur tout le département ; un territoire bénéficiant d’un cadre naturel assez riche (bords de Seine, coteaux, zones préservées, forêts, etc.) mais aussi désindustrialisé. « L’objectif premier de la création de l’OIN était la re-création d’emplois », veut rappeler Emmanuel Mercenier, directeur général de l’EPAMSA. « Notre action se focalise sur les friches industrielles où sont créés à la fois des quartiers d’activités et de l’habitat. » Un axe fort que l’opération Mantes Université (qui a bénéficié du fonds friches en 2021) symbolise de fait : la Halle Sulzer recevait les entreprises du même nom qui travaillaient sur des moteurs de bateaux transatlantiques. Pour l’EPAMSA, il s’agit de préserver l’ouvrage, véritable marqueur du territoire, et de le réhabiliter en y installant un certain nombre d’équipements dont un pôle universitaire. « Cette opération est en plein essor, il y a encore beaucoup à faire en création de logements, commerces de proximité et d’équipements associés, du type école, souligne Emmanuel Mercenier, d’autant que la gare Eole se trouvera à proximité immédiate des installations. En termes d’attractivité, cette ligne est fondamentale et irriguera tout notre secteur. » Plus à l’est, la Boucle de Chanteloup s’articule autour des quartiers mixtes. L’EPAMSA vient d’ailleurs de lancer un lot en consultation promoteur : un démonstrateur bois pour lequel l’opérateur a demandé aux différents concurrents de proposer l’utilisation de hêtre normand, cheminant par le fleuve, et qui alimentera la future construction de ce lot d’environ 90 logements. « Nous souhaitons fortement déployer les éco-matériaux, la construction bio-sourcée et le bois », confirme Emmanuel Mercenier. Une aspiration illustrée notamment par l’Écopôle Seine Aval qui favorise le développement des éco-activités. La Halle Sulzer sera réhabilitée par l’EPAMSA. « Notre réflexion actuelle sur ce secteur élargi porte sur la renaturation, la compensation environnementale et l’exploitation d’une filière bois. Ce travail inclut également le fleuve et la volonté de rendre plus vertueux les moyens de transport et d’alimentation de nos quartiers. » Mixer une densification raisonnable et l’utilisation des friches pour bâtir afin de préserver les espaces agricoles et forestiers : telle est l’ambition de l’EPAMSA. Une démarche que le Conseil d’admi­nistration a souhaité renforcer en adoptant une charte de développement durable. « Nous jouons pleinement notre rôle, conclut le directeur général. L’EPA est un rouage essentiel de l’aménagement pour porter les orientations générales de l’État en les confrontant au prisme local porté par l’élu de terrain. Nous devons faire en sorte, à travers une large concertation, de rendre nos opérations acceptables pour les populations en axant fortement notre action sur le cadre de vie des espaces avoisinants, autour d’habitats de qualité, et en favorisant le déploiement d’activités créatrices d’emplois. » « L’EPA est un rouage essentiel de l’aménagement pour porter les orientations générales de l’État... » Emmanuel Mercenier, directeur général de l’EPAMSA. EPA Marne/France Dessiner les grandes lignes de l’urbanisation de l’est parisien En dépit de leur appellation et de leur logotype commun, EpaMarne et EpaFrance demeurent deux entités propres répondant à des objectifs et à des périmètres d’intervention distincts. Créé par décret en 1972 dans le cadre du développement des villes nouvelles, en particulier celui de Marne-la-Vallée, EpaMarne couvrait à l’origine 21 communes de Seine-Saint-Denis et de Seine-et-Marne divisées en trois secteurs : Portes de Paris, Val Maubuée et Val de Bussy. « EpaMarne est né d’une volonté de l’État de développer la région parisienne vers l’est. Il s’agissait à la fois d’équilibrer la répartition de l’activité économique sur le territoire et de proposer des logements de qualité à proximité de cette activité, dans un cadre à la fois accueillant, agréable, et parfaitement connecté au cœur de ce qu’on n’appelait pas encore la métropole », explique Laurent Girometti, directeur général des EPA. En mars 1987, le projet prend un nouvel élan avec la création d’EpaFrance, spécifiquement chargé de l’aménagement du Val d’Europe autour du projet de Disneyland Paris. En décembre 2016, le territoire d’intervention d’EpaMarne s’est élargi à 17 communes supplémentaires. Le plan stratégique opérationnel adopté en 2019 par les deux conseils d’administration a identifié 6 défis : climat, nature, santé, cohésion sociale et territoriale, mobilité et innovation. Les établissements publics réunissent promoteurs et investisseurs en vue de réa­liser les programmes nécessaires au développement du territoire sur des fonciers sécurisés. Leur action contribue également à attirer de nouvelles entreprises et à animer un écosystème favorable à l’innovation. « Notre métier est de construire la ville, la développer et la transformer de plus en plus (…), de répondre aux besoins d’aujourd’hui ou de demain, de penser le temps long et de chercher une âme dans l’aménagement », déclare Laurent Girometti. Le projet The Link hébergera le futur siège social de Total à Paris La Défense. De fait, à Villiers dans le Val-de-Marne, la ZAC Marne Europe amorce sa sortie de terre. « L’anti-Défense », comme aime à la nommer Philippe Hermet, directeur opérationnel d’EpaMarne, accueillera à terme près de 1 250 logements, 80 000 mètres carrés de bureaux, 17 000 mètres carrés de commerces ainsi que des locaux d’activité, équipements publics, lieux culturels, etc. EpaMarne réalisera en 2023 l’ensemble des voiries, des espaces publics, mais aussi l’esplanade des gares. Une poignée de kilomètres plus loin, à cheval entre Marne-la-Vallée, Champs-sur-Marne et Noisy-le-Grand, la Cité Descartes vise à devenir un quartier à part entière. Ce projet urbain prévoit la construction de logements, de bureaux, de commerces, de services et d’équipements publics reliant davantage le campus à la ville. À cette fin sera lancée la redynamisation de la ZAC de la Haute Maison, générant une mixité d’usages entre les habitants de Champs-sur-Marne et les acteurs du monde économique présents sur le secteur. Le 5 septembre, les EPA rejoindront ce véritable cluster de la ville durable. « Nous sommes à la fois très fiers des résultats obtenus et très “challengés” par ceux qui restent à obtenir, à un moment où la planification revient en force dans le discours et l’action publics. Il ne s’agit plus seulement de faire sortir de terre la ville nouvelle, mais de la réinventer », conclut Laurent Girometti. « EpaMarne est né d’une volonté de l’État de développer la région parisienne vers l’est. Il s’agissait à la fois d’équilibrer la répartition de l’activité économique sur le territoire et de proposer des logements de qualité à proximité de cette activité... » Laurent Girometti, directeur général des EPA EPAMARNE ET EPAFRANCE. Établissement public foncier d’Île-de-France : 40 000 logements générés depuis sa création Créé en 2006, l’EPF Île-de-France est devenu au fil des années l’opérateur foncier de plus de 350 collectivités franciliennes. Pour la seule année 2021, il a initié pour près d’un milliard de nouveaux engagements d’investissement au service du renouvellement urbain en Île-de-France, représentant un potentiel de 20 000 logements et 500 000 mètres carrés d’activités, pour un portefeuille d’investissement global qui s’élève à 6,8 milliards d’euros. Il est notamment l’opérateur foncier des villages olympiques pour les JOP 2024. Il est présent dans le périmètre de 68 gares du Grand Paris Express et a acquis, sur les 14 dernières années, 2,3 milliards d’euros de foncier et en a cédé pour plus d’un milliard d’euros. Depuis sa création, ses cessions de fonciers prêts à l’emploi ont généré la production de quelque 40 000 logements et l’établissement est à l’origine d’un logement commencé sur dix, dont 42 % de logements sociaux. Par ailleurs, il recycle les déchets de démolition et dépollue si nécessaire les terrains qu’il requalifie. Présidé par Jean-Philippe Dugoin-Clément, vice-président du Conseil régional, et dirigé par Gilles Bouvelot, sa feuille de route stratégique 2021-2025 s’articule sur cinq axes : produire jusqu’à 12 000 logements par an en 2025, soit une hausse de 30 % ; contribuer à la relance économique et à la réindustrialisation ; être un levier de la transformation écologique de l’Île-de-France ; réduire les fractures sociales et territoriales ; accompagner les collectivités dans la définition de leurs stratégies foncières. « Près de 1 500 logements en renouvellement urbain sont prévus à l’agro-cité Gagarine » Frédéric Moulin, directeur général de EPA ORSA. EP Paris La Défense Transformer le plus grand quartier d’affaires d’Europe L’établissement public Paris La Défense n’est pas un opérateur comme les autres. Il est né au 1er janvier 2018 de la fusion de l’Epadesa et de Defacto, alors respectivement aménageur et gestionnaire du quartier d’affaires. Il réunit les missions d’aménagement, de gestion, de promotion et d’animation de Paris La Défense. « Nous sommes un établissement public local, notre conseil d’administration est composé pour majorité d’élus du département des Hauts- de-Seine et des collectivités locales concernées », précise Pierre-Yves Guice, directeur général de Paris La Défense. L’État demeure, bien entendu, présent au conseil d’administration, mais ce sont les élus locaux qui sont au cœur de la gouvernance. « Notre périmètre est plus vaste qu’on ne l’imagine, depuis Puteaux et Courbevoie jusqu’à La Garenne- Colombes et Nanterre. La Grande Arche n’est pas à l’extrémité du quartier, mais en est le cœur ! Notre territoire est unique, tant par sa physionomie urbaine et architecturale que par les enjeux économiques et d’attractivité qu’il représente, poursuit le directeur général. Il n’y a pas d’équivalent en France d’une telle concentration d’entreprises et de lieux de décisions. » Plus de 500 entreprises, 180 000 salariés, 42 000 habitants et autant d’étudiants, le tout sur plus de 500 hectares : pour l’établissement public, il s’agit de conserver ce leadership. « Nous ambitionnons de devenir le premier quartier post-carbone de dimension mondiale, affirme Pierre-Yves Guice. Cette stratégie vise à faire de notre territoire un modèle de résilience face aux défis environnementaux et sociaux que nous devons relever. » Objectif : diviser par deux les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Plusieurs actions emblématiques ont été mises en œuvre, dont le lancement d’Empreintes, un appel à projets urbains innovants qui vise à faire émerger de nouveaux modes constructifs et à donner naissance à des bâtiments bas carbone. Par ailleurs, un espace vert de 5 hectares se déploiera sur l’esplanade de La Défense d’ici 2026. Enfin, la mixité et la transformation du territoire en véritable quartier de vie sont également à l’œuvre. Ainsi, le quartier des Groues à Nanterre, une ancienne friche ferroviaire, accueillera, à terme, 10 500 habitants et 12 000 salariés. « Ce quartier a une vocation complètement mixte. Il sera moins vertical, fera la part belle aux circulations douces et accueillera une véritable diversité d’usages », souligne Pierre-Yves Guice. Avec la livraison prochaine de la tour Hekla, le lancement, entre autres, des projets The Link ou Odyssey, qui comprendra le premier immeuble réversible de La Défense, le plus grand quartier d’affaires européen tourne la page des années 1960 et amorce une mutation avérée, avec un établissement public déterminé aux commandes. « Nous ambitionnons de devenir le premier quartier post-carbone de dimension mondiale. » Pierre-Yves Guice, directeur général de Paris La Défense. Grand Paris Aménagement : des villes nouvelles à la ville recyclée « On est passé d’un rapport à la terre, où l’on avait tous l’impression que le foncier était abondant, constituait une ressource sans limite, à un nouveau paradigme, où l’on considère qu’elle est devenue une ressource rare », résume Stéphan de Faÿ, directeur général de Grand Paris Aménagement. De même, l’ex-Agence foncière et technique de la région parisienne (AFTRP), devenue Grand Paris Aménagement (GPA) en 2018, qui fête des 60 ans cette année, a vu ses missions évoluer au fil du temps. Acquéreur de fonciers pour le compte de l’État à l’origine, notamment pour constituer les réserves foncières des villes nouvelles, il a été également l’opérateur des grandes bases de loisirs d’Île-de-France, de ses grands centres commerciaux mais aussi de plusieurs de ses grands ensembles. Puis, son rôle s’est tourné de plus en plus vers les collectivités locales, soutenant à leur demande leur stratégie d’aménagement. Au fil du temps, sa mission a évolué aussi avec la transposition en 2005 de la directive communautaire soumettant au droit de la concurrence les opérations d’aménagement. Aujourd’hui, 85 % de son activité est réalisée dans le cadre de traités de concession, après mise en concurrence pour le compte de collectivités locales. Grand Paris Aménagement intervient sur tout le territoire francilien au service des maires et des collectivités – petites et grandes – dans la réalisation de leurs projets urbains, de l’étude à la conception et à l’exécution. « Dans près de 80 opérations d’aménagement menées actuellement, nos 200 collaborateurs s’attachent à créer pour tous une ville attractive et productive, dans des quartiers où il fait bon vivre, mêlant qualité et respect de l’environnement », indique l’aménageur. L’organisme, qui a fusionné avec l’EPA Plaine de France et s’est fédéré avec l’EPA Orly Rugis -Seine Amont en 2017, ne perçoit aucune subvention au titre de son fonctionnement. Grand Paris Aménagement est d’abord un opérateur foncier. C’est aussi un opérateur de l’habitat : l’établissement gère 8 programmes de rénovation urbaine (PRU) et requalifie de grandes copropriétés dégradées. Acteur de l’aménagement urbain, GPA « fait » enfin de la ville, aménage des quartiers mixtes et des parcs d’activités, créateurs de déve­lop­pement pour les collectivités. GPA a lancé, en début d’année, un appel à manifestation d’intérêt auprès des promoteurs afin de constituer un pré-référencement. Il s’agit pour l’établissement de mieux connaître les opérateurs, d’effectuer une pré-sélection et de définir un socle d’exigences commun à l’ensemble de ses projets.

  • LE GRAND PARIS A BESOIN D’INITIATIVES FORTES : PIERRE VELTZ, ECONOMISTE

    L’ÉCONOMISTE DE RENOM ET SPÉCIALISTE DES DYNAMIQUES TERRITORIALES PIERRE VELTZ ASPIRE À UN NOUVEL ÉLAN DE LA RÉGION CAPITALE ET INTERROGE LA GOUVERNANCE DU GRAND PARIS. DANS SON DERNIER OUVRAGE, L’ANCIEN PRÉSIDENT DE PARIS-­SACLAY MISE ÉGALEMENT SUR L’ÉCONOMIE « HUMANO-CENTRÉE », TYPIQUEMENT MÉTROPOLITAINE ET COMPATIBLE AVEC LES PROBLÉMATIQUES ENVIRONNEMENTALES. PROPOS RECUEILLIS PAR JACQUES PAQUIER. Quel regard portez-vous sur le Grand Paris et sa gouvernance ? Le Grand Paris est en attente d’un deuxième souffle. Il y a maintenant plus d’une décennie, Bertrand Delanoë et Pierre Mansat ont lancé une approche métropolitaine, franchissant la frontière (le mot n’est hélas pas trop fort) du périphérique. Nicolas Sarkozy et Christian Blanc ont enchaîné, avec le lancement de grands projets comme le Grand Paris Express ou Saclay. Ces projets se réalisent, plutôt bien, mais la dynamique d’ensemble s’est largement perdue. Aujourd’hui, nous avons la grande chance d’avoir une première ministre et un directeur de cabinet à Matignon qui connaissent très bien le sujet. Nous sommes donc très nombreux à compter sur eux pour remettre le Grand Paris sur les rails. C’est essentiel pour les millions de Franciliens qui vivent souvent difficilement la condition métropolitaine. Mais aussi pour la France, compte tenu du poids de la Région Capitale. Or les problèmes s’accumulent. Les inégalités sont croissantes, inquiétantes, les conditions de logement et de transport sont difficiles pour beaucoup, les questions écologiques restent ouvertes pour une agglomération très dépendante des énergies fossiles. Comment répondre à ces problèmes ? Nicolas Sarkozy avait esquivé le problème de la gouvernance. Une décennie plus tard, la question reste béante ! Or, elle est décisive. Nous avons toujours le même déséquilibre entre la ville centre, beaucoup trop introvertie, et le reste du territoire francilien : une coupure rare dans les grandes métropoles mondiales. Quant aux acteurs de première et de seconde couronnes, ils restent émiettés, en concurrence les uns avec les autres. Il n’existe pas de pilotage d’ensemble. La Métropole du Grand Paris n’est pas à l’échelle, ni par ses fonctions, ni par son périmètre. Séparer la zone dense de la deuxième couronne avait du sens à l’époque de de Gaulle, mais plus aujourd’hui. Le seul périmètre pertinent pour le Grand Paris, à mon sens, est celui de la région. Certains s’interrogent sur le fait que ce périmètre inclut de vastes zones rurales. Mais c’est au contraire un grand atout. Car une métropole moderne doit être urbaine et rurale, pour des raisons écologiques, énergétiques, alimentaires, hydrologiques… Au-delà des questions de périmètres et de compétences, le sujet-clé est celui de la démocratie et de la citoyenneté. Faire de la région Île-de-France le pilote métropolitain nécessitera des ajustements institutionnels, par exemple dans le mode d’élection. « NOUS AVONS TOUJOURS LE MÊME DÉSÉQUILIBRE ENTRE LA VILLE CENTRE, BEAUCOUP TROP INTROVERTIE, ET LE RESTE DU TERRITOIRE FRANCILIEN : UNE COUPURE RARE DANS LES GRANDES MÉTROPOLES MONDIALES. » Une des ambitions portées par l’ensemble des acteurs du Grand Paris est de faire rayonner la métropole au-delà même de ses frontières. Selon vous, quels secteurs devraient être particulièrement valorisés ? On ne peut pas séparer l’économie de la qualité de vie. Adaptation au changement climatique, pollutions, emplois, déplacements, logements (une grande priorité), hospitalité vis-à-vis des migrants et des visiteurs, formation : tous ces grands défis ne peuvent plus être traités à l’échelle communale, y compris celle de Paris-centre. Ils ont tous une dimension métro­politaine. S’ils ne sont pas traités, une partie des habitants continuera à quitter la ville. Vous m’interrogez sur les perspectives économiques. La métropole garde de très beaux atouts. Le capital d’image est considérable. L’industrie du luxe, désormais une des premières industries françaises, a fait de Paris sa vitrine. Ceci dit, il ne faudrait pas qu’elle colonise tous les projets nouveaux des quartiers centraux. Le tourisme devra éviter la thrombose de Paris-centre. Les sites formidables et méconnus foisonnent en Île-de-France, en dehors de Paris-centre et de Versailles. Le Grand Paris est aussi et surtout un foyer extraordinaire de création scientifique, technologique, industrielle et culturelle. On ignore souvent que le potentiel universitaire met le Grand Paris au tout premier rang mondial, avant Londres ou New York. C’est à mon sens une carte maîtresse. Il y a enfin, et peut-être surtout, l’immense potentiel d’énergie et de créativité de la jeunesse francilienne, avec ses multiples nationalités, cultures et connexions dans le monde. « ON NE PEUT PAS SÉPARER L’ÉCONOMIE DE LA QUALITÉ DE VIE. » Ces constats rejoignent les enseignements de votre dernier ouvrage, « L’économie désirable - Sortir du monde thermo-fossile ». Qu’entendez-vous par cette notion d’économie désirable ? En quoi vous semble-t-elle particulièrement intéressante pour la métropole du Grand Paris ? Des évolutions très profondes sont en cours dans notre économie. De nouveaux secteurs se développent, qui nous font sortir progres­sivement, pas assez vite peut-être, de l’économie d’accumulation d’objets qui pèse si lourd sur les ressources de la planète. La santé, l’éducation, la formation, le divertissement, la culture : ce sont aujourd’hui ces secteurs qui ont la plus forte croissance. Je parle à leur propos d’une économie « humano-centrée ». Ce sont des activités dont l’empreinte carbone est bien moins lourde que celle des secteurs traditionnels. Prenons la santé. On la considère comme un secteur de dépense, de coût, alors que c’est d’abord un formidable moteur de création de valeur. Il y a dans ce champ des perspectives de développement magni­fiques, qui pourraient faire du Grand Paris un centre mondial d’innovation, comme Boston par exemple, mais aussi d’expérimentation de nouvelles approches en termes de soins, de prévention, de services. À cet égard, je suis interpellé par la sur-concentration des CHU dans Paris intra-muros, qui valorise très mal les ressources du reste du territoire. Un Grand Paris de la santé, au sens le plus large du terme, voilà un projet mobilisateur pour la métropole du futur. « LA SANTÉ, L’ÉDUCATION, LA FORMATION, LE DIVERTISSEMENT, LA CULTURE : CE SONT AUJOURD’HUI CES SECTEURS QUI ONT LA PLUS FORTE CROISSANCE. JE PARLE À LEUR PROPOS D’UNE ÉCONOMIE “HUMANO-CENTRÉE”. » Quelle place occupe le Grand Paris en France ? Le Grand Paris est un sujet national. Si la Région Capitale va mal, c’est l’ensemble du pays qui souffre. De ce point de vue-là, il y a les images et la réalité : une idée encore répan­due voudrait que Paris se nourrisse en parasite du reste de la France. « Paris et le désert français » reste dans la tête de beaucoup d’élus. Il est vrai que l’hyper-concentration de certains secteurs comme les médias, l’édition, etc. dans le microcosme de Paris-centre pose problème. Mais la réalité des chiffres est que l’Île-de-France redistribue en fait énormément vers les autres régions. Nous avons cette chance d’avoir un système urbain très équilibré avec une métropole mondiale, ce qui n’est pas le cas de l’Allemagne par exemple, et cette superbe couronne de grandes villes dynamiques à deux ou trois heures de TGV. Je parle à ce propos de la « métropole France », car il s’agit d’économies urbaines étroitement interconnectées. L’ouverture maritime, par la vallée de la Seine, est aussi un grand enjeu. On pourrait imaginer une sorte de conférence nationale regroupant Paris et les grandes villes françaises pour valoriser ce modèle. Les Chinois sont d’ailleurs en train de s’organiser sur ce mode qu’ils qualifient de « super clusters urbains ». Il y a un potentiel de synergies absolument considérable. Contrairement à ce qu’un discours anti-métropolitain actuel veut faire croire, cette valorisation ne serait en rien préjudiciable aux villes moyennes et petites. Mais, pour commencer, nous espérons que le quinquennat Macron 2 sera celui de la relance vigoureuse du Grand Paris.

  • LA MÉTROPOLE DU GRAND PARIS A GAGNÉ EN CRÉDIBILITÉ : JEAN-PHILIPPE DUGOIN-CLEMENT

    SELON JEAN-PHILIPPE DUGOIN-CLÉMENT, PRÉSIDENT DE GRAND PARIS AMÉNAGEMENT, SI LA MÉTROPOLE A SU INVESTIR SUR DES SUJETS IMPORTANTS, IL LUI RESTE CEPENDANT À PALLIER CERTAINES DIFFICULTÉS INSTITUTIONNELLES SUSCEPTIBLES DE RALENTIR SON TRAVAIL DE RECOMPOSITION URBAINE. Quel bilan tirez-vous des six premières années de la Métropole ? Les premières années d’un objet institutionnel nouveau ne sont jamais évidentes. La Métropole du Grand Paris a rencontré deux difficultés majeures : la multiplication des strates institutionnelles, plus nombreuses que nulle part ailleurs en France, et la question de sa dénomination. Métropole du Grand Paris, Société du Grand Paris, Grand Paris Aménagement, Grand Paris Express, sans compter les agglomérations et établissements publics territoriaux qui comptent cette expression dans leur appellation. Difficile de s’y retrouver ! Néanmoins, la Métropole est parvenue à asseoir sa place à travers quelques dossiers lui ayant conféré une certaine visibilité : le concours « Inventons la Métropole » et la Zone à faibles émissions constituent deux sujets sur lesquels la structure a su investir. La Gemapi présente également un potentiel très fort. La Métropole a survécu au big bang des collectivités annoncé par le Président de la République fin 2017, ce qui n’était pas évident. Elle a de ce fait gagné en crédibilité. Quel serait, selon vous, le scénario de réforme idéal pour un tel millefeuille ? J’admets ne pas réussir à concevoir comment le gouvernement pourra engager des réformes qui ne soient pas absolument consensuelles pour tous au niveau local en l’absence totale de cohérence et de majorité nationale. Un problème de fond va se poser. Le gouvernement doit réussir à faire passer ses budgets et sa loi sur le pouvoir d’achat. Aller sur des questions lourdes, comme une réforme institutionnelle où il n’y a que des coups à prendre et à peu près autant d’avis que d’acteurs, j’avoue ne pas y croire sous cette législature. Je reste fondamentalement persuadé que l’Île-de-France présente trop d’échelons et que nous payons un manque de visibilité. La dualité entre les inter­communalités en petite couronne, les établissements publics territoriaux et la Métropole du Grand Paris est un véritable sujet. La question de la rationalisation se posera à un moment ou à un autre. Quelles compétences vous apparaissent comme légitimement métropolitaines ? La question qu’on peut se poser est très proba­blement celle de l’articulation et des transferts de compétences entre ce qui relève du bloc communal, une curiosité institutionnelle en soi, et la Métropole qui n’a pas vocation à aller sur des compétences de nature régionale comme le transport, le développement économique ou la structuration territoriale à l’échelon macro. Il y a des compétences qui n’ont pas de cohérence à la même strate. Vous êtes à la fois président de Grand Paris Aménagement et de l’Établissement public foncier d’Île-de-France. Quel regard portez-vous sur les enjeux métropolitains comme la construction et le logement ? Avoir beaucoup de niveaux sur des compétences totalement ciblées, comme cela est le cas avec les grands syndicats gérant l’assainissement, les déchets et l’eau, n’apparaît pas forcément gênant. Il n’y a pas d’émiet­tement desdites compétences. Le problème aujourd’hui tient à ce que plusieurs acteurs interviennent de manière croisée et successive sur un même dossier : forcément, les process s’en retrouvent ralentis. L’Île-de-France fait face à des enjeux majeurs en termes d’aménagement et d’offre de logements. Nous traversons une crise sans précédent qui frappe en premier les populations fragiles : plus d’un million de personnes sont mal-logées aujourd’hui sur le territoire francilien ! Les enjeux que nous portons collectivement, avec des complexités profondément différentes entre la petite et la grande couronne, sont d’assurer le devoir moral et social de loger chacun dignement et de maintenir une région dont le niveau de développement économique tire le pays vers le haut. Patrick Ollier en parle très justement : l’Île-de-France représente 31 % du PIB national. La Métropole est une locomotive ! Nous avons l’obligation de continuer à avancer en réinventant les modes d’aménagement de la ville. Ce travail de recomposition urbaine n’est pas le même en Seine-et-Marne ou au sud de l’Essonne que dans le secteur dense, mais il nous appartient. La ville constitue un objet mouvant, vivant. Le jour où elle n’évolue plus, elle tombe. Que pensez-vous des récentes propositions des promoteurs du Grand Paris, qui visaient notamment un PLU capable de s’imposer face aux maires et une trajectoire plus lisible vers le zéro artificialisation nette ? Accélérer les procédures face au refus d’un maire quant à un permis est une chose. Augmenter les pénalisations financières devant un recours abusif ne me choque pas. Mais quand un maire s’oppose totalement à un projet, c’est en général parce que les habitants de sa commune en font autant. « Si le peuple vote mal, il faut dissoudre le peuple. » Cette première proposition revient à dire cela. Étant profondément attaché à la démocratie, j’y suis donc fermement opposé. D’un point de vue pratique, cela conduirait en outre les élus à verrouiller leur PLU. Concernant le ZAN, les règles ne sont pas les mêmes en Île-de-France qu’ailleurs. Flécher davan­tage permet de travailler sur les droits à construire. La question de la densification est un sujet sur lequel on doit s’engager politiquement. En parler n’est acceptable que si cela apporte en qualité de vie et en services publics. Promouvoir de la densification quand les services publics reculent depuis des années est incompatible pour les citoyens. En dehors de cela, les zones d’activités économiques constituent, selon moi, un chantier colossal. Ces ZAE représentent 32 000 hectares en Île-de-France dont 70 % sont dégradés, obsolètes ou condamnés à l’être d’ici vingt ans. Ce potentiel d’espaces, souvent bien raccordés aux transports, est aujourd’hui tota­lement artificialisé et sous-utilisé en termes de densification. Il s’agit, à mon avis, du plus gros sujet de recomposition urbaine de ces prochaines années. « LA MÉTROPOLE A SURVÉCU AU BIG BANG DES COLLECTIVITÉS ANNONCÉ PAR LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE FIN 2017... » « LES ENJEUX QUE NOUS PORTONS COLLECTIVEMENT (...) SONT D’ASSURER LE DEVOIR MORAL ET SOCIAL DE LOGER CHACUN DIGNEMENT ET DE MAINTENIR UNE RÉGION DONT LE NIVEAU DE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE TIRE LE PAYS VERS LE HAUT. »

  • POUR UNE RECONQUETE DE LA BIODIVERSITE D’ICI 2030 : ANTOINETTE GUHL

    ANTOINETTE GUHL, VICE-PRÉSIDENTE DÉLÉGUÉE À LA NATURE EN VILLE, À LA BIODIVERSITÉ ET À L’AGRICULTURE MÉTROPOLITAINE, MÉTROPOLE DU GRAND PARIS L’érosion de la biodiversité, tant à l’échelle mondiale que métropolitaine, constitue un constat partagé par toutes et tous. Les causes de cette érosion sont multiples : changement d’usages des terres, exploitation des ressour­ces, changement climatique, espèces exotiques envahissantes, pollution, etc. Au sein de la Métropole du Grand Paris, cette perte de biodiversité est notamment due à la grande artificialisation des sols et à la densité d’acti­vité et d’urbanisation, offrant moins d’habi­tats aux espèces animales et végétales. À titre d’exemple, le moineau domestique a perdu 73 % de ses effectifs sur la période 2003-2016, les populations de papillons et d’oiseaux ont diminué respectivement de 20 % et 40 % au cours des deux dernières décennies (La biodiversité en Île-de-France : chiffres clés. Agence régionale de la biodiversité en Île-de-France, février 2019). Or, la biodiversité présente de nombreux bénéfices pour les Métropolitains. Elle fournit notamment de nombreuses ressources, favorise la résistance de la biosphère face aux perturbations (atténuation du changement climatique, par exemple) et participe également à la qualité du cadre de vie (beauté des paysages, ateliers pédagogiques, appréciation de la nature en général…). C’est pourquoi, la Métropole du Grand Paris s’est engagée par des actions concrètes de préservation et de valorisation de sa biodiversité. Depuis 2016, plus de 25 millions d’euros ont ainsi été consacrés à la mise en œuvre de 135 projets des commu­nes métropolitaines en faveur de la nature et de l’agriculture en ville, à la création d’un réseau d’échanges sur la thématique de la biodiversité, à l’élaboration de partenariats avec des acteurs essentiels de la biodiversité ou encore au finance­ment de projets de renaturation dans le cadre de l’appel à projets « Nature 2050 - Métropole du Grand Paris », en lien avec CDC Biodiversité. Afin de mieux connaitre la biodiversité de ses communes et ajuster ses actions au plus près des besoins, la Métropole a initié une démarche ambitieuse de diagnostic avec la réalisation d’un Atlas de la biodiversité métropolitaine. C’est sur la base de ce diagnostic méthodique que des mesures de protection ont ensuite pu être formulées dans son Plan Biodiversité métropolitain adopté à l’unanimité du Conseil métropolitain le 4 avril 2022, afin de rechercher une synergie entre acteurs et secteurs d’intervention, pour une véritable reconquête de la biodiversité d’ici 2030 et un accès de tous les habitants à un espace vert. Ce plan traduit notamment les ambitions et objectifs portés par le Schéma de Cohérence Territoriale (SCoT) de la Métropole du Grand Paris, permettant de décliner des actions fortes et ambitieuses en matière de nature en ville.

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