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  • RÉMI VIAL-COLLET : UN BUSINESS ANGEL

    C’EST AVEC HUMILITÉ QUE LE POLYTECHNICIEN RÉMI VIALCOLLET DÉCRIT SON PARCOURS ASCENSIONNEL QUI L’A CONDUIT DE NEXITY APOLLONIA À LA PRÉSIDENCE DE FAIR’ PROMOTION. C’est à Londres en 2005, dans le restaurant que tenait alors Jean-Christophe Tortora, que s’est joué au moins partiellement le destin professionnel de Rémi Vial-Collet. Ce brillant Haut-Savoyard effectue alors, dans la capi­tale anglaise, un volontariat international en entreprise (VIE) à la Société générale corporate & investment banking. « Je lui ai conseillé de s’intéresser au métier de la promotion immobilière car j’ai perçu chez lui ce goût de bâtisseur. Je ne le voyais pas s’enfermer dans les salles de marchés », dit de lui le président de La Tribune. « J’ai détecté sa rapidité intellectuelle, son sens aigu de l’organisation et un talent pour être en empathie avec son environnement en quelques minutes. Il est difficile de ne pas aimer Rémi au bout d’une heure ! » ajoute-t-il. Jean-Christophe Tortora présente à Jean-Philippe Ruggieri, originaire de Toulouse comme lui et directeur général de Nexity, le jeune polytechnicien. Et le courant passe. Après un stage de fin d’études chez McKinsey, puis un bref passage dans la finan­ce – « J’avais décidé de partir pour Londres sur un coup de tête, confie-t-il, pour faire la fête » –, Rémi Vial-Collet intègre la major de l’immobilier. La Caisse d’Epargne vient alors d’entrer au capital de Nexity, qui cherche un profil d’ingénieur consultant. Ce fils de géomètre, petit-fils d’un directeur départemental de l’équipement qui a dessiné la route reliant les stations de ski des Carroz-d’Arâches et de Flaine, fait ses armes à Toulouse, dans la filiale historique de l’ensemblier urbain. Il gravira ensuite un à un tous les échelons, de responsable de programme à directeur adjoint de la maîtrise d’ouvrage. « Une évolution logique, où l’on commence d’abord à suivre la construction d’un bâtiment, puis d’un îlot, enfin d’un ensemble de programmes », résume cet amateur de lecture de romans et d’histoire de France, grand voyageur également, qui parcourt le monde avec son ami. Une histoire familiale Après neuf ans chez Nexity, ce jeune homme, à qui tout semble réussir, veut faire du développement. « J’en avais sans doute assez de passer mes journées à résoudre des urgences, ce qui est le lot des métiers de la gestion de programmes », indique-t-il. C’est à nouveau une rencontre, lors du mariage d’un de ses proches, le notaire Jean-Marie Guibert, qui va sceller son destin. Il croise Olivier Perrin, qui dirigealors l’Île-de-France pour Vinci Immobilier. Ce dernier lui confie la direction de l’est de l’Île-de-France, qu’il prend en avril 2016. Un nouveau défi pour ce natif de Cluses, qu’il relève avec une redou­table efficacité, lui valant de monter en grade pour devenir directeur général adjoint de Vinci Immobilier en charge de l’Île-de-France. Là encore, le hasard des rencontres le conduit à se lier d’amitié avec le patron de Promo Gerim, Yves Jouitteau, avec lequel il réalise plusieurs programmes immobiliers, à Bobigny, Rambouillet ou Villejuif. Le promoteur souhaite passer la main et cherche un successeur. La transition s’engage, accélérée dramatiquement par le décès d’Yves Jouitteau, emporté en 2022 par une maladie foudroyante. « Ces difficultés ont finalement soudé le pacte d’actionnaires passé avec mes associés, les enfants du président historique », indique Rémi Vial-Collet. Le sens de la parole donnée Aujourd’hui, dans les locaux flambants neufs de l’hôtel d’entreprise où il a provisoirement implanté son siège parisien dans le 16e arrondissement, en attendant la rénovation de l’hôtel particulier qui l’accueillera prochainement, le jeune chef d’entre­prise mesure davantage les défis qui lui restent à relever que le chemin parcouru. Avec simplicitéet une remarquable attention à l’autre – rares sontles portraiturés aussi curieux du parcours de leur interlocuteur –, il détaille la stratégie de diversi­fication, vers les résidences gérées notamment, mais aussi vers des projets plus origi­naux, encoreconfidentiels, qu’il a commencé de mettre en œuvre. Pour expliquer le choix de Fair’ promotion, nom qu’il a donné au groupe qu’il forme désormais avec Dream promotion, au capital duquel il est récemment entré, Rémi Vial-Collet s’en réfère aux valeurs d’une entreprise au capital historiquement familial, dont il entend respecter et développer un ADN reposant sur le soin accordé à ses programmes, la probité et le respect de la parole donnée. S’il porte notamment un fonds de dotation destiné à soutenir le logement solidaire et l’inclusion, il demeure également discret pour l’heure sur la question, afin de se prémunir de tout social washing.

  • L’ORGIE DU VIVANT

    LA PEINTRE PARISIENNE DE 29 ANS, ALICE GRENIER NEBOUT, IMAGINE DES ODES À LA NATURE, COLORÉES ET ONIRIQUES, OÙ LES ANIMAUX, LES PLANTES ET LES HUMAINS VIVENT EN HARMONIE… DES ŒUVRES COMME DES SORTILÈGES QUI CONVOQUENT, SUR LA TOILE, SON PARADIS RETROUVÉ. PAR ANNE-LAURE LEMANCEL Avec sa robe-chemise blanche vaporeuse, ses jambes interminables, ses longs cheveux bruns, ses yeux clairs légèrement délavés et son air parfois absent ou assombri par d’éphémères nuages d’ennui, Alice Grenier Nebout règne sur son royaume comme un elfe. Son empire, son refuge, son cocon, comme elle l’appelle, consiste depuis trois mois en deux pièces baignées d’une lumière douce, dans une coquette rue reculée du 14e arrondissement parisien. L’artiste de 29 ans préfère la solitude de son atelier, une sorte de havre de paix, que lui louent les parents de son amie, la peintre Madeleine Roger-Lacan. Ce jour, autour de sa silhouette évanescente, se déploient ses œuvres de couleurs vives, des tableaux de toutes tailles, dont certains grands formats, où une nature luxuriante, hantée s’entremêle aux humains sensuels et à un bestiaire chimérique. « Je représente une sorte d’orgie du vivant », précise-t-elle pour décrire sa création à la fois figurative et conceptuelle, classique et transgressive, romantique et abstraite, dont les atmosphères de velours exubérantes rappellent l’esprit naïf et enfantin du Douanier Rousseau. Un processus créatif atypique Parmi les toiles, l’une, immaculée, deux mètres de haut, se dresse… L’œuvre à naître. Chaque matin, pour convoquer l’inspiration, Alice se livre à sa « morning routine ». En une attitude quasi méditative, elle se positionne derrière son imposant bureau, recouvert de pastels, d’aquarelles, de feutres.... Là, elle s’immerge dans les pages de ses livres fétiches, sa nourriture spirituelle : Phèdre de Racine, un beau livre sur Gustave Moreau, source de ravissement, ou encore les Métamorphoses d’Ovide, son ouvrage de chevet. Puis, elle s’empare de son immense carnet de bord, où s’étalent, en un joyeux bazar, citations, réflexions, croquis en couleurs... Ensuite seulement, elle plonge les mains dans la peinture. L’artiste commence toujours par de grands fonds, souvent bleus, ou plus précisément indigo, sa couleur préférée, un « rappel des abysses, des profondeurs marines, une couleur très sereine, mystérieuse, de l’ordre du rêve », selon elle. Ainsi explique-t-elle sa technique : « Je peins le fond avec les doigts, je caresse la toile longuement de la paume de la main, ce qui donne un effet sensuel et tactile. » Puis, elle invente ses paysages – douze grands formats par an environ. Sortie il y a cinq ans du Saint Martin’s College of Art and Design de Londres, Alice Grenier Nebout s’est déjà forgé un nom dans le monde de l’art contemporain. Lauréate des prix Art Canister et Carré sur Seine 2020, elle expose dans des galeries, soutenue par Laurence Dreyfus, marchande d’art et agent,. L’une de ses fresques végétales, en version digitale, donc animée, orne les murs du restaurant Forest, au musée d’Art Moderne de Paris… « L’ARTISTE COMMENCE TOUJOURS PAR DE GRANDS FONDS, SOUVENT (...) INDIGO, SA COULEUR PRÉFÉRÉE, UN « RAPPEL DES ABYSSES, DES PROFONDEURS MARINES... » La genèse d’une artiste Son art prend racine dans l’atelier de céramique de sa grand-mère, puis au cœur d’une nature vierge et préservée, loin de son Paris natal. Fille de l’actrice Claire Nebout et d’un caméraman canadien, elle passe ses vacances au bord d’un lac, dans le pays paternel : « Mon père m’avait construit un radeau. Mais sans cousins ni copains, je m’ennuyais. Du coup, j’ai décidé de peindre mon embarcation, de créer mon propre univers », raconte-t-elle. Très vite, l’enfant comprend que l’art lui offre une échappatoire à cette réalité qui ne la satisfait pas tout à fait. Avec sa mère et son beau-père, le journaliste Frédéric Taddeï, elle renforce son éducation visuelle, en immersion dans des paysages merveilleux, lors d’innombrables voyages autour du globe : Amérique du Sud, Argentine, Thaïlande, Ouganda, Kenya… L’école d’art fera le reste. Et surtout cette révélation : « Un jour, lors d’une immense balade seule en forêt de Fontainebleau, à l’automne, entourée de feuilles dorées, j’ai eu l’impression de voir les couleurs d’une autre manière, plus vives, plus aiguës… Un choc ! » Depuis, Alice s’attèle à préserver, dans ses tableaux, cette nature flamboyante, si fragile, ce paradis peut-être bientôt perdu. Cette femme qui danse chaque matin, cet elfe rêve à terme de bâtir son vrai royaume, au cœur de la campagne : « Une très belle maison, comme la grande demeure secrète de Niki de Saint Phalle, avec de la mosaïque partout, un potager, un cheval et un immense atelier au milieu de la nature, dans une forêt, ou près de la mer… » En attendant, Alice s’invente, dans son atelier, son pays des merveilles.

  • UN GRAND PARIS LOCAVORE ET GOURMAND

    UNE CORNE D’ABONDANCE, LE TERROIR FRANCILIEN ? OUI, SI ON EN JUGE PAR LA QUANTITÉ IMPRESSIONNANTE DE CUEILLETTES, POTAGERS URBAINS, RUCHES, LAITERIES, FERMES ET BRASSERIES ENCADRANT LA CAPITALE. ENQUÊTE SUR UN PHÉNOMÈNE QUI ENCHANTE LES CONSOMMATEURS. PROPOS RECUEILLIS PAR NATHALIE HELAL. Le terroir francilien, nouveau terrain de jeu des citadins Grâce aux fameux « circuits courts » et aux injonctions répétées à « bien manger local », les Parisiens et citadins de la région Île-de-France,en quête d’un petit bol d’air campagnard, sont de plus en plus nombreux à s’évader à quelques kilomètres de leur domicile pour s’approvisionner en produits frais. Cette tendance de fond, qui pointait déjà avant la crise sanitaire, traduit l’envie de tisser un lien avec les producteurs, ces nouveaux héros de nos assiettes : bien que l’engouement pour les (grands) chefs ne soit pas encore retombé, la (re)découverte du terroir semble le terrain de jeu favori des amateurs de bonne cuisine. Pour reprendre les mots du chef cuisinier Guillaume Gomez dans la préface de son dernier ouvrage, Recettes gourmandes des fruits & légumes de nos territoires, aux éditions Le Cherche-Midi (voir interview pages suivantes), « sans celles et ceux qui “font” ce terroir, pas de gastronomie française ! ». Dénominateur commun de ces artisans du goût, aux profils et aux exploitations variées, l’envie de mettre du sens écologique et environnemental au cœur de leur activité, adossée à un certain sens des responsabilités vis-à-vis de leurs clients consommateurs. Des producteurs et des chefs engagés et responsables Certains, comme Mikaël Morizot, 42 ans, à la tête de la Cressonnière Sainte-Anne, à Vayres-sur-Essonne, sont aussi des porteurs de flambeau, à l’instar de leurs ancêtres. Son exploitation, première de l’Essonne depuis 1854 et qui s’étend sur une cinquantaine d’ares, produit un superbe cresson bio de fontaine. Cette plante, plébiscitée par les diététiciennes et les naturopathes, était autrefois vendue par milliers de bottes sur le carreau des anciennes Halles, dès les petites heures de la matinée en raison de sa fragilité. Mais que le cresson soit apprécié en salade ou en soupe, pour Mikaël, pas de différence : « Je le cueille moi-même à la main et au couteau, les jambes dans l’eau comme mon père avant moi… J’ai des liens pour botteler et je le vends en direct sur mon exploitation, dans les marchés bio autour de chez moi. Le reste va au MIN de Rungis. » Fier de travailler un « produit noble », et heureux d’être en pleine nature, il n’est jamais plus satisfait que lorsque des chefs s’intéressent à son cresson. Même son de cloche chez Damien et Stéphanie Vanhalst à la Fraiseraie de Houdan, dans les Yvelines, dont les 7 variétés de fraises font carton plein entre début mai et fin juin auprès des restaurateurs, boulangers-pâtissiers et épiceries fines locales. « Cueillies le matin et vendues en direct l’après-midi, deux fois par semaine, les mardi et jeudi, à la gare de Villiers-Pontchartrain », elles représentent ici un bonus appréciable pour une ferme héritée de la génération précédente, qui vit le reste de l’année grâce aux revenus issus de ses fruits et légumes. Très attentif au bien-être de leurs saisonniers, ce couple de quadras organise aussi régulièrement des ateliers-découvertes sur leur site, avec d’autres producteurs de la région invités à faire connaître leurs miels, farines, viandes et pâtisseries ou friandises artisanales. La vente de proximité, c’est aussi le credo de Philippe Dufour, 60 ans, éleveur à Échouboulains en Seine-et-Marne de superbes Blondes d’Aquitaine, une race reconnue pour ses qualités bouchères. Après des décennies d’élevage laitier par ses parents et grands-parents, 15 années de culture céréalière ont épuisé les sols, qu’il a replantés en herbage pour se lancer dans la viande, il y a 30 ans. Aujourd’hui, si la vente de ses broutards (jeunes bovins de 3 à 10 mois, sevrés et mis au pâturage, ndlr) se fait en Italie, une partie de son cheptel est vendue à des bouchers en circuits courts. « En autonomie fourragère à plus de 90 % », Philippe Dufour, élu du Comité régional d’Île-de-France d’Interbev, l’interprofession, joue aussi la carte des marchés de producteurs et de l’entraide gagnante sur son exploitation. À la fois vertueuse et pragmatique, la démarche de ces producteurs rencontre un écho favorable auprès des (jeunes) chefs, à la conscience envi­ron­nementale déjà bien aiguisée. Comme Camille Saint-M’Leux, 27 ans, dont les menus très gourmands et finement orchestrés ravissent les clients de la Villa9Trois, à Montreuil, en Seine-Saint-Denis. Pain sur levain en provenance d’un boulanger de la ville, Le Fournil éphémère ; café éthiopien torréfié par un artisan local ; ruches remplies d’abeilles prodigues (plus de 80 kilos de miel par an !), un partenariat avec Jeff l’Abeille, un voisin apiculteur : rien, concernant le sourcing, n’est laissé au hasard, à commencer par les légumes et les fruits ! Hormis ses 8 variétés d’agrumes et 43 plantes aromatiques qu’il fait pousser sur place et sous serre, Camille se fournit auprès de Roland Rigault, maraîcher en Seine-et-Marne. « Sa production n’est pas bio, mais il représente le bon sens maraîcher, alors, je le suis ! », explique le chef. Depuis cet été, il s’est rapproché de l’association locale Murs à pêches, qui vise à ressusciter les fameuses pêches montreuillaises, gloires de la ville au XIXe siècle. « Je propose une pêche au sirop froide, accompagnée d’une glace infusée à la feuille de pêcher », précise-t-il. Si les efforts des uns et des autres incarnent une certaine modernité des artisans du goût, ils n’en paraissent pas moins insuffisants au regard de la problématique de la souveraineté alimentaire. Le Ventre de Paris, acte II « D’ici à 2035, les besoins alimentaires des Franciliens vont croître sous la pression de l’augmen­ta­tion de la démographie, donc disposer de capa­­­cités de distribution supplémentaires et complé­mentaires à celles de Rungis est important », déclare Stéphane Layani. Le président de la Semmaris, qui gère le MIN de Rungis, est aussi pragmatique que visionnaire : « Plus on est citadin et plus on a besoin d’un lien avec les producteurs ! Ne jamais perdre de vue la problématique qui est : comment on approvisionne la ville, la banlieue, la grande banlieue chaque jour ? Comment on achemine la marchandise chez les gens ? » De ces réflexions est né un projet ambitieux, chiffré à 1 milliard 400 000 euros et baptisé Agoralim : porté par la Semmaris, il vise à installer dans le nord de l’Île-de-France, sur le fameux axe du Triangle de Gonesse, un dispositif de valorisation des produits alimentaires frais, de la production à la distribution en passant par la transformation. Une sorte de complément à Rungis, où les flux de distribution entre le nord et le sud de l’Île-de-France, mieux répartis, répondront au défi environnemental. « Ce qui fait la force d’une agriculture, c’est la logistique. Campus agro- alimentaire, en partenariat avec l’Éducation nationale, unités spécialisées dans le catering, distribution et carreau des producteurs, cuisine de transformation solidaire pour les invendus et futur musée de l’Agriculture : c’est un sujet métropolitain à part entière », conclut Stéphane Layani.

  • SBG LUTÈCE : LE BEAU CHEMIN DE MATHIEU GUNDUZ

    À L’ORIGINE SPÉCIALISÉE DANS LE GROS ŒUVRE, L’ENTREPRISE ESSONNIENNE SBG LUTÈCE RAYONNE DÉSORMAIS SUR DE NOMBREUX CHANTIERS DE CONSTRUCTION ET DE RÉHABILITATION, EN PARTICULIER SUR LE TERRITOIRE DU GRAND PARIS. À SA TÊTE : MATHIEU GUNDUZ, ENTREPRENEUR PASSIONNÉ ET PASSIONNANT. « Ma plus grande fierté aujourd’hui, c’est d’être entouré de 250 personnes. Manager les équi­pes, former les jeunes, discuter avec les plus expérimentés,… c’est un bonheur au quotidien. J’ai l’impression d’être utile à ce beau pays. » Aucun doute : Mathieu Gunduz porte la France et l’entreprenariat dans son cœur. Deux moteurs qui ont fait le succès de SBG Lutèce, son entreprise de construction fondée en 2003. Mais le parcours exemplaire de Mathieu Gunduz débute bien avant cette date. Et plus précisément à la fin des années 1980, quand l’entrepreneur arrive en France, à pied, en provenance du Kurdistan. D’abord jeune bâtisseur chez Bouygues Bâtiment, puis directeur d’un service travaux, il lance finalement sa propre entreprise de maçonnerie en ciblant notamment la construction de maisons individuelles en Île-de-France : « Les premières années, j’étais évidemment sur les chantiers en train de mettre la main à la pâte. Petit à petit, j’ai réussi à faire progresser l’entreprise, à m’entourer de mes premiers collaborateurs et à viser plus haut. » Chantier après chantier, SBG Lutèce se développe, non seulement grâce à la construction de maisons individuelles, mais aussi de petits loge­ments collectifs. Jusqu’à assurer, en 2008, la réalisation d’un hôtel cinq étoiles à Saint-Tropez : Le Kube. Un projet charnière, qui démontre alors la capacité de la société à travailler sur des chantiers d’envergure. Saint-Tropez. La confiance des grands noms de l’immobilier Basée à Villebon-sur-Yvette (Essonne), SBG Lutèce construit aujourd’hui environ 1 500 logements par an. La société dispose de la confiance des maîtres d’ou­vrage les plus importants de France comme Atland, Bouygues Immobilier, Icade, Kaufman, Nexity, Spirit ou encore Vinci. Des contrats décrochés grâce à son excellente réputation dans l’éco-système de l’immobi­lier et de la construction. « Au fil des années, nous avons instauré de bonnes relations avec l’ensemble des groupes majeurs du secteur. Nous n’avons pas de recette miracle. C’est la qualité du travail réalisé et le respect porté à nos clients qui nous ont permis de grandir. Aujourd’hui, je les considère davantage comme des partenaires, voire même des amis », explique Mathieu Gunduz. Une proximité qui a d’ailleurs permis à l’ancien immigré kurde de travailler, trente ans après son arrivée en France, sur certains chantiers emblématiques de son pays d’adoption. À l’image de la rénovation de l’aéroport et du musée de l’air du Bourget. « Je n’oublierai jamais le jour où le directeur du site du Bourget m’a personnellement félicité pour notre travail sur ce projet. Pour moi, c’était un moment fort de ma carrière », se rappelle l’entrepreneur, qui rénove actuellement l’ancien siège de la Région Île-de-France, dans le - très chic - 7e arron­dissement de Paris. Recruter, former, se battre pour l’avenir Si les grands projets ne manquent pas pour SBG Lutèce en 2022, l’entreprise francilienne n’est néanmoins pas épargnée par l’un des obstacles majeurs de son secteur : le recrutement. « Aujourd’hui, notre plus grande difficulté réside dans la recherche de main-d’œuvre qualifiée. Nous devons sans cesse recruter et former des personnels pour constituer des équipes capables de répondre à notre carnet de commandes », déplore Mathieu Gunduz qui, malgré cet obstacle et le contexte économique chahuté du moment, reste optimiste pour l’avenir de son secteur et de sa société : « Les spécialistes estiment qu’il faudrait construire environ 500 000 logements par an en France pour offrir un toit à chacun. Aujourd’hui, le pays en construit seulement 280 000. Ce n’est pas assez. Nous devons être davantage bâtisseurs ! La France est un pays dynamique. Je pense que nous sommes capables de relever ce défi tout en nous adaptant aux nouvelles contraintes de la réglementation thermique. » Une énergie et une détermination que l’entrepreneur tire notamment de sa passion pour le sport. Il a bouclé le Marathon de Paris en octobre 2021. « Tant qu’on se bat, on n’a rien à perdre », confie-t-il. À l’approche des 20 ans d’existence de SBG Lutèce, son fondateur n’est pas prêt de raccrocher les gants… « LES SPÉCIALISTES ESTIMENT QU’IL FAUDRAIT CONSTRUIRE ENVIRON 500 000 LOGEMENTS PAR AN EN FRANCE POUR OFFRIR UN TOIT À CHACUN. AUJOURD’HUI, LE PAYS EN CONSTRUIT SEULEMENT 280 000. » Réalisation à Noisy-le-Grand. SBG LUTÈCE EN BREF… Fondation : 2003. Siège social : Villebon-sur-Yvette (Essonne). Effectif : 250 personnes. Logements construits par an : 1 500. Chiffre d’affaires : 84 millions d’euros (en 2019).

  • RENDRE LA VILLE DE DEMAIN POSSIBLE, C'EST APPRENDRE À RECONSTRUIRE LA VILLE SUR LA VILLE.

    En pleine vitesse de croisière, le projet du Grand Paris est une opportunité unique de faire autrement la ville. Face à la rareté des fonciers et au fléau de l’artificialisation des sols, VINCI Immobilier veut devenir le référent du recyclage urbain. Explications avec Anne-Florence Bourgain, directrice territoriale Île-de-France Ouest. Anne-Florence Bourgain, directrice territoriale Île-de-France Ouest VINCI Immobilier. Quelle ambition nourrit VINCI Immobilier pour la ville ? Notre ambition est de rendre la ville possible, c’est-à-dire accessible à tous, facile au quotidien et durable. En tant que leader de la promotion immobilière en France, VINCI Immobilier contribue au développement économique des villes, à la qualité de vie de chacun et à la préservation de l’environnement. Aujourd’hui, les crises climatique, sociale et sanitaire accélèrent les tendances de fond. Cela nous oblige à innover à tous les niveaux, y compris stratégique, à agir concrètement, à le faire rapidement et avec qualité, en s’appuyant sur notre excellence opérationnelle. Rendre la ville de demain possible, c’est aujourd’hui. Grâce à nos trois grands métiers, la promotion, l’exploitation et les services, nous apportons une réponse globale. Pourquoi le recyclage urbain est-il l’avenir de la ville ? Le modèle actuel n’est plus tenable. L’étalement urbain qui grignote les espaces naturels et agricoles – l’équivalent à trois fois la surface de Paris est artificialisé chaque année – et la rareté des fonciers disponibles obligent à faire un pas de côté. La solution est de reconstruire la ville sur la ville en recyclant des friches délaissées et en réhabilitant des immeubles obsolètes. La loi Climat et Résilience, d’août 2021, fixe le cap en voulant diviser par deux le rythme d’artificialisation des terres dès 2030 et en atteignant la zéro artificialisation nette en 2050. Nous voulons atteindre cet objectif avec 20 ans d’avance, pour devenir le promoteur référent en recyclage urbain. Dans 8 ans, la moitié de notre activité sera réalisée en recyclage urbain. Ce défi nous invite à penser autrement notre développement, à réinventer nos façons de faire et à intégrer de nouvelles compétences en paysage ou en biodiversité.vNous ne partons pas d’une feuille blanche. Au sein du Grand Paris, nous démontrons notre savoir-faire avec Universeine, le futur Villagevdes athlètes, situé à Saint-Denis, réalisé sur une friche industrielle de 6 hectares, dépolluée et réhabilitée. À Nanterre, L’Archipel et InDéfense, les nouveaux sièges de VINCI et de VINCI Immobilier, sont réalisés sur un terrain 100 % artificialisé, préalablement occupé par la SNCF. « À Nanterre,L’Archipel et InDéfense, les nouveaux sièges de VINCI et de VINCI Immobilier, sont réalisés sur un terrain 100 % artificialisé » Comment mettez-vous en œuvre cette stratégie ? Fort heureusement, nos villes regorgent d’espaces obsolètes à réhabiliter. À Suresnes, par exemple, nous débutons sur le front de Seine une opération de recyclage de deux grands immeubles en béton, typiques des années 1970, de 9 et 12 étages. À la place de ces immeubles désuets s’élèvera un programme mixte de 170 logements en accession et de 68 logements libres vendus en bloc, un hôtel de 104 chambres, une résidence de coliving BIKUBE, un espace de coworking pour répondre aux nouveaux modes de travail, un commerce, une crèche et des places de parking. Avec son jardin planté, sa sente piétonne et ses toitures végétalisées, ce projet vise le label Biodiversity. Bien équilibré, réalisé sur un foncier artificialisé et idéalement placé face à la Seine, ce programme coche toutes les cases de la ville de demain. Comment VINCI Immobilier répond-il aux nouveaux besoins résidentiels ? Nos concepts de résidence gérées – OVELIA, Student Factory et BIKUBE – et leur succès auprès des investisseurs et des usagers illustrent notre capacité à élaborer des réponses innovantes. Au sein du Grand Paris, nous en comptons déjà 5 en activité et 6 en développement. Ces résidences répondent aux besoins spécifiques et émergents des seniors autonomes en quête de liberté et de sécurité, des étudiants désireux de se concentrer sur leurs études en partageant une vie communautaire et des jeunes actifs mobiles professionnellement et moins pressés d’acquérir un bien. Alternative à l’immobilier résidentiel, la résidence de coliving BIKUBE apporte de la simplicité, de la convivialité et une liberté liée à l’absence de contraintes matérielles et administratives. Le programme de Suresnes accueillera la première résidence BIKUBE d’Île-de-France ; 170 résidents y sont attendus pour vivre une expérience immobilière inédite. La future résidence de coliving BIKUBE à Suresnes.

  • EN ROUTE VERS LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE DES TERRITOIRES FRANCILIENS : ÉMILIE MÉNARD

    INTERVIEW D'EMILIE MÉNARD, DÉLÉGUÉE TERRITORIALE ÎLE-DE-FRANCE CHEZ ENGIE. Quelles sont les missions de la Délégation régionale Île-de-France d’ENGIE ? Notre équipe représente le groupe ENGIE vis-à-vis des acteurs publics et privés franciliens – politiques, économiques, associatifs… – dans une logique de transversalité, sur l’ensemble de ses métiers : de la production d’énergie renouvelable à la fourniture d’énergie, en passant par les infrastructures et les solutions énergétiques décentralisées. Notre objectif est d’accompagner les territoires franciliens vers une économie neutre en carbone par des solutions plus sobres en énergie et plus respectueuses de l’environnement. Convaincus de la nécessité d’une forte implantation territoriale et d’un dialogue public-privé nourri pour accélérer la transition énergétique et écolo­gique, nous agissons au quotidien en ce sens. De quelle manière la stratégie d’ENGIE se décline-t-elle en Île-de-France ? ENGIE construit aujourd’hui le système énergé­tique bas carbone de demain, en se concentrant sur les renouvelables et les infrastructures, pour soutenir la décarbonation de ses clients. Cette stratégie internationale se déploie dans toutes les géographies. À l’échelle de l’Île-de-France, elle se traduit par l’accélération du développement des énergies renouvelables que sont le solaire – via des centrales au sol, des installations en toitures et en ombrières de parking –, le biométhane et l’hydrogène renouvelable. En matière d’infra­­­struc­tures, l’attention est portée sur le développement des réseaux de chaleur et de froid, l’Île-de-France étant un terrain particulièrement propice du fait de son potentiel géothermique. Nos équipes sont également expertes dans les domaines de la mobilité durable (électrique, gaz et hydrogène) et de l’efficacité énergétique pour les collectivités, les entreprises et les industriels. Autant de solutions qui permettent à nos clients de consommer mieux et moins, et qui sont adaptées aux besoins et au contexte local. Quel est selon vous le principal défi pour mettre en œuvre la transition énergétique ? Il est difficile de n’en retenir qu’un mais je pense que le défi des compétences et des ressources humaines est l’un de ceux qui devraient mériter le plus notre attention. Nous faisons déjà face aujourd’hui à des difficultés de recrutement, notamment de techniciens, difficultés que nous partageons avec de nombreuses entreprises. C’est l’une des raisons pour lesquelles ENGIE a lancé son Centre de Formation d’Apprentis il y a un peu plus d’un an (l’Académie des métiers de la transition énergétique et climatique). Toutes nos équipes sont mobilisées pour contribuer à renforcer le dialogue et les rencontres entre le monde scolaire et académique, et le monde de l’entreprise, une condition essentielle à la transition énergétique de nos territoires.

  • LA MÉTROPOLE DOIT ÊTRE PRESCRIPTRICE D’UNE POLITIQUE DE LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE : JÉRÉMIE ALMOSNI

    SELON JÉRÉMIE ALMOSNI, DIRECTEUR RÉGIONAL DE L’ADEME ÎLE-DE-FRANCE, UN RÔLE RENFORCÉ DE LA MÉTROPOLE DU GRAND PARIS PERMETTRAIT DE MIEUX TENIR COMPTE DES SPÉCIFICITÉS CONTRASTÉES DE LA RÉGION CAPITALE. UNE VISION ÉQUILIBRÉE ET UNE COHÉRENCE TERRITORIALE ACCRUE QUI ACCÉLÉRERAIENT DE FAÇON SIGNIFICATIVE LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE FRANCILIENNE. Quelle vision avez-vous du rôle de la Métropole du Grand Paris face aux enjeux de transition écologique ? L’Île-de-France représente près de 10 % de la population française. Dorénavant, il nous faut enclencher la transformation de nos écosystèmes à la fois économiques et institutionnels, y compris à l’échelle des territoires. L’action commune s’avère donc indispensable et le rôle de la Métropole essentiel pour permettre des dynamiques collectives et transversales. Ce qu’elle incarne dans son SCoT ou encore sa stratégie autour de l’économie circulaire constituent de très bons exemples du cadrage nécessaire à une planification pertinente dans laquelle les territoires puissent s’inscrire. L’éparpillement institu­­tionnel pose parfois de sérieuses incohérences territoriales sur des enjeux importants. Prenons l’exemple des mobilités : le travail de concertation mené par la Métropole pour bâtir sa stratégie du plan vélo a mis en lumière les besoins des territoires portés par les élus de terrain et de les agréger à la maille francilienne. C’est une excellente illustration de sa force d’action. Il y a nécessité d’accompagner au plus près les territoires en tenant compte des spécificités très contrastées de l’Île-de-France. La Métropole est-elle un partenaire important dans la politique de rénovation énergétique des bâtiments, éminemment stratégique pour la réduction de l’empreinte carbone globale de l’habitat ? Absolument. La Métropole est un partenaire de premier rang. Pour rappel, les émissions de gaz à effet de serre du résidentiel et du tertiaire représentent 47 % des émissions en Île-de-France. Sur le territoire métropolitain, cette part doit être encore plus importante, étant donné la desserte en termes de transports. La rénovation énergétique constitue le levier principal pour réduire ces émissions. Aujourd’hui, nous sommes partenaires associés du programme SARE, visant à aider les Français à se faire conseiller pour la rénovation énergétique. La Métropole a ce rôle fédérateur. Elle accompagne aussi les espaces France Rénov’, dont beaucoup sont appuyés par des agences locales énergie climat (Agence parisienne du climat, ALEC-MVE, ALEC Paris-Ouest La Défense, etc.). L’Ademe accompagne-t-elle l’action de la Métropole en faveur des mobilités électriques et, notamment, du réseau Métropolis ? Depuis 2014, nous déployons des installations de recharge de véhicules électriques dans l’espace public à travers le Programme d’investissements d’avenir. L’Ademe a participé au premier maillage des bornes publiques et demeure partenaire du programme Advenir, piloté par l’Avere, dans le cadre des certi­ficats d’économie d’énergie. Forte de son tissu d’élus de terrain, la Métropole peut accompagner la mise en œuvre des schémas directeurs structurants portés par les grands syndicats d’énergie et faciliter leur intégration grâce à l’identification des fonciers et l’implication des maires pour des taux d’usage optimisés. L’autorité organisatrice de la mobilité de second rang est-elle un exemple de compétence que la Métropole pourrait utilement exercer ? La région francilienne est aujourd’hui si dense qu’elle impose à ÎIe-de-France Mobilités de poser son regard majoritairement sur le mass transit et les infrastructures. Il reste suffisamment de place pour que la Métropole s’installe sur les enjeux du dernier kilomètre et se tourne en particulier vers le développement des mobilités actives. C’est un appui qui peut s’avérer très pertinent, à l’aune de l’arrivée du Grand Paris Express. L’autorité organisatrice de la mobilité s’intéressera beaucoup aux déplacements des voyageurs, mais pas seulement : l’enjeu lié au fret et la démarche enclenchée par la Métropole sur l’aspect logistique sont intéressants. La sobriété foncière et la gestion des flux intègrent cette dimension exponentielle sur le territoire francilien. Il faut avoir une métropole prescriptrice qui conseille et préconise en matière de logistique afin d’accompagner l’ensemble des acteurs et ne pas les laisser s’engouffrer dans des logiques ne tenant pas compte de la vision globale et équilibrée du territoire. Depuis le SCoT, beaucoup d’éléments peuvent être innervés. Zéro artificialisation nette et enjeux de renaturation constituent la déclinaison d’un SCoT réussi. Cela demande de la cohérence territoriale. Ce point fort permet de positionner la Métropole en prescripteur d’une politique globale en faveur de la transition écologique et des enjeux d’aménagement durable. Quel regard portez-vous sur le Grand Paris Express et la mobilisation de l’État sur la vitalisation des quartiers de gare ? L’Ademe est peu partie prenante sur ce projet, bien qu’elle apporte conseil et expertise. Nous ne pouvons que nous réjouir de l’émergence de ces nouveaux hubs, facteurs de polycentrisme et de décongestion de la ville-centre. Il convient néanmoins de réfléchir à des aménagements durables avec une réflexion plus holistique. Les quartiers de gare ne doivent pas simplement porter une vision sur le logement, le risque étant de créer des sortes d’effets rebond avec un surnombre de hubs en zones résidentielles et des services publics éloignés. La Métropole constitue-t-elle un vecteur de coordination et d’harmonisation des politiques ? Tout à fait. Il me semble important que la Métropole installe des espaces de dialogue et d’échange pour partager les meilleures pratiques et mettre en évidence les bonnes initiatives. Le regard et l’ambition des élus locaux, maires et présidents d’agglomération, ne sont pas à négliger car ils inspirent les orientations. La Métropole doit porter les politiques publiques. Elle dispose aujourd’hui de peu de compétences sur les sujets de transition écologique et s’appuie sur des syndicats forts comme le Syctom. Elle peut jouer le rôle de prescripteur sur la base de son SCoT et avec les Plans climat, tout comme avec le SDRIF-E, donner une ligne directrice. L’Ademe intervient à ses côtés en soutenant les financements de projets. Quid de l’adaptation au changement climatique ? Cette question est au nombre des recommandations du Haut conseil pour le climat, rappelées à Élisabeth Borne. La Métropole peut avoir aussi un rôle de fer de lance autour de ces sujets. Quand on dresse des diagnostics sur les vulnérabilités, par exemple sur les inondations, la Métropole, de par sa compé­ten­ce sur la Gemapi, est susceptible de jouer un rôle très intéres­sant. Les îlots de chaleur liés à la perméa­bili­sation des sols et aux opérations d’aménagement qui vont drainer le territoire sont aussi des enjeux importants, et le SCoT s’y intéresse. L’Ademe devrait certainement accompagner la Métropole sur ces points, tant dans l’établissement de diagnostics que dans la mise en place d’actions plus concrètes à destination des élus.

  • « VERS UNE METROPOLE INCLUSIVE ET BAS CARBONE » : FADIA KARAM

    FADIA KARAM, DIRECTRICE GÉNÉRALE D’ESPACES FERROVIAIRES ET DIRECTRICE DU DÉVELOPPEMENT SNCF IMMOBILIER Paris est déjà plus grand que Paris : 60 % des actifs qui travaillent dans la Capitale n’y résident pas, nous apprend l’Insee, et 30 % des Parisiens travaillent en banlieue. L’aire urbai­ne parisienne s’étale, artificialisant les sols et générant des mouvements pendulaires, sources de nuisances pour l’environnement comme pour la santé des individus : bruit et pollution, stress au quotidien. Face à cette réalité, faire le Grand Paris est un enjeu d’aménagement au service de la qualité de vie, du climat et de la biosphère. C’est être capable d’économiser la ressource, de rapprocher logements et activités, de créer des espaces verts et arborés dans la ville, de favoriser des mobilités douces et actives. Être capable aussi d’inclure tous les habitants, quels que soient leur genre, leur âge ou leur niveau de revenus. Régénérer des fonciers ferroviaires désaffectés Espaces Ferroviaires a pleinement conscience que sa mission d’aménageur et de promoteur immobilier peut améliorer la qualité de vie et avoir un impact positif sur l’environnement. En régénérant des fonciers ferroviaires désaffectés au cœur des métropoles, nous créons des quartiers bas carbone à une échelle qui permet un effet d’entraînement dans le territoire. Plus de 3 000 logements seront créés à Paris dans le cadre de nos projets. Hébert, le Jardin des Mécanos à Ordener-Poissonniers et Chapelle International participent ainsi à la requalification et à la couture urbaine du nord-est parisien. Aux Messageries, ce nouveau quartier mixte et équilibré, les grandes halles patrimoniales reconverties et le parc de 1 hectare créeront un nouveau poumon dans le 12e arrondissement. L’intelligence collective Tous nos projets valorisent 70 % des matériaux de chantier et accueillent au minimum 25 % de pleine terre. Nous veillons à la valeur d’usage avec des services de proximité pour le bien-être des habitants : centres de santé, commerces en circuit court, offre sportive, etc. Nous travaillons en écosystème avec les habitants et les collectivités - leur participation est le meilleur gage de réussite - et des partenaires tels que FiBois, le CSTB, Certivéa, le BRGM ou encore le Booster du Réemploi. Nous nous appuyons aussi sur un réseau d’experts : architectes et ingénieurs, sociologues, opérateurs innovants et engagés… Car le Grand Paris ne peut réussir sans intelligence collective.

  • LE GOÛT DES AUTRES : AMANDINE MARTIN

    AMANDINE MARTIN EST SECRÉTAIRE GÉNÉRALE ET DIRECTRICE DES RELATIONS EXTÉRIEURES DES LIGNES TRANSILIEN SNCF. UNE MISSION QU’ELLE MÈNE AVEC L’INTÉRÊT GÉNÉRAL CHEVILLÉ AU CORPS ET SUR LAQUELLE ELLE POSE UN VÉRITABLE REGARD SOCIOLOGIQUE. PROPOS RECUEILLIS PAR ELENA JEUDY BALLINI. Très jeune déjà, alors que ses camarades n’aspirent qu’à rester dans cette campagne des Hautes-Pyrénées où elle a vu le jour, Amandine Martin rêve de grande ville. La famille est relativement modeste : un père ouvrier, une mère auxiliaire puéricultrice. Chez elle, on entend beaucoup parler du service public et de l’importance de défendre ses droits. « Leurs convictions m’ont nourrie, j’ai l’intérêt général chevillé au corps. Les gens m’intéressent, les phénomènes de société m’intéressent », explique-t-elle. Le choix de la sociologie se présente naturellement lors de son entrée à l’université de Toulouse. Après quatre ans d’études, une rencontre amoureuse bouscule ses perspectives : « Il était musicien. J’ai voulu aider à sa diffusion et m’occuper de ses relations presse. » Un premier pas dans le monde de la communication qui se concrétisera par un DESS obtenu dans la foulée et un stage à l’agence Himacom où elle côtoie Jean-Christophe Tortora. S’enchaînent alors divers postes dans des agences de relations presse parisiennes et à la Chambre de commerce et d’industrie. De fil en aiguille, Amandine Martin entre au ministère de la Justice où elle devient attachée de presse à l’administration pénitentiaire puis au cabinet du garde des Sceaux. À 29 ans, elle est cheffe du service de la communi­cation à la protection judiciaire de la jeunesse. « Mon attrait pour la sociologie m’a rattrapée. Je suis entrée dans un monde intellectuellement riche, qui pose véritablement des questions sur la société. » Au bout de deux ans, elle revient au cabinet du garde des Sceaux, le dernier de l’ère Sarkozy, avant de se diriger vers l’EPAMSA, en 2013. La même année, elle rejoint les Acteurs du Grand Paris : « C’était une vraie opportunité d’ouverture intellectuelle, à un moment où l’institutionnel du Grand Paris se construisait et où le Grand Paris Express avait reboosté les projets d’aménagement. » La sociologie, toujours... Amandine Martin commence à traiter du domaine du transport à la préfecture de région, où elle occupe le poste de directrice de la communication sous Michel Cadot en 2018, « un préfet très exigeant qui savait décider tout en étant un homme de consensus ». Elle travaille alors sur l’axe nord ferroviaire, en collaboration avec la SNCF. Depuis 2020, elle est secrétaire générale et directrice des relations extérieures du réseau Transilien. « J’ai toujours eu à cœur d’œuvrer dans le public ou le service. J’aime me dire que je sers à quelque chose, que mon travail a un sens pour une grande partie de la population », confie-t-elle. Bien qu’ayant passé sa jeunesse à rêver de la grande ville, Amandine Martin a préféré le calme des Yvelines à l’effervescence parisienne. Lors de ses rares moments de répit, elle profite de ses deux enfants, de son jardin et de ses poules, pratique la danse au Conservatoire et savoure la plume de Nicolas Mathieu : « Il évoque une campagne des années 1980 où les jeunes s’ennuient parfois. Il a ce pouvoir de dépeindre les situations sociales, de se mettre à la place des autres, y compris de ceux qui ne sont pas de son avis ! » La sociologie, toujours...

  • LA HAUTE COUTURE DE DEMAIN RAYONNE AU-DELÀ DU PÉRIPH’

    SI PARIS PEUT SE TARGUER D’ÊTRE LA CAPITALE INTERNATIONALE DE LA MODE DEPUIS DES DÉCENNIES, EN SERA-T-IL DE MÊME POUR LE GRAND PARIS ? DES MASTODONTES DU LUXE TRAVAILLENT DÉJÀ À ÉTENDRE CETTE GLORIEUSE RÉPUTATION AINSI QUE DE NOUVEAUX ACTEURS DU SECTEUR QUI CONTRIBUENT À ÉLARGIR L’ÉPICENTRE MONDIAL DE L’INDUSTRIE DU RÊVE. PAR ANTHONY VINCENT Chanel vient d’inaugurer, porte d’Aubervil­liers, un vaste immeuble en forme de tissage textile de fils de béton, dessiné par le grand architecte Rudy Ricciotti. Initié en 2018 avant d’ouvrir en janvier 2022, l’édifice de 25 000 mètres carrés accueille les 11 maisons de métiers d’art du groupe (celles qui déploient leurs savoir-­faire artisanaux pour donner vie aux collec­tions Chanel, mais aussi à d’autres marques) en un seul et même endroit baptisé le 19M : la plumasserie de Lemarié, la broderie de Lesage et son école, la chapellerie de la Maison Michel ou encore l’orfè­vrerie de Goossens. Au total, ce sont plus de 600 artisans et experts qui se réunissent désormais sous l’égide de Chanel, à Aubervilliers, au service des plus grands noms du luxe à l’international. Le grand public peut également s’inviter dans ce nouveau temple de la haute couture et de ses métiers, aux portes de Paris, grâce à l’espace d’exposition de 1 200 mètres carrés, baptisé la galerie du 19M, qui prolonge ainsi la pérennisation et la valorisation de ces savoir-faire pluriséculaires. « ON CONTRIBUE À UNE FORME DE GENTRIFICATION, MAIS ON PARTICIPE À FORMER, EMBAUCHER ET CRÉER DE LA RICHESSE LOCALEMENT. » FLORIAN GRAVIER « On a besoin de davantage d’histoires positives, plurielles, sur et avec les banlieues » Pour Alice Pfeiffer, journaliste mode franco- britannique et auteure de l’essai Je ne suis pas Parisienne, éloge de toutes les Françaises, c’est un geste créatif et politique éclairant de la part de Chanel que de s’installer ainsi au-dessus du péri­phérique, entre Paris et Aubervilliers : « En réunissant tous ses savoir-faire ici, elle contribue à changer le storytelling autour de certains quartiers populaires de la banlieue parisienne. Cette maison ne cherche pas simplement à faire des économies de loyer, mais bien à favoriser des ponts entre les métiers d’art, à former et embaucher localement des personnes qui cultivent des artisanats d’exception comme une forme d’idéalisme social, parfaitement illustré par cet emplacement géographique. » Si on la surnomme encore la maison de la rue Cambon (adresse historique de la marque qui s’y étend des numéros 19 à 31), Chanel pourrait-elle désormais rimer avec Aubervilliers ? En tout cas, à quelques kilomètres de là, Hermès s’épanouit à Pantin depuis 1992 au moins. Après des premiers bureaux et ateliers de maroquinerie, l’illustre sellier français a agrandi ce qu’il appelle maintenant sa « Cité des métiers », avec des unités de création et de prototypage. L’immense immeu­ble de brique et de verre, construit par l’agence RDAI Architecture de Rena Dumas, lauréat de l’Équerre d’argent en 2014, s’étend aujourd’hui sur 28 000 mètres carrés. Aux côtés de la galerie d’art contemporain Thaddaeus Ropac, du Centre national de la danse (CND) et des Magasins généraux qui servent de siège à l’influ­ente agence de pub BETC, Hermès contribue à attirer une activité manufacturière hautement qualifiée et des classes créatives dans le nord-est grand-parisien. Selon l’experte Alice Pfeiffer, des maisons comme Hermès, qui s’épanouissent au-delà du périphéri­que, nourrissent de nouveaux récits essentiels autour de la mode en banlieue : « Bien plus qu’une ville, Paris est aussi une marque dont se servent énormément les industries de la mode et de la beauté, surtout depuis la formation de groupes de luxe comme LVMH et Kering, dès la fin des années 1980. Depuis, le marketing s’est renforcé autour de l’image de la Parisienne et l’idée d’un French chic pour rivaliser avec l’American dream. Pour donner envie de croire au Grand Paris et d’acheter du ‘’made in Grand Paris’’, on a besoin de davantage d’histoires positives, plurielles, sur et avec les banlieues, surtout les plus populaires. Réussir dans la mode ne doit pas se passer qu’à l’intérieur du périph’. On a besoin de pouvoir rêver et désirer plus grand. » Le jeune créateur au succès fulgurant Simon Porte, avec sa marque Jacquemus, aurait-il si bien réussi dans la mode française et internationale s’il n’était pas monté à Paris cultiver sa vision fantasmée d’une femme du Sud ? Rendre plus accessible les possibilités de formation professionnelle Afin que Paris intra-muros ne soit plus perçu comme un passage obligé pour les futurs grands couturiers, des initiatives de formation se multiplient. À l’image de Casa93, que présente sa directrice, Nadine Gonzalez : « Après avoir fondé en 2005 l’association Modafusion qui portait au Brésil la Casa Geração Vidigal, première école de mode gratuite installée dans une favela de Rio de Janeiro, je suis revenue en France en 2016 fonder la Casa93 en Seine-Saint-Denis, où le taux de jeunes de 18-25 ans déscolarisés ainsi que le taux de chômage pour cette même tranche d’âge sont les plus élevés de France. » Pour Nadine Gonzalez, il s’agit même d’un enjeu d’égalité des chances et de justice sociale : « Notre formation professionnelle se destine aux jeunes talents qui n’auraient jamais pensé pouvoir entrer dans l’univers de la mode, par manque de confiance, de légitimité, de financement, de réseaux pro­fessionnels. Car les études supérieures dans la mode en France se divisent entre des écoles pour la plupart privées, aux frais entre 10 000 et 15 000 euros l’année, ou de rares forma­tions publiques très sélectives. Notre formation dure 12 mois, ce qui est très concentré, car nos jeunes ne pourraient pas s’offrir le luxe de ne pas travailler pendant 3 ou 4 ans en faisant des écoles de mode. » Par son emplacement géographique, Casa93 participe à rendre plus accessible les possibilités de formation professionnelle, poursuit sa directrice : « C’est important qu’il y ait une décentralisation des centres de formation vers les banlieues et les régions, et non pas seulement au sein de Paris. Nous collaborons avec de nombreuses associations et instituts du département, et contribuons ainsi à la richesse et à la vie du 93. Malgré l’image négative qu’on leur colle injustement, des banlieues comme celle de Saint-Denis ont toujours inspiré la mode et leurs talents méritent d’être mis en lumière. » Du côté de Villiers-sur-Marne, Mossi Traoré, lauréat du Prix Pierre Bergé de l’Andam 2020 (Association nationale pour le développement des arts de la mode), œuvre avec sa marque éponyme et son école de couture Les Ateliers Alix à imposer le 94 sur le devant de la scène mode : « Plus jeune, quand je cherchais des formations mode, hors lycées, elles étaient toutes concentrées à Paris. Après une première marque créée en duo, j’ai voulu me relancer en solo, près de chez moi, pour me sentir plus serein mais aussi parce que Paris était inabordable, et ça m’a permis d’ouvrir les yeux sur toutes les richesses qu’offrait déjà mon quartier. Alors j’ai voulu lui rendre la pareille en ouvrant une école de mode engagée socialement, Les Ateliers Alix. Elle forme aux techniques de la haute couture à des prix très accessibles et sert aussi de lieu d’expositions culturelles. Avec la municipalité, on veut également ouvrir un musée autour de la grande couturière Madame Grès (1903-1993), qui a vécu une partie de sa vie dans le Val-de-Marne. » Pour Mossi Traoré, multiplier les lieux culturels qui valent le détour au-delà du périph’ peut servir à incarner le Grand Paris et donner envie d’y circuler : « On veut amener la haute couture en banlieue, qu’elle soit apprise, transmise, racontée, partagée et surtout vécue. Il faut que de nouveaux sites cohabitent avec Paris, des initiatives et des lieux inédits et ambitieux. Et une mode sociale et solidaire a clairement un rôle à jouer là-dedans. » « NOTRE FORMATION PROFESSIONNELLE SE DESTINE AUX JEUNES TALENTS QUI N’AURAIENT JAMAIS PENSÉ POUVOIR ENTRER DANS L’UNIVERS DE LA MODE. » NADINE GONZALEZ Le 19M de Chanel à Aubervilliers. « La banlieue influence Paname, Paname influence le monde » Arturo Obegero, jeune créateur venu du nord de l’Espagne, formé à Londres, et désormais installé à Montreuil depuis 2021, confirme l’importance de créer la mode d’aujourd’hui et de demain au- delà du périphérique : « Le Grand Paris représente une opportunité créative géniale car beaucoup de choses excitantes s’y passent. Je viens d’un tout petit village, Tapia de Casariego, ce qui me permet de mieux apprécier tout le bouillonnement culturel et toutes les ressources qu’il y a ici. L’industrie de la mode reste très élitiste, et pleine de népotisme, mais le Grand Paris peut contribuer à faire éclater cette bulle. » Même constat du côté de Florian Gravier, cofondateur de la marque très mode de patins à roulettes Flaneurz, fondée en 2014 : « Je déplore ce que j’appelle le syndrome du banlieusard : quand tu viens de banlieue et que tu réussis, tu en pars. C’est pour ça que je tenais à installer mon entre­prise en banlieue afin de créer de la richesse et contribuer à donner des envies supplémentaires d’y rester. Flaneurz a un temps été implantée dans la pépinière d’entreprise de la Cité des 4000 à la Courneuve, ce qui a fortement attiré l’attention médiatique sur nous, les médias nous présentant comme une success story improbable dans une telle banlieue. En août 2020, on a bougé à Pantin, où l’on dispose d’un grand espace pouvant servir à la fois de lieu de production, de stockage, de bureau et de boutique avec pignon sur rue, ce qui serait inimaginable ou inabordable à Paris. Qu’on le veuille ou non, on contribue à une forme de gentrification, mais on participe à former, embaucher et créer de la richesse localement. » Comme le rappelle ce startupper patineur, « Paris » désigne déjà à l’international le Grand Paris pour faire le poids face aux autres capitales (la ville ne compte que 2,1 millions d’habitants contre 10,7 millions pour l’agglomération), avec Disney, les aéroports d’Orly et de CDG ou encore les lieux des JO 2024. Et la mode confirme la règle, selon Florian Gravier : « Banlieusard ne doit pas sonner comme un terme péjoratif. On est déjà des Grands-Parisiens, ce qui ressemble presque à un titre de noblesse. Notre style infuse partout et les marques de luxe sont obligées de suivre. Comme le dirait le rappeur Médine, la banlieue influence Paname, Paname influence le monde. » Création d’Arturo Obegero, installé à Montreuil.

  • INVENTER UNE NOUVELLE LOGISTIQUE POUR ET DANS LA VILLE

    DANS UN CONTEXTE DE HAUSSE DE LA DEMANDE DE MARCHANDISES MAIS DE RARÉFACTION DU FONCIER DISPONIBLE POUR LES PROJETS LOGISTIQUES, LES ACTEURS DE LA VILLE SE PASSIONNENT POUR LA LOGISTIQUE URBAINE. UNE DISCIPLINE DANS LAQUELLE LE GRAND PARIS FAIT FIGURE DE TERRITOIRE PIONNIER. PROPOS RECUEILLIS PAR BAPTISTE ROUX DIT RICHE C’est tout simplement un record depuis la fin des années 90. En 2021, le marché français de l’immobilier logistique a enregistré près de 6,5 milliards d’euros d’investissements et connu une augmentation de la demande placée de 34 %. Une performance historique qui s’explique par la hausse du e-commerce (+ 15,1 % en France en 2021) et par la décision de nombreuses entreprises de relever leur niveau de stock pour répondre à leurs difficultés d’approvisionnement. De quoi imaginer un boom du développement des grands projets logistiques sur la Métropole du Grand Paris ? Paradoxalement non. L’Île-de-France n’accueille désormais plus de nouvel­les opérations logistiques de plus de 10 000 mètres carrés. « Il y a encore quelques années, certaines villes nouvelles de la région parisienne, comme Sénart, constituaient des destinations logistiques prisées. Aujourd’hui, c’est terminé », constate Laurent Sabatucci, directeur associé d’EOL, société spécialisée dans la transaction, le conseil en investissement et l’assistance à maîtrise d’ouvrage pour l’immobilier logistique. « Il n’y a plus de foncier disponible à proximité de Paris et les élus ne veulent plus de grands entrepôts. D’ailleurs, les nou­velles règles sur l’artificialisation prévues par la loi Climat et Résilience devraient amplifier encore cette tendance. Les projets s’orientent donc vers des zones plus éloignées comme les agglomérations de Compiègne, Chartres, Orléans ou Rouen. » Le Grand Paris, capitale de la logistique urbaine Adieu donc les grands entrepôts dans le Grand Paris ? L’affaire est complexe mais la tendance se confirme pour l’ensemble des grandes villes mondiales : de plus en plus d’entrepôts s’implantent de plus en plus loin des villes… Entraînant dans leur sillage un mouvement à peu près contraire. C’est l’émergence de la logistique urbaine. Soit la création de projets plus compacts, plus agiles et plus durables pour livrer la ville et ses habitants. Sogaris en a fait sa spécialité. Cette société privée à capitaux publics est en effet à l’initiative de plusieurs projets emblématiques en la matière. Citons ici l’hôtel logistique mixte dans le quartier de Chapelle International (2018), l’espace P4 situé porte de Pantin (2020), le micro-hub du boulevard Beaumarchais (juin 2022) ou encore le pro­jet d’immeuble inversé rue du Grenier-Saint-Lazare (fin 2022). « L’immobilier de logistique urbaine, c’est de la dentelle. Tous les sites urbains sont uniques et méritent un traitement sur-mesure », explique Jonathan Sebbane, directeur général de Sogaris. « Les collectivités expriment un vrai besoin de donner une nouvelle vie à leurs quartiers, plus en phase avec les aspirations de leurs habitants pour une ville durable et apaisée. En même temps, les professionnels de la livraison ont besoin de lieux et d’infrastructures pour organiser la mobilité décarbonée des marchandises dans un contexte de forte croissance du e-commerce. La logistique urbaine répond à cette double ambition. » Gestion des flux, décarbonation des livraisons, mais aussi impact social, autant d’enjeux auxquels doit répondre Sogaris pour chacun de ses projets. Avec une bonne nouvelle : l’écosystème métropolitain dispose d’un savoir-faire reconnu sur ces sujets. « La Ville de Paris a très tôt saisi l’intérêt d’organiser ces flux par le dialogue avec les professionnels et la promotion de sites par un réseau immobilier pertinent et innovant. Aujourd’hui, les départements de la première couronne, la MGP - nouvel actionnaire de Sogaris - lui ont emboîté le pas, accompagnés par une détermination forte d’acteurs majeurs comme la Banque des Territoires ou encore Meridiam, qui vient d’intégrer le capital de Sogaris. Le secteur se structure, c’est un modèle assurément inspirant pour les autres métropoles », poursuit Jonathan Sebbane. Ce savoir-faire national et local ne se limite pas à la dimension immobilière. Il concerne également les acteurs de la distribution. Dès le début des années 2010, le groupe La Poste s’est emparé de la théma­tique de la logistique en ville afin d’en faire un axe stratégique de développement. Son ambition ? Devenir un leader de la décarbonation du secteur. « Les collaborations avec la Métropole du Grand Paris sont solidement établies et confiantes », esti­me Guy-Pierre Sachot, directeur du déploiement de la logisti­que urbaine pour le groupe La Poste. « Nous nous sommes engagés, dès 2018, en tant que parte­naire du Pacte pour une Logis­tique Métropolitaine et nous nous sommes investis, parmi d’autres, dans la production de ressources pour les territoires. Nous avons participé activement aux échanges préalables à l’adoption de l’Acte 2 de ce pacte. Nous avons souhaité aller plus loin en nous dotant d’un plan d’actions concertées que nous nous engageons à conduire d’ici 2025. » À titre d’exemple, La Poste contribuera aux travaux de diagnostics préalables à la construction d’un référentiel réglementaire commun pour la métropole. Un sujet loin d’être anodin. Il s’agit, en effet, de permettre à chacun – entreprise, petit professionnel, particulier – de pouvoir continuer de se faire livrer demain au cœur des villes, malgré des réglementations Zone à Faibles Émissions,(ZFE) métropolitaine toujours plus exigeantes. La décarbonation oui, mais avec une haute qualité de service. S’adapter à la ville et au marché Espaces logistiques innovants au cœur des villes, nouvelles méthodes de livraison, entreprises pionnières et engagées… Tous les signaux semblent donc plaider pour une progression de la logistique urbaine dans la Métropole du Grand Paris durant les prochaines années. À condition que les acteurs conservent leur capacité à innover et à s’adapter aux contraintes. « Il y a indéniablement une forte demande actuellement pour la logistique urbaine. Cela dit, un modèle véritablement duplicable de site urbain logistique reste à inventer, nuance Laurent Sabatucci. À mon sens, il se présentera certainement sur plusieurs niveaux afin de proposer une plus grande surface et donc un plus grand volume d’activité. L’avenir de la logistique en ville passe par ce type de formats. » Être innovant et agile par rapport aux limites urbai­nes donc, mais aussi par rapport aux variations du marché. Après un fort emballement pendant et après la crise sanitaire, les indicateurs du e-commerce et de la logistique sont actuellement plutôt en baisse. Les acteurs du secteur s’accordent pour ne pas considérer ce ralentissement comme un coup d’arrêt. Il s’agirait plutôt d’un retour à la normale. « IL Y A INDÉNIABLEMENT UNE FORTE DEMANDE POUR LA LOGISTIQUE URBAINE. CELA DIT, UN MODÈLE VÉRITABLEMENT DUPLICABLE DE SITE URBAIN LOGISTIQUE RESTE À INVENTER. » LAURENT SABATUCCI, DIRECTEUR ASSOCIÉ D’EOL UNE SOLUTION : LIVRER LA VILLE PAR LE FLEUVE Parmi les nombreuses solutions d’avenir qui se dessinent pour livrer la ville autrement, celle du transport fluvial semble s’affirmer depuis quelques années. En avril dernier, la Métropole du Grand Paris - en partenariat avec les villes de Paris, de Rouen, du Havre, de Haropa Port et des Voies navigables de France (VNF) - a justement lancé un appel à manifestation d’intérêt (AMI) pour développer la logistique fluviale sur l’axe Seine. Une initiative qui répond d’abord à des enjeux écologiques. « Sur l’ensemble de ce territoire, près de 85 % des matériaux et des marchandises sont transportés par camion. Peu polluant, le transport fluvial consomme cinq fois moins de carburant que le transport routier et émet jusqu’à cinq fois moins de CO2 à la tonne transportée », selon la MGP. Au-delà de cet aspect envi­ronnemental, le fluvial présente d’autres atouts. Il est plus économique à l’heure de la forte hausse du prix des carburants. Il est aussi plus fonctionnel. En effet, il permet de livrer des villes denses en évitant ou réduisant les embou­teillages. Des bénéfices qui ont d’ail­leurs déjà convaincu des acteurs franciliens de la grande distribution (Monoprix…) et du BTP (Bouygues Construction…) de lancer des projets pilotes de logistique fluviale. Ce récent appel à mani­fes­ta­­­­tion d’intérêt devrait permettre de renforcer cette dyna­mique en sélectionnant les idées les plus inno­­vantes autour de trois enjeux : l’identification des acteurs, l’émer­gen­ce de propo­si­tions inno­vantes, le soutien à la décar­bonation. Les résul­tats de la première phase de cet AMI sont attendus pour septembre 2022.

  • DELIVRER LA VILLE DURABLE : JONATHAN SEBBANE

    Depuis sa création en 1960, Sogaris s’est donné pour mission d’organiser et d’optimiser le transport de marchandises. D’abord pour « désengorger » Paris, puis pour accompagner la montée en puissance de la distribution urbaine du dernier kilomètre, portée par la digitalisation des échanges et du commerce. Aujourd’hui, notre objectif est aussi simple à énoncer que complexe à mettre en œuvre : DÉCARBONER ! Et, ce faisant, ancrer la logistique urbaine dans la fabrique d’une ville plus durable, plus désirable et socialement responsable. Jonathan Sebbane, Directeur général de SOGARIS. Avant même le surgissement de la crise sanitaire, le secteur de la mobilité des mar­chandises a vu ses pratiques se heurter à l’impératif climatique. Essentiellement routier, le maillage logistique représente une part conséquente des émissions à Paris : de 15 à 20 % du trafic routier et pas moins de 25 % des émissions de CO2 pour 45 % des émissions d’oxyde d’azote et de particules fines de la Capitale. Face à ce constat, l’urgence est à l’action. C’est dans cet esprit que Sogaris est entièrement mobilisée pour atteindre les objectifs des Accords de Paris. La construction d’un bilan carbone est le prérequis essentiel à toute démarche ambitieuse en matière d’action climatique. Nous avons pour notre part fait le choix de mener cet exercice au-delà de notre activité immobilière, intégrant notamment les émissions liées à la mobilité des biens que génèrent de facto nos clients. Les chiffres confirment notre intuition : cette dernière représente près de 20 fois les émissions générées par les bâtiments du Groupe. Il faut donc engager notre communauté dans ce combat de la décarbonation pour avoir un impact à la hauteur des enjeux. En premier lieu, notre responsabilité est d’amélio­rer les performances énergétiques et environnementales de nos bâtiments. Sogaris ira plus loin que les obligations fixées par le décret tertiaire en réduisant de 50 % ses émissions carbone d’ici 2030, en alignement sur la Stratégie Nationale Bas Carbone. Au-delà, le défi d’une logistique décarbonée est aussi celui de la transformation des pratiques de mobilité. Le modèle développé par Sogaris est celui du réseau, avec des sites logistiques stratégiquement localisés et parfaite­ment adaptés, capables de réduire l’impact de cette mobilité en facilitant l’optimisation des circuits de distribution et l’utilisation de moyens de transport électriques. Mais l’utilisation de ces sites hyper-urbains suppose également des pratiques exemplaires de la part de leurs utilisateurs. Transition des flottes, sobriété énergétique, mais aussi lutte contre l’ubérisation et respect de l’écosystème urbain : nous engageons nos clients dans notre mission pour proposer une logistique urbai­ne décarbonée, au cœur des villes, levier du développement des territoires et respectueuse des femmes et des hommes.

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