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L’ORGIE DU VIVANT

LA PEINTRE PARISIENNE DE 29 ANS, ALICE GRENIER NEBOUT, IMAGINE DES ODES À LA NATURE, COLORÉES ET ONIRIQUES, OÙ LES ANIMAUX, LES PLANTES ET LES HUMAINS VIVENT EN HARMONIE… DES ŒUVRES COMME DES SORTILÈGES QUI CONVOQUENT, SUR LA TOILE, SON PARADIS RETROUVÉ.

PAR ANNE-LAURE LEMANCEL



Avec sa robe-chemise blanche vaporeuse, ses jambes interminables, ses longs cheveux bruns, ses yeux clairs légèrement délavés et son air parfois absent ou assombri par d’éphémères nuages d’ennui, Alice Grenier Nebout règne sur son royaume comme un elfe. Son empire, son refuge, son cocon, comme elle l’appelle, consiste depuis trois mois en deux pièces baignées d’une lumière douce, dans une coquette rue reculée du 14e arrondissement parisien. L’artiste de 29 ans préfère la solitude de son atelier, une sorte de havre de paix, que lui louent les parents de son amie, la peintre Madeleine Roger-Lacan. Ce jour, autour de sa silhouette évanescente, se déploient ses œuvres de couleurs vives, des tableaux de toutes tailles, dont certains grands formats, où une nature luxuriante, hantée s’entremêle aux humains sensuels et à un bestiaire chimérique. « Je représente une sorte d’orgie du vivant », précise-t-elle pour décrire sa création à la fois figurative et conceptuelle, classique et transgressive, romantique et abstraite, dont les atmosphères de velours exubérantes rappellent l’esprit naïf et enfantin du Douanier Rousseau.


Un processus créatif atypique

Parmi les toiles, l’une, immaculée, deux mètres de haut, se dresse… L’œuvre à naître. Chaque matin, pour convoquer l’inspiration, Alice se livre à sa « morning routine ». En une attitude quasi méditative, elle se positionne derrière son imposant bureau, recouvert de pastels, d’aquarelles, de feutres.... Là, elle s’immerge dans les pages de ses livres fétiches, sa nourriture spirituelle : Phèdre de Racine, un beau livre sur Gustave Moreau, source de ravissement, ou encore les Métamorphoses d’Ovide, son ouvrage de chevet. Puis, elle s’empare de son immense carnet de bord, où s’étalent, en un joyeux bazar, citations, réflexions, croquis en couleurs... Ensuite seulement, elle plonge les mains dans la peinture. L’artiste commence toujours par de grands fonds, souvent bleus, ou plus précisément indigo, sa couleur préférée, un « rappel des abysses, des profondeurs marines, une couleur très sereine, mystérieuse, de l’ordre du rêve », selon elle. Ainsi explique-t-elle sa technique : « Je peins le fond avec les doigts, je caresse la toile longuement de la paume de la main, ce qui donne un effet sensuel et tactile. » Puis, elle invente ses paysages – douze grands formats par an environ.

Sortie il y a cinq ans du Saint Martin’s College of Art and Design de Londres, Alice Grenier Nebout s’est déjà forgé un nom dans le monde de l’art contemporain. Lauréate des prix Art Canister et Carré sur Seine 2020, elle expose dans des galeries, soutenue par Laurence Dreyfus, marchande d’art et agent,. L’une de ses fresques végétales, en version digitale, donc animée, orne les murs du restaurant Forest, au musée d’Art Moderne de Paris…


« L’ARTISTE COMMENCE TOUJOURS PAR DE GRANDS FONDS, SOUVENT (...) INDIGO, SA COULEUR PRÉFÉRÉE, UN « RAPPEL DES ABYSSES, DES PROFONDEURS MARINES... »




La genèse d’une artiste

Son art prend racine dans l’atelier de céramique de sa grand-mère, puis au cœur d’une nature vierge et préservée, loin de son Paris natal. Fille de l’actrice Claire Nebout et d’un caméraman canadien, elle passe ses vacances au bord d’un lac, dans le pays paternel : « Mon père m’avait construit un radeau. Mais sans cousins ni copains, je m’ennuyais. Du coup, j’ai décidé de peindre mon embarcation, de créer mon propre univers », raconte-t-elle.

Très vite, l’enfant comprend que l’art lui offre une échappatoire à cette réalité qui ne la satisfait pas tout à fait.

Avec sa mère et son beau-père, le journaliste Frédéric Taddeï, elle renforce son éducation visuelle, en immersion dans des paysages merveilleux, lors d’innombrables voyages autour du globe : Amérique du Sud, Argentine, Thaïlande, Ouganda, Kenya… L’école d’art fera le reste. Et surtout cette révélation : « Un jour, lors d’une immense balade seule en forêt de Fontainebleau, à l’automne, entourée de feuilles dorées, j’ai eu l’impression de voir les couleurs d’une autre manière, plus vives, plus aiguës… Un choc ! » Depuis, Alice s’attèle à préserver, dans ses tableaux, cette nature flamboyante, si fragile, ce paradis peut-être bientôt perdu. Cette femme qui danse chaque matin, cet elfe rêve à terme de bâtir son vrai royaume, au cœur de la campagne : « Une très belle maison, comme la grande demeure secrète de Niki de Saint Phalle, avec de la mosaïque partout, un potager, un cheval et un immense atelier au milieu de la nature, dans une forêt, ou près de la mer… » En attendant, Alice s’invente, dans son atelier, son pays des merveilles.





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