Vivifiante !
Marie-Laure Gadrat, successeure de Richard Curnier à la tête de la Banque des Territoires en Île-de-France décrit, avec une modestie non feinte, un parcours effréné, d'Eymet (Dordogne) aux cabinets ministériels du 7e arrondissement de Paris, en passant par Papeete, Malte ou Toulouse. Au service des territoires et de leurs habitants.
Par Jacques Paquier

Marie-Laure Gadrat.
On ne s'ennuie pas avec Marie-Laure Gadrat. La nouvelle directrice régionale Île-de-France de la Banque des Territoires manie l'art des digressions, des développements connexes, toujours à propos, souvent cocasses, rapides, jamais surplombants. Tenter d'améliorer la vie des gens semble être son unique boussole. « J'ai été biberonnée au service public », résume-t-elle d'emblée. Jusqu'à l'adolescence, sa résidence est le logement de fonction à l'intérieur de la maison de retraite publique que son père dirige à Eymet (Dordogne).
« Je viens d'un village de 3 000 habitants et, dans ma famille, il n'y a pas de haut fonctionnaire ou de chef de grande entreprise », dira-t-elle un peu plus tard, pour expliquer pourquoi l'émotion la saisit à l'hôtel de Castries, proche de Matignon, le soir de sa nomination au cabinet de Sylvia Pinel, ministre du Logement et de l'Égalité des territoires. « Je me suis dit ce jour-là que mon père aurait sans doute été fier de moi, c'est aussi ça l'école de la République », confie-t-elle. Fier d'un parcours ascensionnel sans faute, mené à toute berzingue, sans jamais se ménager. « Je travaille beaucoup », relève-t-elle.
Son parcours professionnel démarre à Papeete, capitale de la Polynésie française, où elle débarque à 20 ans pour effectuer son stage de troisième année de Sciences Po Toulouse. « Deux jours après mon arrivée sur l'île, le texte faisant de la Polynésie un pays d'outre-mer était discuté par l'Assemblée de la Polynésie française », se souvient-elle. Gaston Flosse, qui préside alors la collectivité ultramarine, entame son discours par quatre phrases en français, puis enchaîne en tahitien. « Je me suis dit que ça allait être long », glisse-t-elle dans un sourire. Stagiaire au secrétariat général du gouvernement, Marie-Laure Gadrat travaille aux détails de la rédaction de cette réforme.
Une Européenne convaincue
Après Tahiti, Malte, pour un stage dans une direction de Bercy, chargée de faciliter l'implantation d'entreprises françaises sur l'île, et inversement. Puis cette Européenne convaincue entame un master à Strasbourg. « J'ai adoré cette ville », dit-elle. Elle aime autant la beauté de ses rues que la ferveur européenne partagée par l'ensemble de sa promotion.
Elle s'occupera de l'Europe ensuite, au cabinet de Martin Malvy, président du conseil régional de Midi-Pyrénées, ainsi que de nombreux dossiers relevant des principales compétences régionales : développement économique, transports, enseignement supérieur ou lycées. Elle salue la grande exigence de son patron d'alors. « Quand nous voyagions en voiture avec lui à travers la région, nous révisions la veille l'itinéraire, sûrs qu'il nous interrogerait sur l'état d'avancement des travaux des lycées de chaque ville traversée, se rappelle-t-elle. J'ai énormément appris à ses côtés. » Par la suite, elle dira la même chose de Sylvia Pinel ou de Jean-Michel Baylet, dont elle sera successivement la cheffe de cabinet. Une fonction qui se résume à une phrase : organiser les déplacements de son ministre et pouvoir, à tout moment, treize heures par jour, accéder au bon dossier… pour prendre la meilleure décision.
De Sylvia Pinel, elle loue la capacité d'opposition, citant sa résistance à la réforme de la réduction du loyer de solidarité (RLS). En Jean-Michel Baylet, elle admire « l'animal politique », capable de nouer d'excellentes relations, sans renier ses convictions, avec un Laurent Wauquiez, alors président de l'Association nationale des élus de la montagne, ou un Gilles Simeoni, autonomiste corse.
La direction Île-de-France de la Banque des Territoires, où Marie-Laure Gadrat succède à Richard Curnier, n'a pas de secret pour elle puisqu'elle y a déjà œuvré en 2017. Elle y passe alors plusieurs mois à la direction des grands comptes, avant d'intégrer le cabinet d'Éric Lombard, directeur général de la Caisse des Dépôts. D'abord comme cheffe de cabinet, puis comme directrice de cabinet, fonction qu'elle conservera auprès d'Olivier Sichel, actuel directeur général de l'établissement.
De ses premiers mois, elle retient surtout les élus, « des gens dont le temps est entièrement dédié aux autres et qui en prennent parfois plein la figure de façon injuste ». Sa méthode : ne pas leur dicter une solution, mais leur demander : « C'est quoi votre plan ? » Et toujours voir la commune avant son maire, car « y aller sans l'avoir jamais vue, c'est désincarné ».
Mais le temps de l'entretien s'achève et l'équipe de direction de la Banque des Territoires d'Île-de-France investit son grand bureau de l'avenue Pierre-Mendès-France (13e arr.). L'ambiance est conviviale et studieuse. Son programme est clair : donner du sens à l'action de la Caisse. Améliorer, autant que possible, la vie des gens.



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