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- "Nous aimons aller sur des opérations innovantes, tout en garantissant leur maîtrise"
Florence Bruyère, directrice générale du groupe éCo.urbain, présente les ambitions de ce nouvel acteur de l’aménagement dans la Boucle Nord de Seine. L'équipe d'éCo.urbain lors de son voyage d'étude à Rennes en juin dernier. Que recouvre la nouvelle marque « éCo.urbain » ? Le groupe éCo.urbain est né en 2022 entre la société d’économie mixte (SEM) CODÉVAM et la société publique locale (SPL) ASCODEV, deux opérateurs historiques de Colombes (Hauts-de-Seine). Il rassemble 15 collaborateurs. Notre nouveau nom« éCo.urbain » traduit tout d’abord nos valeurs autour de la concertation et de l’environnement. Notre adage « Aménageur responsable » signifie notre engagement dans la fabrication de la ville en termes sociétal, environnemental et financier. éCo.urbain travaille avec de l’argent public. J’insiste là-dessus, parce que souvent nos partenaires privés l’oublient. éCo.urbain est un aménageur qui intervient sur de grandes opérations d’aménagement et de construction (passerelle, équipements publics), mais aussi sur d’autres éléments et processus qui font l’urbanité, comme les rez-de-chaussée, les commerces, la concertation et l’urbanisme transitoire ou de préfiguration. Comment vous projetez-vous à l’échelle du Grand Paris ? Les acteurs qui ont présidé à la création d’éCo.urbain ont beaucoup façonné la ville de Colombes dansle passé. Or, au bout de 30 ans, les opérations se font plus rares. Dans le même temps, notre savoir-faire a évolué. Nous sommes désormais capables de mener des opérations ambitieuses dans des délais contraints et avec une maîtrise des budgets. Cette expertise intéresse beaucoup les élus des villes voisines. La vocation d’éCo.urbain est de rester un outil local, hyper agile, au service des territoires de Boucle Nord de Seine,qui comprend également le sud du Val-d’Oise avec la commune d’Argenteuil. Nous voulons maîtriser notre développement grâce une équipe bien identifiée qui connaît parfaitement les projets et modes opératoires. Notre objectif est de garder des relations directes et efficaces avec nos commanditaires. Ce dimensionnement n’empêche pas d’évoluer et de nous challenger : nous avons été le premier aménageur à établir notre bilan carbone et nous avons très tôt intégré des critères RSE dans nos marchés. Nous avons envie d’être un aménageur démonstrateur, en anticipant des logiques qui deviendront incontournables pour transformer la ville de demain. Comment se concrétise votre positionnement ? éCo.urbain est un aménageur grâce à l’outil ZAC notamment où nous produisons du logement, des équipements à forte qualité environnementale et des espaces publics adaptés au changement climatique.Nous n’avons pas peur d’aller sur des projets ou des montages complexes et nous sommes capables de pousser la démarche de concertation à un degré avancé. Ainsi, sur une de nos ZAC, nous avons entrepris une démarche d’urbanisme de préfiguration avec un programme complet élaboré avec les habitants en testant des futurs usages.
- Paroles d'investisseurs
Ils ont choisi de s’implanter en Île-de-France et, parfois même, d’y réinvestir. Venus d’univers très différents, quatre grands investisseurs étrangers expliquent les raisons qui ont présidé à leur ancrage dans la région capitale. « Nous pouvons collaborer avec des doctorants de classe internationale » CONOR O’RIAIN, DIRECTEUR GÉNÉRAL DE L’ENTREPRISE IRLANDAISE ECOCEM MATÉRIAUX Ecocem est une entreprise irlandaise spécialiste du ciment bas carbone. Et pourtant, c’est en Île-de-France que vous avez décidé d’ouvrir un centre de R&D. Pour quelles raisons ? Le béton est le matériau de construction le plus utilisé dans le monde, mais pour le fabriquer, il faut du ciment. Or, à elle seule, la fabrication de ce dernier représente 7 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, plus que tous les avions, camions et bateaux de la planète réunis ! Nous avons donc décidé d’utiliser un co-produit de l’industrie sidérurgique : le laitier de haut fourneau. Cela réduit jusqu’à 80 % les émissions de GES du ciment tout en augmentant la performance du produit ! Toutefois, même en utilisant tout le laitier produit dans le monde, il ne serait possible que de décarboner 10 % du ciment mondial. Il fallait donc trouver d’autres solutions. Et c’est là qu’intervient l’Île-de-France ? Effectivement. Nous avons initié des recherches avec l’INSA Toulouse et l’ENS Paris-Saclay. Cela nous permet de travailler avec des doctorants de classe internationale. Ces collaborations sont si fructueuses que nous avons, en 2021, créé un centre de R&D à Champlan (Essonne). Mais il arrive déjà à capacité et nous allons, début 2025, le déménager dans des locaux quatre fois plus grands, à Chilly-Mazarin (Essonne), augmenter nos effectifs et investir, en tout, 8,5 millions d’euros. « Aucun de nos projets d’investissement n’aurait vu le jour sans le Grand Paris Express » STEIJN RIBBENS, CIO (CHIEF INVESTMENT OFFICER) DE KADANS SCIENCE PARTNER, SPÉCIALISTE NÉERLANDAIS DE L’IMMOBILIER DÉDIÉ AUX SCIENCES DE LA VIE (DÉSORMAIS INTÉGRÉ AU GROUPE AXA IM) Vous avez récemment annoncé votre troisième investissement en trois ans en Île-de-France. Pourquoi cet intérêt pour la Région Capitale ? Nous sommes un acteur de l’immobilier de niche et investissons dans des écosystèmes scientifiques où existent une forte création de valeur. Typiquement à proximité d’universités et de centres de recherche où nous hébergeons des spin-off issues des laboratoires et leur proposons des espaces techniques spécialisés. Or l’Île-de- France est un espace à haute intensité scientifique ! En outre, en 2023, les investissements de capital-risque dans les deeptech ont augmenté en France, alors que le marché était morose partout ailleurs ! Enfin, la puissance publique française soutient la dynamique des écosystèmes. Notons aussi l’importance des grands projets : aucun de nos trois projets actuels d’investissement n’au- rait vu le jour sans la création du Grand Paris Express. Quels sont vos projets franciliens ? Le premier est un bâtiment de 25 000 mètres carrés en cours de construction sur le quartier Campus Grand Parc à Villejuif (Val-de-Marne), aménagé par Sadev 94. Nous y travaillerons en partenariat avec le PSCC (Paris-Saclay Cancer Campus) et accueillerons en priorité des structures dédiées à l’oncologie. Nous avons également annoncé deux investissements à Paris-Saclay : le premier, de 15 000 mètres carrés, dans le quartier de Moulon, à côté de l’ENS Paris-Saclay ; le second, de 9 000 mètres carrés, dans la ZAC de l’École polytechnique, sur une parcelle proche du lycée international. Nous nous ouvrirons tant à la medtech (technologies médicales) qu’aux matériaux, à l’énergie ou l’alimentation. Ces bâtiments seront prêts en 2026 et 2027. « Le Brexit n’est pas la seule explication à notre changement d’échelle » EMMANUEL GOLDSTEIN, DG DE MORGAN STANLEY FRANCE Les activités parisiennes de Morgan Stanley sont, depuis 2021, en pleine croissance.Quelle est l’ampleur de cette dernière ? Le bureau de Paris ne comptait, en 2021, que 150 salariés. Mais, depuis, nous avons considérablement élargi nos activités et nos besoins. Désormais, nous avons trois grands piliers : la banque d’affaires, les métiers liés au trading sur actions, obligations, devises, matières premières et la gestion d’actifs. De Paris, nous couvrons d’autres capitales en Europe continentale, notamment pour nos activités sur les bons du trésor, les devises et certaines matières premières. Nous avons également ouvert, en 2022, un centre de R&D, qui compte près de 100 personnes et devrait atteindre les 130 collaborateurs à terme. Ce centre travaille sur le développement des algorithmes de trading notamment. Il a une portée mondiale et couvre toutes les classes d’actifs. Pour l’ensemble de ses activités, Morgan Stanley compte aujourd’hui 400 personnes à Paris et nous en visons entre 500 et 550 d’ici à 2025. Est-ce une conséquence du Brexit ? Le Brexit a un peu rebattu les cartes, puisque certaines activités financières ne peuvent être exercées que depuis la zone euro. C’est pourquoi nous avons déplacé les fonctions correspondantes pour partie à Franc- fort et pour partie à Paris. Mais ce n’est pas la seule explication. L’Île-de-France est également un vivier de talents dont certains, naguère, s’expatriaient pour trouver un travail à leur mesure. Ce n’est plus toujours le cas. Le Covid a lui aussi contribué à rebattre les cartes. En outre, l’élargissement de nos activités fait qu’il est dorénavant possible de travailler à Paris et de continuer à évoluer au sein du groupe. Ainsi, une partie de notre centre de R&D est dirigée par une personne, formée dans une grande école française, qui exerçait des fonctions de direction à New York. Et ce n’est pas le seul exemple. Enfin, Paris est une ville-monde et, partant, un endroit très attractif pour les meilleurs talents. « Un data center est une sorte d’aéroport, et Paris est le plus dense de France » RÉGIS CASTAGNÉ, DIRECTEUR GÉNÉRAL D’EQUINIX FRANCE, CONSTRUCTEUR ET GESTIONNAIRE DE DATA CENTERS Vous avez annoncé, à l’occasion de Choose France, de nouveaux investissements en Île-de-France alors que vous y compterez bientôt, déjà, 11 data centers. Quels atouts a selon vous la région parisienne ? Nous avons investi en région parisienne 750 millions d’euros depuis 2022 et allons investir 630 millions d’euros supplémentaires d’ici à 5 ans. Car Paris fait partie, avec Londres, Francfort et Amsterdam, des quatre grandes capitales européennes les plus actives en matière de data centers. Nous constatons notam- ment en Île-de-France un fort dynamisme autour des startups et de l’intelligence artificielle. Mais pourquoi construire des centres de données en Île-de-France et non dans des endroits où le foncier est meilleur marché ? Notre marché est celui du détail : nous servons un grand nombre de clients, environ 1 400. Il est important, pour assurer une bonne connectivité, d’être à leur proximité immédiate. Le centre de données est en effet une sorte d’aéroport où se côtoient tous les écosystèmes, et Paris est le plus dense de France. Nous avons aussi besoin d’un bassin d’emplois important car, même si l’on affirme souvent que notre métier nécessite peu de salariés, nous en comptons actuellement environ 400. Enfin, notre responsabilité sociétale nous incite à nous établir dans des endroits où nous pouvons faire bénéficier d’autres acteurs de la chaleur fatale que nous dégageons, ce qui exclut de s’implanter sur un site isolé. En quoi le Grand Paris se distingue-t-il des autres capitales européennes ? La France – et tout particulièrement l’Île-de-France – est desservie par des réseaux de télécommunications de très bonne qualité. Nous pouvons également béné- ficier du courant le moins carboné d’Europe avec la Suède : l’électricité y est sept fois moins carbonée qu’en Grande-Bretagne et onze fois moins qu’en Allemagne. Enfin, nous profitons d’une très bonne situation géographique, avec des temps de latence équivalents, qu’il s’agisse de liaisons avec Madrid, Milan, Amsterdam, Londres ou Francfort.
- L'attractivité de la place financière de Paris au Zénith
Si le Brexit a donné une nouvelle impulsion aux activités financières parisiennes, la capitale française a également su tirer son épingle du jeu et répondre aux attentes des acteurs de la finance. Mais attention au risque d’une réduction de l’offre de bureaux dans Paris intra-muros que ne compensera pas la forte vacance sur le reste de l’Île-de-France. Par Fabienne Proux. Sans nul doute, la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne en janvier 2020 a conforté la place financière de Paris. Entre fin 2017 et fin 2022, toutes activités financières confondues, plus de 20 000 emplois y ont été créés dont plus de 6 000 directement liés au Brexit. Depuis, « la conjoncture reste très favorable à Paris », convient Jean-Charles Simon, délégué général de l’association Paris Europlace, qui compte désormais 650 adhérents d’origine géographique et de métiers de plus en plus différents. Jean-Charles Simon, délégué général de l'association Paris Europlace « Paris a été choisie plus que d’autres villes de l’Union européenne », confirme-t-il. Certes, Francfort, Amsterdam, Dublin ou Luxembourg ont également renforcé leur position, mais Paris a su tirer son épingle du jeu en qualité de place généraliste. Ainsi, certains acteurs ont développé leurs effectifs de façon massive, à l’instar des cinq plus grandes banques américaines (JP Morgan, Goldman Sachs, Morgan Stanley, Citybank et Bank of America), tandis que des nouvelles institutions s’y sont implantées, parmi lesquelles des fonds souverains, dont le singapourien Temasek (264 milliards d’euros) qui a célébré en avril dernier l’ouverture de son antenne parisienne avenue de l’Opéra, son deuxième bureau après Londres, pour développer ses activités en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique. Privilégier « les quartiers d’affaires les plus prestigieux » Cette montée en puissance se traduit aussi par un excédent qui a augmenté de près de 3 milliards d’euros fin 2023 (pour atteindre environ 6 milliards d’euros) des échanges de services financiers entre la France et l’étranger. « C’est une très bonne nouvelle que cette balance soit devenue excédentaire, alors que la ba- lance commerciale en biens de la France est, elle, très déficitaire », note Jean-Charles Simon, insistant sur la bonne position de la France en matière d’investissements directs étrangers, notamment en provenance des États-Unis et d’Asie. Encore faut-il savoir satisfaire leurs attentes, notamment immobilières, sachant que 90 % des emplois créés dans la finance au cours des cinq dernières an- nées l’ont été à Paris intra-muros. « Il est important que les acteurs de la finance puissent trouver des locaux à de bonnes conditions et qu’ils puissent évoluer dans l’environnement le plus propice pour eux », rappelle le délégué général de Paris Europlace, « préoccupé » par le futur PLU bioclimatique que Paris doit adopter fin 2024. C’est surtout la disposition du document sur la mixité fonctionnelle qui nourrit cette inquiétude, car elle pourrait contribuer à réduire l’offre de bureaux dans des quartiers d’affaires pour y accroître la part de résidentiel. « Dans un contexte de tension, sachant que les usagers disent avoir des difficultés à trouver des bureaux et que les loyers sont élevés dans le quartier d’affaires de Paris, la perspective d’une contrainte supplémentaire sur le bureau dans la Capitale nous semble très problématique, souligne Jean-Charles Simon. Nous mettons en garde la Ville de Paris sur le fait que les emplois récemment créés par les acteurs de la finance peuvent être facilement délocalisés dans d’autres capitales européennes. » Car pas question pour ces derniers de se tourner vers la périphérie parisienne. « Les métiers de la finance recherchent des bureaux dans les quartiers d’affaires les plus prestigieux », assure Jean-Charles Simon, déplorant « l’absence d’écoute de la Ville de Paris ». Londres et Paris : les plus attractives Un manque de dialogue d’autant plus inquiétant que la situation du bureau en Île-de-France ne cesse de se complexifier. En effet, si le taux de vacance moyen y est de l’ordre de 8,8 %,il dépasse à peine les 4 % à Paris et atteint 15 % à La Défense, voire plus de 20 % en première couronne nord. « Avec près de 5 millions de mètres carrés vacants, l’écart entre l’offre immédiate et les transactions est le plus élevé observé en Île-de-France, y compris pendant la crise des années 90 », observe Christian de Kerangal, directeur général de l’IEIF (Institut de l’Épargne Immobilière et Foncière), estimant entre 10 et 12 millions de mètres carrés de bureaux qui pourraient se libérer d’ici 10 ans. Christian de Kerangal, directeur général de l'IEIF « On arrive au bout de la tertiarisation de l’économie », poursuit-il. Le phénomène est à la fois démographique, avec un ralentissement de la croissance de la population active avant une baisse à partir de 2040, et lié aux nouveaux usages dont le télétravail. Depuis la crise sanitaire, les entreprises se recentrent vers les quartiers les mieux connectés pour attirer les talents et faire revenir les collaborateurs au bureau. La tendance à la recentralisation s’observe aussi dans les principales capitales européennes, de même que la frilosité des investisseurs à placer leurs ressources dans les actifs immobiliers devenus beaucoup moins attractifs avec la hausse des taux. « Les investisseurs ne reviennent pas encore vers l’immobilier car la correction des prix n’est pas terminée et du fait qu’il existe d’autres alternatives, comme les placements monétaires ou les obligations », précise Christian de Kerangal. Toutefois, si la reprise est plus rapide dans les pays anglo-saxons, et notamment à Londres où la baisse des valeurs a été plus forte et plus rapide, Londres et Paris restent les deux villes les plus attractives.
- Le charme tranquille
Alice Hénault, directrice prospective et développement de Loxam, exprime, avec humilité et douceur, son engagement total pour son groupe. Par Jacques Paquier. L’engagement, le travail et le mérite sont au cœur des valeurs du groupe. Alors peu importe qui vous êtes, dès lors que vous menez à bien les missions que l’on vous confie », résume Alice Hénault, si on lui demande ce que cela fait d’être la fille du président de l’entreprise.Avec un regard à la fois doux et franc, mâtiné d’une détermination que l’on perçoit sans faille, cette Pari- sienne de naissance est intarissable sur l’histoire de Loxam, sa structuration progressive, depuis sa création près de Lorient, il y a une soixantaine d’années. La Société armoricaine de matériel, c’est le premier nom de Loxam, loue depuis toujours du matériel pour les travaux publics. Mais, désormais internationale, l’entreprise, qui réalise un chiffre d’affaires de 2,6 milliards d’euros et emploie 12 000 collaborateurs dans une trentaine de pays, s’est diversifiée. À la fois par son activité et ses implantations. Fournisseur officiel des Jeux Paris 2024 Loxam, c’est 1 000 agences à travers le monde et plu- sieurs spécialités : matériel d’élévation, équipements modulaires, groupes électrogènes, engins de démolition. Toujours à destination des travaux publics, mais aussi dorénavant de l’industrie, des services et, plus récemment, de l’événementiel. La société a été l’un des fournisseurs officiels de Paris 2024 durant les Jeux. « Le Grand Paris constitue pour nous une terre propice à l’innovation, d’expérimentation, que nous dupliquons ensuite ailleurs », déclare cette jeune mère de trois enfants, qui confie consacrer autant de temps à sa vie professionnelle qu’à sa vie familiale. « Nous sommes heureux de commencer à pouvoir voyager avec nos enfants », poursuit cette passionnée de voyages, dont l’itinéraire est passé à plusieurs reprises par les États-Unis. Lors de ses études d’ingénieur dans les télécoms, elle part pour un premier long séjour outre-Atlantique en stage dans le New Jersey, où elle met à profit sa formation dans le département Système d’information d’une entreprise de construction de matériel. Après les États-Unis, direction la business school de Cambridge, en Angleterre. Elle y découvre l’es- prit club britannique, un système éducatif très codifié qu’elle apprécie grandement, avant de rentrer en France prendre son premier poste : analyste financier chez PricewaterhouseCoopers (PwC), à Neuilly-sur- Seine. Alice Hénault s’y passionne pour des dossiers de M&A, rédige les « due diligence » d’entreprises qui fusionnent. « Une très bonne école », résume- t-elle. Mais, après 4 ans de bons et loyaux services, l’appel de l’étranger se signale à nouveau : direction Harvard, à Boston (Massachussetts) cette fois, où elle suit le même MBA que son mari, rencontré lors de ses études. « Harvard constitue une vraie école pour se préparer à prendre des décisions rapides, en dis- posant d’un nombre d’informations limitées. Soit exactement le quotidien d’un dirigeant d’entreprise », explique-t-elle. De retour à Paris, elle entre chez Loxam, d’abord comme directrice de la filiale Loxam Access, la division chargée du matériel d’élévation. Soit 40 agences et 250 personnes. Elle y réussit l’intégration des activités de l’entreprise britannique Lavendon, récemment acquise par Loxam. C’est elle qui créera, quelques années plus tard, une direction Prospective et Développement. « Une direction transverse, rendue nécessaire par le développement continu du groupe, qui conjugue croissances organique et externe », indique- t-elle. Fusions et acquisitions, développement durable, transformation digitale y constituent son quotidien.
- "La Garde Républicaine est avant tout une force opérationnelle"
Charles-Antoine Thomas, commandant de la Garde républicaine, décrit les grandes missions de cette institution qui regroupe quelque 3 500 femmes et hommes au service de la sécurité des palais nationaux, mais aussi du maintien de l’ordre dans différents théâtres d’intervention. Des missions opérationnelles qui la conduisent à se moderniser constamment pour rester à l’avant-garde des technologies de sécurité militaire, loin de la seule dimension protocolaire qui forge sa réputation. Propos recueillis par Jacques Paquier. Que retirez-vous de la participation remarquée de la Garde républicaine à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024 ? Je me réjouis que la Garde ait été présente sur deux des quatre ou cinq tableaux de la cérémonie d’ouverture de ce grand événement populaire mondial qui resteront dans les mémoires. Permettez-moi de souligner au passage que, dans le cadre des Jeux olympiques, nous avons déployé chaque jour jusqu’à 1 200 gardes pour la sécurité des Parisiens, dont 200 à cheval. Pouvez-vous nous rappeler quelles sont les grandes missions de la Garde, que l’on réduit souvent, à tort, à ses apparitions protocolaires ? Rappelons que la Garde républicaine date de 1802. Nous avons été créés par Napoléon Bonaparte, qui n’était pas encore empereur, mais premier consul, dans la même vague de sénatus-consulte que la création des Sapeurs-Pompiers de Paris. À l’époque, Bonaparte crée les soldats du feu pour protéger Paris des incendies et la Garde municipale de Paris, qui deviendra la Garde impériale de Paris, pour maintenir l’ordre dans la Capitale et servir les armées. Ce qui explique que la Garde républicaine se soit illustrée sur tous les champs de bataille du XIXe siècle et du XXe siècle. Notre institution, qui compte aujourd’hui 3 500 hommes et femmes, est avant tout une force opérationnelle. Sa mission, telle qu’elle lui a été fixée dès sa création, est la protection, dans la Capitale, des institutions les plus sensibles de la République et de l’État, c’est-à-dire l’Assemblée nationale, le Sénat, l’Élysée, Matignon, le Conseil constitutionnel et certains ministères. Historiquement, la Garde républicaine est profondément liée à Paris. Au-delà de cela, notre rôle est non seulement de protéger 24 heures/24 et 7 jours/7 ces institutions très sensibles, mais c’est également d’incarner par les armes la réalité de la séparation des pouvoirs. Lorsque nous sommes dans l’enceinte de l’Assemblée nationale ou du Sénat, nous n’appartenons plus à l’exécutif. Enfin, nous venons de récupérer dernièrement la protection de l’autorité constitutionnelle que constituent le Palais de justice de Paris et l’autorité judiciaire. En résumé, nous protégeons tous les pouvoirs prévus par la constitution et les autorités qui leur sont attachées. Nous sommes à ce titre, comme je le dis souvent, le dernier rempart et le garant de la République, les seuls à être armés dans ces enceintes, les seuls à pouvoir les préserver. Les risques d’intrusion qui planent au-dessus de ces institutions se sont-ils accrus ces derniers temps ? Au regard des menaces actuelles, qui se sont aggravées en effet, nos missions sont excessivement sensibles, très précieuses à la vie même de l’État, de la République et de la démocratie. Je citerai les Gilets jaunes, les attaques cyber, les groupuscules radicalisés, qui représentent autant de menaces réelles. Face à elles, nous sommes forts de deux régiments d’infanterie, c’est-à-dire 1 600 hommes dédiés à la protection de ces sites, et de ce que l’on appelle les maisons militaires, structures permanentes implantées dans ces palais. La Garde républicaine, c’est également un régiment de cavalerie, un orchestre, des artisans, etc. Mais notre mission principale n’est pas d’ordre protocolaire et ne se résume pas à notre présence lors du défilé du 14 juillet ou devant les palais nationaux. Ces activités représentent seulement 11 % de notre profession. C’est dans la protection des sites sensibles de la République que réside l’essentiel de notre activité ainsi que, de plus en plus, dans la constitution d’une réserve stratégique destinée à être projetée sur des événements survenant parfois très loin de Paris. Comme à Mayotte, en Guyane ou à Sainte-Soline, là oùse manifestent les agissements de mouvements écologistes radicaux. Comment la Garde a-t-elle évolué au cours des dernières années ? L’adaptation à notre environnement est l’une de nos règles fondamentales. C’est le terrain qui commande. Nous avons développé, pour ne prendre que cet exemple, des moyens et des tactiques de lutte contre les drones. Nous sommes, au sein de la gendarmerie, les leaders dans ce domaine. C’est une de nos spécificités, qui s’explique par le fait que, chaque jour, les palais nationaux étaient survolés par ces engins, qui étaient utilisés essentiellement par des paparazzis. Ce sont désormais potentiellement des explosifs commandés.Nous disposons donc de brouilleurs anti-drones ainsi que de notre propre flotte de drones, afin de pouvoir réaliser des observations chez l’adversaire. Nous disposons également de chiens spécialistes de la détection d’explosifs, de tireurs d’élite, de capacités de tirs de nuit, etc. Nous avons par ailleurs contribué à renforcer la défense passive des sites dont nous avons la charge. Nous intervenons en l’occurrence comme conseil auprès des autorités sur la vidéo-protection, la sécurité périmétrique. La Garde républicaine a-t-elle évolué également vers une plus grande parité ? Les métiers dits d’autorité attirent de plus en plus les jeunes femmes, qui représentent aujourd’hui 30 % de nos effectifs, ce ratio s’élevant à 50 % au sein du régiment de cavalerie. Mais en réalité, la révolution des femmes en gendarmerie date d’il y a 25 ans. Quels types d’intervention effectuez-vous à l’étranger et en outre-mer ? Nos missions à l’étranger sont de deux ordres.Nous menons des missions de nature opérationnelle dans les zones de tension. Dans ce cadre, nos unités d’intervention appuient la force des unités de gendarmerie locales. C’est ce qui se fait en outre- mer, à Mayotte, à Saint-Martin, en Guyane, en Nouvelle-Calédonie. Nous conduisons aussi des missions de renforcement de la protection de nos ambassades, comme ce fut le cas au cours des dernières années en Irak ou en Libye.Des détachements de la Garde interviennent par ailleurs sur différents théâtres d’opération. Nous sommes en capacité de projeter 24 heures/24 et 7 jours/7, à l’instant T, 30 militaires dont des tireurs d’élite, en particulier pour des missions de protection de site ou d’opération de contre- insurrection. Et nous intervenons en partenariat avec de nombreuses gardes étrangères, pour des missions diplomatiques, protocolaires, de rayonnement. Nous sommes par exemple jumelés avec la garde britannique. Nous avons pris part, dans ce cadre, aux manifestations organisées pour les 120 ans de l’Entente cordiale. Nous sommes également jumelés avec la garde personnelle de l’émir du Qatar ou avec les unités de la gendarmerie jordanienne. Nous jouons donc aussi un rôle de diplomatie militaire, de diplomatie étatique, notamment au profit du président de la République et du ministère de l’Intérieur. Nous intervenons par ailleurs auprès de nos partenaires dans le cadre de missions d’instruction et de formation. Deux de nos sous- officiers, tireurs d’élite, viennent ainsi d’effectuer un stage très long dans le corps des marines américains, sur la notion de combat. Subissez-vous des restrictions budgétaires de la part de l’État et, si c’est le cas, comment y faites-vous face ? La Garde républicaine, ce sont quelque 250 millions d’euros de masse salariale et 7 millions d’euros de budget de fonctionnement, pour 3 500 personnes auxquelles s’ajoutent 500 réservistes, une quinzaine de casernes, 3 000 logements... Le seul régiment de cavalerie, qui compte 460 chevaux, nous coûte2 millions d’euros par an. Bien évidemment, les problèmes budgétaires de l’État, qui touchent toutes les administrations, ont une acuité particulière ici. La Garde républicaine est une structure chère, comme aiment à le souligner les magistrats de la Cour des comptes. Elle est chère parce que les chevaux coûtent cher, parce que les bâtiments à Paris, c’est cher, parce que les matériaux et les uniformes, c’est cher aussi...Quand Charles III séjourne dans la Capitale, c’est1 000 de nos gardes qui sont mobilisés. Il nous faut donc trouver de l’argent. C’est le rôle de notre pôle événementiel. Nous louons des surfaces à des tiers, pour l’organisation d’événements divers, par exemple à Hermès, lors de la Fashion Week.Nous réalisons également, avec notre orchestre symphonique de 150 musiciens ou les Chœurs de l’armée française, des prestations d’orchestre, qui ont représenté en 2023 des recettes d’un montant d’1,5 million d’euros. Mais cela ne suffit pas.C’est pourquoi nous nous tournons de plus en plus vers le mécénat, notamment pour tout ce qui est lié aux infrastructures équestres, qui sont excessivement lourdes. Je pense en particulier aux investissements liés au bien-être animal, mais aussi à l’entretien et à la rénovation de notre patrimoine immobilier. Nos donateurs savent ce que leur générosité finance. Nous bénéficions aussi de mécénat de compétence, notamment de la part de grands groupes de travaux publics. Quelles sont vos convictions en matière de sécurité intérieure ? La première de mes convictions en la matière, c’est que les forces de sécurité sont là pour tout le monde. Nous sommes au service de la population et la seule façon d’être au service de la population, c’est d’être au milieu de la population. Une force de police qui serait exogène, qui serait perçue dans certains quartiers populaires comme étant une force qui va et qui vient, mais qui ne vit pas avec les gens, ne peut pas fonctionner efficacement. La proximité avec les populations constitue l’ADN de la gendarmerie. Une police de proximité, pour moi, est une expression redondante. L’action de police est forcément de proximité. Comment voulez-vous obtenir des renseignements, connaître les gens si vous ne faites pas de la proximité, si tout repose sur l’intervention ? L’intervention, c’est la finalité de l’action de police pour aller interpeller un auteur. Mais tout le reste repose sur votre proximité, sur votre présence enchâssée dans la population. Mon autre conviction, c’est que l’État doit être respecté.Et pour être respecté, il faut que les gens se comportent de manière respectable. Nous en gendarmerie, par exemple, nous interdisons le tutoiement. Le comportemental, la dignité, c’est la clé de tout. À partir de là, on peut bâtir une force de police sérieuse, puissante, respectueuse et respectée. C’est tout l’enjeu. Mais j’ai la conviction que dès lors que l’on occupe le terrain, que l’on est présent partout, tout le temps, que l’on a un comportement irréprochable, l’action de police est positive. Au passage, d’ailleurs, n’oublions pas de parler des victimes, alors que l’on parle le plus souvent des auteurs. Nous devons aussi cultiver notre capacité à accueillir les victimes. UN PARCOURS MIXTE Général Charles-Antoine Thomas « Ma carrière a deux piliers, dont un premier très opérationnel. J’ai commencé dans l’armée de terre, dans les équipes de montagne, avant de rentrer en gendarmerie. Mon parcours opérationnel est assez conséquent en France, comme à l’étranger et en outre-mer, principale- ment orienté dans un premier temps sur le maintien de l’ordre et les interventions sur des lieux de tension. J’ai exercé aussi au sein de la gendarmerie départementale territoriale, dans des départements relativement compliqués, comme le Val-d’Oise. J’étais aux commandes lors des émeutes qui ont suivi le décès d’Adama Traoré. J’ai donc dirigé des interventions assez toniques, avec un aspect très opérationnel. Et de l’autre côté, j’ai exercé des responsabilités dans les ressources humaines, en œuvrant de nombreuses années en administration centrale, jusqu’à être adjoint au directeur des ressources humaines. Je me suis aussi occupé de la mission des hauts potentiels, qui avait pour but de déterminer les futurs grands chefs. J’ai également été détaché pendant un an pour travailler sur la loi d’orientation et de programmation du ministère de l’Intérieur »
- "La France et l'État ont démontré la capacité de notre pays à organiser de très grands événements sportifs"
Marc Guillaume revient sur le bilan des Jeux olympiques et paralympiques de 2024, soulignant la mobilisation couronnée de succès des services de l’État déconcentré, engagée il y a quatre ans. Le préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris, détaille l’héritage exceptionnel des JOP, pour les infrastructures, la qualité de vie, l’emploi et le sport. Quel premier bilan faites-vous des Jeux olympiques et paralympiques ? Les Jeux olympiques de Paris ont été à la fois un grand succès sportif et un grand succès d’organi- sation. Et comme l’État a beaucoup travaillé pour gérer l’événement, avec le Comité d’organisationdes jeux olympiques (Cojo), bien évidemment,nous en sommes heureux. Les services déconcentrés de l’État sous l’égide de la préfecture de la région Île-de-France ont œuvré sur tous les champs, hormis la sécurité, qui relève de la préfecture de police. Depuis l’organisation de la parade d’ouverture jusqu’à la dépollution de la Seine pour les épreuves en eau libre, depuis les dossiers de recrutementet de formation des personnels de sécurité privée jusqu’à l’organisation des sites de célébration. Sans oublier le plan vélo ou les questions de mise à l’abri des personnes en situation de rue aux abords des sites d’épreuves, etc. Chaque direction s’est mobilisée. Pour prendre un exemple qui montre la variété de nos actions, la direction régionale de l’Agriculture avait en charge les 350 chevaux qui ont participé aux épreuves olympiques, assurant le contrôle vétérinaire depuis leur entrée sur le territoire jusqu’aux épreuves, ou la lutte contre le dopage. C’est une variété d’actions très grande que chacun des services de l’État a dû mener à bien avec le Cojo. Quels enseignements en tirez-vous ? Les services de l’État ont fait preuve, sous l’autorité du président de la République et du gouvernement, d’une intense mobilisation, initiée il y a plusieurs années. Je pense au plan baignade, engagé depuis quatre ans pour arriver à concrétiser toutes ces actions qui aboutissent aujourd’hui à la possibilité de se baigner dans la Seine. Sauf bien sûr lorsque des pluies intenses s’abattent sur la région, comme ce fut le cas au début des Jeux. La France et l’État ont démontré la capacité de notre pays à organiser de très grandes manifestations sportives. Rappelons que les JO sont le plus grand événement sportif au monde. La hausse de la fréquentation touristique durantles Jeux a-t-elle compensé la baisse de recettes enregistrée par les commerçants la semaine précédant la cérémonie d’ouverture ? Il est encore sans doute un peu tôt pour faire la balance des deux. Il est vrai qu’une semaine avant la cérémonie d’ouverture, une zone de sécurité, rendue nécessaire par cette extraordinaire idée d’organiser les festivités surla Seine, a pénalisé les commerces. Ces mesures ont montré qu’elles étaient adaptées à l’enjeu. Rappelonsau passage que le contrôle des bateaux, l’autorisation des décors, tout cela a été remarquablement exécuté, puisqu’aucune avarie, aucun incident n’a eu lieu. Ensuite, durant les Jeux, les chiffres semblent montrer que la tendance est bonne. La fréquentation à la fois des hôtels, des cafés, des restaurants, des commerces est orientée à la hausse. Il faudra faire un bilan complet sur la période. Quel bilan tirez-vous des transports en commun,qui ont été également à la hauteur de l’événement ? Je souhaiterai évoquer à ce sujet le succès du plan vélo. Nous avons investi 24 millions d’euros dansla création d’un réseau de 400 kilomètres de pistes cyclables pour permettre de se rendre sur tous les sites olympiques. Sur ces 400 kilomètres de pistes,150 kilomètres seront pérennes laissant là aussi un bel héritage. D’autre part, nous avons construit près de 27 000 places de parking vélo, 20 000 aux abords des sites, dont 10 000 places sont pérennes. Et aussi3 500 places créées à proximité des gares. Tout cela a permis à ce que 10 000 personnes se rendent chaque jour en deux-roues sur les lieux des épreuves.Avec une part modale importante, parfois proche de 5 % sur certains sites de grande couronne, comme Élancourt ou Vaires-sur-Marne. Dans Paris, le véloa très bien fonctionné sur le site de la Concorde ou sur celui de la Chapelle. Concernant l’héritage, sur quoi allez-vous être particulièrement vigilant ? L’héritage est à nos yeux de quadruple nature. Il y a un héritage d’infrastructures, très important. Je citerai les 4 000 logements du Village des athlètes et du Village des médias, bien sûr, les deux grands équipements nouveaux que sont l’Aréna porte de la Chapelle et le Centre aquatique olympique de la Plaine-Saulnier, à Saint-Denis. Il faut souligner que 80 % des investissements d’infrastructures ont été réalisés en Seine-Saint-Denis et sans aucun éléphant blanc, puisque tout cela a été conçu pour éviter de se retrouver avec de grands équipements dont le coût de fonctionnement serait excessif. Ensuite, il y a un héritage en termes de qualité de vie. On le voit bien avec la baignade. Des sites de baignade pérennes dans la Seine seront ouverts, à Paris, l’été prochain. La maire de Paris est en train de travailler avec ses équipes et les nôtres sur ce sujet. Et puis, dans cet héritage lié à la qualité de vie, il y a beaucoup de choses. On comprend bien par exemple que les cinq ou six franchissements urbains construits au-dessus des voies ferrées ou des autoroutes vont renouveler le cadre de vie de nos concitoyens.Pour une politique de la ville différente demain.Je citerai aussi un héritage en termes d’emploi.Nous avons formé 25 000 personnes en Île-de-France aux métiers de la sécurité privée, 20 000 ont été embauchées et vont garder ces emplois. Soit 20 000 chômeurs de moins. On peut se féliciter aussi de tout ce qui a été fait sur le terrain de l’insertion. Le quatrième héritage est comportemental, ce qui est très important aussi. On voit bien que la France est en train de devenir un pays davantage sportif. La demi-heure de sport à l’école s’est inscrite dans la durée. Tout ce qui a été fait dans le domaine du sport va encore plus ancrer les pratiques sportives sous toutes leurs formes dans notre société.Et puis l’autre aspect comportemental, c’est bien sûr les Jeux paralympiques qui ont changé notre regard et l’insertion des intéressés dans la société. Beaucoup de choses ont été faites là encore, notamment en faveur de l’accessibilité.
- « Les Franciliens doivent réaliser qu’ils bénéficient d’un service public d’assainissement extraordinairement performant »
Quelles sont vos priorités stratégiques à la présidence du Siaap ? Nous dépolluons, chaque jour, 2,5 milliards de litres d’eaux usées de 10 millions de personnes. Notre priorité est donc de maintenir et même d’améliorer la performance de notre outil industriel. Les métiers de l’assainissement sont des métiers de l’ombre et méconnus. Nous avons pourtant, en Île-de-France, l’un des meilleurs systèmes d’assainissement du monde. Pour être performant, il faut évidemment investir, tout en maintenant une trajectoire de dette acceptable pour notre institution et la facture des usagers. Quel bilan tirez-vous de votre investissement dans le plan baignade, couronné de succès lors des JOP ? Le plan baignade est une réussite collective. En seulement quelques années, nous avons réalisé des investissements et des travaux colossaux. Le Siaap est le premier contributeur financier, après l’État, avec 500 millions d’euros investis, c’est le système d’assainissement des 50 prochaines années qui est mis en œuvre grâce à ce plan. À ce titre, je remercie l’ensemble des partenaires qui ont œuvré à cette réussite et tout particulièrement le préfet de Région, Marc Guillaume, un grand préfet de la Seine. Quels sont vos autres motifs de satisfaction ? Depuis 3 ans, j’ai souhaité restaurer le dialogue et la confiance avec les élus des communes riveraines de nos usines, notamment des Yvelines et du Val-d’Oise. Je suis également particulièrement fier de la qualité du dialogue social mené au Siaap qui a permis de prendre de grandes décisions pour nos 1 800 agents au cours de ces derniers mois, tant sur le pouvoir d’achat que sur la qualité de vie au travail. Enfin, nous avons mis en place un partenariat financier avec la Banque des Territoires l’an dernier, le plus important investissement en matière d’eau en France, près de 500 millions d’euros pour financer des chantiers de nos usines de Clichy (92) et Seine Aval (78). Pourquoi avez-vous souhaité donner un nouvel élan à l’entente entre les grands syndicats d’Île-de-France ? Ces grands syndicats, dits « techniques », c’est l’histoire de l’Île-de-France. Je suis très attaché à l’histoire, notamment celle du Second empire, qui a vu Paris et le Grand Paris se transformer sous l’impulsion du préfet Haussmann, d’Eugène Belgrand, des frères Pereire et de tant d’autres. J’ai aussi un immense respect pour ces grands présidents comme André Santini ou Jean-Jacques Guillet, qui ont fait et font ces syndicats. J’ai donc voulu relancer des collaborations directes entre le Siaap et ces grands syndicats, pour renforcer nos coopérations, innover ensemble. Au sein des Services publics urbains du Grand Paris, créés en 2017, nous avons d’ailleurs accueilli dernièrement Sénéo et sa présidente Josiane Fischer.
- L'énergie au service d'Argenteuil
Proche du maire d’Argenteuil Georges Mothron, auquel elle doit son entrée en politique, Camille Gicquel s’investit éperdument pour sa commune et son territoire. Avec la même énergie que celle déployée dans le développement des partenariats et la communication, son job dans le secteur privé, où elle effectua une première carrière fulgurante. Camille Gicquel retient immédiatement l’attention de ceux qui la croisent, par son large sourire, son énergie et sa faconde. Repérée pour la pertinence de ses interventions dans des réunions de quartier par l’équipe municipale d’Argenteuil, adjointe à l’Urbanisme ainsi que vice-présidente du territoire de Boucle Nord de Seine, elle est intarissable sur la transformation de sa commune. Elle cite les grands projets en cours, Urban Valley ou Argenteuil Littoral, menés dans le cadre d’« Inventons la Métropole du Grand Paris », les programmes de réaménagement de l’avenue Gabriel-Péri ou de renouvellement urbain Porte Saint-Germain – Berges de Seine, qui incarnent le renouveau d’Argenteuil. Sa boussole ? « Faire », répond-elle simplement, mais aussi « fair », juste, équitable. Cette mère de famille a quitté le monde du salariat pour pouvoir se consacrer pleinement à son mandat. Enfin pas complètement, puisqu’elle vient de cofonder Axelearn, une start-up de formation professionnelle en ligne, qui a recours à l’IA pour découper des programmes de formation en petits modules à consommer quotidiennement par ses stagiaires. Un tournoi de poker en ligne avec Fun Radio La curiosité constitue son moteur et fut le carburant d’une carrière ascensionnelle. Après des études à l’École Atlantique de Commerce de Nantes – Saint- Nazaire, qu’elle choisit notamment parce qu’elle comporte des sessions à l’étranger (elle se souvient avec émotion de son stage au service marketing du Dayton Daily News , où elle découvre le monde de l’entreprise en côtoyant les grands éditorialistes du journal), elle entame sa carrière professionnelle à lafourchette.com . Elle excelle dans la mise en place des partenariats qui participeront à l’essor de la plate- forme. Deux ans plus tard, RTL qui cherche son nouveau responsable des partenariats digitaux la débauche, via un chasseur de têtes. « J’étais trop cu- rieuse pour refuser », résume-t-elle. Elle monte des opérations spéciales avec les antennes, comme un tournoi de poker en ligne avec Fun Radio , développe toutes sortes de nouveaux formats web. Si bien que L’Express la débauche à son tour. Quand l’hebdo est racheté par SFR , Camille Gicquel décide de rejoindre Habiteo , spécialiste de la 3D pour l’immobilier, créé par un des cofondateurs de lafourchette.com , avec lequel elle a débuté sa vie professionnelle et qui la poursuit depuis sans relâche pour qu’elle le rejoigne. Mais cette carrière à 200 km/h n’empêche pas cette Bretonne d’origine, toujours très attachée à son terroir, de cultiver son jardin : photographe amateur, motarde et cavalière à ses heures perdues (comme son conjoint, champion du monde des jockeys amateurs en 2023), apicultrice, fan de musique (elle cite Cypress Hill, Lady Gaga, les Red Hot Chili Peppers ou John Coltrane), elle se passionne également pour l’art et le design, la mode en particulier, précise-t-elle, avant de citer des créateurs inspirants pour elle, comme Claude Montana ou Jean-Charles de Castelbajac.
- Un acteur majeur de l'immobilier
Après un parcours professionnel riche en expériences et en rencontres, le président de la SOGEPROM et directeur immobilier SG Réseaux France Eric Groven est aujourd'hui une figure emblématique de sa profession. Par Jacques Paquier. Ses déjeuners réunissent régulièrement les plus grands noms de la profession. En tant que promoteur et distributeur de produits immobiliers pour les clients de Société Générale, Éric Groven apporte un soutien financier crucial aux promoteurs et aux investisseurs dans cette période complexe. Il est également broker avec la filiale Société Générale Real Estate Advisory et gestionnaire du parc immobilier de la banque SG en France. Avec Béatrice Lièvre-Théry, directrice générale de Sogeprom, il a su également faire de ce grand promoteur une référence en matière de transition énergétique et écologique. Assis derrière son bureau, situé au 26e étage de la tour Granite de La Défense, il décrit avec truculence un parcours universitaire et professionnel étincelant. « Pour mes deux parents enseignants à Rouen, père normalien agrégé de philosophie en classe préparatoire, mère certifiée d’anglais en collège, les diplômes figuraient en première place parmi les critères de réussite », raconte-t-il. Il ne les décevra pas : titulaire de son bac scientifique à 16 ans (mention bien), puis d’un bac scientifique décroché avec mention très bien alors qu’il est en prépa-HEC à Louis Le Grand, il fréquente successivement HEC, Sciences Po et enfin l’ENA, dont il sort inspecteur des Finances. Éric Groven commence ainsi sa carrière à Bercy. Puis, jugeant l’État difficilement réformable, il re- joint le groupe Crédit du Nord, dont il devient di- recteur financier. Il effectue son début de carrière dans cette banque de détail, cédée quelques années plus tard par Paribas à la Société Générale, à l’exception de son passage entre 2000 et 2002 chez Capgemini. Au milieu des années 2010, c’est à Frédéric Oudéa, qui a succédé à Daniel Bouton à la tête de la « Sogé », qu’Éric Groven propose de regrouper les activités immobilières de la banque de détail sur le modèle de BNP Paribas Real Estate, dont il s’est largement inspiré et qui demeure sa référence. « Trois crises en quatre ans » Pianiste à ses heures, Éric Groven est aussi féru de théâtre, cinéma et d’opéra. « Je fais partie de ces Parisiens très privilégiés qui profitent des événements offerts par la Capitale », confie-t-il. Mais il ne cache pas aujourd’hui son inquiétude face à la conjoncture, alors que l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale a plongé les marchés dans une incertitude durable, compromettant le lent retour à la normale des taux d’intérêt après l’inflation inédite et brutale provoquée par la guerre en Ukraine. « Nous aurons finalement subi tour à tour trois crises en quatre ans, décrit-il. Celle du Covid, la guerre en Ukraine, puis la crise politique née de la dissolution. » Mais l’on sent chez cet homme enjoué et alerte, joueur chevronné de squash, de golf et de badminton, que rien ne pourra jamais altérer un fondamental optimisme et un humanisme chevillé au corps.
- Architecture, botanique et sens du contexte
Guillaume Dujon, le cofondateur de l'agence Architectes Singuliers, passionné de botanique, d'architecture nippone et de cyclisme dans les cols alpins, cite la minutie, l'attention au contexte et l'effacement des égos au nombre de ses fondamentaux. Avec une sincérité désarmante. Par Jacques Paquier. Au lendemain de notre entretien, passionnant comme d’habitude, dans une des bonnes brasseries du centre de Paris où ce fin gour-met a ses habitudes, Guillaume Dujon renvoie un long mail pour préciser le lien entre sa conception de l’architecture et sa passion pour la botanique ou encore les grands paysages auxquels il aime se confronter lors d’intenses road trips à vélo. Le souci de la précision, l’hyper sensibilité à l’environnement et une vision holistique de son métier, déclinée de la petite échelle jusqu’aux projets de reconversion urbaine, sont l’ADN du cofondateur d’Architectes Singuliers. « Notre fil conducteur est l’insertion urbaine par le paysage, qui nous permet révéler et de ré-enchanter certains sites délaissés », explique t-il. Les raffinements de l’architecture nippone Tout chez cet artiste sensible semble relever de la passion, qu’il s’agisse d’architecture japonaise, de petite reine ou de gastronomie. Il évoque à demi-mot le drame personnel qu’a représenté la perte de l’être aimé, victime du Covid, « qui était ma raison d’être ». Mais plus que de sa vie personnelle, c’est bien d’architecture dont il préfère parler. Il se souvient avoir réalisé vers l’âge de 8 ans ses premiers crobars, « un peu ambitieux », admet-il en souriant, par-dessus les propositions publiées dans Var-Matin par les candidats aux élections municipales, pour panser la fermeture des chantiers navals. Au collège, ses parents sont convoqués par la professeure d’arts plastiques qui les exhorte à considérer la fibre artistique de leur fils, autant que ses capacités en mathématiques vers lesquelles ils trouvent plus sérieux de l’orienter. Lui-même prendra du temps avant de se consacrer à l’architecture, après des premières études en école de commerce et une hyperactivité créatrice pas encore canalisée. À l’école d’architecture de La Villette, il se souvient d’avoir fui les cours d’un premier professeur jugé trop désinvolte pour celui d’un théoricien autrement exigeant, Yann Nussaume, qui l’ouvre notamment aux raffinements de l’architecture nippone. Il passera deux ans au Japon, dont un an de fin d’études, suivi d’un an de stage chez les plus grands, comme l’architecte de la gare Saint-Denis Pleyel Kengo Kuma. Le principe de densité maîtrisée De retour au Japon au printemps dernier pour un voyage d’études, il profite de son périple de 1 500 kilo- mètres à vélo pour faire un détour par la ville d’Ise et admirer le sanctuaire le plus sacré de la religion shintō, « un modèle de pureté et d’élégance par la sobriété », puis revoir avec nostalgie un vaste bâti- ment du quartier de Shibuya, projet hyper imbriqué si caractéristique de Tokyo et doté d’un jardin sus- pendu, dont il avait participé à la conception il y a 15 ans. Dans ses créations, Guillaume Dujon s’inspire du rapport intime qu’entretient l’architecture japonaise avec son environnement naturel et de la sagesse des modes constructifs traditionnels, autant que de son aisance à combiner de multiples usages.Première réalisation significative d’Architectes Singuliers, le projet de 420 logements sur la ZAC de la Cartoucherie à Toulouse, conçus en 2015, joue l’imbrication de trois émergences sur la place, complétées par des percées végétalisées, pour insuffler une perception favorable à l’échelle du piéton. « La ville de Toulouse nous fait régulièrement l’honneur de citer cette réalisation pour illustrer le principe de densité maîtrisée », confie t-il. Une architecture vertueuse et post-carbone « Le projet de logements actuellement en chantier dans le 12e arrondissement de Paris pour in’li me tient également très à cœur, car c’est un projet en pierre semi-porteuse extraite des carrières d’Île-de- France. Ce mode constructif illustre la méticulosité que nous consacrons aux projets ainsi que notre engagement aux côtés de nos maîtres d’ouvrage, au service d’une architecture vertueuse et post-carbone », poursuit-t-il. Celui qui a œuvré notamment au sein de l’agence Brenac & Gonzalez a créé sa propre agence en 2014 avec son associé Matthieu Hackenheimer, dont il cite à plusieurs reprises les qualités ainsi que leur parfaite symbiose. Cette complémentarité leur permet de porter un engagement écologique apaisé, « compa- tible avec les contraintes globales, en pesant le juste rapport effort-effet des techniques que nous mettons en œuvre dans nos projets ». Dans leur atelier de Paris Centre, à deux pas de la Bourse de Commerce, aux grands panneaux boisés, les mots reviennent comme des leitmotivs : humilité, minutie, agilité, attention au contexte. Il s’agit d’atteindre un objectif sans cesse réaffirmé : la qualité d’usage, l’intégration visuelle et le bonheur d’habiter.
- Les chantiers du Grand Paris, un "accélérateur" et une "vitrine" pour les entreprises de la construction et du transport
Les chantiers du Grand Paris, et notamment du Grand Paris Express, ont permis aux entreprises impliquées de développer des innovations et des compétences singulières qu'elles peuvent réutiliser partout en France. La transformation de la métropole du Grand Paris s’accélère avec l’inauguration des prolongements des lignes 11 et 14 du métro en juin 2024. Ces premiers événements traduisent concrètement les changements à l’œuvre dans la Région Capitale sous l’effet notamment du Grand Paris Express. D’ici 2030, les 200 kilomètres de lignes et les 68 nouvelles gares et leurs quartiers devraient être opérationnels, laissant derrière eux une dizaine d’années de chantiers et de défis pour les bâtisseurs. Nicolas et Anne Prunières ont repris l'entreprise familiale Prunières TP en 2012. Celle-ci dispose de 120 camions en Île-de-France, répartis dans 3 dépôts situés en Seine-et-Marne, en Essonne et dans le Val-d'Oise. Ces multiples travaux titanesques ont été menés par différents acteurs de la construction en lien avec la Société des Grands Projets, nommée jusqu’en 2023 Société du Grand Paris (SGP). « Il y a une dynamique jamais vue avec les sujets portés par la SGP », s’enthousiasme Jérôme Martres, directeur développement et commercial chez Eiffage Génie Civil, qui qualifie même le projet du Grand Paris Express de « monstrueux », que l’on ne « voit pas ailleurs en France ». C’est pour participer à ces projets que Anne et Nicolas Prunières ont ouvert une agence en Île-de- France et créé une nouvelle marque de leur entre- prise Prunières baptisée « Paname », en partenariat avec des marques françaises comme Michelin et Renault Trucks. Au moment où ils reprennent l’entreprise familiale en 2016, Prunières est basée à Poussan (Hérault), à 30 kilomètres de Montpellier. « Nous souhaitions devenir un pur player de la loca- tion de camions et d’engins avec chauffeur au service des majors, ETI et PME des travaux publics en France. Il fallait trouver des relais de croissance et des projets à fort impact. Construire le Grand Paris représentait des opportunités uniques pour les entre- prises de toute la France », explique Nicolas Prunières depuis son bureau d’Issy-les-Moulineaux (Hauts- de-Seine). Innovation stimulée Une chance, mais aussi une « vitrine » de son savoir- faire, comme l’explique Hervé Di Rosa, directeur du développement chez VINCI Construction. « Construire 200 kilomètres de tunnels dans une aire urbaine comme le Grand Paris, c’est unique. Ça s’est fait dans un temps record et ça a permis de pousser énormément d’innovations », se réjouit-il. Chacun des acteurs impliqués sur les chantiers grands- parisiens a développé de nouvelles méthodes de tra- vail et de nouveaux produits. VINCI Construction a, notamment, lancé Exegy, une marque de béton bas carbone et ultra bas carbone qui a été mise en œuvre dans la fabrication des voussoirs pour les tunnels du Grand Paris Express. Ces chantiers souterrains ont également permis à Eiffage de breveter un procédé permettant de limiter le temps passé à caractériser les matériaux extraits via les tunneliers. « Grâce au travail de notre laboratoire et de notre service innovations, nous allons trois fois plus vite pour caractériser les matériaux », note Jérôme Martres. Une pratique qui permet de régler la question du stockage de ces matériaux puisqu’à « Paris, nous n’avons pas de capacité de stockage » et qui limite les flux logistiques. « Pour nous, le Grand Paris est un laboratoire. L’expérience de gestion de ces chantiers en milieux urbains nous permet de diffuser notre savoir-faire au niveau national », confirme le directeur développement et commercial. Sur le plan opérationnel, Prunières a aussi beaucoup appris sur les chantiers du Grand Paris Express. S’il devait n’en retenir qu’un exemple, son dirigeant citerait « les bennes étanches pour éviter de salir les routes ». Une pratique essentielle pour transporter les matériaux (boue de marinage) extraits des sous- sols dans un environnement urbain exigeant. Globa- lement, les marchés passés par la Société du Grand Paris ont permis « aux entreprises de se sublimer », assure Hervé Di Rosa. « La SGP est l’un des premiers maîtres d’ouvrage en France à inclure une incitation financière symbolique en cas d’amélioration du bilan carbone des chantiers. C’est exceptionnel et essentiel pour pousser l’innovation et permettre aux entreprises de sortir de leurs habitudes et s’améliorer », loue-t-il. Opératon de Vinci Construction à Drancy. "Je pense aux associations que nous avons pu accompagner et à l'aide au retour à l'emploi grâce en particulier à l'insertion sociale sur les chantiers" Hervé di Rosa, directeur du développement chez VINCI Construction. Retombées sociétales Au-delà des retombées technologiques pour les entreprises, les acteurs interrogés soulignent aussi « les retombées sociétales ». « Je pense aux associations que nous avons pu accompagner et à l’aide au retour à l’emploi grâce en particulier à l’insertion sociale sur les chantiers. Si, à la fin, nous avons participé pour certaines personnes au retour vers l’emploi durable et que l’on en a fait des ouvriers qualifiés capables de travailler sur d’autres opérations, c’est un succès », affirme Hervé Di Rosa. Chez Prunières, qui compte aujourd’hui 120 camions en Île-de-France, les chauffeurs ne sont pas tous Fran- ciliens. « Nous avions lancé un recrutement en Lozère, en Aveyron et dans le Cantal », précise Nicolas Prunières. Ce schéma a permis « à pas mal de jeunes des régions rurales d’avoir des revenus supérieurs à ce qu’ils auraient pu prétendre dans leur région, tout en continuant à avoir leur vie sur place puisqu’ils étaient en déplacement », explique-t-il. Le recrutement chez Prunières s’est également adressé à des gens issus de quartiers franciliens, mais aussi, à travers l’association Emmaüs Défi, à une personne qui était sans domicile fixe. « Venant nous-mêmes d’une région rurale, nous voulions faire participer toutes les régions de France à la construction du Grand Paris », poursuit le Lozérien d’origine. Les chantiers du Grand Paris ont été l’occasion pour les bâtisseurs de développer d’autres compétences qui dépassent leur cœur de métier. « Il faut prendre en compte le cadre des chantiers pour s’assurer qu’il y ait le moins de nuisances possibles pour les riverains et les piétons », indique Jérôme Martres. Ainsi, Eiffage explique avoir déployé des responsables communication et concertation pour accompagner les chantiers. « Il faut vraiment travailler sur l’acceptabilité des chantiers », appuie Jérôme Martres, qui observe que « le bénéfice de l’infrastructure est mal appréhendé par les citoyens et [qu’]il faut qu’on arrive à s’insérer ». Urbaniser de manière cohérente et durable Bâtir le Grand Paris ne se résume pas au Grand Paris Express pour les entreprises de construction. D’autant que le projet de transport déploie avec ses 68 nouvelles gares autant de quartiers et de futurs lieux d’habitation. « Avec le GPE, nous avons créé un squelette formidable, maintenant il faut y créer la vie », déclare Hervé Di Rosa, pour qui « des travaux d’infra- structure de cette ampleur en Île-de-France, ça ne se fera plus ». Pour le directeur du développement de VINCI Construction, « ce qu’il reste à faire, c’est urbaniser de manière cohérente et durable les nouveaux territoires desservis ». Concernant les trans- ports des déblais issus de ces travaux gigantesques, Prunières estime encore avoir cinq années d’activité importante sur le Grand Paris. Selon son dirigeant, le GPE a été « un accélérateur » et « a initié une dynamique chez Prunières qui nous a permis ensuite un développement national ». Les effectifs seront redéployés sur d’autres chantiers en France. Eiffage et Prunières TP sont notamment engagés sur le chantier du prolongement du métro de Toulouse. VINCI Construction travaille également dans l’industrie et en particulier sur la construction d’usines de fabrication de batteries comme le projet En vision à Dunkerque et mise, tout comme Eiffage, sur la construction de réacteurs nucléaires. « On est très actif sur le GPE, mais il y aura toujours d’énormes chantiers dans le Grand Paris », nuance Jérôme Martres. Eiffage est par exemple positionné sur le projet de la Ville de Paris concernant la Compagnie de chauffage urbain. Les normes environnementales et l’objectif de zéro artificialisation nette des sols sont aussi des défis pour les bâtisseurs de la Région Capitale. Après de grands projets de logement, « on rentre dans le temps de la dentelle », explique Alexis Joly, président de l’entreprise spécialisée en réhabilitation et en surélévation SNERCT Construction.Avec ses 30 conducteurs de travaux, elle mène chaque année 15 chan-tiers de réhabilitation et de 3 à 6 projets de surélévation. Une solution pour permettre aux co-propriétés à Paris et en petite couronne d’isoler leurs logements tout en construisant des logements neufs. Alexis Joly, président de SNERCT Construction. La société réalise ses surélévations par exemple sur le patrimoine du bailleur social HSF. Des chantiers qui prennent entre 6 et 18 mois pour des réalisations avec des structures mixtes bois et métal. « Des micro- projets » par rapport au Grand Paris, comme l’admet Alexis Joly, mais tout autant essentiels au développement de la Région Capitale. Sur l'avenue d'Ivry, SNERCT surélève de deux étages un immeuble du bailleur social parisien HSF.
- Le bureau francilien fait cap sur demain
Entre suroffre, fragmentation, obsolescence et mutation de la valeur travail, l'immobilier de bureau entre dans une intense période de transition. Un défi qui inquiète autant qu'il inspire les acteurs franciliens. Par Elena Jeudy-Ballini. Les spécialistes l’assurent, on a toujours besoin du bureau. Mais de quel bureau parle-t-on ? Alors que l’immobilier tertiaire accuse d’importantes disparités géographiques (les locaux situés à Paris intra-muros et dans l’ouest parisien demeurant les plus plébiscités), on assiste également à une fragmentation entre les immeubles de première et de seconde mains, les vertueux et les passoires thermiques, ceux adaptés ou non au télétravail... Dans le même temps, le stock de bureaux obsolètes commence à peser lourd dans la Région Capitale. Le volume de bureaux concernés par une vacance durable d’au moins deux années consécutives avoisinerait en effet 1,1 million de mètres carrés. « Sur cette offre, 39 % se situent en deuxième couronne, 25 % dans le secteur péri-Défense et 13 % en première couronne nord (Clichy, Saint-Ouen, Aubervilliers, etc.). Le reste se répartit entre les différents secteurs tertiaires franciliens », constate David Bourla, directeur des études chez Knight Frank France. En cause, notamment, le retour à la centralité parisienne, l’obsolescence du bâti, la généralisation du télétravail et celle du flex office, que de nombreuses entreprises franciliennes perçoivent comme une occasion d’optimiser leur immobilier. Le nouveau siège européen de Covivio implanté dans le 8ème arrondissement. Transformer les actifs obsolètes Alors, face à ce constat, que faire du bâti inutilisable ? « La demande des entreprises faiblit dans de nombreuses villes et les valeurs vénales plongent. Un rétrécissement assez net du marché des bureaux est à prévoir et les réflexions deviennent donc de plus en plus marquées sur la nécessité de transformer les actifs », poursuit David Bourla. Des transformations qui, pour certaines, impliquent une reconversion du bureau vers d’autres usages. En Île-de-France, cette démarche avance lentement, mais sûrement. Sans grande surprise, Paris intra- muros concentre une part plutôt modeste des opérations menées depuis 2019 (18 %) du fait d’une très faible vacance, tandis que La Défense et le croissant ouest en représentent plus du quart (28 %) et le reste de la première couronne près du tiers (29 %). À l’heure où l’artificialisation de nouveaux sols et l’étalement urbain sont autant d’éléments que les nouvelles réglementations visent à réduire, le contexte semble donc particulièrement favorable à l’essor de la reconversion des bureaux vides, qui présente aussi de nombreux avantages en faveur du verdissement du parc immobilier (amélioration du bilan carbone, mise à niveau en matière énergétique...). Le nouveau siège européen de Covivio, L’Atelier, implanté dans le 8e arrondissement, est à ce titre exemplaire. Cet ancien central téléphonique, occupé par Orange jusqu’en 2021, a été intégralement réhabilité par Studios Architecture et adapté au nouvel usage du bureau qui reprend les codes de l’hôtellerie et du résidentiel, avec salles de sport, restaurant et de généreux accès extérieurs. Ce nouveau siège n’est toutefois pas considéré uniquement comme un lieu de travail : « L’Atelier représente aussi la vitrine de nos savoir-faire et de nos expertises », fait valoir Christophe Kullmann, directeur général de Covivio. Absorber les bureaux en trop,adapter les autres « La mutualisation des espaces de bureau est acquise », considère par ailleurs Astrid Weill, directrice générale de Groupama Immobilier. « Aujourd’hui, on partage l’espace avec les autres collaborateurs, chacun s’organise. Mais quand les commerciaux sont en clientèle, les collaborateurs en RTT ou en réunion, les bureaux restent inutilisés. 20 % des 56 millions de mètres carrés de bureaux en Île-de-France seraient en trop, soit 11 millions de mètres carrés. Il faut faire de l’asset management sur les bons bureaux. Les mauvais sont beaucoup trop nombreux. »Dans ce contexte, La Défense semble continuer à tirer son épingle du jeu.« Le quartier d’affaires est si bien localisé qu’il finit toujours par se remplir, observe la directrice générale de Groupama Immobilier. On a construit La Défense en 10 ans, aussi tout est forcément obsolète 40 ans après. Nous nous trouvons donc dans une phase de reconstruction, mais je ne suis pas inquiète. » En revanche, il faudrait se résigner à laisser d’autres bâtiments « mourir », faute d’un intérêt en matière de reconversion. Ou, à défaut, accepter des pertes : certains édifices de grande couronne peu attractifs et au faible potentiel de valorisation devraient ainsi voir leur valeur annulée pour garantir un équilibre finan- cier à leur opération de transformation. « L’équation économique est très difficile à faire fonctionner sans passer par zéro », souligne Astrid Weill. Travailler, mais pas seulement Cependant, la conception des espaces de demain, répondant aux besoins de leurs occupants actuels et futurs, ne devra pas se faire au détriment de l’esthétique. Pour l’architecte Corinne Vezzoni, « cette dimension participe de la concurrence des grandes métropoles. Aseptiser la ville n’est pas une solution et les bâtiments doivent garder des caractéristiques propres ». Un challenge particulier est donc à relever, d’autant que l’immeuble de bureaux ne constitue plus seulement un outil de transmission, mais est aussi un instrument d’attractivité des parties prenantes. « L’employé doit être fier de son immeuble », estime le directeur général d’OFI Invest Real Estate Sébastien Chemouny. Les caractéristiques de l’espace de travail entreraient en effet de plus en plus dans le processus de décision des employés quant au choix de travailler pour telle ou telle entreprise. Le dernier baromètre Paris Workplace, réalisé par la Société foncière lyonnaise et l’Ifop, révèle que, pour 39 % des salariés franciliens interrogés, le bureau du futur offrira une accessibilité 24 h/24 toute la semaine et permettra de suspendre sa journée de travail pour réaliser une activité d’ordre personnel. Dans le même temps, pour près de 80 % des sondés, la possibilité de télétravailler constitue un critère au moment de choisir un poste. « S’en sortiront les bureaux qui auront pris le virage de l’acceptation de différents flux économiques, seront en mesure d’embarquer beaucoup de services dans leurs immeubles et se montreront capables d’offrir une flexibilité de contrats à des entreprises », conclut Matthieu Nicoletti, directeur du développement à Comet Meetings. L'espace de travail devient un critère de décision quant au choix de travailler pour telle ou telle entreprise.











