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- 1928, le métro se prolonge en banlieue
À la fin des années 30, les autorités départementales de la Seine décident de prolonger le métro en dehors des limites de la capitale. Un projet ambitieux qui aura demandé près d'un siècle. Le 13 juin 2024 fera date dans l’Histoire des transports parisiens. Pourtant, ce qui s’est passé a eu peu d’écho dans les médias, qui ont surtout relevé la mise en service, ce jour, de l’extension à Rosny Bois Perrier de la ligne 11. Or, la portée de cet événement est bien plus grande, puisqu’il marque la réalisation (enfin) complète du programme des extensions du métro décidé en... 1928. Il aura donc fallu 96 ans pour que l’ensemble des 15 prolongements envisagés alors soit intégralement réalisé. À la toute fin du XIXe siècle, la Ville de Paris, après 50 ans de bataille avec l’État et les grandes compagnies de chemins de fer, obtient enfin la liberté de construire son métro. Ce réseau, qui est l’un des plus denses du monde avec ses stations très rapprochées, commence à être opérationnel à partir de juillet 1900 pour l’Exposition universelle. Voulu par la Ville, il est aussi intégralement à sa charge et ce sont ses ingénieurs, le célèbre Fulgence Bienvenüe en tête, qui en assurent la construction. L’objectif est de réaliser le plus rapidement possible une couverture quasi complète de l’ensemble des quartiers de la Capitale. S’il est exploité en concession par la CMP, la Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris, c’est bien la Ville qui définit le tracé des lignes et l’implantation des stations. On comprend donc assez facilement que ce réseau se heurte alors à une fron- tière infranchissable, les limites de la Capitale. Un plan d’extension finalisé en 1929 Du reste, pourquoi Paris financerait-elle un métro pour desservir d’autres communes ? Il existe d’ailleurs d’autres réseaux de train, de tramway et d’auto- bus qui s’en chargent parfaitement. Rappelons qu’à cette époque, tous les modes de transport – train, tramway, autobus, métro et bateaux sur la Seine – sont en concurrence. Pas de pass Navigo bien sûr, ni de régulation au sens où on l’entend aujourd’hui. De fait, le métro fait un peu place nette dans la Capitale, laissant les autres modes dans des conditions économiques souvent délicates. La Première Guerre mondiale, qui ruine littéralement le pays, aggrave encore la situation financière d’un grand nombre de compagnies, en particulier pour les tramways répartis en sociétés nombreuses et d’importance inégale. À partir de 1921, le département de la Seine reprend directement en main l’exploitation des transports de surface, bus, tramways et bateaux, placés sous l’égide de la STCRP, la Société des transports en commun de la région parisienne. Prolonger les lignes devient une nécessité Et le métro dans tout ça ? Si la situation est sérieuse en raison d’une inflation galopante et d’un régime de concession qui n’est plus adapté, ce n’est pas encore la faillite. La CMP se rapproche tout de même de son concurrent le Nord-Sud apparu en 1910, avec lequel un accord de fusion est approuvé à compter de 1930. La reprise en main directe de l’exploitation par le département de la Seine crée pourtant un précédent qui a bientôt des conséquences pour le métro. La situation sociologique, démographique et bien sûr économique ne permet plus de raisonner au seul niveau parisien. De nombreux habitants de la Capitale ont quitté la ville pour s’installer en banlieue où sont d’ailleurs concentrés de nombreux emplois. Le métro qui s’arrête aux portes de Paris ne peut plus les ignorer. Prolonger les lignes qui venaient buter sur les fortifications devient une nécessité, alors que l’on détruit la muraille censée protéger Paris. En 1928, le principe du prolongement en banlieue du métro est enfin arrêté. Le plan mis au point par le département prévoit le prolongement de 15 sections de lignes qui s’arrêtent alors aux limites de Paris. Finalisé en 1929, le plan d’extension est tout de suite mis en chantier. À cette époque, et malgré des moyens que l’on jugerait aujourd’hui rudimentaires, le métro se construit à grande vitesse. Les trois quarts du ré- seau que nous connaissons aujourd’hui ont été ouverts avant 1939. À ce rythme-là, pendant que les chan- tiers se poursuivent dans la Capitale pour desservir de nouveaux quartiers, on peut espérer boucler ce plan d’extension assez rapidement, une quinzaine d’années peut-être, puisqu’il ne s’agit que d’ajouter une ou deux stations supplémentaires par ligne. Et ça commence assez rapidement, dès 1934, avec une première exten- sion de la ligne 9 vers Boulogne, bientôt suivie de la ligne 1 à Vincennes, de la 12 à Issy-les-Moulineaux, de la 3 à Levallois,de la 1 à Neuilly,de la 9 à Mon- treuil. En 1937, la toute nouvelle ligne 11, ouverte en 1935, gagne une station supplémentaire à Mairie des Lilas, première étape de son prolongement vers la place Carnot à Romainville. Achèvement du plan initial en juin 2024 Malheureusement, ce bel élan est stoppé net par la guerre qui commence en septembre 1939. Deux extensions sont alors en cours pour les lignes 5 et 8, ouvertes en 1942. Deux autres sont effectuées au ralenti, la 7 à Ivry, ouverte en 1946, et la 13 à Saint- Denis, qui attendra 1952. Ensuite... plus rien ! Le plan de 1928 n’est plus une priorité, alors que les moyens sont tournés vers la reconstruction. Il faudra attendre 1970 pour que le programme des prolongements re- prenne timidement, totalement en dehors du schéma des années 20. Pourtant, au fil des années, certaines extensions imaginées auparavant sont finalement réalisées : la 7 à Aubervilliers en 1979, la 13 à Clichy en 1980, la 12 à Saint-Denis en 2012 et la 4 à Montrouge en 2013. Ne reste alors qu’un seul prolongement du plan initial qui n’a pas encore été construit, celui de la 11 à Romainville. Depuis le 13 juin, c’est enfin chose faite, avec une magnifique station Romainville-Carnot espérée depuis si longtemps par ses usagers. Philippe-Enrico Attal , est journaliste et photographe pour les publications de La Vie du Rail et des éditions historiques Soteca. Il est spécialisé dans les questions de transport, d’histoire contemporaine et de société.Il a publié Histoire de la Construction du métro en 2017, Les Transports Parisiens (2018), Paris une capitale déserte (2022) chez Soteca Éditions. En septembre 2024, son ouvrage Le Grand Pari du Métro, écrit avec Julian Pépinster, est publié par La Vie du Rail en collaboration avec la RATP.
- Cinq lieux dans le Grand Paris
Sur la Seine en ski nautique avec vue imprenable sur la skyline de la Défense, sur un court de jeu de paume construit sous Henri IV ou sur la piste du vélodrome national... en cette année olympique, voici quelques-unes des escapades sportives du guide des grands parisiens, sorti le 7 juin dernier, fruit de la collaboration entre le média indépendant Enlarge your Paris et le centre de création des magasins généraux à Pantin. Par Renaud Charles. Le ski nautique du Club de Paris, un cadre exceptionnel Sur les rives de la Seine, en lisière du bois de Boulogne (16e), le Ski nautique Club de Paris offre un paysage de carte postale pour pratiquer la glisse. En toile de fond, la skyline de La Défense se dessine devant vos yeux ébahis tandis que vos mains tiennent fermement le palonnier et que vos pieds reposent sur des skis ou un wakeboard. Une fois votre session terminée, faites durer le plaisir en prenant un verre sur le ponton tout en profitant de la vue. Ski nautique Club de Paris, 1, allée du Bord-de-l’Eau, Paris (16e). Fermé le mardi et le jeudi.Tarifs : 60€ le baptême, 50€ pour les moins de 18 ans, 40€ pour les moins de 10 ans. Tél. : 06 14 61 87 51. Accès : métro Boulogne – Pont de Saint-Cloud (ligne 10). Infos et réservations sur skinautiqueclubdeparis.com Le vélodrome national, une piste aux étoiles ouverte à tous Il a servi d’écrin pour les Jeux olympiques de 2024 à Paris. Pour autant, le Vélodrome national de Saint- Quentin-en-Yvelines (Yvelines) ne se destine pas exclusivement aux professionnels du guidon. Des baptêmes sont organisés chaque semaine (hors compétitions) pour permettre à chacun de se mesu- rer à cet anneau de vitesse et à ses virages à l’inclinai- son vertigineuse. Vous allez aimer tourner en rond. Baptême sur la piste du Vélodrome national, 1, rue Laurent-Fignon, Montigny-le-Bretonneux (78). Tarif : 49€ la session d’une heure (matériel inclus). Accès : gare de Saint-Quentin-en-Yvelines (lignes N et U, RER C). Infos et réservations sur velodrome-national.com La fosse de plongée aqua Hauts-de-Seine, le Grand Bleu dans le Grand Paris La plongée en apnée ne se résume pas à boucher son nez et mettre la tête sous l’eau ! À Villeneuve-la- Garenne (Hauts-de-Seine), vous pouvez vous entraîner à cette pratique popularisée par le film Le Grand Bleu grâce à quatre fosses de respectivement 2,5, 5, 10 et 20 mètres de profondeur. L’immersion se fait de façon autonome pour les plongeurs confirmés, mais les débutants peuvent évidemment découvrir ce sport en étant guidés par des instructeurs qualifiés (et parfois même champions du monde comme Umberto Pelizzari). Fosse de plongée Aqua Hauts-de-Seine, 119, boulevard Charles-de-Gaulle, Villeneuve-la-Garenne (92). Ouvert tous les jours. Tarifs : baptême d’une heure à 26 €, pass 10 séances à 187€. Tél. : 01 40 85 81 28.Accès : métro Porte de Clignancourt ou Mairie de Saint-Ouen puis bus 137 arrêt Villeneuve-la-Garenne Z.I. Nord. Plus d’infos sur ucpa.com Les pistes cyclables de la forêt de Rambouillet, pour s'échapper loin des pots d'échappements Avec 70 kilomètres de pistes cyclables goudronnées, la forêt de Rambouillet (Yvelines) offre un cadre rêvé pour des balades à vélo. Si vous n’en possédez pas, qu’importe : vous en trouverez sur place chez Loca Cycles (directement en forêt de Rambouillet), aux Vélos d’Emily (à 1,7 kilomètre de la gare de Rambouillet) ou bien chez Toc-Toc Location de vélos (à 900 mètres de la gare de Rambouillet). Maintenant, imaginez-vous mollets au vent, vous frayant un chemin dans cette jungle verte aussi grande que Paris. Et n’ayez crainte, tout est fléché. La carte des pistes cyclables de la forêt de Rambouillet est à retrouver sur AF3v.org . Accès : gare de Rambouillet (ligne N). La salle du jeu de paume du Château de Fontainebleau, un court de prestige Ancêtre du tennis et premier sport de raquette au monde, le Jeu de paume a quasiment disparu de la surface de l’Hexagone. Pratiqué par les rois, il connut son apogée au XVIIe siècle avec près de 500 courts. Aujourd’hui, il n’en reste que très peu, dont un construit sous Henri IV dans le château de Fontainebleau (Seine-et-Marne). Et le plus incroyable, c’est que vous pouvez vous y exercer lors de séances de découverte de 1 h 15 encadrées par le Cercle du Jeu de paume. Une bonne manière de mêler sport et histoire. Cercle du Jeu de paume dans le château de Fontainebleau, boulevard Magenta, Fontainebleau (77). Tarifs : 30 € par personne + 10 € par personne supplémentaire pour les séances d’initiation. Tél. : 01 64 22 47 67. Accès : gare de Fontainebleau – Avon (ligne R). Plus d’infos sur Facebook. Le Guide des Grands Parisiens , par Enlarge your Paris et les Magasins généraux. 224 p. 20 €. Disponible en librairie et en ligne. Plus d’infos sur guidedesgrandsparisiens.fr
- "De la logistique à l'industrie, le bâtiment multi-niveaux, ne doit plus être un problème"
Vincent Compagnet, directeur Île-de-France du spécialiste de l'immobilier d'entreprise GSE, expose ses solutions face à la raréfaction du foncier dans la région. Comment l’activité de GSE se déploie-t-elle en Île-de-France ? Depuis 48 ans, GSE construit de l’immobilier d’entreprise en France, en Europe et en Chine. L’entreprise réalise 875 millions d’euros de chiffre d’affaires et rassemble 650 collaborateurs. Dix chantiers sont en cours en Île-de-France, ce qui représente 35% de l’activité. Une équipe de 30 personnes est à la manœuvre au sein d’une agence située dans le 12e arrondissement de Paris. La logistique, c’est l’ADN de GSE. En réponse à un besoin croissant, l’entreprise propose des bâtiments de stockage toujours plus grands, toujours plus hauts. GSE conçoit également des bâtiments industriels et tertiaires, des parcs d’activités ou des parkings aériens. Notre métier est très impactant sur les territoires. C’est pourquoi, après avoir été labellisée EcoVadis au titre de sa politique RSE, GSE est devenue une société à mission. Cette démarche se concrétise au travers d’un LAB consacré au bâtiment durable. Le bien-être des salariés et l’ancrage territorial font aussi partie des thématiques abordées. À l’heure de la raréfaction du foncier, quelles sont les solutions développées par GSE ? Une première option, c’est le multi-niveaux.GSE a une dizaine de bâtiments à étages à son actif, plutôt dans la logistique, comme à Gennevilliers. Les poids lourds peuvent emprunter une rampe pour accéder aux niveaux supérieurs. C’est un vrai savoir-faire, très nouveau. En amortissant les coûts de foncier, c’est un moyen de disposer d’équipements au plus près de la ville. D’autres options possibles sont la mixité des activités et la réhabilitation de friches. Quelle est l’originalité de l’hôtel d’activités sur un étage qui vient d’être livré sur le parc d’affaires AéroliansParis, à Tremblay-en-France, en Seine-Saint-Denis ? La densification était le premier impératif formulé dans l’appel d’offres de Grand Paris Aménagement. Sur cette parcelle de 23 000 m2, située à proximité de l’aéroport Paris–Charles-de-Gaulle, nous avons construit 20 000 m2 de surface de plancher sur un rez-de-chaussée et un étage. Soit un coefficient d’occupation des sols de 0,9. Sur le modèle de nos produits développés pour la logistique, des camion- nettes d’entreprises artisanales ou de petite transformation industrielle peuvent circuler à l’étage. Cette performance technique casse les codes de l’immobilier d’entreprise. De la logistique à l’industrie, le bâtiment multi-niveaux ne doit plus être un problème. Une autre demande était la qualité architecturale. Même s’il est situé dans une zone d’activités, le bâtiment dessiné par le groupement d’architectes Auer Weber et DVVD est un bel objet. Il s’intègre dans le développement urbain autour de la nouvelle Arena Grand Paris. Un troisième critère était la performance environnementale. Avec des panneaux solaires disposés sur les toitures, le bâtiment produit son énergie notamment. Il a obtenu les labels Breeam, mention very good, et Biodivercity. Vincent Compagnet, directeur de la région Île-de-France - GSE - Tél. : 06 82 66 56 53
- Villes moyennes et territoires ruraux tendent la main au Grand Paris
Face aux multiples et récentes crises qui ont révélé les faiblesses de la France, unir ses forces est plus que jamais nécessaire, voire indispensable. Reste à savoir quels partenariats gagnants/gagnants peuvent être initiés entre la très attractive Île-de-France et des contrées peut-être moins attirantes, mais aux atouts indéniables. Plusieurs territoires ont des idées aussi séduisantes qu’inspirantes. D epuis quelque temps, lorsqu’on évoque les coopérations territoriales, le premier exemple cité est Saint-Dizier. Le jeune et particulièrement dynamique maire LR de cette commune de Haute-Marne a su faire d’une faiblesse un fer de lance pour la booster. Face à tous les maux qui s’abattaient sur sa ville moyenne (désindustrialisation, baisse de la démographie, enclavement géographique, fortes manifestations des Gilets jaunes, montée en puissance du vote RN aux derniers scrutins), Quentin Brière a décidé, en remportant la mairie en 2020, de « changer de regard et de méthode » pour « inventer un modèle de ville moyenne qui fonctionne » et « offrir des services de qualité aux Français qui veulent s’y installer ». Alors que Saint-Dizier dispose d’importantes disponibilités foncières, « aucun logement neuf n’y a été construit au cours des 40 dernières années, à l’exception de logements sociaux (43 %) », a-t-il rappelé le 31 mai au 4e Sommet de l’Université de la ville de demain (UVD) lors de la signature avec Aubervilliers en Seine-Saint-Denis d’un partenariat inédit. Tout l’enjeu pour l’ancien avocat est d’attirer des promoteurs. Quentin Brière, maire de Saint-Dizier, Karine Franclet, maire d'Aubervilliers, et Stéphan de Fay, directeur de Grand Paris Aménagement. La rencontre avec Stéphan de Faÿ, directeur de Grand Paris Aménagement (GPA), au Sommet de l’UVD de 2022, lui ouvre le champ des possibles, à commencer par cette alliance foncière. Le principe, imaginé par Stéphan de Faÿ, consiste à jumeler deux terrains pour lancer une consultation commune auprès de promoteurs qui devront répondre simultanément sur les deux lots. L’un se situe donc à Aubervilliers, dans le quartier Cœur de Fort aménagé par Grand Paris Aménagement, qui accueillera 88 nouveaux logements, et l’autre à Saint-Dizier, où seront réalisés 50 logements en centre-ville. Une initiative largement médiatisée et saluée par les élus locaux, à commencer par Karine Franclet, maire UDI d’Aubervilliers, qui met en avant un « partenariat qui va au-delà du logement ». « Il représente une opportunité de collaboration intercommunale dynamique », souligne-t-elle. Alors que sa commune souffre d’une image négative, Karine Franclet a été séduite par l’idée de devenir « une ville qui aide » et ne pas rester dans « la posture de ville aidée ». « Pour la première fois, Aubervilliers peut commencer à être un partenaire solide », fait valoir la maire, convaincue que « cette alliance ouvrira la voie à de nouveaux partenariats, notamment dans des domaines tels que la culture ou le sport ». Un « besoin de faire nation » Gil Avérous, maire sans étiquette de Châteauroux (Indre) et président de l’association Villes de France, y voit de son côté « une idée atypique, originale et inspirante », tandis que Caroline Cayeux (divers droite), présidente de la communauté d’agglomération du Beauvaisis, qualifie la démarche « d’extrême- ment intéressante », même si son territoire ne présente pas de problème d’attractivité. Bien que Quentin Brière mette en avant « la capacité d’attraction extraordinaire de Paris » et apprécie que « lorsqu’on les sollicite, les Parisiens trouvent des idées », la plupart des élus interrogés dans le cadre de cette enquête regrettent que « le Grand Paris et, plus largement, l’Île- de-France n’aient pas de relations plus construites et plus régulières avec les autres territoires et notamment ceux qui les entourent », comme l’exprime Caroline Cayeux. Et d’autant plus que les attentes sont fortes, qu’il s’agisse des transports, du tourisme, du développement économique, de la réindustrialisation ou encore de la culture. « Beauvais et le Beauvaisis sont à moins d’une heure de Paris, et il serait utile que dans différents domaines, en particulier celui des mobilités, il existe des liens plus constructifs », argue cette dernière. "Face au rejet des français pour le politique, nous avons besoin de faire Nation pour retrouver la confiance de nos habitants" Gil Averous, maire de Châteauroux Là où Frédérique Macarez, maire LR de Saint- Quentin et présidente de l’agglomération du Saint- Quentinois (Aisne), déplore une « France à deux vitesses », Gil Avérous est convaincu que « face au rejet des Français pour le politique, nous avons besoin de faire nation pour retrouver la confiance de nos habitants. Il ne doit pas y avoir la province d’un côté et l’Île-de-France de l’autre ». Et le président de Villes de France n’est pas le seul à souligner le besoin non seulement de se serrer les coudes, mais aussi de savoir compter avec les territoires péri-ruraux pour relever le défi du vivre ensemble et de la cohésion sociale. « On crée plus de valeur à plusieurs et en coopérant les uns avec les autres », insiste Florian Bercault, maire divers gauche de Laval (Mayenne), et d’autant plus que « les métropoles ne sont pas autonomes (alimentation, énergie), il faut prendre en compte leurs faiblesses ». En mesure de devenir « les bases arrière » des métropoles pleinement dédiées à leurs fonctions servicielles, les villes moyennes et leur hinterland pour- raient ainsi accueillir les industries même polluantes et les projets consommateurs de foncier. Pour ces divers élus, les territoires denses limités par le ZAN (zéro artificialisation nette) peuvent redonner des hectares à construire à ceux qui ont des disponibilités foncières. « Nous sommes très demandeurs de droits à construire », prévient avec vigueur Frédérique Macarez, car sa priorité est de créer de 60 à 80 hectares de nouvelles zones d’activités pour répondre à la demande des industriels et procurer des emplois à sa population. « Mais le droit ne va pas nous le permettre », redoute cette dernière, en recherche d’alliance avec d’autres territoires. "Ils (les territoires) renaturent, nous construisons et nous partageons fiscalité et bénéfices économiques..." Florian Bercault, maire de Laval. Les engagements en faveur de la renaturation pour- raient par exemple s’opérer au bénéfice des territoires plus éloignés : « Ils renaturent, nous construisons et nous partageons fiscalité et bénéfices économiques ou la production d’énergies renouvelables », cite à titre d’exemple Florian Bercault. Offrant « des opportunités pour les villes moyennes de recapter des investissements », selon Gil Avérous, ces deals gagnants-gagnants, Alexandre Avril, maire LR de Salbris et président de la communauté de communes (CC) de la Sologne des Rivières (Loir-et- Cher), aimerait les faire monter en puissance pour lui aussi développer son offre résidentielle et attirer des cadres parisiens. Car si la « capitale française de la chasse » compte parmi ses habitués beaucoup d’acteurs du Grand Paris qui contribuent à nourrir une offre commerciale de qualité, ses friches, liées à l’indus- trie de l’armement, restent désespérément désertes faute de moyens et d’opérateurs pour les réhabiliter. Alexandre Avril forme le vœu pour sa commune de devenir non seulement membre de la Métropole du Grand Paris (MGP) afin de faciliter les accords de coopération, mais aussi un lieu de repli pour accueillir des familles qui travaillent à Paris, mais ne souhaitent pas y vivre. « La beauté sauvera le monde » Plus au nord, le maire de Châteaudun et président de la CC du Grand Châteaudun (sans étiquette) Fabien Verdier, souhaite plutôt attirer des investisseurs pour créer de la richesse localement. Ainsi, aux Alltricks, avec Safran et le groupe Vorwek, qui crée une seconde usine, l’élu compte ajouter des industriels spécialisés dans la décarbonation sur le « petit aéroport civil vert » qui doit être implanté sur une ancienne base aérienne militaire de 450 hectares. « Nous avons des prospects en matière d’aviation hybride, décarbonée, à hydrogène et, avec le producteur d’énergie renouvelable CVE, nous développons un projet de partenariat pour construire une usine de production d’hydrogène », explique Fabien Verdier. « Une centrale photovoltaïque de 83 hectares est en cours de construction, elle nous permettra rapidement avec d’autres projets d’être un territoire à énergie positive (TEP). » De quoi être source d’inspiration pour l’Île-de-France très engagée sur ces technologies en plein essor. "Beauvais et le Beauvaisis sont à moins d’une heure de Paris, et il serait utile que dans différents domaines, en particulier celui des mobilités, il existe des liens plus constructifs" Caroline Cayeux, présidente de la communauté d'agglomération du Beauvais Quant à elle, la Communauté d’agglomération du Beauvaisis travaille, par exemple, avec l’École des Ponts ParisTech « pour nouer un partenariat fort ». « La culture, les sports, l’économie sont autant de vecteurs de liens potentiels avec des acteurs implantés dans le Grand Paris », assure Caroline Cayeux. Châteauroux, ville olympique qui a accueilli les épreuves de tir sportif et Saint-Dizier ont profité des JOP 2024 pour inscrire leurs territoires dans des innovations urbaines liant sport et aménagement, à l’instar de la piste de sport conçue avec Paris 2024 et inaugurée avant l’été à Saint-Dizier. Laval engage de son côté un grand plan de développement artistique et culturel. Florian Bercault imagine « une déconcentration culturelle encore plus forte » que celle menée par Metz et Lens avec respective- ment le Centre Pompidou et Le Louvre. Dans le même ordre d’idée, Quentin Brière a initié une démarche originale qui consiste à exposer pendant trois semaines sur des panneaux publicitaires urbains des œuvres sélectionnées par Rmn-Grand Palais. Cette initiative, « La beauté sauvera le monde », selon la formule de Dostoïevski, a donné naissance à une alliance territoriale rejointe par 14 villes, parmi lesquelles Pontoise en Île-de-France, et fera l’objet d’une opération nationale lancée au Salon des Maires de 2024. Pour Gil Avérous, un véritable exemple de « l’esprit d’équipe pour faire gagner la France ». "Nous sommes très demandeurs du droit de construire" Frédérique Macarez, maire de Saint-Quentin
- Vers une refonte du modèle de coopération entre l'Île-de-France et les territoires
Sans totalement partager les constats, un sociologue, un géographe et un élu local observent une France en transition et à la recherche d’un nouveau modèle d’interterritorialité. Le phénomène, amplifié par la succession de crises récentes, trouverait sa solution dans une valorisation des forces et atouts des territoires, et l’acception d’une région capitale « monde », fer de lance du pays. Par Fabienne Proux. Comment reconnecter l’Île-de-France et Paris d’un côté, et la province de l’autre ? C’est à cette complexe question que les élus nationaux et locaux sont confrontés. Car pour de nombreux observateurs, l’organisation territoriale est désormais obsolète et a surtout montré qu’elle avait atteint ses limites, en particulier depuis la crise sanitaire, suivie par la crise énergétique, posant des questions de souveraineté nationale dans un contexte de transition écologique. Si pour le sociologue Jean Viard la pandémie de Covid-19 a été « un accélérateur des tendances » qui étaient sous-jacentes, les enjeux de la transition environnementale rebattent, selon Daniel Béhar, les cartes des relations interterritoriales et font bouger les lignes. À l’instar de la souveraineté industrielle et productive, qui « remet à l’ordre du jour les systèmes productifs et la construction des chaînes de valeur », comme le souligne le géographe, professeur émérite à l’École d’Urbanisme de Paris. Ce changement de paradigme en cours, couplé à l’absence d’aménagement du territoire, perturbe les équilibres territoriaux qui prévalaient depuis près d’une vingtaine d’années, dans le sillage notamment de la création du Grand Paris, dont le nouveau métro est l’un des outils de mise en œuvre. Sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy et Christian Blanc, l’idée qui a émergé en 2007 avait pour vocation d’assurer la compétitivité internationale de la France en créant des clusters, entre autres sur le plateau de Saclay, en mesure de rivaliser avec les leaders mondiaux. « La question de la relation aux autres territoires français ne se posait pas, car l’intégration du territoire en France est telle que les effets redistributifs de la carte “Paris monde” devaient ruisseler de manière mécanique sur le reste du pays », explique Daniel Béhar, qui observe que, dès lors, « nous avons été jusqu’à récemment dans un moment d’indifférence mutuelle dont le Grand Paris est emblématique ». Par mimétisme, les grandes métropoles régionales ont aussi voulu devenir des métropoles européennes et jouer sur les facteurs d’attractivité. « Tous les grands projets urbains (Euroméditérranée, Euratlan- tique, l’Île de Nantes) jouent ce positionnement dans la mondialisation », note le géographe. Dès lors, les élus métropolitains s’occupaient de la mondialisation et de leur voisinage, et « le rapport à Paris fonction- nait naturellement ». Mais les récentes évolutions si- multanées sont venues chambouler cet état de fait et surtout la logique verticale (du global vers le local). Au final, « le projet du grand Paris génère quelque chose de totalement différent des hypothèses émises à l’origine... », relève Daniel Béhar, puisque la société évolue différemment par rapport aux postulats de départ. Un modèle hybride En effet, depuis la crise sanitaire de 2020, les Français ont moins d’appétence pour les grandes métropoles dans lesquelles densité rime avec difficulté à se loger et moindre qualité de vie, même si l’exode urbain n’a pas vraiment eu lieu. Alors que 67 % d’entre eux vivent dans une maison avec jardin, les Français aspire- raient beaucoup moins à résider dans les grandes villes, où l’insécurité, les conflits d’intérêt (cyclistes/ automobilistes, cyclistes/piétons, ultra riches/grande pauvreté...), la pollution croissent proportionnelle- ment à l’augmentation de leur population. « Dans la ville, on a construit une logique de métropole tout en arrêtant de faire de l’aménagement du territoire », pointe Jean Viard. « Dès lors, les Français, qui ont perdu tout repère, n’y comprennent plus rien dans le millefeuille territorial et la répartition des compétences. » Pour Jean-Christophe Fromantin aussi, « nous sommes arrivés au bout d’un système, cette construc- tion en millefeuille, territoriale et normative, avec l’empilement des schémas, dont la vision est dépassée (Sdrif, SCoT, PMHH...), ne peut plus durer. Cela crée une inertie considérable et une conflictualité entre élus ». S’inscrivant en faux contre l’essor de la « métropolarisation », le maire de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) constate le même phénomène : « Partout dans le monde, même en Chine, les pays qui entreprennent une refonte de l’aménagement recréent une relation entre l’urbain et le rural, reconvertissent leurs métropoles en territoires moins denses où les gens aspirent à vivre. » Ce que Jean Viard appelle « la proximité robuste », c’est-à-dire celle où les habitants retrouvent des services basiques : une maison de santé, un collège, une gendarmerie, un terrain de football, un marché, une salle des fêtes, soit « la base d’une société moderne et démocratique que nous n’avons plus ». Au final, « on a voulu gouverner de manière verticale des gens qui ont une vie horizontale », résume le sociologue. Parallèlement, on assiste au développement d’un modèle hybride avec, à cause de la généralisation du télé- travail, une partie de la population qui vit la semaine en région parisienne et le week-end en province où elle déplace certaines de ses activités économiques (coiffeur, opticien...) et de moins en moins de per- sonnes qui travaillent dans la même commune que celle de leur domicile (chaque Français parcourant en moyenne 70 kilomètres par jour). Aussi, les villes deviennent, selon Jean Viard, « des carrefours », soit une machine pour l’éducation, la fête, la culture, le tourisme, la rencontre, mais « ce n’est plus une machine pour habiter ». « Une France qui se remorcelle » Des « carrefours particulièrement stratégiques dans la mondialisation », renchérit Jean-Christophe Fromantin, puisqu’ils deviennent des lieux d’échanges. « Mais cela ne veut pas dire qu’ils seront des espaces d’hyper-concentrations démographiques. Au contrai- re. Leur intensité prime sur leur densité. » Car le maire de Neuilly-sur-Seine en est convaincu : « Fort d’une vision plus équilibrée du peuplement, du système économique et de l’aménagement du territoire, on neutralisera un certain nombre de difficultés, notamment sur le logement, dont les tensions sont provoquées d’abord par les asymétries accumulées de notre développement territorial. » Mais « les trajectoires résidentielles des populations ne favorisent-elles pas les interactions territoriales entre métropoles, villes moyennes et ruralité ? » interroge Daniel Béhar, reprenant une idée défendue par le sociologue et économiste Pierre Veltz. En Eure- et-Loir par exemple, « les flux s’effectuent dans les deux sens et les gens utilisent la métropole parisienne à distance, car ils peuvent venir y travailler deux jours par semaine », poursuit le géographe. Mais ce qui est surtout nouveau pour ce dernier, c’est qu’autour des questions de transition environnementale et de souveraineté, « on voit émerger un besoin de régulation ». Reste à savoir si « cette question de régulation nécessite ou non des politiques publiques ». Aussi, plutôt que d’opposer l’Île-de-France et le reste de l’Hexagone, Jean Viard préfère miser sur les atouts de chacun d’entre eux. Il préconise de renforcer le pouvoir économique des territoires, de valoriser leurs singularités et d’identifier leurs moteurs de richesse, pour pouvoir ensuite les adapter aux besoins. « Tout en acceptant de considérer que le moteur économique, industriel, universitaire et créatif extrêmement puissant constitué par Paris et l’Île-de-France soit la ville monde de l’Union européenne qui s’articule avec New York, Los Angeles et Shanghai, et pas unique- ment la capitale de la France ». Et dès lors, « vous avez une France qui se remorcelle », conclut Jean Viard.
- EDF, un acteur majeur de la transition énergétique
Le groupe EDF propose des offres et solutions pour accompagnerses clients dans la décarbonation de leurs activités. Birgit Fratzke-Weiss, Directrice Commerce IDF, présente des exemples sur le territoire de la Métropole du Grand Paris. EDF était Partenaire Premium et Fournisseur officiel d’électricité renouvelable des Jeux Olympiqueset Paralympiques de Paris 2024. Pouvez-vous nous évoquer une réalisation restée en héritage et qui contribue à l’objectif de neutralité carbone ? Pour contribuer à réduire l’empreinte carbone des Jeux de Paris 2024, le groupe EDF a mis à leur service tout son savoir-faire et sa capacité d’innovation en matière d’offres et de solutions bas carbone. Parmila dizaine de projets, je citerai le Centre Aquatique Olympique, porté également par la Métropole du Grand Paris. La voûte inversée de sa toiture supporte 4 200 m2 de panneaux photovoltaïques. Installés par EDF ENR, ils produisent environ 20 % des besoins en électricité. Dalkia, filiale à 100 % d’EDF, assure l’ensemble des opérations techniques de maintenance du système énergétique et porte l’engagement de performance énergétique. Le bâtiment est alimenté par des énergies renouvelables et de récupération pour la thermique et l’électricité. J’évoquerai aussi l’offre de fourniture développée pour les Jeux de Paris 2024. EDF est désormais en mesure de fournir de l’électricité 100 % renouvelable sur des branchements provisoires communicants à travers des Garanties d’Origine Standards. Un grand pas vers la décarbo- nation des grands événements. Plus largement, pouvez-vous décrire commentle groupe EDF accompagne d’autres grands projets et la stratégie climat du Grand Paris ? Nous avons développé des solutions permettant à tous nos clients de mesurer leur impact CO2 et de réussir la transition énergétique de leurs activités tout en développant leur compétitivité. Par exemple, pour les projets « Inventons la Métropole du Grand Paris », nous proposons des solutions d’autoconsommation solaires, des pompes à chaleur, de la cogénération, des outils numériques de suivi des consommations, des solutions d’exploitation et de maintenance ainsi que des infrastructures de recharge de véhicules électriques, etc. Par la mobilisation des expertises du groupe EDF, nous sommes investis aux côtés de nos clients pour permettre à tous les acteurs économiques d’engager les projets nécessaires à la transition écologique du territoire. Ainsi accompagnée par le groupe EDF, l’entreprise B.J.F., acteur de la construction qui est intervenu sur de nombreux chantiers franciliens, a inauguré une installation d’autoconsommation solaire sur le toit de son siège social à Chelles. Cette opération représente un potentiel de production d’au moins 50 % de sa consommation d’électricité. Pour s’engager dans le type de projets que vous citez, les acteurs économiques ont besoin de visibilité à moyen terme. Que propose le groupe EDF pour aider les entreprises et collectivités à stabiliser leurs budgets énergétiques ? Notre offre de détail moyen terme, à horizon 4 ou5 ans, assure à nos clients une stabilité des prix de l’électricité et donc une visibilité sur le long terme du budget à consacrer à l’énergie. En effet, les prix à terme de l’électricité, à des horizons de 3 à 5 ans, sont beaucoup plus stables. C’est un bon moyen de se prémunir d’une volatilité des prix de court terme, telle que nous l’avons connue en 2022 et 2023. Avec la stabilité et le niveau de prix proposé, cette offre contribue pleinement à la compétitivité de nos clients.
- Regards croisés
Maires, conseillers métropolitains, présidents de conseil départemental, d’établissement public territorial ou de communauté d’agglomération, conseillers régionaux ou aménageurs, tous membres de l’association Acteurs du Grand Paris, confrontent leurs regards croisés de Grands Parisiens sur la décennie écoulée de construction du Grand Paris, le projet à date et ses perspectives futures. Propos recueillis par Catherine Bernard, Emmanuelle Chaudieu, Elena Jeudy-Ballini et Jacques Paquier. « Le Grand Paris avance » PHILIPPE LAURENT MAIRE DE SCEAUX (HAUTS-DE-SEINE) ET 2E VICE-PRÉSIDENT DE LA MÉTROPOLE DU GRAND PARIS « Dans l’ensemble des grandes villes de France, la structuration métropolitaine date de plus de 50 ans. Personne ne la remet en cause. À Paris, il a fallu attendre 2016 pour que la Capitale soit dotée d’une institution, la Métropole du Grand Paris, capable enfin d’associer l’ensemble des communes et des maires de l’agglomération dense dans une gouvernance et des objectifs partagés : attractivité, solidarité territoriale, accompagnement des communes dans les transitions écologique, énergétique et numérique, soutien à l’innovation urbaine. Sur ces objectifs, le Grand Paris avance. Le Schéma de cohérence territoriale a été, par exemple, adopté par 94 % de l’assemblée métropolitaine. D’importantes politiques d’investissement, par exemple la protection contre les inondations, ont été engagées. Le rééquilibrage territorial est en cours. Il faut maintenant doter la MGP, la métropole des maires, des moyens budgétaires nécessaires à l’intensification de ces politiques, comme cela était d’ailleurs prévu originellement. Aller au bout de la logique engagée il y a 8 ans, pour une métropole plus solidaire, plus attractive et encore plus agréable à vivre. » « Il faut porter des projets qui changent vraiment la vie des gens » STÉPHANE TROUSSEL PRÉSIDENT DE LA SEINE-SAINT-DENIS « Une organisation propre à la zone dense est nécessaire pour faire face à un certain nombre de défis, de problématiques qui lui sont spécifiques. Personnellement, je crois que toute réflexion institutionnelle sur cette zone dense, que l’on peut élargir au périmètre régional, doit avoir deux grands principes, deux boussoles : d’abord, il faut redonner de la légitimité démocratique à nos institutions parce que sinon on ne peut pas verser des larmes de crocodile sur la faiblesse de la participation des citoyens à un certain nombre de scrutins, dès lors qu’ils ne voient pas le sens de l’action de nos institutions. La deuxième chose, c’est que dans ce territoire du Grand Paris, et qu’encore une fois on peut élargir au périmètre régional, qui est à la fois le lieu le plus puissant, le plus riche de l’Hexagone, est aussi traversé par les plus grandes fractures, par les plus grandes ségrégations, et donc la deuxième boussole doit être de rechercher l’égalité, le rééquilibrage territorial. Cela passe par un certain nombre de grands projets concrets. Je pense bien évidemment au Grand Paris Express et aux transports en commun :le prolongement de la ligne 11, la réalisation de la ligne 14 jusqu’à Saint-Denis Pleyel, cela participe de ce rééquilibrage indispensable. Pour que l’on ait un développement plus harmonieux de cette zone dense, il faut une réflexion organisationnelle mais il faut surtout porter des projets qui changent vraiment la vie des gens. Parce que quand les transports vont permettre notamment de mettre les habitants de l’est parisien dans la même situation que ceux de Paris intra-muros, cela changera tout dans leur sentiment d’appartenance à ce Grand Paris. » « La Métropole du Grand Paris possède indéniablement des atouts en matière de biodiversité » BRIGITTE MARSIGNY MAIRE DE NOISY-LE-GRAND (SEINE-SAINT-DENIS) ET CONSEILLÈRE MÉTROPOLITAINE DÉLÉGUÉE AUX ESPACES BOISÉS ET AUX FORÊTS « Pour exister et peser à l’échelle européenne et internationale, il est indispensable de disposer d’une métropole forte, dynamique et attractive, capable de répondre aux besoins divers et variés, tels que le logement, le transport, le défi climatique et le développement économique. Avec les 131 communes réunies, je suis convaincue que ces objectifs peuvent être atteints, dessinant ainsi le canevas du futur de notre territoire. La Métropole du Grand Paris fait face à des enjeux majeurs en matière d’environnement et de biodiversité. Mais elle possède indéniablement des atouts en la matière avec ses vastes espaces verts. Afin de développer ce patrimoine, nous portons des actions ambitieuses, non seulement pour protéger, mais aussi renforcer cette richesse naturelle.En avril 2022, nous avons, par exemple, voté le plan biodiversité métropolitain qui s’est traduit par la mise en place de 13 mesures prioritaires, dont la création d’un fonds biodiversité. Parmi les initiatives métropolitaines, Noisy-le-Grand a candidaté à plusieurs appels à projets, notamment celui de la “solarisation” – qui prévoit des études sur le potentiel solaire des bâtiments communaux pendant trois ans – ainsi qu’au programme “Quartiers métropolitains d’innovation”, l’un des plus vastes projets d’expérimentation urbaine en Europe, lancé par la Métropole du Grand Paris en partenariat avec d’autres acteurs. » « Aucune vision alternative à la loi NOTRe ne fait l’unanimité » JEAN-FRANÇOIS VIGIER MAIRE DE BURES-SUR-YVETTE (ESSONNE)ET CONSEILLER RÉGIONAL D’ÎLE-DE-FRANCE « La question du Grand Paris se pose avec plus d’acuité depuis la création de la Métropole et des établissements publics territoriaux. L’organisation territoriale créée par la loi NOTRe ne satisfait personne, mais il n’existe, pour l’heure, aucune vision alternative qui fasse l’unité. Je l’avais déjà constaté, en 2017, lorsque le forum métropolitain que je présidais n’était pas parvenu à prendre une position claire sur la question. De mon côté, étant élu de grande couronne, je fais partie de ceux qui estiment que le bon périmètre de la Métropole est la Région. J’estime également que l’Île-de-France doit exercer des compétences nouvelles : c’est le sens du rapport « Pour un choc de décentralisation en Île-de-France », que j’ai rédigé, et par lequel, avec Valérie Pécresse, nous demandons 45 compétences nouvelles à l’État. Celui-ci doit nous répondre avant la fin de l’année. » « Montrer que les banlieues sont une chance pour notre pays » MATHIEU HANOTIN MAIRE DE SAINT-DENIS (SEINE-SAINT-DENIS) ET PRÉSIDENT DE PLAINE COMMUNE « Nous sommes à la résolution de cette équation qui fait que les banlieues, au lieu d’être finalement vécues uniquement négativement, deviennent une vraie chance pour notre pays. Dans ce contexte, nous travaillons en étroite collaboration avec la Métropole du Grand Paris. Cela a été le cas lors de la construction du Centre aquatique olympique de la Plaine Saulnier. Ce sera le cas avec le remontage de la deuxième flèche de la basilique. Notre projet, c’est finalement la construction de cette ville de demain que nous voulons attractive, ouverte au monde entier. Nous voulons faire la démonstration que cette ville de demain est aussi le lieu où l’on repense la place de la nature en ville. Grâce à la rénovation complète du quartier Pleyel, nous allons pouvoir organiser la première étape de la reconquête des berges de la Seine pour les rendre, et finalement même, pour les donner aux habitants. Pour moi, s’il fallait définir le territoire de Plaine Commune en trois mots, ce serait solidarité, ambition et fierté. Notre population, avec la moitié des habitants qui ont moins de 30 ans, un territoire jeune, cosmopolite, constitue à la fois une de nos spécificités et un motif de fierté. Ce qui nous rend si unique, c’est aussi notre positionnement, j’allais dire géostratégique, au nord de Paris, qui va devenir un hub majeur de transport en commun, notamment avec l’arrivée des lignes du Grand Paris Express à Pleyel. » « La Métropole duGrand Paris et les territoires, depuis leur création en 2016, n’ont pas démérité ! » FRANÇOIS-MARIE DIDIER PRÉSIDENT DU SYNDICAT INTERDÉPARTEMENTAL POUR L’ASSAINISSEMENT DE L’AGGLOMÉRATION PARISIENNE « Le Siaap a d’excellentes relations avec la Métropole, à la tête de laquelle Patrick Ollier effectue un travail remarquable. Je citerai par exemple le projet de bassin de rétention du Moulin de Berny, à Fresnes (94). Depuis 10 ans, ce dernier, pourtant attendu par les habitants, n’avançait pas, nous l’avons alors totalement relancé avec Olivier Capitanio, président du Conseil départemental du Val-de-Marne, et avons su convaincre la Métropole du Grand Paris de s’engager à nos côtés. Le sens du Grand Paris a toujours été celui de réussir des projets : le Grand Paris Express, « Inventons la Métropole », voire les Jeux olympiques et paralympiques. Sur ce plan-là, le Grand Paris est une réussite. Aujourd’hui, la question institutionnelle du Grand Paris, des territoires (EPT) et de Paris (loi PLM, compétences des conseils d’arrondissement) doit être tranchée une fois pour toutes. Le rapport d’Éric Woerth a fait des propositions, mais d’autres points de vue, pas seulement politiques, méritent d’être pris en compte. La Métropole du Grand Paris et les territoires, depuis leur création en 2016, n’ont pas démérité ! Mais ce fameux “millefeuille” administratif francilien est très clairement incompréhensible pour un non initié. » « Le Grand Parisest l’affaire de tous ! » GRÉGOIRE DE LASTEYRIE MAIRE DE PALAISEAU (ESSONNE), PRÉSIDENT DE L’AGGLOMÉRATION PARIS-SACLAY ET CONSEILLER RÉGIONAL DÉLÉGUÉ AUX MOBILITÉS DURABLES « Le Grand Paris, c’est d’abord une ambition nationale. En clair, booster notre attractivité et notre positionnement sur le plan international. Ce qui est profondément novateur, c’est l’idée que le Grand Paris n’est pas seulement l’affaire de l’État ou de la Métropole du Grand Paris, mais bien celle de tous ceux qui veulent œuvrer à la réussite de cette dynamique. Cela inaugure une nouvelle manière de bâtir une politique d’aménagement qui repose sur l’engagement de tout un écosystème d’acteurs marchant dans la même direction. Notre principale attente concerne évidemment la ligne 18 du Grand Paris Express, qui reliera à terme l’aéroport d’Orly et Versailles Chantiers via Palaiseau, avec comme premier objectif la mise en service de la portion entre Massy-Palaiseau et le CEA à Saint-Aubin en 2026. L’arrivée de la ligne 18 est une nécessité pour notre territoire, avec près de 50 000 personnes venant travailler ou étudier chaque jour sur le plateau de Saclay ! Elle aura également un impact positif pour les 900 000 voyageurs journaliers du RER B, qui verront leur quotidien amélioré grâce à ce mode de transport alternatif performant vers l’Essonne et les Yvelines depuis la ligne 14, prolongée à Orly. Il s’agira d’un profond rééquilibrage au profit de la grande couronne, trop longtemps délaissée ! » « La Métropole nous apporte une aide opérationnelle essentielle » CAMILLE GICQUEL MAIRE ADJOINTE D’ARGENTEUIL (VAL-D’OISE) EN CHARGE DE L’URBANISME, DE L’AMÉNAGEMENT ET DES PROJETS URBAINS, ET VICE-PRÉSIDENTE DE BOUCLE NORD DE SEINE « Le territoire Boucle Nord de Seine est la porte d’entrée de la Métropole du Grand Paris, mais aussi sa façade atlantique avec le port de Gennevilliers. Terre de Jeux et Territoire d’Industrie, et forts d’un bassin d’emploi et de vie de 450 000 habitants, nous sommes fiers d’appartenir à ce Grand Paris des maires. La Métropole du Grand Paris a toujours eu à cœur de soutenir et d’accompagner nos projets, comme à Argenteuil. À travers notamment les projets « Inventons la Métropole du Grand Paris », au cœur des quartiers d’activités économiques en plein renouvellement urbain tels que Porte Saint-Germain - Berges de Seine, mais aussi à travers le fonds d’investissement métropolitain, le fonds énergies, le fonds biodiversité. Ce ne sont là que quelques exemples d’aides concrètes dont bénéficient nos villes, mais en plus de ce soutien financier d’importance, la Métropole nous apporte une aide opérationnelle essentielle au développement des territoires, que l’on parle d’infrastructures, d’environnement, d’innovation avec le programme Quartiers Métropolitains d’Innovation ou d’économie locale avec le programme Action Cœur de Ville. Le Grand Paris est pleinement engagé à nos côtés dans notre volonté de faire du territoire Boucle Nord de Seine une place forte de la réindustrialisation de notre espace métropolitain, de conjuguer ville productive et ville à vivre, et de transformer les coupures urbaines en coutures urbaines, comme avec le projet de passerelle en mobilités douces entre Argenteuil et Colombes.
- Commissaire de justice : une nouvelle profession de juriste de proximité au service des collectivités
Benoît Santoire, président de la Chambre nationale des commissaires de Justice. Comment résumer ce qui caractérise le plus votre nouvelle profession de commissaire de justice ? Je dirais que c’est la nouvelle profession qui prouve et protège. C’est ce qui nous résume le mieux je pense. Les commissaires de justice peuvent protéger efficacement les intérêts des ayants droit en procédant à des inventaires précis, à l’accomplissement des mesures conservatoires dans le cadre d’une succession ou à l’organisation de ventes aux enchères et prisées judiciaires. Protecteurs des propriétaires qui ont parfois besoin de percevoir des loyers pour vivre ou des trésoreries des entreprises parfois menacées par les impayés, tout en préservant les droits de toutes les parties, les commissaires de justice peuvent procéder également au recouvrement amiable, encadrer une médiation judiciaire et conventionnelle, mais aussi, en dernier recours, après décision de justice, effectuer des actions de recouvrement judiciaire. Nous excellons également dans la matérialisation de la preuve. Contrairement aux offres trompeuses de certaines plateformes, le constat par commissaire de justice bénéficie d’une force probante singulière : il « fait foi jusqu’à preuve du contraire ». La preuve par commissaire de justice qui peut prendre la forme d’un constat serait donc supérieure aux autres ? C’est la preuve la plus sûre devant les tribunaux, car provenant d’un officier public et ministériel, neutre et impartial, et surtout qui est obtenue par le déplacement physique du professionnel. Ce déplacement est essentiel pour constater par soi-même et donner tous les conseils utiles au justiciable. Le commissaire de justice peut dresser désormais des constats sur tous types de supports numériques, tels que le constat sur internet, le constat de sms, ou réseaux sociaux. Il dispose également de différents moyens tech- niques de plus en plus innovants et peut ainsi effectuer des constats par drones ou des constats immersifs à 360 degrés, s’appuyant sur un dispositif de caméras adaptées. Les commissaires de justice peuvent-ils aussi accompagner les collectivités dans la gestion de leur patrimoine immobilier ? Tout à fait. Premiers relais de l’État et de la justice sur le terrain, juristes de proximité, les 3 700 commissaires de justice sont présents sur l’ensemble du territoire. Cette proximité se double d’une grande réactivité, ce qui contribue à crédibiliser notre rôle de tiers de confiance et de protection. Nous sommes autorisés à assurer la gérance et l’encaissement des revenus tirés des immeubles, ce qui dispense également la collectivité d’avoir à créer une régie de recettes. Concrètement, le commissaire de justice va apprécier la conformité du bien aux obligations légales, faire la publicité du bien à louer, sélectionner les locataires (en fonction des besoins exprimés par les collectivités, qui gardent ainsi, si elles le souhaitent, la maîtrise de leur politique du logement), vérifier leur solvabilité, rédiger le contrat de bail, dresser les constats d’état des lieux d’entrée et de sortie, procéder au recouvrement des loyers, des charges et des impayés le cas échéant. En tant qu’expert de la gestion locative, mais aussi en raison de sa grande connaissance du terrain, le commissaire de justice est à même d’apporter aux collectivités un service sur mesure au plus près de leurs besoins. Pour plus d’informations et trouver un commissaire de justice dans l’annuaire officiel de la profession : commissaire-justice.fr
- "Notre ambition pour le Grand Paris Express est de marquer un saut qualitatif dans le niveau de service"
Youenn Dupuis, directeur général adjoint de Keolis en charge de l’Île-de-France, acteur incontournable de la mobilité partagée, détaille les enjeux du groupe dans la région. Que recouvre le domaine d’expertise du groupe Keolis aujourd’hui ? Nous avons développé une expertise dans tous les domaines de la mobilité partagée : bus, tramway, métro, train... Avec ses filiales EFFIA et Cykleo, Keolis est même présent sur le stationnement et le vélo. Nous avons deux domaines où nous sommes les leaders mondiaux : le métro automatique et le tramway. Nous avons lancé, en 1983 à Lille, la première ligne de métro sans conducteur du monde. Ce projet pionnier a essaimé depuis : à Londres, pour les Jeux olympiques de 2012, ou à Doha, pour la Coupe du monde de football de 2022. En Île-de- France, Keolis a une forte empreinte industrielle et nous opérons dans les huit départements franciliens, en couvrant tous les compartiments de la mobilité : le bus, le tramway, le tram-train, bientôt le métro avec le Grand Paris Express et le train avec CDG Express ou encore le transport à la demande (TAD). Keolis compte parmi les exploitants du nouveau métro Grand Paris Express. En quoi consiste ce rôle ? Nous sommes heureux d’accompagner Île-de-France Mobilités et tous les territoires concernés dans cette formidable aventure qu’est le Grand Paris Express. Keolis met son expertise mondiale dans le métro automatique au service des lignes 16, 17 et 18, soit les trois quarts du nouveau réseau. En tant qu’exploitant, Keolis fait en sorte que les trains soient ponctuels, que les gares soient propres, sûres et accueillantes... Notre ambition, pour ce métro du XXIe siècle, est de marquer un saut qualitatif dans la performance et le niveau de service. Par exemple, depuis le 24 juin 2024, Keolis s’est vu transférer la gestion de la gare Saint-Denis Pleyel, la plus grande du réseau duGrand Paris Express. Pour recevoir tous les voyageurs avec leurs spécificités, nos Ambassadeurs ont été formés à Londres, dont le réseau est réputé pour la qualité de son accueil client. Quelle a été la contribution de Keolis auxJeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 ? Pour transporter 15 000 athlètes ainsi que l’ensemble des spectateurs à mobilité réduite, Keolis a mobilisé 1 000 conducteurs en provenance de toute la France et même de Belgique. 180 lignes de bus ont été créées, avec un départ toutes les 50 secondes. C’est le plus gros service de transport événementiel de ces dernières décennies. Entre 2024 et 2026, le réseau de bus RATP à Paris et en petite couronne va progressivement être ouvert à la concurrence. Keolis étant candidat, en quoi consiste votre offre ? L’idée n’est pas uniquement de prendre des parts de marché. Fort de son savoir-faire déployé dans de grandes métropoles, Keolis veut apporter un second souffle à ce réseau dont l’attractivité s’est érodée. Pour pallier la baisse de fréquentation, nous proposons une méthode nouvelle, fondée sur la proximité, le dialogue et la réactivité. Le principe est de faire évoluer le service en fonction des besoins et des dynamiques de chaque territoire pour rendre le réseau plus attractif, avec des ambitions d’amélioration de la régularité, de la vitesse des bus et de l’information voyageurs.
- Le Grand Paris vu par ceux qui l'aménagent
Engagés de longue date dans l’aventure du Grand Paris, les acteurs de l’aménagement francilien tiennent le cap d’un développement respectueux de l’environnement et répondant aux besoins des territoires comme de leurs habitants. Grand Paris Express, crise de l’immobilier, zéro artificialisation nette, transition écologique... les réflexions foisonnent dans la région capitale. Le paysage grand-parisien se redessine et les acteurs relèvent le défi. « Le Grand Paris peut compter sur ses fondamentaux » Laurent Girometti, Directeur général d'EpaMarne-EpaFrance « Nous sommes à la veille d’un grand événement : la livraison du Grand Paris Express. Cela fait 15 ans que cette aventure a été lancée et nous touchons du doigt l’arrivée effective de ce transport ! Beaucoup de choses vont donc se concrétiser dans les quartiers concernés, par exemple sur le site de Noisy-Champs (Seine-Saint-Denis/Seine-et-Marne), qui a été retenu comme « territoire engagé pour le logement », dont les programmes entrent dans des phases opérationnelles avec les premières commercialisations de lots. Marqueur de notre secteur d’intervention : la question du logement et des tensions qui ne peuvent que s’exprimer quand un marché est largement bloqué. Ce contexte impacte également les bureaux et des locaux d’activité de manière générale, mais dans une moindre mesure notre territoire. Il y a des parcours résidentiels à l’intérieur du territoire, mais aussi des entreprises qui viennent d’ailleurs, en particulier de la première couronne. Néanmoins, le contexte immobilier, en posture délicate depuis deux ans, amène des défis supplémentaires avec des besoins importants. Ce contexte complexifie la sortie des opérations, notamment résidentielles. Cela nous engage à travailler de manière fine, à la recherche d’équilibre, entre exigences environnemen- tales et réalité économique, avec les acteurs de la promotion immobilière.Le Grand Paris peut Compter sur ses fondamentaux et demeure très attractif en dépit des difficultés. Il y a un vrai enjeu collectif en matière de logement pour faire en sorte de permettre à la demande de s’exprimer de nouveau. » « Une période prometteuse pour le Grand Paris » PASCAL POPELIN, DIRECTEUR GÉNÉRAL DE SEQUANO « Depuis deux ans, j’observe une véritable accélération des projets, pour partie liée au lancement du nou- veau programme national de renouvellement urbain (NPNRU). En effet, de beaux projets ont été lancés ou sont en phase d’étude avancée, à l’initiative des élus. Un grand nombre d’entre eux ne sont d’ailleurs pas effrayés par le terme « maire bâtisseur » et ont une véritable ambition pour quelques grandes emprises foncières qui appellent l’intervention des aménageurs. Je pense au périmètre d’étude d’intérêt métropolitain de La Molette au Blanc-Mesnil (60 hectares) ou au secteur Val Francilia à Aulnay-sous-Bois (300 hecta- res). En dépit d’un contexte morose et incertain, j’estime que des perspectives prometteuses en Termes de développement de nouveaux projets dans le Grand Paris se présentent devant nous. » « Le Grand Paris est une chance ! » OLIVIER PAGEZY, DIRECTEUR GÉNÉRAL DE LA SEM ÎLE-DE-FRANCE INVESTISSEMENTS ET TERRITOIRES « Le Grand Paris, qui est une chance pour attirer des nouvelles entreprises sur son territoire et pour main- tenir des emplois qualifiés, doit avoir une ambition économique forte en plus d’être un grand projet d’infrastructures, avec une vision qui dépasse l’organi- sation institutionnelle actuelle. La compétition entre territoires n’a jamais été aussi forte pour implanter des grands projets industriels et nous savons que la réindustrialisation de l’Île-de-France reste un défi. Les bons résultats en matière d’attractivité globale ne doivent pas masquer des difficultés à attirer des projets industriels, qu’ils soient français ou étrangers, y compris de taille moyenne. IDF Investissements et Territoires dispose d’un positionnement unique pour contribuer aux objectifs fixés par la Région en matière de réindustrialisation et de décarbonation. Elle intervient dans trois domaines clés pour la réussite de ces objectifs : l’immobilier d’entreprise, avec un recentrage de nos investisse- ments pour des projets industriels, le conseil en efficacité énergétique, qui a été réorienté sur le ter- tiaire public, et les énergies renouvelables. Mais nous savons que l’attractivité économique du Grand Paris commence par la disponibilité de fonciers adaptés aux besoins des entreprises et à des prix abordables. La mobilisation de tous les acteurs est nécessaire pour mieux identifier les fonciers disponibles, recycler plus rapidement des friches et avoir des outils de régula- tion pour éviter la spéculation, notamment pour les fonciers à proximité des nouvelles gares du Grand Paris Express. La SEM de la Région est très engagée dans ce domaine avec la publication d’une liste de 70 sites disponibles à court terme. » « Le Grand Paris est une énorme opportunité » MAURICE SISSOKO DIRECTEUR GÉNÉRAL DE CITALLIOS « Le Grand Paris recouvre plusieurs réalités, plusieurs concepts et plusieurs ambitions. Entre la vision ini- tiale portée par Nicolas Sarkozy et les différentes lois intervenues et interventions toutes légitimes, la coordination de l’action publique est devenue com- plexe pour les maires. Malgré cela, le Grand Paris est une énorme opportunité avec un maillage en trans- ports qui s’améliore au profit de zones plus éloignées de l’hypercentre, par exemple avec le prolongement d’Eole. C’est en conséquence des énormes investis- sements publics destinés à améliorer le quotidien de millions de Franciliens, mais aussi de milliers d’en- treprises. Ces investissements doivent donc être créateurs de valeur (financière comme en termes de bien-être) pour les territoires où ils se situent. Il nous faut passer au-dessus de la complexité administrative très parti- culière en France. Nous sommes donc en situation d’essayer de concilier les enjeux nationaux voulus par la loi sur le Grand Paris et les contraintes et enjeux locaux, notamment la contraction forte des ressources financières des collectivités. Notre feuille de route d’aménageur est de transformer les territoires pour permettre aux stratégies de développement des villes de se concrétiser, tout en maîtrisant les impacts envi- ronnementaux et sociétaux de ces politiques. Notre ambition est de travailler au rapprochement des enjeux de chacun à chaque fois qu’ils divergent, de concilier les ambitions des territoires locaux avec les politiques supra-locales. » « Nous sommes dans un virage ! » MARTIN GUESPEREAU DIRECTEUR GÉNÉRAL DE PARIS-SACLAY « Nous venons d’achever les inaugurations de la programmation initiale de Paris-Saclay (Essonne) en termes de bâtiments académiques. Ces derniers ont été livrés dans les temps et 30 000 étudiants ont fait leur rentrée sur le campus en septembre 2023. Le projet de rayonnement de la science française, initié par Nicolas Sarkozy et poursuivi par ses successeurs, a donc été tenu. À l’heure où l’intelligence artificielle explose, les sciences fondamentales revêtent une importance sans commune mesure. Nous sommes donc sur un projet porteur qui participe au rayonnement du Grand Paris. En matière d’aménagement, nous prenons actuellement un virage, celui qui conduit ce cluster scientifique à devenir aussi une ville universitaire avec des logements et de l’immobilier d’entreprise pour la recherche privée. Nous développons aujourd’hui du techtiaire, un produit très souple et tout nouveau en France, avec des bâtiments mutables entre bureaux et labos ! Le zéro artificialisation nette nous touche également, de même que la cadence des réglementations énergétiques et les questions de biodiversité. Les nouvelles ZAC créées prennent place sur des anciennes friches, à l’endroit où le métro arrive. Elles constituent ainsi la promesse d’un rapprochement domicile-travail. En deuxième couronne parisienne, où les gens se déplacent majoritairement en voiture, le nouveau métro change la carte et transforme radicalement le paysage. Paris-Saclay a été créé par la loi du Grand Paris. De par son histoire et sa gouvernance, Paris-Saclay a transcendé les conflits institutionnels et construit un des plus beaux succès du Grand Paris. En retour, le Grand Paris se grandit quand il se fédère autour des grands projets, et c’est nécessaire, parce que nos compétiteurs américains ou chinois, eux, n’attendent pas. Ce qui a été gagné reste à regagner tous les jours dans cette compétition scientifique et technologique, et cela passe par des moyens financiers, un alignement des élus autour des projets... C’est un travail de tous les jours. Les projets unissent. Le Grand Paris, pour moi, est notre aire naturelle de rayonnement. » LES QUATRE UNIVERSITÉS FRANCILIENNES DU TOP 100 DU CLASSEMENT DE SHANGHAI MARQUENT DES POINTS Les quatre établissements déjà référencés parmi les 100 premiers mondiaux par le classement de Shanghai (Academic ranking of world universities) marquent des points dans la dernière édition du classement, dévoilée mi août. L’université Paris-Saclay grimpe de trois places dans le top 15 et accède pour la première fois au 12e rang mondial. L’UPS est ainsi la mieux classée du continent européen. Paris Sciences et Lettres (PSL) gagne huit places (classée 33e), Sorbonne Université grimpe de cinq rangs (au 41e). Enfin, classée 60e mondiale, l’université Paris Cité , fruit de la fusion, en 2019, des universités Paris-Descartes et Paris-Diderot et du rattachement de l’Institut de physique du globe de Paris, affiche la plus forte progression des établissements français (+9 places). L’université atteint donc son meilleur niveau depuis sa création et sa première apparition dans le classement en 2020. Trois universités américaines, celles de Harvard, de Stanford, suivies par l’Institut de technologie du Massachussets, figurent en tête du classement.« En classant douze des seize établissements issus de la politique de regroupe- ment, le palmarès de Shanghai confirme ainsi le succès des nouveaux modèles d’universités françaises en leur apportant une visibilité internationale », s’est félicitée Sylvie Retailleau, alors ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, et elle-même ancienne présidente de l’Université Paris-Saclay.
- La fondation Palladio éclaire la ville de demain
Devenue incontournable dans l’univers de la fabrique de la ville, cette instance aux nombreuses ramifications se veut source d’inspiration pour construire la ville du XXie siècle, soit une cité bas carbone pour tous. Propos recueillis par Fabienne Proux. Créée en 2008 sous l'égide de la Fondation de France et l'impulsion de Bertrand de Feydeau, la Fondation Palladio se présence comme un lieu de rencontres, d’échanges, de débats et de réflexion, apolitique et aconfessionnel, avec une mission d’intérêt général autour de l’enjeu de la construction de la ville au XXIe siècle. En pleine crise immobilière planétaire, des professionnels du secteur ont souhaité réfléchir et investir dans l’innovation, mais aussi impliquer les jeunes générations en mettant en place des bourses à l’intention des doctorants et post-doctorants sur l’ensemble des domaines de l’urbain. Des centaines de candidatures sont soumises chaque année au jury. Forte de sa centaine d’adhérents et de mécènes, dont les derniers à avoir rejoint « l’aventure Palladio » sont Action Logement, Espaces Ferroviaires ou encore l’agence du designer belge Ramy Fischler, la Fondation mobilise et rassemble tous les secteurs et métiers concernés par la problématique immobilière et urbaine (aménagement, architecture, assurance, banque, construction, énergie, environnement, immobilier, ingénierie, logistique, numérique, transport, urbanisme...), les pouvoirs publics, le monde associatif, la société civile, les chercheurs et les médias. Dans la foulée de la création de la Fondation, la structure s’est dotée d’un Institut pour s’occuper des talents et des cadres à fort potentiel, avec comme particularité de désigner, chaque année, comme parrain ou marraine un homme ou une femme politique. Se sont entre autres succédé à cette fonction Valérie Pécresse et Anne Hidalgo. La marraine du cycle 2024, qui traite du thème « prendre soin de la ville », est Catherine Vautrin, ex-ministre du Travail, de la Santé et des Solidarités. Vigie et Connecteur innovation-recherche Une troisième instance, l’Université de la ville de demain, est venue en 2019 compléter l’édifice. Plusieurs outils d’accompagnement des acteurs de la ville ont également été créés, à commencer par la Vigie Palladio, présidée par Mathias Vicherat. Ce « pôle d’observation » regroupe des personnalités chargées d’identifier les tendances émergentes de la société, afin de nourrir l’ensemble des activités et des outils de la Fondation. Il s’agit également du Connecteur innovation-recherche Palladio qui s’adresse aux responsables innovations, R&D et prospective des entreprises de la fabrique de la ville ainsi qu’aux responsables et chercheurs des laboratoires de recherche. Sa mission consiste à « encourager le dialogue entre ces deux mondes, économique et académique, sur les enjeux de l’avenir des villes » Une communauté de plus de 100 mécènes Trois questions à Joachim Pflieger, Délégué général de la Fondation Palladio Dans le cadre de la refonte de la gouvernance de la fondation Palladion, Joachim Pflieger a été nommé Délégué général. Il a pris ses fonctions le 8 juillet dernier. Pouvez-vous nous retracer votre parcours ? Je me suis engagé depuis 2006 dans la culture, dans la fabrique de la ville et dans la philanthropie. J’ai débuté ma carrière à l’Opéra de Paris et à la Fondation du Teatro Realà Madrid. J’ai ensuite occupé les postes de directeur exécutif de la Galerie Thaddaeus Ropac à Paris et Pantin, puis de directeur général de la Fondation Fiminco et directeur des affaires culturelles et RSE du Groupe Fiminco de 2017 à 2021. À la demande de Mathieu Hanotin, maire de Saint-Denis, j’ai ensuite créé et dirigé le Fonds de dotation territorial Ambition Saint-Denis (Seine-Saint- Denis), avant de rejoindre la Fondation Palladio. En quoi consiste votre mission de délégué général de la Fondation Palladio ? Ma mission consiste à renforcer la capacité de la Fondation à transmettre et former, à susciter un débat d’intérêt général sur les mutations urbaines, sociales et environnementales, auxquelles nous faisons face, et à faciliter ainsi le passage à l’action. À la Fondation Palladio s’inventent chaque jour des nouvelles approches partenariales grâce à la mobilisation d’acteurs des secteurs public et privé, et à la société civile. Mon rôle est de pouvoir fédérer nos partenaires, d’une communauté de plus de 100 mécènes aujourd’hui. Nous travaillons également à une plus large diffusion des idées et de l’approche systémique qui est la nôtre, au service de la ville durable. Quelles sont les prochaines priorités et actualités de la Fondation pour cette fin d’année et pour 2025 ? Nous venons de lancer avec EY le nouveau baromètre d’Impact de l’industrie de la Ville, qui inclut désormais deux nouveaux volets, social et sociétal. Sur le volet du pôle académique de la Fondation, nous annoncerons à l’automne le nom des 12 chercheurs qui sont lauréats des bourses que nous octroyons et je peux dire que les thèmes de recherche sont passionnants, couvrant de larges pans de l’industrie de la ville. Avec l’Université de la ville de demain, nous nous déplaçons à Bordeaux et à Copenhague en septembre, et à Béthune en novembre, dans le cadre de nos Universités In Situ. L’automne sera riche en débats publics, petits-déjeuners du Connecteur et rencontres à la Maison Palladio, rue Favart. L'Université de la Ville de demain change les codes de la fabrique urbaine Prolongement opérationnel de la Fondation Palladio, l’Université de la Ville de demain se présente comme un « do tank » au service de la fabrique urbaine, avec comme particularité de réunir acteurs privés, publics et issus de la société civile. Chaque année en juillet depuis 2021 (exceptionnellement fin mai en 2024, JOP obligent), environ 200 personnalités se retrouvent pour le Sommet de l’Université de la ville de demain (UVD), qui se déroule à Chantilly pendant 24 heures et à huis clos, pour débattre, réfléchir, s’inspirer d’expériences urbaines réussies, mais aussi agir dans le cadre d’ac- tions collectives. On y côtoie des dirigeants d’institutions publiques (élus locaux, ministres, patrons des grandes administrations) et privées, au départ issus du secteur de la construction de la ville, puis des acteurs de la ville au sens large (mobilité, énergie, logis- tique, services) et de la société civile, des responsables d’ONG, des représentants des grandes religions et du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) ainsi que des journalistes, mais seulement « en qualité d’acteurs de la cité ». La particularité de ce mouvement atypique tient aussi à sa volonté d’agir à droit constant et sans solliciter d’argent public, « car il faut plutôt faire un meilleur usage de l’argent public ou privé », justifie Méka Brunel, actuelle présidente de la Fondation Palladio, qui présidait depuis l’origine l’UVD, jusqu’à ce qu’elle passe le flambeau en juillet dernier à Emmanuelle Cosse, l’ex-ministre du Logement et présidente de l’Union sociale pour l’habitat. La Nuit des « actions collectives » « Nous accompagnons l’accélération de la transformation en cherchant à casser encore plus de silos et créer encore davantage de cohésion de l’ensemble », poursuit Méka Brunel. Depuis 2021, des villes moyennes ont notamment été accompagnées dans le cadre de l’Université In Situ, à l’instar de Saint- Dizier (Haute-Marne), Val-de-Reuil (Eure), Lourdes (Hautes-Pyrénées), dont les maires souhaitaient accélérer la transformation de leur commune. Progressivement, l’Université de la ville de demain a été ouverte à d’autres univers que l’industrie de la construction de la ville, à savoir le transport, l’énergie, le luxe, la logistique, les services, la santé, « de façon à pouvoir aborder de manière systémique la ville bas carbone pour tous et pas uniquement à partir du prisme du bâti, d’autant plus que l’on va construire de moins en moins pour réparer, réadapter, restructurer, rénover », souligne l’ancienne directrice de Gecina. L’autre temps fort de l’UVD est, au printemps, « La Nuit de l’Action », au cours de laquelle l’avancée des « actions collectives », ces coalitions d’acteurs de tous bords qui coopèrent pour mettre à l’échelle de nouvelles pratiques urbaines vertueuses, validées lors du Sommet, est présentée devant plusieurs centaines de personnes. Création de la filière de la construction hors-site, intensification des usages des bâtiments, développement du recours à la géothermie de surface font partie des actions particulièrement innovantes mises en œuvre dans ce cadre.
- Réindustrialisation : mobilisation générale en Île-de-France
Réindustrialiser la France en général et l’Île-de-France en particulier part d’un double constat louable : retrouver une souveraineté dans certains secteurs d’activité et redonner de l’activité à des territoires qui ont subi de plein fouet les conséquences de la désindustrialisation menée dans les années 1980. Reste à trouver la bonne formule pour respecter à la fois les objectifs de décarbonation et du zéro artificialisation nette. Par Fabienne Proux. « La désindustrialisation qui nous frappe depuis 30 ans est une catastrophe sociale, car nous avons besoin d’emplois industriels, mais également environnementale, car un bien produit localement émet bien moins qu’un autre produit au charbon et transporté depuis l’autre bout du monde », a déclaré Valérie Pécresse lors du lancement de la COP Île-de-France le 3 avril 2024 au ministère de la Transition écologique. « Notre devoir est de réindustrialiser la région et de faire en sorte que cette industrie soit verte et vertueuse. Des sites autrefois très émetteurs se reconvertissent et nous devons encourager ce mouvement », a poursuivi la présidente de la région Île-de-France, très engagée dans ce domaine. Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, lors du lancement de la COP régionale en avril 2024. Si la Région Capitale compte montrer la voie du sursaut en la matière, elle entend le faire en misant sur une industrie choisie, innovante et décarbonée tout en restant compétitive. Alors que le Sdrif-e (Schéma directeur de la région Île-de-France environnemental) prévoit la sanctuarisation de 30 000 hectares dédiés à l’activité économique dont 54 % consacrés à l’industrie, 145 sites ont été identifiés dans la région pour un total de 1 500 hectares industrialisables, dont 550 disponibles avant 2025. Aussi, le Conseil régional a prévu d’investir 400 millions d’euros dans les cinq ans à venir et de créer un fonds souverain régional dédié au capital-investissement. Il allouera 65 millions d’euros au fonds « Île-de-France réindustrialisation » pour soutenir la pré-industrialisation de startups industrielles positionnées sur des technologies de rupture comme les nouvelles mobilités, le quantique ou la greentech, tandis que 150 millions d’euros seront accordés au fonds « Île-de-France décarbonation ». Les projets se multiplient dans les territoires Le premier prendra des participations minoritaires et investira entre 500 000 euros et 3 millions d’euros dans des entreprises œuvrant pour une industrie durable, décarbonée et/ou circulaire, et jusqu’à 9 millions d’euros pour les projets les plus stratégiques et ambitieux. Le deuxième vise à aider au développement des PME et des ETI de filières, telles que les mobilités, le bâtiment, la production ou le stockage d’énergies renouvelables. Enfin, 35 millions d’euros seront consacrés au fonds « Île-de-France InvESS », favorisant les entreprises à impact social ou environnemental qui se heurtent au manque d’investisseurs privés. Car pour se développer, la grande industrie a besoin de sous-traitants, d’où la nécessité de soutenir également la création de plus petites entreprises, voire d’artisanat industriel et productif, dont l’avantage est de pouvoir s’implanter au plus près des lieux d’habitation, parfois même au cœur des villes, de manière à rapprocher habitat et travail pour limiter les déplacements. Le secteur est plutôt porteur puisque, selon une récente étude de la CMA d’Île-de- France et de la Banque des Territoires, l’Île-de-France compte 100 000 emplois dans 47 000 entreprises artisanales industrielles et productives dont le nombre est en constante progression (+22 % en Seine-et-Marne et + 18 % dans le Val-d’Oise entre 2019 et 2021, + 10 % à Paris). Vue aérienne du site de Paris-Villaroche. L’impact de la stratégie française de réindustrialisation commence à porter ses fruits puisque le taïwanais ProLogium, qui construit à Dunkerque une gigafactory de batteries céramiques au lithium, une nouvelle génération de batteries plus performantes pour véhicules électriques, a annoncé en mai dernier l’implantation de son premier centre de R&D hors Taïwan à Paris-Saclay (Essonne). Dans les territoires, les projets se multiplient. Grand-Orly Seine Bièvre (Val-de-Marne et Essonne), lauréat pour la seconde fois de l’appel à projets national Territoires d’indus- trie, prévoit de réindustrialiser quatre sites suite au départ de leurs exploitants. L’agglomération Grand Paris Sud (Essonne et Seine-et-Marne) porte aussi une initiative similaire dans le cadre d’un projet partenarial d’aménagement (PPA), relatif à l’aménagement du site Paris-Villaroche (110 hectares), situé sur les communes de Montereau-sur-le-Jard et de Réau. « Il s’agit de renforcer la polarité existante autour de Safran pour constituer un site industriel stratégique de dimension nationale », précise Stéphane Raffalli, maire de Ris-Orangis et vice-président chargé notamment de l’Aménagement et des Grands projets. Au nord, le Val-d’Oise s’engage également dans la brèche. « Notre solution consiste à identifier des friches sur notre territoire susceptibles d’accueillir de nouvelles activités », a ainsi expliqué Jean-François Benon, directeur général du Comité d’expansion économique du Val-d’Oise (Ceevo), en mars dernier au Mipim. Des résultats sont déjà perceptibles puisque Dentressangle Immobilier Logistique crée un parc d’activités de 116 000 mètres carrés sur une friche de Renault à Éragny-sur-Oise.











