Renaissance de Notre Dame, une épopée française
- timotheedulud
- il y a 2 jours
- 4 min de lecture
Alors que la cathédrale de Paris a rouvert ses portes le 8 décembre 2024 et qu’un chantier de restauration extérieure vient d’être engagé, cette opération hors du commun mérite d’être évoquée comme une réalisation exemplaire. Qu’a apporté à la France et aux Français la reconstruction de Notre-Dame ? Les enseignements que peut tirer de cette « aventure humaine » sont multiples.

Restauratrice de peintures murales, Marie Parant a été mandataire d’un des groupements retenus pour la restauration des chapelles de Notre-Dame et de la clôture du chœur sud.
Prouesse, exploit, remarquable, travail gigantesque, chantier monumental, modèle à suivre… Lorsque l’on évoque la reconstruction de la cathédrale parisienne, aucun superlatif n’est assez fort. « Quand la France se dépasse, elle y arrive. » Ce truisme prononcé par le général Jean-Louis Georgelin, alors qu’il présidait l’établissement public Rebâtir Notre-Dame de Paris, maître d’ouvrage de la restauration jusqu’à son décès brutal en août 2023, devrait faire partie des nombreux enseignements issus de la reconstruction à l’identique de la cathédrale en partie détruite par un incendie le 15 avril 2019.
Dès le cap fixé par Emmanuel Macron au lendemain du terrible sinistre de reconstruire l’édifice en 5 ans, l’engouement a été total dans le sillage du général Georgelin qui a su mobiliser une task force. Un élan poursuivi par Philippe Jost, son bras droit qui lui a succédé. Mais le succès de cette opération tient également à l’état d’esprit Notre-Dame, humain, singulier, qui unissait toutes les parties prenantes avec la volonté de réussir. Ce défi a été relevé grâce aussi à l’élan collectif où régnait une grande solidarité pour trouver des solutions aux principaux problèmes qui se posaient.
C’était une question de fierté de faire partie de cette « aventure humaine » qui a réuni plus de 2 000 compagnons et plus de 250 entreprises, impliqué des ingénieurs et des partenaires multiples. Tailleurs de pierre, maçons, charpentiers, sculpteurs… Autant de métiers aux savoir-faire qualifiés et ancestraux qui ont retrouvé vie et notoriété grâce au chantier de Notre-Dame. « On n’avait pas réalisé de voûtes en pierre de la dimension de celle de la croisée du transept depuis plus de 150 ans ni construit de flèche en bois culminant à près de 100 mètres de hauteur depuis Viollet-le-Duc », rappelle Philippe Jost.
Une méthodologie exemplaire
La réussite de la reconstruction de Notre-Dame résulte également de la décision de créer un établissement public dédié, par la loi du 29 juillet 2019, qui a piloté toute l’opération, en lien avec les architectes emmenés par l’architecte en chef Philippe Villeneuve. Une structure agile de 35 personnes qui n’a bénéficié d’aucune dérogation ni au code du travail, ni au code de la commande publique, ni de la part du code du patrimoine. « Le chantier de Notre-Dame s’est distingué par un climat de confiance et d’efficacité », témoigne Jean-Louis Bidet, directeur technique des Ateliers Perrault (Maine-et-Loire), spécialistes de la restauration de monuments historiques et chargés de la reconstruction de la charpente médiévale de la nef et du chœur. « Les relations entre les entreprises, les architectes et la maîtrise d’ouvrage ont été directes, fluides et orientées vers la résolution rapide des problèmes », ajoute ce charpentier qui a supervisé toute l’opération. Un mode de fonctionnement clair, sans perte de temps, tourné vers la recherche de solutions qui devrait « faire école dans d’autres grands projets français », selon Jean-Louis Bidet.

À gauche, Jean-Louis Bidet, directeur technique des Ateliers Perrault, au sein de la charpente du chœur montée à blanc.
Au-delà de l’enjeu patrimonial, Marie Parant retient surtout de son côté une expérience humaine inédite : « Ce qui a été exceptionnel, c’est la coactivité », souligne cette restauratrice de peintures murales qui intervenait régulièrement sur Notre-Dame bien avant l’incendie. « Tous les corps de métier travaillaient ensemble, en même temps, dans les mêmes espaces. Ce n’était jamais arrivé et tous ont appris à coopérer, à échanger leurs méthodes et leurs contraintes. Grâce à cela, nous avons tenu les délais », confirme-t-elle. Marie Parant évoque aussi un chantier profondément marqué par la reconnaissance de chaque métier : « Il n’y avait pas de hiérarchie. Tout le monde avait sa place, du chef de projet à la personne qui assurait la logistique. »
Nouvel appel à la générosité
Afin de s’assurer des meilleures compétences et qu’un maximum d’entreprises et ateliers d’art puissent avoir accès à la commande publique, il a été décidé de procéder par appels d’offres pour chaque spécialité et un découpage par zones. Ce qui a conduit à élaborer et attribuer plus de 140 marchés de travaux. Du fait de sa connaissance intime de la cathédrale, Marie Parant a fait partie des premières équipes mobilisées pour les chapelles tests, qui ont permis de définir les protocoles de restauration. Elle a monté ensuite un groupement de quatorze restaurateurs et remporté deux des trois lots pour les peintures murales. « Les conditions de travail étaient bien meilleures que la moyenne : échafaudages de grande qualité, eau et électricité à chaque étage, ce qui a permis un rythme soutenu et confortable », fait valoir la restauratrice.

Installés lors de la mise en sécurité de la cathédrale, en 2019, les cintres en bois faits sur mesure ont été laissés en place pour contribuer à la restauration des arcs-boutants.
Des PME d’ordinaire concurrentes se sont également regroupées pour répondre à divers lots, à l’instar des Ateliers Perrault, dont la force a été de s’entourer de partenaires solides, notamment les Ateliers Desmonts (Eure) et l’association Charpentiers sans frontières, pour reconstituer fidèlement une charpente médiévale. L’un des premiers défis fut la sélection des 1 200 chênes à l’automne-hiver 2022–2023 dans différents massifs forestiers, en partenariat avec l’Office national des forêts (ONF). Des compagnons ont équarri les troncs à la hache, selon des techniques médiévales. Pour cela, un atelier de taillanderie a été activé en Alsace, produisant 60 haches identifiées « Notre-Dame ».
L’aventure n’est pas tout à fait terminée, puisque des travaux notamment de maçonnerie, de sculpture et de taille de pierre sur le chevet, qui étaient déjà nécessaires avant l’incendie, sont maintenant engagés et se poursuivront pendant au moins trois ans. « Nous lançons un nouvel appel à la générosité pour engager encore d’autres travaux à l’extérieur », annonce Philippe Jost.
En 8 numéros, le journal de la restauration « La Fabrique de Notre-Dame » retrace les cinq années d’un chantier hors du commun, des travaux de sécurisation jusqu’à la réouverture de la cathédrale. Disponible depuis septembre 2025.



Commentaires