« Sans engagement des territoires, pas d'achat possible »
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Île-de-France Nature fête ses cinquante ans cette année. Sophie Deschiens, directrice de l'agence, revient sur l'héritage de la ceinture verte, la renaturation des villes et les enjeux des cinquante prochaines années.

Sophie Deschiens.
Île-de-France Nature fête ses cinquante ans cette année. Quel est l'héritage le plus structurant de ce demi-siècle ?
La ceinture verte, sans hésiter. Trois cent cinquante kilomètres, sept départements traversés, entre dix et trente kilomètres du centre de Paris. Le législateur avait confié à l'agence sa préservation et son extension : lutter contre le mitage, consolider les trames vertes et bleues, se porter acquéreur dès qu'un site était menacé. Le Sdrif-e, adopté l'an dernier, consacre cet acquis : sur ses cartes, tout s'articule autour de cette ceinture, matrice naturelle de l'aménagement régional.
Vous insistez sur la méthode autant que sur la mission.
Le bois du Piple l'illustre. Cent dix hectares à Sucy-en-Brie et Boissy-Saint-Léger, la dernière grande forêt privée du Val-de-Marne, restée fermée des décennies. Quand une cession pour une promotion immobilière a été envisagée, les communes ont dit non et sont venues chercher le bras armé de la Région. Condition posée à l'acquisition : une délibération chiffrée des deux communes, confirmant leur participation durable à l'entretien. L'agence a acquis ce bois et l'aménage – 500 000 euros d'études, près de 2 millions d'euros de travaux –, les communes se sont engagées sur le fonctionnement. Sans engagement des territoires, pas d'achat possible : cette coresponsabilité garantit la pérennité et a permis d'ouvrir le bois du Piple au public dès cette année.
Vos missions se sont élargies à la renaturation des villes.
Une commande de la présidente de la Région, fin 2022 : accompagner les maires pour « casser la dalle ». Cent quarante dossiers accompagnés depuis. Nous apportons d'abord l'ingénierie de projet, qui manque à beaucoup de communes, puis nous réunissons un comité des financeurs – Région, Île-de-France Nature, Métropole du Grand Paris, Agence de l'eau, Départements – pour financer jusqu'à 70 % du projet. Car avant de planter le premier arbre, la démolition et la dépollution coûtent très cher, sans aucune subvention classique. Le square Schuman, à Montrouge, inauguré en juin dernier, en est l'exemple.
Quel est l'enjeu des cinquante prochaines années ?
Il faut accélérer. L'accès à la nature est désormais au cœur des politiques publiques : entre 2020 et 2026, le regard des élus a radicalement changé. Avec une exigence d'équité territoriale : la forêt de Bondy est ouverte et très fréquentée côté Coubron, mais côté Clichy-sous-Bois, elle reste moins accessible, alors que les habitants sont juste là. Ne laisser personne de côté, c'est tout l'enjeu de notre rapport aux territoires. S'ajoute un enjeu de pédagogie, envers les territoires comme les habitants : notre patrimoine se conquiert parcelle par parcelle – nous passons parfois une délibération pour moins de dix mètres carrés. Les mandats électoraux sont trop courts pour aboutir sur ce genre d'opération : c'est ce qui justifie une telle institution inscrite dans le temps long.



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