« Le Grand Paris Express est une révolution décarbonée et prométhéenne »
- il y a 7 jours
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À l'approche des premières mises en service des lignes du Grand Paris Express, le préfet de la région Île-de-France et préfet de Paris Georges-François Leclerc revient sur le calendrier de la réalisation du réseau, sa portée pour les Franciliens et l'aménagement des quartiers de gare. Attaché à une posture de discrétion, il livre aussi sa lecture de la réforme de l'organisation territoriale et de l'avenir du quartier de La Défense.
Propos recueillis par Jacques Paquier

Georges-François Leclerc.
Justement, comment concevez-vous, sur ces quartiers de gare, le rôle de l'État, dans un contexte marqué par le Covid et la crise du tertiaire ?
D'abord, un mot sur le rôle du préfet. Je suis par construction quelqu'un de très discret. Je parle peu, car ce n'est pas forcément à moi de le faire : j'informe et je suis au service de mes concitoyens. Je ne suis pas le seul représentant de l'État dans la région : les préfets de département jouent un rôle essentiel dans le lien avec les élus. C'est mon huitième poste de préfet et je sais que le secret du métier tient à la discrétion et au dialogue avec les élus. Je suis là pour garantir les intérêts nationaux, mais aussi pour aider et pour dialoguer.
On ne peut bâtir une gare contre un maire : c'est d'abord lui qui est responsable de l'urbanisme. L'État peut aider – nous avons des subventions – et veiller à ce que son projet aboutisse. Je me contente de garantir trois composantes autour d'un quartier de gare. Du logement familial, avec une part de logement social, disons 25 à 30 % : sans lui, comment loger les infirmières et les infirmiers, les fonctionnaires, les professeurs des écoles ? Des entreprises ou des commerces. Et des liaisons secondaires douces. Le reste – le parti pris urbain et architectural – relève du maire, et je m'attache à le respecter.
C'est une conviction qui m'habite : à quelle condition la France restera-t-elle une grande puissance ? Les facteurs sont nombreux : son rôle sur la scène internationale, au sein de l'Europe, sa cohésion. Mais j'ai une certitude : le Grand Paris Express est un élément de grande puissance, Paris-Saclay en est un autre et le logement social est enfin, pour moi, consubstantiel de la France des Trente Glorieuses, et donc de la prospérité collective. Sur Saclay, je rappelle la phrase du président de la République, Emmanuel Macron, en 2017 : « Il y a ici quelque chose d'unique. » Avec la présidente de Région, qui a relancé la réflexion collective récemment, nous allons faire se réaliser cette idée. Les élus de l'Essonne et des Yvelines le veulent aussi. Nous allons tous agir dans un esprit de rassemblement autour d'un projet d'élévation collective. Regardez Versailles-Chantiers, et je choisis à dessein un exemple hors de la Seine-Saint-Denis, département dont j'ai été préfet : il y a vingt ans, la gare n'était pas facile à fréquenter ; on y voit aujourd'hui des logements, des entreprises et des liaisons douces. Ces trois composantes, dans le respect du projet urbain et architectural du maire, voilà ce que je dois garantir.
Les lignes du Grand Paris Express doivent être progressivement mises en service. Quel regard portez-vous sur ce grand projet ?
C'est l'un des plus grands chantiers d'Europe, d'une grande complexité : sur un tel ouvrage, nous devons admettre que peuvent surgir des éléments difficilement prévisibles, qui expliquent des délais. Mais ces délais sont maîtrisés et connus, et aujourd'hui nous y sommes : le Grand Paris Express sera livré, progressivement. Le travail réalisé sur la ligne 14, au nord comme au sud, est là : la liaison vers Orly est efficace et les gares sont belles. Dans les mois qui viennent – cela se compte désormais en mois –, nous aurons la livraison de la première partie de la ligne 18, à l'automne 2026. Puis la ligne 15 Sud, à l'automne 2027 : elle est vraiment clé, car elle amorce la première rocade. Viendront ensuite les lignes 16, 17 et 18. Avec Valérie Pécresse, la présidente de la Région, je suis très attaché au respect des calendriers, mais nous sommes confiants.
Et le prolongement de la ligne 18 vers le nord ?
Sa réalisation n'est pas définitivement arbitrée : il n'y a ni tracé, ni plan de financement. La seule chose actée – et c'est un pas en avant important –, c'est que la Société des grands projets l'étudie. Les études seront rendues en septembre et j'organiserai alors une réunion pour les présenter. Il faudra ensuite que les élus et l'État discutent pour caler le financement, puis enclencher les choses. Ce que permet cette étape, c'est de mettre rapidement les grandes collectivités et les services de l'État en situation de se prononcer. Je suis optimiste, car mes discussions avec Valérie Pécresse sont claires, tout comme avec Pierre Bédier et Georges Siffredi.
Au-delà du calendrier, quelle est la signification profonde de ce réseau ?
C'est l'élément majeur pour la région parisienne dans les années qui viennent et je voudrais que, comme l'ensemble des décideurs, la population en prenne la mesure. Depuis trente ans, nous n'avions pas ouvert une ligne de métro : nous avons prolongé, sculpté la carte. Là, c'est une intuition née en 2010, consciencieusement entretenue et financée par les élus et par les gouvernements successifs. Sa signification est double. D'abord, nous ne sommes plus obligés, je caricature, de passer par Paris, par le fer ou par la route, pour aller d'un point à un autre de la région. Ensuite, qui dit lignes dit gares, et ces gares deviendront de nouveaux lieux emblématiques pour les communes qui les accueillent et les habitants qui les fréquenteront.
Prenez un jeune homme ou une jeune femme de Clichy-sous-Bois, du lycée Alfred-Nobel, qui décroche le baccalauréat. Aujourd'hui, pour rejoindre l'université, il lui faut un bus à trois chiffres, un tram, puis le RER via Châtelet, avant de gagner Paris-VIII, Nanterre, la Sorbonne ou les grandes écoles de l'ouest. Avec la ligne 16, il ou elle ira beaucoup plus vite vers ces lieux de savoir. Que vous habitiez à pont de Sèvres, dans le nord de Paris, à Saint-Ouen près de Pleyel ou à Saint-Maur-des-Fossés, pour une consultation médicale spécialisée, un rendez-vous à La Défense, un avion à prendre à Orly ou à Roissy, ou un déplacement privé, vous disposerez d'une solution plus rapide et efficace. Prenez enfin un décideur étranger qui atterrit à Roissy avec deux rendez-vous, l'un à La Défense, l'autre sur le plateau de Saclay, dans une entreprise du quantique ; demain, il les enchaînera grâce à ce super métro.
On a calculé que le Grand Paris Express place presque tous les Franciliens à environ deux kilomètres d'une gare – 68 gares au total – et permet de desservir 480 établissements de santé, sans compter les universités. C'est une révolution, décarbonée et prométhéenne : se soigner, prendre le train, travailler dans de nouvelles conditions, rapidement. C'est une véritable révolution qui attend la région parisienne : un instrument de développement, d'attractivité et de réduction des inégalités.

Votre prédécesseur a remis au premier ministre Sébastien Lecornu un rapport examinant l'hypothèse d'un niveau d'administration de trop. Qu'en attendez-vous ?
Permettez-moi d'user de mon joker. Le rapport a été remis récemment et la moindre des corrections est de laisser le Premier ministre dire lui-même, par les voies qu'il choisira, ce qu'il souhaite faire. Ce que je sais, c'est que toute réforme passera par la loi – et le calendrier législatif suppose un niveau élevé de consensus. Une chose doit rester en tête, me semble-t-il : l'exercice des compétences au service de nos concitoyens. Je vous répondrai de façon un peu jésuite : je raisonne moins en nombre de niveaux qu'en périmètre. On pense souvent en vertical, par empilement de collectivités ; moi, je pars de l'objectif territorial. La région compte des zones par lesquelles la prospérité se crée : Paris, l'un des phares du monde, nos deux aéroports, La Défense, Saclay, Rungis, parmi tant d'autres. Mon souhait, c'est que les institutions se concentrent sur ces zones de prospérité tout en se consacrant à la réduction des inégalités.
Car derrière une région que l'on croit prospère – quand on voit La Défense, Roissy ou que l'on se promène dans Paris –, il y a aussi de la pauvreté. Je connais et aime cette région : j'y suis né et, Bourguignon affirmé, je n'en reste pas moins quelqu'un qui a fait ses études, s'est marié et réside en Île-de-France. Dans tous les départements franciliens, l'État et les élus doivent, ensemble, réduire les inégalités territoriales et asseoir la prospérité sur une base sociale et urbaine solide. Aussi veillerai-je toujours à ce que toute réforme, toute idée nous conduise à réduire les inégalités et à conforter les zones de prospérité de la région. Pour cela, il faut raisonner périmètre.
Sur La Défense, le rapport Bédier n'a pas donné lieu à des annonces. Beaucoup attendent que l'État joue son rôle de chef de file.
Peut-être pas de chef de file, mais de créateur de consensus, et j'y travaille avec les élus et le préfet des Hauts-de-Seine. J'ai rendu un second rapport au Premier ministre à la fin du mois de juillet pour lui livrer mon analyse. Quand on a la chance de disposer d'un quartier d'affaires aussi extraordinaire, sur le plan architectural comme sur celui de la création de valeur, il faut le garantir. C'est à cet équilibre, entre les collectivités et l'État, que je m'emploie.




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