« La transition écologique, nous la construisons avec nos 130 communes »
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Dix ans après sa création, la Métropole du Grand Paris fédère 130 communes et 7,2 millions d'habitants autour d'une « gouvernance partagée ». Le 20 février 2026, elle a adopté à l'unanimité son nouveau Plan Climat-Air-Énergie 2026-2032, labellisé trois étoiles par le programme Territoire Engagé Transition Écologique (TETE), porté par l'Ademe. Son président Patrick Ollier détaille une stratégie de transition écologique et de rénovation énergétique qui s'incarne dans des programmes concrets, des bâtiments publics aux écoles, de l'habitat privé à la solarisation des toitures des bâtiments communaux.
Propos recueillis par Jacques Paquier

Patrick Ollier, président de la Métropole du Grand Paris.
Comment aidez-vous les communes à adapter leurs bâtiments au changement climatique ?
Face à la canicule historique qui a frappé la France, nous renforçons notre action en faveur de l'adaptation des bâtiments au changement climatique. Lors du Conseil métropolitain du 30 juin dernier, j'ai annoncé un « dispositif canicule » structuré en trois temps : une réponse d'urgence à court terme, l'intégration du confort d'été aux rénovations thermiques à moyen terme et une action durable à l'échelle du périmètre métropolitain à long terme. Le premier volet mobilise une enveloppe exceptionnelle de 2 millions d'euros, dans le cadre du Fonds d'investissement métropolitain (FIM), pour équiper rapidement les écoles maternelles et élémentaires. Chaque commune peut déposer un dossier unique sur le portail numérique de la Métropole, en choisissant la thématique « canicule ». Une session exceptionnelle du Comité FIM se réunit à la mi-septembre, avant une délibération du Bureau métropolitain le 29 septembre 2026. La liste des dépenses éligibles est large : brasseurs d'air fixes, stores, volets et brise-soleils extérieurs, films solaires sur vitrage, voiles d'ombrage, systèmes de sur-ventilation nocturne ou tours à vent, jusqu'à l'aménagement d'une salle « fraîcheur » par bâtiment. Nous appliquons un taux de subventionnement différencié selon les communes, dans une logique de rééquilibrage territorial, et les maires peuvent s'appuyer sur notre centre de ressources Adaptaville pour dimensionner les solutions avant d'engager les travaux. Cette mesure prolonge les politiques publiques conduites par la Métropole depuis 2016, réaffirmées et amplifiées par la révision du Plan Climat-Air-Énergie métropolitain (PCAEM) en 2026. Le même Conseil métropolitain a par ailleurs voté près de 16 millions d'euros d'aides pour accompagner les projets portés par les communes en faveur de la transition écologique et énergétique, et renforcer leur adaptation face aux effets du changement climatique.
Quelle est l'ambition de votre nouveau Plan Climat ?
Le Plan Climat-Air-Énergie est la colonne vertébrale de notre action en matière de transition écologique. Nous l'avons révisé pour 2026-2032 et adopté à l'unanimité le 20 février, ce qui nous permet d'accélérer la décarbonation dans nos 130 communes. Il vise la neutralité carbone en 2050 et une réduction de 53 % de nos émissions de gaz à effet de serre dès 2030 par rapport à 2005, à travers 42 chantiers prioritaires et plus de 150 mesures : réduire massivement les consommations, développer les énergies renouvelables produites localement, adapter les communes aux fortes chaleurs comme aux inondations... Après un premier document adopté en 2018, ayant obtenu la labellisation « Climat-Air-Énergie » niveau 3 étoiles, la Métropole s'est affirmée comme un acteur incontournable de l'action climatique à l'échelle métropolitaine.
Comment agissez-vous sur la rénovation des bâtiments publics ?
La rénovation énergétique est un levier majeur et l'ingénierie en est souvent le verrou. C'est pourquoi nous avons été retenus par le programme Elena de la Banque européenne d'investissement, qui nous apporte 2,34 millions d'euros d'aide sur trois ans pour financer les études et le pilotage. Cela nous permet de viser la rénovation d'une cinquantaine de bâtiments publics au sein de la Métropole, de mettre en place de l'ingénierie au service des communes et de lancer un marché d'études de 700 000 euros. Rénover le patrimoine public métropolitain, c'est à la fois réduire les émissions, alléger les factures et améliorer le confort des usagers. Nous apportons ainsi aux 130 communes une capacité technique qu'elles n'ont pas toujours en propre : c'est tout le sens d'une métropole qui débloque des projets qu'on ne pourrait financer seul.
Et pour les écoles ?
Les écoles sont une priorité et cette période de canicules que nous venons tout juste de vivre vient de nous le prouver une nouvelle fois. Avec le programme EduRénov, en partenariat avec la Banque des Territoires, nous faisons bénéficier les villes d'un taux bonifié pour rénover leurs établissements. Avec ce programme ambitieux, nous visons la rénovation énergétique de 500 établissements scolaires d'ici cinq ans. En complément, 151 écoles ont été financées par notre Fonds d'investissement métropolitain, grâce auquel nous massifions les « cours oasis » : végétaliser et désimperméabiliser les cours d'école, c'est rafraîchir la ville, protéger les enfants des fortes chaleurs et restaurer des îlots de nature au cœur du tissu urbain. Chaque école rénovée, c'est de l'énergie économisée pour des décennies et l'amélioration du confort des jeunes métropolitains !

Cour oasis de l’école élémentaire Jules Ferry de Meudon (92) .
Qu'en est-il de l'habitat privé et des énergies renouvelables ?
Pour l'habitat privé, nous avons lancé en novembre 2025 un nouveau dispositif baptisé Métropole Rénov', qui oriente et accompagne les particuliers propriétaires et copropriétés dans leurs travaux de rénovation. Sur les énergies renouvelables, notre ambition est de multiplier par trente la production solaire d'ici 2030. Pour y parvenir sans peser sur les budgets communaux, nous avons lancé un appel à initiative privée « Grand Paris Solaire Citoyen » : le groupement mené par la SEM Axe Seine Énergies Renouvelables financera, installera et exploitera une trentaine de centrales sur 21 toitures communales, pour 5,6 mégawatts-crête. Cette société d'économie mixte, née de l'Entente Axe Seine, vise 230 mégawatts d'énergies renouvelables d'ici 2030. Écoles, parkings, gymnases : c'est le patrimoine communal qui produira une électricité propre, sans artificialiser de nouveaux sols.
Comment mesurez-vous et soutenez-vous ces efforts dans la durée ?
On ne pilote bien que ce que l'on mesure. Avec l'outil Savee, déployé avec Advizeo, une soixantaine de communes suivent désormais leurs consommations en temps réel, détectent les anomalies et repèrent leurs bâtiments les plus énergivores. Et nous valorisons les efforts : le 16 avril dernier, 10 de nos communes ont été récompensées au concours Cube Ville pour leurs économies d'énergie. Tout cela tient à un principe : la Métropole reverse 95 % de ses ressources aux 130 villes et joue un rôle d'amortisseur. Malgré deux baisses deux années de suite de 50 millions d'euros de nos ressources imposées par l'État, nous avons voté notre budget 2026 à l'unanimité et investi plus de 1,6 milliard d'euros depuis 2016 au service du rééquilibrage territorial. L'urgence climatique nous oblige à prendre à bras le corps les enjeux de la décarbonation pour nos 130 communes et 7,2 millions d'habitants !




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