« Il faut avoir le courage de fixer deux ou trois urgences réelles »
- il y a 6 jours
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Vice-président de la Région Île-de-France chargé du logement et maire de Mennecy (Essonne), Jean-Philippe Dugoin-Clément préside aussi Grand Paris Aménagement, l'Établissement public foncier d'Île-de-France et le Siarce (syndicat intercommunal d'aménagement, de rivières et du cycle de l'eau). Alors que la crise du logement dure et que la France vient de traverser plusieurs épisodes caniculaires, il dresse le bilan des deux établissements, salue le plan Jeanbrun, pointe les failles du financement du logement et appelle à une politique climatique inscrite dans la durée.
Propos recueillis par Jacques Paquier

Jean-Philippe Dugoin Clément.
Quel bilan tirez-vous des politiques menées par GPA et l'EPF face à une crise du logement inédite par son ampleur ?
Nous sommes face à une crise systémique : hausse des taux, envolée des coûts de construction, recul de l'investissement, bailleurs sociaux contraints par la réduction de loyer de solidarité. Aucun acteur seul ne peut la compenser, mais l'EPF et GPA ont joué et jouent toujours un rôle d'amortisseur, en préparant la relance. Entre 2021 et 2025, l'EPF a contractualisé 7 milliards d'euros d'intervention foncière, avec en perspective la construction de 183 000 logements ; ses cessions ont déjà permis plus de 31 000 logements construits. Son modèle s'est recentré sur le recyclage urbain, les friches, la transformation de bureaux, le renouvellement autour des gares du Grand Paris Express. GPA a maintenu depuis 2024 sa production, avec un peu moins de 2 000 logements par an sur ses 80 opérations actives, conformément à la complémentarité entre l'action des deux établissements voulue par la présidente de la Région Île-de-France Valérie Pécresse.
Quels objectifs et quelles innovations portez-vous pour GPA et l'EPF dans les années à venir ?
Trois axes, intégrés au futur pacte de l'EPF voté en fin d'année et à la feuille de route de GPA adoptée dans la foulée. D'abord, accélérer le recyclage urbain, friches, bureaux, zones d'activités obsolètes, pour limiter la consommation d'espaces nouveaux. Ensuite, des montages plus souples, partageant le risque économique avec les collectivités et opérateurs privés. Enfin, l'intégration des enjeux climatiques dans chaque projet : désimperméabilisation des sols, végétalisation, gestion de l'eau, confort d'été, matériaux bas carbone, économie circulaire. L'aménagement d'il y a vingt ans a laissé place à une logique de ménagement des territoires.
Quel est votre sentiment concernant le plan du ministre de la Ville et du Logement Vincent Jeanbrun, adopté en Conseil des ministres ?
Il est intégralement positif. J'espère que l'agenda parlementaire permettra son adoption avant la fin de l'année, avant les échéances présidentielle et législatives. C'est un plan pragmatique, qui redonne aux communes confiance et intérêt à agir, et assouplit certaines procédures, notamment via les opérations d'intérêt local. Il intervient sans majorité à l'Assemblée et alors que Bercy ne lâche rien, mais permet des progrès concrets. Quand il enclenche un Anru 3, alors qu'il y a six mois une partie de l'administration voulait le supprimer, on ne peut que s'en féliciter : il n'y a pas une mesure de ce plan qui n'aille pas dans le bon sens.
Quel est votre regard sur le financement du logement en France ?
Les réglementations fiscales dissuadent aujourd'hui les investisseurs institutionnels de se positionner sur le logement. Et comme les dispositifs de défiscalisation pour les particuliers – Périssol, Besson, Pinel – ont été supprimés, ces derniers ont largement déserté un marché déjà abandonné par les institutionnels en quarante ans. Sans conditions d'intérêt fiscal et de sécurité juridique pour les propriétaires, difficile de les faire revenir. Sur le lien entre habitant et contribuable, la suppression de la taxe d'habitation reste pour moi le péché originel du premier quinquennat du président : elle a ôté aux élus locaux l'intérêt à construire, tout en fragilisant les bailleurs sociaux. En 2017, le logement n'était qu'une ligne budgétaire, que nous payons encore aujourd'hui.
Les épisodes caniculaires ont marqué l'été. Faut-il accélérer sur l'adaptation et l'atténuation face au changement climatique ?
Bien sûr, mais avec deux bémols. D'abord, les grandes politiques, énergie, transports, construction, se construisent sur des années, or la France est incapable de continuité. De 1958 à 1981, la continuité gaulliste puis giscardienne a porté les grands plans sur le nucléaire et la propriété privée ; de 1981 à 1995, quatorze années de présidence Mitterrand ont permis les lignes à grande vitesse et la décentralisation. Depuis, chaque alternance démantèle l'héritage précédent, le sommet ayant été atteint par François Hollande, qui a détricoté, dès sa première année, tout ce qui avait précédé. Second bémol : dans un pays exsangue, on ne peut décréter que tout est prioritaire. Hier, la canicule, il y a plusieurs semaines un fait divers tragique impliquant une mineure, il y a environ huit mois les inondations, il y a plus d'un an l'industrie militaire... Il faut le courage de fixer deux ou trois priorités réelles, plutôt que de répondre de façon émotionnelle à ce qui choque l'opinion.




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