« Face aux effets du dérèglement climatique, nous construisons avec les acteurs du territoire des solutions concrètes et locales »
- 26 août
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SUEZ assure l'ensemble du cycle de l'eau en Île-de-France : l'eau potable pour près de 3 millions d'habitants, l'assainissement pour plus de 2 millions d'usagers. Marc Bonnieux, directeur général adjoint SUEZ Eau France en charge de l'Île-de-France, explique comment l'entreprise répond aux deux effets majeurs du dérèglement climatique sur la ressource, en lien avec les acteurs du territoire.

Marc Bonnieux.
Quel est le périmètre de SUEZ en Île-de-France et pourquoi le climat est-il d'abord un sujet d'eau ?
Nous assurons tout le cycle de l'eau : production et distribution d'eau potable pour près de 3 millions d'habitants, relation avec les usagers et assainissement pour plus de 2 millions d'usagers, de la collecte au traitement en station d'épuration jusqu'au rejet d'une eau épurée dans le milieu naturel. Si nous nous préoccupons du dérèglement climatique, c'est que ses premiers effets se font sentir sur l'eau. Deux surtout : la raréfaction de la ressource, ou stress hydrique, et la multiplication des événements extrêmes, au premier rang desquels des pluies diluviennes sur des temps très courts, sources d'inondations.
Comment sécurisez-vous la quantité d'eau disponible ?
La France a longtemps ignoré le manque d'eau ; ce n'est plus le cas. SUEZ a été précurseur : sur notre usine de traitement d'eau du Pecq-Croissy, dans les Yvelines, nous avons mis en œuvre, il y a plus de cinquante ans, la réalimentation des nappes, qui sécurise l'alimentation en eau, en quantité et en qualité, de plus d'un million de Franciliens. Ce procédé de géofiltration s'inspire du cycle naturel de l'eau et s'appuie sur les capacités épuratoires des sols. Nous pompons l'eau dans la Seine, la prétraitons puis l'envoyons dans une dizaine de grands bassins, d'anciennes sablières, sur plus de douze hectares. L'eau s'y infiltre, filtrée naturellement par le sable, jusqu'à la nappe située à trente mètres de profondeur. Nous constituons ainsi un réservoir naturel que nous maintenons plein et mobilisons en période de tension. La qualité de l'eau prélevée est contrôlée en continu et nous cessons de pomper en cas de pollution de la Seine.
Sur la qualité, vous agissez à la source. De quelle manière ?
Nous avons développé une approche préventive, adaptée au territoire, qui agit près des captages et des pratiques agricoles pour réduire en amont ce qui peut atteindre les nappes. À Flins-sur-Seine, nous avons noué une coopération étroite avec les agriculteurs, l'Agence de l'eau Seine-Normandie et la communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise, fondée sur le paiement pour services environnementaux. Sur la base du volontariat, nous accompagnons des agriculteurs, y compris financièrement, vers des pratiques moins consommatrices de produits phytosanitaires et la création de prairies. C'est un engagement de long terme, près de dix ans, que nous venons de prolonger. SUEZ est aujourd'hui le seul acteur privé engagé en France dans une telle démarche. À Flins, neuf agriculteurs participent, couvrant la moitié de la surface agricole de la zone prioritaire de captage ; une cinquantaine d'hectares de prairies ont été recréés et plus de 200 000 euros sont versés aux agriculteurs chaque année.
Face aux pluies extrêmes, vous avez développé une gestion dynamique des eaux pluviales. Un exemple ?
Des épisodes plus courts, mais plus violents accroissent les risques de saturation des réseaux et d'inondations en milieu urbain. La communauté d'agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines a prévu près de soixante bassins de rétention ; tout l'enjeu est de les piloter intelligemment. Depuis 2019, nous avons mis en place avec le territoire une solution digitale, SQY D'EAU, outil de supervision et d'aide à la décision qui donne en temps réel le taux de remplissage de chaque ouvrage. Des mesures radar nous font anticiper la pluie et orienter l'eau vers les bassins les moins remplis, comme une gare de triage. En octobre 2024, la tempête Kirk a déversé plus de 80 millimètres en quelques heures : nous avons évité toute inondation sur le périmètre. À chaque événement, nous faisons évoluer le système.

Menez-vous une démarche comparable sur Paris-Vallée de la Marne ?
Oui, sur un territoire historiquement exposé, où des zones densément peuplées côtoient des secteurs inondables : la résilience y est très sensible. Nous y déployons la même gestion dynamique, avec une vision en temps réel et la capacité de réorienter les flux vers les bonnes infrastructures grâce aux images radar. Mais l'outil ne suffit pas : nous installons, avec la collectivité, une cellule de crise, car il faut arbitrer en continu. Notre fil conducteur reste le même : anticiper plutôt que subir. La gestion du risque inondation se construit collectivement, en lien étroit avec les collectivités.




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