« 2027 sera une année charnière, qui va montrer les effets de la révolution des transports »
Canicule, adaptation climatique, attractivité, Saclay, data centers, transports, logement, réforme institutionnelle : la présidente de la Région Île-de-France, Valérie Pécresse, détaille sa feuille de route. Elle annonce un fonds d'urgence de 3 millions d'euros pour la climatisation des lycées, hôpitaux et bâtiments communaux, la création de deux nouveaux contrats d'aide aux communes.
Propos recueillis par Jacques Paquier

Quel bilan tirez-vous de la canicule historique qui a frappé cet été l'Île-de-France ?
Nous n'avons pas encore de bilan humain précis. Cette canicule a soulevé trois problèmes : l'isolement des personnes âgées à Paris, les conditions de travail dans les hôpitaux et sa survenue en période d'examens de fin d'année. La Région a débloqué en urgence un fonds de 3 millions d'euros pour équiper en climatisation les lycées, les hôpitaux et les communes. Cela s'ajoute au Plan régional d'adaptation au changement climatique que nous avons mis en œuvre : végétalisation des villes, création d'îlots de fraîcheur, transports qui ont pris, dès 2016, le tournant de la climatisation. Nous devons désormais accélérer !
Comptez-vous accélérer la trajectoire d'adaptation et d'atténuation, et comment ?
Au-delà de nos aides à la décarbonation des villes et à la rénovation thermique, nous allons désormais aider les communes à prendre le tournant de la climatisation dans leurs bâtiments publics. Face aux canicules, les maires sont en première ligne. Nous avons donc décidé de simplifier notre politique d'aides aux communes en créant deux nouveaux contrats. Les Contrats verts et bleus financeront la végétalisation, la désimperméabilisation des sols, les îlots de fraîcheur et la protection de la biodiversité. Les Contrats énergie accompagneront la rénovation énergétique des bâtiments publics, leur rafraîchissement ou leur climatisation ainsi que le développement des énergies renouvelables, telles que la géothermie.
Quelles actions la Région mène-t-elle pour renforcer l'attractivité de l'Île-de-France ?
L'Île-de-France est aujourd'hui la première région économique de l'Union européenne et notre responsabilité est de tout faire pour qu'elle le reste, dans un contexte où la compétition entre métropoles mondiales n'a jamais été aussi vive, face à Londres, Munich, Amsterdam ou Dublin. Les résultats sont là : en 2025, l'Île-de-France a accueilli 438 projets d'investissements internationaux, près de 10 000 emplois créés et un record de plus de 300 nouvelles implantations. La preuve que notre région reste une terre de stabilité, de confiance, d'innovation et de souveraineté économique, alors même que les flux d'investissements ralentissent ailleurs en Europe. Notre stratégie repose sur trois leviers : la diversification géographique de nos investisseurs, avec des missions ciblées en Asie (Taïwan, Corée du Sud, Inde) ou en Amérique du Sud (Brésil), pour ne plus dépendre des seuls bassins traditionnels d'influence française ; la diversification sectorielle, vers les filières d'avenir comme le quantique, l'IA ou les semi-conducteurs ; un accompagnement renforcé de nos investisseurs, bien au-delà de leur implantation.

Quels sont les grands axes de votre mobilisation pour Saclay ?
Notre projet « Paris-Saclay 2035 » repose sur trois priorités. D'abord, faire de Paris-Saclay le moteur de la souveraineté technologique française, en renforçant les filières d'avenir comme le quantique – avec la création d'une Maison du quantique –, l'intelligence artificielle – autour de la Maison des mathématiciens – ou les semi-conducteurs, pour nos data centers et supercalculateurs. Nous voulons attirer davantage d'entreprises et les acteurs du capital-investissement sur le plateau. Ensuite, faire de Saclay un véritable parc naturel urbain, avec plus de logements, de services et de lieux de convivialité, pour attirer durablement les talents. Enfin, accompagner cette nouvelle étape par des mobilités innovantes, autour de la ligne 18, et des investissements renforcés pour faire de Paris-Saclay l'un des tout premiers pôles mondiaux de l'innovation.
Quelle politique menez-vous en matière de recherche et d'innovation, à l'heure de l'IA ?
L'intelligence artificielle est en train de rebattre les cartes de la puissance économique mondiale. La vraie question est simple : demain, l'Europe sera-t-elle une puissance de l'IA ou une simple consommatrice de technologies développées ailleurs ? Notre politique de recherche vise précisément à donner les meilleures conditions aux chercheurs : des laboratoires modernes, des équipements de pointe et l'attractivité nécessaire pour faire venir les meilleurs talents étrangers en Île-de-France. Nous y avons consacré 2,5 milliards d'euros en dix ans. Nous participons activement au programme Choose France for Science, avec des aides à l'innovation. Notre objectif est clair : que les innovations de demain soient conçues, développées et industrialisées en Île-de-France plutôt qu'ailleurs.
Quelle politique face à l'afflux de méga data centers ?
Les data centers sont indispensables à notre souveraineté numérique, à notre recherche et au développement de l'intelligence artificielle. C'est pourquoi la Région est la première en France à s'être dotée d'une stratégie dédiée. Nous voulons attirer les projets les plus utiles à notre économie, les plus sobres sur le plan énergétique et ceux qui créent de véritables retombées pour les territoires. Ils devront être implantés en priorité sur des terrains déjà artificialisés, sans compromettre notre réindustrialisation et la préservation de nos terres agricoles. Les coûts de raccordement doivent être supportés par les opérateurs, pas par les autres consommateurs. Et la chaleur fatale doit être réutilisée par les agriculteurs ou les équipements publics. À l'heure de l'IA, c'est un enjeu d'innovation, mais aussi de souveraineté technologique européenne.
2027 sera une année de transition pour Île-de-France Mobilités, en termes de marque, mais pas seulement ?
2027 sera une année charnière, qui va montrer les effets de la révolution des transports : mise en service du prolongement du RER E jusqu'à Mantes-la-Jolie, ouverture de la ligne 18, de la ligne 15 et du CDG Express, arrivée des nouveaux métros sur la ligne 13. Mais au-delà de ces projets qui changent le visage de l'Île-de-France, notre priorité reste la qualité de service. La mise en concurrence progressive des réseaux, accompagnée par nos investissements massifs, permettra d'offrir des transports plus fiables, plus ponctuels, plus propres et plus sûrs, tout en garantissant un haut niveau de protection sociale aux salariés. Île-de-France Mobilités est aujourd'hui une référence mondiale pour la qualité des transports du quotidien.

Le 15 juin dernier, Valérie Pécresse, présidente de la Région Île-de-France, a inauguré le centre La Chapelle, nouveau sitede l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, implanté au sein du Campus Condorcet, porte de la Chapelle (18e arr.)
Quelle stratégie face à la directive européenne CO2, en contradiction avec le recours aux bus au biogaz ?
La transition écologique ne peut pas être dogmatique. Ce qui compte, c'est de réduire réellement les émissions de CO₂ en tenant compte de l'ensemble du cycle de vie des véhicules. Nous demandons à l'Europe de reconnaître les bénéfices du biométhane sur l'ensemble de son cycle de vie. Imposer le tout-électrique, sans tenir compte des investissements déjà réalisés par les collectivités, fragiliserait notre souveraineté industrielle et pénaliserait les voyageurs. L'écologie doit être exigeante, mais aussi réaliste. Depuis 2018, l'Île-de-France a engagé un effort sans précédent pour décarboner son réseau de bus. 90 % de notre flotte est déjà décarbonée et Île-de-France Mobilités aura investi près de 5,7 milliards d'euros d'ici à 2029 pour convertir les infrastructures et renouveler les véhicules.
Quelle mobilisation face à la crise de l'immobilier, notamment en matière d'acquisition et de portage fonciers ?
Le logement n'est pas une compétence propre de la Région. Mais face à la crise que traverse l'Île-de-France, nous ne pouvons pas rester les bras croisés. En dix ans, la Région a contribué à la construction de près de 200 000 logements et à la rénovation de près de 35 000 autres. Nous nous appuyons sur un outil stratégique : l'Établissement public foncier d'Île-de-France, dont la présidence est assurée par la Région. Fin 2025, il accompagnait plus de 360 communes sur des projets représentant plus de 180 000 logements, qui s'ajoutent aux près de 64 000 logements déjà produits grâce à ses cessions. Et nous aurons financé 100 quartiers innovants et écologiques (QIE), portés par les villes franciliennes.
Quelle vision avez-vous de l'évolution de la carte administrative de la Région ?
Le vrai sujet n'est pas de redessiner la carte de France. Le vrai sujet, c'est de rendre l'action publique plus efficace en simplifiant le millefeuille administratif, qui comprend aujourd'hui cinq niveaux en Île-de-France. C'est beaucoup trop. Les Franciliens ne comprennent plus qui décide de quoi et cette complexité ralentit l'action publique. C'est pourquoi je défends une idée simple : il faut une Région-Métropole. Faire absorber la Métropole du Grand Paris par la Région permettrait de clarifier les responsabilités, de supprimer des doublons et de simplifier l'organisation de l'Île-de-France. Les Français attendent moins de bureaucratie et plus d'efficacité. C'est cette nouvelle étape de la décentralisation que j'appelle de mes vœux.



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