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- "Nous pouvons réussir l'union des territoires au bénéfice de la Nation et de notre pays"
Jeux Olympiques et Paralympiques (JOP), législatives surprises, crise du logement qui s’accentue... Thomas Hantz, président des Acteurs du Grand Paris, tire le bilan des événements majeurs qui ont marqué l’année et insiste sur l’importance de la complémentarité entre ruralité, villes moyennes, métropoles et Grand Paris. Cette année 2024 a regorgé de défis pour le Grand Paris, à commencer par les Jeux Olympiques et Paralympiques. Quel regard portez-vous sur leur mise œuvre ? Depuis le départ, le Grand Paris est un projet protéiforme, qui porte une vision d’aménagement, de transformation et de modernisation de la Région Capitale. Cette dynamique et ses forces intrinsèques, notamment la qualité des réseaux de transport, ont servi de point d’appui à la candidature olympique. La France a les JOP en ligne de mire depuis le début des années 2000, donc les Jeux ont toujours été en filigrane de l’élaboration du projet du Grand Paris. Les JOP ont été à la fois une ligne d’arrivée pour de nombreux projets, mais aussi un formidable succès, marqué par ce que je crois pouvoir nommer une véritable communion populaire. Rien que la cérémonie d’ouverture, regardée par 1,5 milliard de personnes à travers le monde, a illustré la capacité de notre nation à être ambitieuse, audacieuse, transgressive, élégante et diverse. Comme l’a écrit Jules Verne, « rien ne s’est fait de grand qui ne soit une espérance exagérée » et cette ambition, quia triomphé à l’occasion des JOP, imprègne aussi la vision d’origine du Grand Paris. La France a même montré qu’on ne pourrait plus faire une cérémonie comme avant, c’est-à-dire fermée dans un stade. C’est très français, cette capacité de prendre position et de changer la donne. En quoi ces JOP illustrent-ils aussi la capacité du Grand Paris à innover et optimiser pour le rayonnement national ? Avoir des JOP aussi ambitieux, grandioses et créatifs ne pouvait être que français. Pour la première fois dans l’histoire des JOP, un pays a tenu ses engagements budgétaires, grâce à la Solidéo et son directeur général Nicolas Ferrand, auquel nous avons remis le Grand Prix de la personnalité du Grand Paris de l’année 2024. Les équipements ont été livrés dans les délais, en respectant les coûts et la qualité exigés. Réinventer des sites et monuments historiques pour les employer en terrains olympiques a bien fonctionné, au pied de la Tour Eiffel comme au château de Versailles ou au Grand Palais. Cette sobriété olympique à la française pour le réemploi créatif a aussi été appliquée à la Seine. Maltraitée pendant des siècles, après avoir perdu la quasi-totalité de sa biodiversité, elle a pu être nettoyée, assainie pour accueillir la cérémonie d’ouverture et des épreuves olympiques. C’est sans doute le plus bel héritage que ces JOP laisseront aux Franciliens : la résurrection de leur fleuve. C’est donc aussi une belle victoire environnementale : à partir d’une situation cataclysmique, toutes les collectivités ont pu faire équipe avec l’État et le Syndicat départemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne (Siaap) pour mettre en œuvre cet assainissement. Dans quelle mesure les JOP ont-ils grandement participé au décloisonnement entre les univers public et privé, et surtout entre les territoires de la région, dont des quartiers longtemps délaissés ? Je pense qu’il y a des images qui contribuent à « faire nation ». Enfant, j’ai été très marqué par celles du bicentenaire de la Révolution française de 1789, par exemple. Il en va de même pour ces JOP qui contribuent vivement à la fierté nationale, à souder les générations les unes aux autres. Ainsi, les Jeux décloisonnent-ils en ce qu’ils servent de dénominateur commun à tous les habitants du pays. Qu’importe son milieu social et professionnel, on est tous embarqués dans un même moment, une même vision qui fait nation. En parallèle de tout ce qu’il a fallu mettre en œuvre pour les JOP, rappelons que les travaux du Grand Paris Express ont continué. C’est le plus grand projet du monde occidental en termes d’infrastructures (38 milliards d’investissements pour la création de nouvelles lignes, auxquels s’ajoutent 20 milliards pour la modernisation des réseaux financés par la région Île-de-France et IDF Mobilités). Alors même que la France était déjà en train d’utiliser à haut régime les capacités de ses entreprises pour le Grand Paris, elle a eu la capacité de les mobiliser encore plus pour mener à bien et pour réussir les JOP.Quelle fierté et quelle carte de visite à l’export pour toute l’industrie française de la ville ! Il a fallu une symbiose parfaite entre la volonté politique et les capacités des entreprises pour réussir cet exploit ! Les externalités positives ne seront pas que sportives et économiques, mais aussi sociales, culturelles et environnementales. Les JOP et le Grand Paris sont de véritables points d’ancrage de la fierté nationale. Plutôt que de faire concurrence aux travaux du Grand Paris, ces JOP ont donc permis de les consolider et d’unir encore plus ses habitants à travers un destin commun ? Tant que le Grand Paris Express ne sera pas totalement mis en fonction, on ne mesurera pas pleinement les effets sociaux, économiques et environnementaux qu’il va produire.Le GPE est un nouveau réseau primitif de transport et, en tant que tel, servira d’ossature au développement futur des territoires de la Région Capitale. Il va raccourcir les temps de parcours et désenclaver des territoires non desservis, donc contribuer à l’amélioration de la vie quotidienne des habitants. Le GPE va soutenir le développement urbain et permettre le rééquilibrage des implantations, en rapprochant les emplois des lieux de vie. En tant que réseau primaire de transports, il contribuera à apaiser la ville grâce aux mobilités douces, vélo, marche, etc., qui viendront s’y greffer. Les JOP ont déjà permis de montrer combien l’Île-de-France est en fait un archipel de lieux de vie que l’on a intérêt à toujours plus connecter les uns aux autres. Il s’agit d’une multitude d’îlots d’une grande diversité, qui regorgent de richesses et que le GPE mettra tous en réseau les uns avec les autres.Cela illustre que le Grand Paris n’est pas juste une question de périmètre institutionnel, mais bien une puissante dynamique territoriale. Cette année 2024 a aussi été celle des législatives surprises. Cela a-t-il eu un impact sur la vie de l’association qui se refuse à parler de politique politicienne ? Depuis 2007, la France a connu trois présidents, quatre quinquennats, un nombre équivalent d’élections législatives. Le temps politique n’est pas celui des grands projets et notamment du Grand Paris, car cette vision a été posée avec une telle force au début des années 2000 par la totalité des acteurs que nous continuons d’être portés par cet élan qui nous entraîne. Le Grand Paris, comme tous les grands projets, nous dépasse tous ! Des détracteurs voudraient opposer le Grand Paris au « désert français », mais on démontre depuis des années que la puissance de la Région Capitale et la richesse qui y est créée profitent massivement à tout le pays. La métropole francilienne produit 32 % du PIB, mais n’en consomme que 24 %. Sur les 650 milliards de PIB produits ici, plus de 110 milliards sont redistribués dans les régions françaises. Les territoires doivent donc coopérer, s’unir et non s’opposer ? Notre chère France est trop petite d’un point de vue géographique pour se permettre le luxe de s’opposer les uns aux autres, alors qu’à l’échelle du monde, nous ne formons qu’un confetti. Ruralité, villes moyennes, métropoles et Grand Paris doivent jouer en équipe pour faire gagner la France. L’esprit olympique qui nous a tant animés exige que l’on joue collectif, que l’on s’appuie sur les forces de chaque strate, sur la richesse de chaque territoire. Il faut conjuguer ville et ruralité, il faut concilier métropolisation et aménagement du territoire, il faut garantir des services publics accessibles et performants, que l’on soit « des villes ou des champs », comme l’écrivait La Fontaine, il faut avoir l’obsession de la réindustrialisation créatrice d’emplois et protectrice de l’environnement. L’avenir de notre indépendance, donc de notre souveraineté, passe inévitablement par notre capacité à réussir, tous ensemble, une coopération d’excellence entre tous les citoyens et tous les territoires. C’est dans la ruralité qu’on fait pousser ce qui fait de notre pays une terre de grande gastronomie ; dans une ville moyenne comme Auxerre, on pourra produire de l’hydrogène renouvelable nécessaire à un développement écologique ; ou encore c’est à Vendôme que Louis Vuitton installe des ateliers de 380 salariés qui fabriquent du luxe, principal levier de notre balance commerciale à l’étranger. Aubervilliers et Saint-Dizier ont jumelé leurs opérations immobilières à travers un contrat de réciprocité qui illustre une fois de plus l’importance de la complémentarité. Ces projets sont portés par la volonté d’élus et les capacités d’entreprises ; ensemble public et privé, nous pouvons réussir l’union des territoires au bénéfice de la Nation et de notre pays. Par ailleurs, quel bilan tirez-vous des derniers mois d’activité du club Acteurs du Grand Paris ? En tant qu’association indépendante et neutre politiquement, qui fédère des élus et des entreprises engagés dans la transformation de la région Île-de-France, nous sommes en pleine croissance, car nous essayons d’être de plus en plus utiles en nous positionnant comme un tiers de confiance, un écosystème qui réunit des forces prêtes à réfléchir et travailler ensemble. En tant qu’espace de rencontres, de débats et de collaborations, nous sommes de plus en plus reconnus par des entreprises et des collectivités locales qui nous rejoignent, dont toujours plus d’élus, en témoigne l’immense succès de notre Grand dîner des maires de juin, qui a réuni plus de 70 maires d’Île-de-France. Beaucoup de membres nous rapportent que notre association leur fait gagner du temps, qu’il s’agisse de l’identification des acteurs, mais également des enjeux, des solutions. Ils nous disent aussi qu’outre la qualité des débats, ils trouvent souvent des réponses à des questions qu’ils ne se posaient pas. Cette sérendipité est précieuse et nous donne toutes les raisons de croire à notre utilité pour de nombreuses années encore ! Comment l’association parvient-elle à renforcer la coopération entre public et privé en cette période extrêmement troublée économiquement, socialement et politiquement ? Plus on est en période de crise, plus on aspire à se rassembler. L’association fédère des personnes qui ont besoin de challenger leurs objectifs, contraintes, solutions. Une entreprise ou une collectivité ne prospère qu’en étant pleinement connectée à son écosystème. Du local au global, notre association cultive cette mise en réseau de tous les acteurs. Beaucoup d’acteurs de l’immobilier font partie de votre association et la conjoncture dece secteur est loin d’être favorable. En quoi la construction de l’immobilier neuf cristallise-t-elle beaucoup d’enjeux de cette crise ? Le Covid, la guerre en Ukraine, l’inflation des coûts des matières premières, de l’énergie et de la main d’œuvre sont les principaux paramètres de la crise que nous traversons. Ces éléments renforcent la crise du logement et de l’immobilier qui préexistait largement. Depuis 20 ans, nous savons qu’il manque des logements en France et surtout dans le Grand Paris, et que le parc immobilier est vétuste, en tout cas pas au niveau des enjeux de la performance environnementale attendue. La loi Grand Paris de 2011 veut que l’on construise 70 000 logements de plus par an pendant 20 ans pour tenir le rythme. Or, nous faisons face à un problème structurel de rareté du foncier, de complexité réglementaire, de manque d’impulsion politique et de cherté de la construction. À ce souci d’offre s’ajoute désormais celui de la demande puisque ceux qui accèdent aujourd’hui à un logement ont perdu 30 % de pouvoir d’achat face à l’augmentation des taux. Beaucoup de foyers ont renoncé à leur projet d’acquisition. Ce manque de politique globale, cohérente, puissante et ambitieuse en faveur du logement frappe surtout les plus vulnérables. De fait, 1 350 000 personnes sont mal logées actuellement en Île-de-France et plus de 4 millions en France. Cela lèse surtout la population la plus fragile, maintenue dans des situations précaires, et cela impacte, comme toujours, les plus vulnérables, les jeunes, les femmes seules ou avec enfant(s), etc. À l’échelle du Grand Paris, cela signifie que le parcours résidentiel est aujourd’hui totalement bloqué, c’est dramatique ! Pire encore, le nombre de permis de construire continue de chuter à un rythme effrayant, ce qui complique la situation sociale déjà tendue dans les entreprises de l’immobilier, tous secteurs confondus. Côté tertiaire, le marché est, je crois qu’on peut le dire, à l’arrêt. Certaines prévisions annoncent 150 000 licenciements dans le secteur de la construction pour 2025. Comme tout cercle vicieux, cette crise pose aussi un problème aux finances publiques, car l’impact de l’arrêt de la machine immobilière est majeur sur les recettes des collectivités locales, notamment des départements qui voient leurs DMTO (droits de mutation à titre onéreux) fortement baisser. Et bien sûr, les finances de l’État sont durement amputées de recettes qui seraient bienvenues, notamment avec un manque à gagner colossal de TVA. Il y a urgence à enclencher un cercle vertueux en faveur du logement, c’est-à-dire à faire en sorte que l’État, les collectivités et les entreprises mettent ensemble en œuvre un plan Marshall pour le logement. C’est fondamental, car le logement fait partie intégrante du pacte républicain, au même titre que l’éducation, la culture ou encore la mobilité. Le volet mobilités du Grand Paris a-t-il été plus épargné par la crise ? Le Grand Paris Express est le premier projet de lutte contre le réchauffement climatique et de protection de l’environnement en France !Il va permettre de réduire les mobilités individuelles dans la région, contribuer à revaloriser le foncier et rapprocher les lieux de vie du cœur de la métropole. Ce premier volet, en termes de volume et d’externalités positives, avance à vitesse grand V. La ligne 14 a bien été livrée juste avant les JOP et ce sera au tour de la ligne 15 sud en 2025. Les calendriers sont donc tenus ! On aimerait toujours aller plus vite, mais chacun se donne au maximum, à commencer par la région Île-de-France avec Île-de-France Mobilités qui fait un travail remarquable sur la modernisation des réseaux existants et les prolongements des lignes. Au quotidien, ces travaux semblent longs, mais à l’échelle de la vie d’une mégapole et de la capacité des entreprises, leur mise en œuvre est vraiment rapide. Pourquoi et comment la densification urbaine doit-elle être pensée en fonction de la transition écologique ? La grande idée du Grand Paris, c’est de rebâtir la ville sur la ville pour limiter l’étalement urbain, en étant économe en ressources, notamment foncières. Partant, la densité est très favorable en matière de protection de l’environnement et de lutte contre le dérèglement climatique. L’enjeu, c’est de réussir une densité humaine, qui fasse la part belle à la qualité de vie, à l’accessibilité des aménités de l’aire urbaine et aux mixités, qu’elles soient fonctionnelles, d’usage ou sociales. Pour en revenir à l’association, parvient-elle à continuer de grandir sans perdre en convivialité ? L’ADN de notre association, c’est la convivialité, la sincérité, l’humanité et la bienveillance. Nous y accordons une importance décisive. Chaque membre apporte son savoir-faire et l’association s’occupe de créer les conditions du partage afin que l’on puisse s’exprimer, échanger, débattre et s’entraider. La convivialité, c’est l’une des conditions de notre succès, car c’est cette ambiance humaine et chaleureuse qui donne aux membres envie de venir et revenir. Certes, nous avons des activités commerciales qui permettent à notre structure de bénéficier de ressources financières, mais nous sommes d’abord et avant tout une association. Grâce à ces ressources, nous pouvons créer des événements de qualité, dédiés au partage. De nombreux moments marquants ont jalonné l’année de nos membres, comme la soirée d’hiver, le cocktail estival, tous les dîners-débats qui nous permettent de recevoir des experts et des personnalités, les apéritifs grands-parisiens que nous organisons dans notre local ou encore les visites de territoires.Tous ces événements d’ampleur variée nourrissent cet esprit de convivialité, la vie des idées et l’entraide concrète et nécessaire au sein de l’association.
- Génération Grand Paris
Par Vianney Delourme, cofondateur et président d’ Enlarge your Paris , média et agence culturels grands parisiens. Le temps des tunneliers s’achève - quinze ans après le lancement du Grand Paris Express. En juin, avec le prolongement des lignes 11 et 14, nous sommes entrés de plein pied dans une décennie d’ouvertures et d’inaugurations. Elles vont désormais ponctuer le calendrier des territoires grand-parisiens. Le GPE entre dans une phase moins spectaculaire que celle du génie civil, mais non moins fondamentale. Ce sera le temps de la transformation urbaine, de l'appropriation par les habitants, par les acteurs sociaux, politiques, culturels et économiques, de ce projet d'une ampleur unique. On travaillera aussi bien à l’échelle globale qu’à l’échelon local, à organiser le rabattement cycliste et le stationnement des bus, à la place des piétons et à la réduction des îlots de chaleur dans les quartiers de gare. À l’accessibilité universelle. Après les "années tunneliers" (2015/2024), ce seront celles de la mobilité du quotidien et du renouvellement urbain. Autant de sujets qui feront le succès de l’infrastructure. Rappelons-nous aussi que le passe Navigo dézoné n’a que 10 ans, et que l’ouverture progressive des lignes du GPE va augmenter la puissance des transports en commun franciliens, pas "uniquement" parce que ce sont des kilomètres de lignes en plus, mais parce que ce sont des kilomètres de nouvelles voies qui interconnectent des kilomètres de voies déjà existantes, démultipliant l’effet réseau. Une révolution aux effets sans doute sous-estimés. Gare Villejuif - Gustave Roussy. Un autre élément fait que le GPE est un projet d’une ampleur unique : il va durer le temps d'une génération. Ceux qui sont nés en 2010 auront bientôt 15 ans. Ils finiront leurs études supérieures à la fin de la livraison de la 15 Est et de la 17, sans doute pendant les travaux de la 18 Nord. C’est une génération qui va grandir et vivre dans un territoire complètement nouveau, à la fois en termes d’usage mais aussi de perception. Et c'est aussi cela qu'il faut accompagner. Anticiper. Imaginer. Avec le GPE, les anciennes barrières entre l’intra et l’extra-muros vont aussi exploser. La ligne 15 sera l’anti-périph’. Au XIXe siècle, Paris avait annexé une partie de sa périphérie. Aujourd'hui, l'heure n'est plus à l'annexion, mais à la connexion et à la réparation. Seulement, quand on casse les barrières entre des territoires, il faut les remplacer par des liens physiques (comme le GPE) mais aussi culturels et symboliques. Ne serait-ce que pour répondre aux grands défis des quartiers populaires. À partir de 2025, nous allons voir s’accomplir ou s’amplifier les engagements d’une génération de décideurs publics et privés qui ont organisé la révolution grand-parisienne. Mais la moisson se fera sous des auspices un peu différents de ceux imaginés il y a 15 ans. Les années 2020 sont en effet celles du dérèglement climatique et de la crise d’un modèle urbain qui, depuis la crise du Covid, semble sérieusement manquer de souffle. Comment ferons-nous pour articuler ces deux époques, les réalisations de l’une et les défis de l’autre ? Le GPE va y contribuer puissamment, à la fois comme réseau de transport décarboné et comme projet urbain, culturel et architectural. Mais il faudra aussi composer un imaginaire collectif puissant, pour que tous se sentent embarqués dans la révolution du Grand Paris. Pour qu’émerge et s’affirme la « génération Grand Paris ».
- Bâtir le Grand Paris
Points de vue. Innovation, réduction des émissions carbone, réserves foncières... sont quelques-uns des enjeux qui s'imposent lorsqu'on interroge les acteurs de la construction impliqués dans le projet du Grand Paris. "Les matériaux biosourcés, les bétons bas carbone et la construction hors-site pour décarboner la construction" Philippe Jung, directeur général immobilier, membre du Directoire de Demathieu Bard. « L’innovation revêt un caractère primordial pour Demathieu Bard. Aussi, le Grand Paris est-il pour nous un terrain propice à l’innovation comme en témoigne la réalisation de lots du Grand Paris Express ou encore du Village des médias dans le cadre des JOP. En effet, nous avons à cœur de décarboner la construction, or les moyens innovants tels que le bois, les matériaux biosourcés, les bétons bas carbone et la construction hors-site nous le permettent. Ces réflexions vont de pair avec des préoccupations sociales, c’est pourquoi notre objectif consiste également à susciterde l’adhésion, un impact positif sur la santé des futurs habitants et utilisateurs ainsi qu’une accessibilité optimale aux services. Enfin, si l’innovation est un indéniable levier dans un secteur sans cesse plus concurrentiel, elle permet par ailleurs d’anticiper les évolutions réglementaires, parfois de les inspirer. C’est aussi le rôle des entreprises que de contribuer aux évolutions de la société en mettant leur savoir-faire et leurs forces vives au service d’une fabrique de la ville responsable. » "GCC est engagé tant dans la construction bas carbone que dans l'économie circulaire ou le nettoyage des façades par drones". Philippe Coffineau, directeur du développement et des relations institutionnelles chez GCC Construction. GCC s’est engagé pleinement dans la construction bois et, plus généralement, dans les bâtiments biosourcés avec des labels très performants. Je citerai, à titre d’exemple, l’arboretum de Nanterre ou Breizh, comprenant le futur siège de GRDF à Saint Denis (22 700 m2) et un hôtel d’activités pour la RIVP (11 200 m2), imaginé par Valode & Pistre pour WO2 maître d’ouvrage, qui bénéficie du label Bâtiment bas carbone (BBC). Nous avons réalisé également une partie du Village olympique pour Icade, avec Spie et GA Smart Building, en s’appuyant sur de nombreuses innovations pour réduire son empreinte carbone. Autre innovation, la plateforme interne d’échange de matériaux Reutil, que GCC a créée et que nous sommes en train d’ouvrir à d’autres partenaires. Son objectif : réaliser l’inventaire des ressources disponibles. Ainsi, la pose et la consultation des annonces par les chantiers permettent de visualiser les matériaux et leur localisation. Cela peut être fait entre deux chantiers GCC ou entre un chantier GCC et un intervenant externe. Je citerai aussi FlyRénov, start-up interne au groupe, initialement spécialisée dans le nettoyage de façades, qui réalise également des travaux de peinture, notamment en cœur d’îlot, dans des endroits difficiles d’accès. Enfin, l’Île-de- France et le Grand Paris nous permettent de déployer des savoir-faire en matière de transformation de l’existant, de réhabilitation. » "La construction du Grand Paris est une opportunité historique pour la Métropole" Alice Hénault, directrice prospective & développement chez Loxam « La construction du Grand Paris porte une ambition très inspirante : faire de la région parisienne une métropole attractive et durable, capable de rivaliser avec d’autres métropoles mondiales et offrant un meilleur cadre de vie à tous ses habitants. La diversité des projets est grandiose : infrastructures de transport de premier plan, développement de nouveaux quartiers d’affaires, parc de logements, aménagements urbains et création d’espaces verts. C’est une ambition à la hauteur de celle des bâtisseurs du Paris du XIXe siècle comme Haussmann. Mais nous devons aussi répondre aux enjeux environnementaux du XXIe siècle dans une métropole très dense et notamment déployer des techniques de construction inédites qui minimisent les émissions carbone et l’impact sur l’environnement direct. J’y vois de nombreux défis en termes de gouvernance et de coordination, de financement et de gestion technique. Force est de constater que la Métropole du Grand Paris assure l’avancée des sujets et la coordination entre les collectivités locales avec efficacité. Pour une entreprise comme Loxam, leader français et européen de la location de matériels et d’engins, un tel projet est transformant. En effet, il requiert une organisation et des investissements en matériels pour servir tous les clients qui interviennent sur l’ensemble de ces projets. Sur le plan de l’organisation, nous avons mis en place une équipe commerciale dédiée, une « agence du Grand Paris », dont le rôle est d’apporter le conseil technique et le bon matériel à chaque client. Pour cela, cette structure fait appel à son réseau d’agences locales francilien. En termes d’investissements, nous avons complété notre parc avec les matériels adaptés et promouvons la gamme de matériels LoxGreen à motorisation électrique ou hybride, qui s’étoffe d’année en année et permet d’accomplir des travaux avec des émissions carbone réduites et surtout sans nuisance sonore, ce qui est l’élément souvent le plus apprécié en milieu urbain. Ce projet est une opportunité historique pour la Métropole et un lieu de tests et d’amélioration continue. Il l’est aussi pour l’entreprise. » "L'organisation du foncier favorise l'innovation" Laurent Granier, directeur commercial immobilier d'entreprise GSE Régions, délégué au développement des territoires et aux relations publiques « Ce qui est remarquable dans le Grand Paris, c’est que le foncier est organisé. Pour les opérateurs que nous sommes, la lecture de la stratégie des différentes strates de collectivités est claire. Nous savons quels usages sont prévus pour telle ou telle zone et qui sont les interlocuteurs concernés. Cela constitue un facteur clé pour innover, ce qui suppose toujours une vision à moyen et long termes.Le Schéma directeur de la région Île-de-France (Sdrif-e) constitue, à ce titre, un bon outil. Je soulignerai également l’existence de réserves foncières qui demeurent importantes, très bien desservies par la route et les transports en commun – je pense par exemple à Sénart – et qui le seront encore mieux avec l’ouverture des lignes du Grand Paris Express et de ses interconnexions avec le réseau de RER. Une des grandes innovations que nous accompagnons réside dans le fait que les opérateurs publics ne cèdent plus les emprises dédiées à l’activité mais les louent sur de très longues durées. Cela change et amène toute la chaîne de valeur à se réinventer. »
- Comment le Street Art enlumine le Grand Paris
En matière de Street Art, la banlieue parisienne n’a rien à envier à la capitale et contribue grandement, à travers ce domaine artistique, au rayonnement mondial du Grand Paris. Entre les fresques monumentales qui colorent ses communes, à faire pâlir de jalousie le 13e arrondissement connu pour ses peintures murales géantes, et les nouveaux lieux de création qu’elle abrite, comment la métropole s’affirme-t-elle déjà comme un épicentre des arts urbains ? Par Anthony Vincent Œuvre de Tcheko, Lek et Sowat, le long du canal Saint-Denis. Le graffiti est l’un des rares outils dont vous disposez si vous n’avez presque rien », a déclaré Banksy. Aussi célèbre que mystérieux, le plus connu des street artistes garde son identité secrète pour taguer ses œuvres douces-amères sur l’état de nos sociétés à travers le monde. Y compris à Paris, qui lui consacre même une exposition permanente, au 44 rue du Faubourg-Montmartre, dans le 9e arrondissement. Mais cet amour entre le street art et Paris s’étale bien au-delà de la Capitale, et ce, depuis au moins les années 1980, selon Nicolas Laugero-Lasserre, co-auteur du Que Sais-Je sur L’Art urbain : « On parle de graffiti pour désigner ce qui tient plutôt du lettrage (les graffeurs veulent souvent imposer leur “blaze”, c’est-à-dire leur nom, comme pour marquer leur territoire) et de street art pour ce qui est plus figuratif. Ces deux mouvements apparaissent assez conjointement en France à la fin des années 1970, inspirés de New York, et s’influencent mutuellement. Parmi les street artistes français pionniers, comptent notamment Jérôme Mesnager, Jef Aérosol, Speedy Graphito ou encore Miss.Tic. Généralement, ils ont déjà une activité en atelier, mais s’emparent des murs pour diffuser plus largement leur art et leurs messages, souvent politiques. » Elian Chali, « Conversation avec d’autres mondes ». Plutôt qu’une esthétique unique, un art de l’accessibilité Collectionneur de street art de la première heure et directeur de l’école d’ingénierie culturelle ICART, Nicolas Laugero-Lasserre tient à définir le street art non par une esthétique, une technique ou un médium unique (puisqu’il peut s’agir aussi bien de collage, de peinture, de pochoir, de muralisme, etc.), mais bien par son accessibilité : «Créer dans la rue, c’est vouloir œuvrer pour tout le monde, faire de la ville une galerie à ciel ouvert. » Les villes du Grand Paris l’ont bien compris, puisqu’elles investissent de plus en plus dans des fresques murales parfois monumentales afin d’embellir leurs quartiers, comme le souligne Nicolas Laugero-Lasserre : « Si le graffiti continue d’être réprimandé, le street art connaît un engouement de la part du grand public, du marché de l’art, mais aussi des collectivités qui commandent des œuvres comme un moyen pour valoriser leur territoire. Créer du beau et l’admirer ensemble peut favoriser les liens entre les gens. Embellir les murs, c’est susciter du mieux vivre, un sentiment d’appartenance et de cohésion. » Ainsi, pour entretenir cette topophilie (l’amour des lieux), les banlieues parisiennes font de plus en plus appel à des street artistes locaux, ce qui participe à leur institutionnalisation. On pourrait même parler de marketing territorial, puisque cette valorisation par le street art peut faire monter le marché immobilier local. Du côté d’Évry, dont Nicolas Laugero-Lasserre a d’ailleurs été directeur artistique pendant deux ans rue Père-André-Jarlan, se dresse une fresque de 46 mètres de long et 8 mètres de haut, signée Lek & Sowat (premiers artistes urbains à être entrés au Centre Pompidou) et intitulée ÉvryDay I’m Hustlin . Un peu plus loin, on peut aussi apercevoir The Spaghettist de Legz ou Laurita de Belin. C’est même tout le Grand Paris sud qui se colore, notam- ment via le festival de Wall Street Art, qui invite depuis 2015 à contempler les œuvres de street ar- tistes dans les villes de Bondoufle, Corbeil-Essonnes, Grigny ou encore Réau. Du côté de Vitry, à la sortie du RER, c’est le Robot de l’artiste Pixel Pancho que l’on découvre, tandis qu’à côté du MAC VAL, Kouka signe un hommage à Nelson Mandela. De gauche à droite : Hera of Herakut, « Enfant hérisson » ; Kashink, « Love always wins ». Le street art, une scène en voie d’institutionnalisation ? Alors que ce courant artistique date d’à peine 50- 70 ans en fonction des pays, avec beaucoup de talents autodidactes, la France et surtout le Grand Paris s’imposent déjà comme un acteur incontournable de cette scène désormais à son apogée. Les galeries spé- cialisées s’y multiplient comme Mathgoth (ouverte en 2010) et Fluctuart (en 2019) ; elles seraient une cinquantaine dans l’agglomération aujourd’hui. Les expositions à succès s’enchaînent aussi, à l’instar de Capitale(s), 60 ans d’art urbain à l’Hôtel de Ville de Paris, qui a attiré 280 000 visiteurs en 8 mois en 2022, et maintenant We Are Here au Petit Palais jusqu’au 17 novembre 2024. Le Centre Pompidou vient même de lancer officiellement sa collection d’art urbain en février 2024, en commençant par des œuvres de Gérard Zlotykamien, de Miss.Tic et du duo Lek & Sowat. Autre signe d’institutionnalisation :la pionnière du street art Tania Mouraud a rejoint l’Académie des Beaux-Arts en mars 2024.Cela s’agite aussi du côté privé. Pour preuve, le constructeur automobile Renault a annoncé en juin 2024 constituer une collection de street art, relais parfait de son engagement « en faveur d’un lien culturel à la fois populaire et novateur », précise le groupe. « La France compte probablement parmi les marchés d’art urbain les plus prolifiques au monde. On a une vingtaine de ventes aux enchères par an, dont certaines qui battent des records », s’enthousiasme Nicolas Laugero-Lasserre, également vice-président de Fluctuart et du Quai de la Photo. Œuvre d’Acidum Project, le long du canal Saint-Denis. La ruée vers le street art du Grand Paris Pour accompagner cet essor, de plus en plus d’intermédiaires se développent afin d’aider au mieux les artistes. C’est le cas de l’agence d’ingénierie culturelle éthique Terrart, où travaille la Chilo-brésilienne Agathae Montecinos. Elle-même fille d’une artiste urbaine qu’elle a aidée dans ses travaux, elle a d’abord pratiqué le graffiti puis ouvert une galerie au Brésil avant de s’installer à Paris en 2013. Après un premier mémoire sur l’institutionnalisation de l’art urbain, elle en a signé un autre sur sa dimension émancipatrice. C’est ce qui lui permet d’analyser avec finesse l’évolution de ce mouvement devenu marché institutionnalisé : « Dès 2014, j’ai travaillé sur la première exposition du ministère de la Culture dédiée aux arts urbains, Oxymores, qu’on peut considérer comme le point zéro de l’institutionnalisation de ce domaine en France. Depuis, le secteur s’est grandement professionnalisé, on compte plus de 300 associations et une trentaine d’agences, avec une forte concentration en Île-de- France. » Quand elle compare l’état du marché des arts urbains entre Sao Polo et le Grand Paris, deux capitales culturelles fortes, la directrice artistique et de production de Terrart constate une différence notable autour des arts urbains : « On a une culture de l’investissement dans l’art qui est beaucoup plus présente en France qu’au Brésil. En revanche, il est beaucoup plus simple de s’emparer de l’espace public au Brésil qu’en France. Ici, on va peut-être trouver plus facile- ment des financements publics ou privés pour réaliser un projet, mais il y a beaucoup d’administratif bureaucratique qui peut freiner les artistes. » Malgré la relative phobie administrative de certains artistes, le Grand Paris devient quand même une magnifique galerie participative à ciel ouvert, les territoires y trouvant un moyen de démocratiser l’art de manière visible, durable et... peu cher. « Les soutiens à l’art urbain grandissent, mais restent bien inférieurs aux sommes investies dans le spectacle vivant et d’autres formes d’art contemporain, pour le moment », constate Agathae Montecinos, qui œuvre justement à équilibrer les choses. De gauche à droite : Paola Delfin & Collectif Art, «Mère et filles» ; Kashink,«You’re a winner baby !». L’histoire du Grand Paris s’écrit depuis longtemps en street art et graffitis L’essor du street art permet aussi de valoriser un pan de la culture des quartiers populaires souvent invisibilisés ou discriminés. En témoigne particulièrement la Street Art Avenue, un parcours d’art urbain de 5 kilomètres reliant Saint-Denis à Paris La Villette, en passant par Aubervilliers. De quoi incarner de façon visible, matérielle et palpable ce lien entre la Capitale et sa banlieue, et inviter à la contemplation de la trentaine d’œuvres qui rythment cette promenade. Guate Mao, les Sœurs Chevalme, Amoor, Skio, Jeniale, Dawal, Seth, Zest, Telmo Miel, Tarek Benaoum, Polar ou encore Marko93 ont chacun apporté leur patte au fil de l’eau du canal Saint-Denis.« Il y a aussi énormément de murs d’expression libre sur cette avenue, donc elle est sans cesse enrichie par la vie du territoire lui-même. Des artistes de toute la France et même au-delà viennent s’y exprimer, mais aussi beaucoup de locaux », se réjouit Agathae Montecinos, qui s’occupe depuis 2023 de la Street Art Avenue, via Terrart. Ce canal a même servi de lieu de passa- ge central dans le cadre des Jeux olympiques et pa- ralympiques de 2024, puisqu’il a permis de relier les équipements olympiques parisiens à ceux de Plaine Commune. C’était donc un projet emblématique de l’Olympiade Culturelle. En parlant des JO, Visa, qui en était l’un des plus grands sponsors, a d’ailleurs choisi le street art pour communiquer durant ce temps fort, en demandant à des street artistes de repeindre des aéroports et des gares du Grand Paris.Tandis que les rues et les ateliers intra-muros sont déjà plus que saturés, l’ancienne garde et la jeune création du street art trouvent depuis longtemps leur effervescence en banlieue. Par exemple, à travers la friche industrielle devenue pépinière de talents qu’est Le 6b depuis 2010 à Saint-Denis, avec ses 200 rési- dents artistiques. De son côté, après ses débuts en 2020 dans une tour de bureaux à Clichy, l’incuba- teur Poush s’est installé en 2022 à Aubervilliers dans une ancienne usine de parfumerie pour donner plus de place à ses 200 artistes. Inauguré en juin 2024, le Garage B, ancien garage situé dans le parc de la Bergère du côté de Bobigny, a, quant à lui, tout pour devenir un haut lieu du street art, fort des réalisations in situ d’Olivia de Bona, de Marko93, Sifat, Vinie ou encore Lady K. Bref, en tant qu’art populaire, le street art a naturellement su trouver sa force dans la banlieue parisienne et continue de s’y épanouir, avec toujours plus de soutien des collectivités, tout en influençant la Capitale. L’histoire du Grand Paris s’écrit donc aussi, et depuis longtemps, à coups de muralismes, pochoirs, mosaïques et graffitis. Insane 51, « Olympic spirit ». 8 HAUTS LIEUX DES ARTS URBAINS DU GRAND PARIS La Street Art Avenue , 93200 Saint-Denis. Garage B , parc départemental de la Bergère, 93000 Bobigny. Le 6b , 6-10 Quai de Seine, 93200 Saint-Denis. Le Poush , 153 avenue Jean-Jaurès, 93300 Aubervilliers. Les Puces de Saint-Ouen , 110 rue des Rosiers, 93400 Saint-Ouen-sur-Seine. La Legend Boutique , tenue parle street artiste Rebus Fdk, 2 rue Jean-Jaurès, 93200 Saint-Denis. Fluctuart - Centre d’art urbain ,2 Port-du-Gros-Caillou, 75007 Paris. Galerie Mathgoth , 34 rue Hélène-Brion, 75013 Paris.
- 1928, le métro se prolonge en banlieue
À la fin des années 30, les autorités départementales de la Seine décident de prolonger le métro en dehors des limites de la capitale. Un projet ambitieux qui aura demandé près d'un siècle. Le 13 juin 2024 fera date dans l’Histoire des transports parisiens. Pourtant, ce qui s’est passé a eu peu d’écho dans les médias, qui ont surtout relevé la mise en service, ce jour, de l’extension à Rosny Bois Perrier de la ligne 11. Or, la portée de cet événement est bien plus grande, puisqu’il marque la réalisation (enfin) complète du programme des extensions du métro décidé en... 1928. Il aura donc fallu 96 ans pour que l’ensemble des 15 prolongements envisagés alors soit intégralement réalisé. À la toute fin du XIXe siècle, la Ville de Paris, après 50 ans de bataille avec l’État et les grandes compagnies de chemins de fer, obtient enfin la liberté de construire son métro. Ce réseau, qui est l’un des plus denses du monde avec ses stations très rapprochées, commence à être opérationnel à partir de juillet 1900 pour l’Exposition universelle. Voulu par la Ville, il est aussi intégralement à sa charge et ce sont ses ingénieurs, le célèbre Fulgence Bienvenüe en tête, qui en assurent la construction. L’objectif est de réaliser le plus rapidement possible une couverture quasi complète de l’ensemble des quartiers de la Capitale. S’il est exploité en concession par la CMP, la Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris, c’est bien la Ville qui définit le tracé des lignes et l’implantation des stations. On comprend donc assez facilement que ce réseau se heurte alors à une fron- tière infranchissable, les limites de la Capitale. Un plan d’extension finalisé en 1929 Du reste, pourquoi Paris financerait-elle un métro pour desservir d’autres communes ? Il existe d’ailleurs d’autres réseaux de train, de tramway et d’auto- bus qui s’en chargent parfaitement. Rappelons qu’à cette époque, tous les modes de transport – train, tramway, autobus, métro et bateaux sur la Seine – sont en concurrence. Pas de pass Navigo bien sûr, ni de régulation au sens où on l’entend aujourd’hui. De fait, le métro fait un peu place nette dans la Capitale, laissant les autres modes dans des conditions économiques souvent délicates. La Première Guerre mondiale, qui ruine littéralement le pays, aggrave encore la situation financière d’un grand nombre de compagnies, en particulier pour les tramways répartis en sociétés nombreuses et d’importance inégale. À partir de 1921, le département de la Seine reprend directement en main l’exploitation des transports de surface, bus, tramways et bateaux, placés sous l’égide de la STCRP, la Société des transports en commun de la région parisienne. Prolonger les lignes devient une nécessité Et le métro dans tout ça ? Si la situation est sérieuse en raison d’une inflation galopante et d’un régime de concession qui n’est plus adapté, ce n’est pas encore la faillite. La CMP se rapproche tout de même de son concurrent le Nord-Sud apparu en 1910, avec lequel un accord de fusion est approuvé à compter de 1930. La reprise en main directe de l’exploitation par le département de la Seine crée pourtant un précédent qui a bientôt des conséquences pour le métro. La situation sociologique, démographique et bien sûr économique ne permet plus de raisonner au seul niveau parisien. De nombreux habitants de la Capitale ont quitté la ville pour s’installer en banlieue où sont d’ailleurs concentrés de nombreux emplois. Le métro qui s’arrête aux portes de Paris ne peut plus les ignorer. Prolonger les lignes qui venaient buter sur les fortifications devient une nécessité, alors que l’on détruit la muraille censée protéger Paris. En 1928, le principe du prolongement en banlieue du métro est enfin arrêté. Le plan mis au point par le département prévoit le prolongement de 15 sections de lignes qui s’arrêtent alors aux limites de Paris. Finalisé en 1929, le plan d’extension est tout de suite mis en chantier. À cette époque, et malgré des moyens que l’on jugerait aujourd’hui rudimentaires, le métro se construit à grande vitesse. Les trois quarts du ré- seau que nous connaissons aujourd’hui ont été ouverts avant 1939. À ce rythme-là, pendant que les chan- tiers se poursuivent dans la Capitale pour desservir de nouveaux quartiers, on peut espérer boucler ce plan d’extension assez rapidement, une quinzaine d’années peut-être, puisqu’il ne s’agit que d’ajouter une ou deux stations supplémentaires par ligne. Et ça commence assez rapidement, dès 1934, avec une première exten- sion de la ligne 9 vers Boulogne, bientôt suivie de la ligne 1 à Vincennes, de la 12 à Issy-les-Moulineaux, de la 3 à Levallois,de la 1 à Neuilly,de la 9 à Mon- treuil. En 1937, la toute nouvelle ligne 11, ouverte en 1935, gagne une station supplémentaire à Mairie des Lilas, première étape de son prolongement vers la place Carnot à Romainville. Achèvement du plan initial en juin 2024 Malheureusement, ce bel élan est stoppé net par la guerre qui commence en septembre 1939. Deux extensions sont alors en cours pour les lignes 5 et 8, ouvertes en 1942. Deux autres sont effectuées au ralenti, la 7 à Ivry, ouverte en 1946, et la 13 à Saint- Denis, qui attendra 1952. Ensuite... plus rien ! Le plan de 1928 n’est plus une priorité, alors que les moyens sont tournés vers la reconstruction. Il faudra attendre 1970 pour que le programme des prolongements re- prenne timidement, totalement en dehors du schéma des années 20. Pourtant, au fil des années, certaines extensions imaginées auparavant sont finalement réalisées : la 7 à Aubervilliers en 1979, la 13 à Clichy en 1980, la 12 à Saint-Denis en 2012 et la 4 à Montrouge en 2013. Ne reste alors qu’un seul prolongement du plan initial qui n’a pas encore été construit, celui de la 11 à Romainville. Depuis le 13 juin, c’est enfin chose faite, avec une magnifique station Romainville-Carnot espérée depuis si longtemps par ses usagers. Philippe-Enrico Attal , est journaliste et photographe pour les publications de La Vie du Rail et des éditions historiques Soteca. Il est spécialisé dans les questions de transport, d’histoire contemporaine et de société.Il a publié Histoire de la Construction du métro en 2017, Les Transports Parisiens (2018), Paris une capitale déserte (2022) chez Soteca Éditions. En septembre 2024, son ouvrage Le Grand Pari du Métro, écrit avec Julian Pépinster, est publié par La Vie du Rail en collaboration avec la RATP.
- Cinq lieux dans le Grand Paris
Sur la Seine en ski nautique avec vue imprenable sur la skyline de la Défense, sur un court de jeu de paume construit sous Henri IV ou sur la piste du vélodrome national... en cette année olympique, voici quelques-unes des escapades sportives du guide des grands parisiens, sorti le 7 juin dernier, fruit de la collaboration entre le média indépendant Enlarge your Paris et le centre de création des magasins généraux à Pantin. Par Renaud Charles. Le ski nautique du Club de Paris, un cadre exceptionnel Sur les rives de la Seine, en lisière du bois de Boulogne (16e), le Ski nautique Club de Paris offre un paysage de carte postale pour pratiquer la glisse. En toile de fond, la skyline de La Défense se dessine devant vos yeux ébahis tandis que vos mains tiennent fermement le palonnier et que vos pieds reposent sur des skis ou un wakeboard. Une fois votre session terminée, faites durer le plaisir en prenant un verre sur le ponton tout en profitant de la vue. Ski nautique Club de Paris, 1, allée du Bord-de-l’Eau, Paris (16e). Fermé le mardi et le jeudi.Tarifs : 60€ le baptême, 50€ pour les moins de 18 ans, 40€ pour les moins de 10 ans. Tél. : 06 14 61 87 51. Accès : métro Boulogne – Pont de Saint-Cloud (ligne 10). Infos et réservations sur skinautiqueclubdeparis.com Le vélodrome national, une piste aux étoiles ouverte à tous Il a servi d’écrin pour les Jeux olympiques de 2024 à Paris. Pour autant, le Vélodrome national de Saint- Quentin-en-Yvelines (Yvelines) ne se destine pas exclusivement aux professionnels du guidon. Des baptêmes sont organisés chaque semaine (hors compétitions) pour permettre à chacun de se mesu- rer à cet anneau de vitesse et à ses virages à l’inclinai- son vertigineuse. Vous allez aimer tourner en rond. Baptême sur la piste du Vélodrome national, 1, rue Laurent-Fignon, Montigny-le-Bretonneux (78). Tarif : 49€ la session d’une heure (matériel inclus). Accès : gare de Saint-Quentin-en-Yvelines (lignes N et U, RER C). Infos et réservations sur velodrome-national.com La fosse de plongée aqua Hauts-de-Seine, le Grand Bleu dans le Grand Paris La plongée en apnée ne se résume pas à boucher son nez et mettre la tête sous l’eau ! À Villeneuve-la- Garenne (Hauts-de-Seine), vous pouvez vous entraîner à cette pratique popularisée par le film Le Grand Bleu grâce à quatre fosses de respectivement 2,5, 5, 10 et 20 mètres de profondeur. L’immersion se fait de façon autonome pour les plongeurs confirmés, mais les débutants peuvent évidemment découvrir ce sport en étant guidés par des instructeurs qualifiés (et parfois même champions du monde comme Umberto Pelizzari). Fosse de plongée Aqua Hauts-de-Seine, 119, boulevard Charles-de-Gaulle, Villeneuve-la-Garenne (92). Ouvert tous les jours. Tarifs : baptême d’une heure à 26 €, pass 10 séances à 187€. Tél. : 01 40 85 81 28.Accès : métro Porte de Clignancourt ou Mairie de Saint-Ouen puis bus 137 arrêt Villeneuve-la-Garenne Z.I. Nord. Plus d’infos sur ucpa.com Les pistes cyclables de la forêt de Rambouillet, pour s'échapper loin des pots d'échappements Avec 70 kilomètres de pistes cyclables goudronnées, la forêt de Rambouillet (Yvelines) offre un cadre rêvé pour des balades à vélo. Si vous n’en possédez pas, qu’importe : vous en trouverez sur place chez Loca Cycles (directement en forêt de Rambouillet), aux Vélos d’Emily (à 1,7 kilomètre de la gare de Rambouillet) ou bien chez Toc-Toc Location de vélos (à 900 mètres de la gare de Rambouillet). Maintenant, imaginez-vous mollets au vent, vous frayant un chemin dans cette jungle verte aussi grande que Paris. Et n’ayez crainte, tout est fléché. La carte des pistes cyclables de la forêt de Rambouillet est à retrouver sur AF3v.org . Accès : gare de Rambouillet (ligne N). La salle du jeu de paume du Château de Fontainebleau, un court de prestige Ancêtre du tennis et premier sport de raquette au monde, le Jeu de paume a quasiment disparu de la surface de l’Hexagone. Pratiqué par les rois, il connut son apogée au XVIIe siècle avec près de 500 courts. Aujourd’hui, il n’en reste que très peu, dont un construit sous Henri IV dans le château de Fontainebleau (Seine-et-Marne). Et le plus incroyable, c’est que vous pouvez vous y exercer lors de séances de découverte de 1 h 15 encadrées par le Cercle du Jeu de paume. Une bonne manière de mêler sport et histoire. Cercle du Jeu de paume dans le château de Fontainebleau, boulevard Magenta, Fontainebleau (77). Tarifs : 30 € par personne + 10 € par personne supplémentaire pour les séances d’initiation. Tél. : 01 64 22 47 67. Accès : gare de Fontainebleau – Avon (ligne R). Plus d’infos sur Facebook. Le Guide des Grands Parisiens , par Enlarge your Paris et les Magasins généraux. 224 p. 20 €. Disponible en librairie et en ligne. Plus d’infos sur guidedesgrandsparisiens.fr
- "Apprentissage, apprentissage, apprentissage ! Il faut former la jeunesse aux métiers du bâtiments"
Mathieu Gunduz, président de l'entreprise de construction SBG-Lutèce, ouvre son carnet de commandes et livre son sentiment sur la crise que traverse le secteur. Comment se porte SBG Lutèce dans le contexte de la crise de la construction immobilière ? SBG Lutèce est une belle PME de 250 salariés qui a fêté ses 20 ans en 2023. Implantés dans l’Essonne, nous réalisons des travaux de construction et de rénovation lourde. Avec de grands promoteurs, nous produisons 1 500 logements par an en moyenne ainsi que des bureaux et des équipements. Nous avons livré en 2022 une clinique de 9 000 m2 pour le réseau Korian à Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis). Nous avons signé pour la France entière l’ensemble des piscines Calicéo. C’est un marché assez ouvrageux, car technique. Le concept de ces centres de bien-être a été lancé à Lyon. Le public peut se baigner, mais aussi profiter d’un spa, de soins, d’activités sportives... L’idée tient la route, ça devient un vrai business. En Île-de-France, des chantiers ont démarré à Cormeilles-en-Parisis (Val-d’Oise), Moissy Cramayel (Seine-et-Marne), Saint-Cyr-l’École (Yvelines) et Lieusaint (Seine-et-Marne). En tout, dans la région, SBG Lutèce conduit une vingtaine de projets actuellement. Depuis 2018, nous maintenons notre chiffre d’affaires autour des 80-90 millions d’euros. Pour le moment, nous n’avons pas de plan de licenciement. Mais pour ne rien vous cacher, compte tenu de la conjoncture, lorsque des gens quittent la société, on ne les remplace pas. Il faut se serrer la ceinture. On a bien des appels d’offres, on y répond. Mais comme les promoteurs n’arrivent pas à vendre, les dossiers se retrouvent dans des tiroirs. Nouveau métro Grand Paris Express, Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024... Comment abordez-vous les grands projets franciliens du moment ? Jusqu’à présent, les majors de la construction étaient concentrées sur le Grand Paris Express et ça nous arrangeait bien. Mais, dès lors que l’achèvement du nouveau réseau approche, elles reviennent sur notre terrain. Quant aux Jeux olympiques, cela ne nous a pas beaucoup aidés. Avec un impondérable : les élections législatives. Car, comme vous le savez, six mois avant et six mois après, la vie s’arrête en France. Si la politique du prédécesseur ne convient pas à la nouvelle mise en place, alors, elle est démolie. Tout cela retarde l’obtention de permis de construire et les mises en chantier. Si vous aviez carte blanche, comment feriez-vous évoluer les règles du secteur de la construction ? En France, les décideurs, ce sont les maires et il faut des maires bâtisseurs. On a un tel besoin de logements qu’il faudrait en construire 500 000 par an jusqu’en 2035. On a pu atteindre les 200-280 000 logements produits, mais avec la crise, c’est tombé à 125-150 000. Les préfectures devraient rappeler aux maires non bâtisseurs qu’il y a des besoins. Il faudrait aussi impliquer les jeunes dans cet effort et que l’État nous aide à les former dans les entreprises. Apprentissage, apprentissage, apprentissage ! Il faut former la jeunesse aux métiers du bâtiment, sans quoi, d’ici quelques années, on ne trouvera plus personne pour travailler.
- Vers une refonte du modèle de coopération entre l'Île-de-France et les territoires
Sans totalement partager les constats, un sociologue, un géographe et un élu local observent une France en transition et à la recherche d’un nouveau modèle d’interterritorialité. Le phénomène, amplifié par la succession de crises récentes, trouverait sa solution dans une valorisation des forces et atouts des territoires, et l’acception d’une région capitale « monde », fer de lance du pays. Par Fabienne Proux. Comment reconnecter l’Île-de-France et Paris d’un côté, et la province de l’autre ? C’est à cette complexe question que les élus nationaux et locaux sont confrontés. Car pour de nombreux observateurs, l’organisation territoriale est désormais obsolète et a surtout montré qu’elle avait atteint ses limites, en particulier depuis la crise sanitaire, suivie par la crise énergétique, posant des questions de souveraineté nationale dans un contexte de transition écologique. Si pour le sociologue Jean Viard la pandémie de Covid-19 a été « un accélérateur des tendances » qui étaient sous-jacentes, les enjeux de la transition environnementale rebattent, selon Daniel Béhar, les cartes des relations interterritoriales et font bouger les lignes. À l’instar de la souveraineté industrielle et productive, qui « remet à l’ordre du jour les systèmes productifs et la construction des chaînes de valeur », comme le souligne le géographe, professeur émérite à l’École d’Urbanisme de Paris. Ce changement de paradigme en cours, couplé à l’absence d’aménagement du territoire, perturbe les équilibres territoriaux qui prévalaient depuis près d’une vingtaine d’années, dans le sillage notamment de la création du Grand Paris, dont le nouveau métro est l’un des outils de mise en œuvre. Sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy et Christian Blanc, l’idée qui a émergé en 2007 avait pour vocation d’assurer la compétitivité internationale de la France en créant des clusters, entre autres sur le plateau de Saclay, en mesure de rivaliser avec les leaders mondiaux. « La question de la relation aux autres territoires français ne se posait pas, car l’intégration du territoire en France est telle que les effets redistributifs de la carte “Paris monde” devaient ruisseler de manière mécanique sur le reste du pays », explique Daniel Béhar, qui observe que, dès lors, « nous avons été jusqu’à récemment dans un moment d’indifférence mutuelle dont le Grand Paris est emblématique ». Par mimétisme, les grandes métropoles régionales ont aussi voulu devenir des métropoles européennes et jouer sur les facteurs d’attractivité. « Tous les grands projets urbains (Euroméditérranée, Euratlan- tique, l’Île de Nantes) jouent ce positionnement dans la mondialisation », note le géographe. Dès lors, les élus métropolitains s’occupaient de la mondialisation et de leur voisinage, et « le rapport à Paris fonction- nait naturellement ». Mais les récentes évolutions si- multanées sont venues chambouler cet état de fait et surtout la logique verticale (du global vers le local). Au final, « le projet du grand Paris génère quelque chose de totalement différent des hypothèses émises à l’origine... », relève Daniel Béhar, puisque la société évolue différemment par rapport aux postulats de départ. Un modèle hybride En effet, depuis la crise sanitaire de 2020, les Français ont moins d’appétence pour les grandes métropoles dans lesquelles densité rime avec difficulté à se loger et moindre qualité de vie, même si l’exode urbain n’a pas vraiment eu lieu. Alors que 67 % d’entre eux vivent dans une maison avec jardin, les Français aspire- raient beaucoup moins à résider dans les grandes villes, où l’insécurité, les conflits d’intérêt (cyclistes/ automobilistes, cyclistes/piétons, ultra riches/grande pauvreté...), la pollution croissent proportionnelle- ment à l’augmentation de leur population. « Dans la ville, on a construit une logique de métropole tout en arrêtant de faire de l’aménagement du territoire », pointe Jean Viard. « Dès lors, les Français, qui ont perdu tout repère, n’y comprennent plus rien dans le millefeuille territorial et la répartition des compétences. » Pour Jean-Christophe Fromantin aussi, « nous sommes arrivés au bout d’un système, cette construc- tion en millefeuille, territoriale et normative, avec l’empilement des schémas, dont la vision est dépassée (Sdrif, SCoT, PMHH...), ne peut plus durer. Cela crée une inertie considérable et une conflictualité entre élus ». S’inscrivant en faux contre l’essor de la « métropolarisation », le maire de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) constate le même phénomène : « Partout dans le monde, même en Chine, les pays qui entreprennent une refonte de l’aménagement recréent une relation entre l’urbain et le rural, reconvertissent leurs métropoles en territoires moins denses où les gens aspirent à vivre. » Ce que Jean Viard appelle « la proximité robuste », c’est-à-dire celle où les habitants retrouvent des services basiques : une maison de santé, un collège, une gendarmerie, un terrain de football, un marché, une salle des fêtes, soit « la base d’une société moderne et démocratique que nous n’avons plus ». Au final, « on a voulu gouverner de manière verticale des gens qui ont une vie horizontale », résume le sociologue. Parallèlement, on assiste au développement d’un modèle hybride avec, à cause de la généralisation du télé- travail, une partie de la population qui vit la semaine en région parisienne et le week-end en province où elle déplace certaines de ses activités économiques (coiffeur, opticien...) et de moins en moins de per- sonnes qui travaillent dans la même commune que celle de leur domicile (chaque Français parcourant en moyenne 70 kilomètres par jour). Aussi, les villes deviennent, selon Jean Viard, « des carrefours », soit une machine pour l’éducation, la fête, la culture, le tourisme, la rencontre, mais « ce n’est plus une machine pour habiter ». « Une France qui se remorcelle » Des « carrefours particulièrement stratégiques dans la mondialisation », renchérit Jean-Christophe Fromantin, puisqu’ils deviennent des lieux d’échanges. « Mais cela ne veut pas dire qu’ils seront des espaces d’hyper-concentrations démographiques. Au contrai- re. Leur intensité prime sur leur densité. » Car le maire de Neuilly-sur-Seine en est convaincu : « Fort d’une vision plus équilibrée du peuplement, du système économique et de l’aménagement du territoire, on neutralisera un certain nombre de difficultés, notamment sur le logement, dont les tensions sont provoquées d’abord par les asymétries accumulées de notre développement territorial. » Mais « les trajectoires résidentielles des populations ne favorisent-elles pas les interactions territoriales entre métropoles, villes moyennes et ruralité ? » interroge Daniel Béhar, reprenant une idée défendue par le sociologue et économiste Pierre Veltz. En Eure- et-Loir par exemple, « les flux s’effectuent dans les deux sens et les gens utilisent la métropole parisienne à distance, car ils peuvent venir y travailler deux jours par semaine », poursuit le géographe. Mais ce qui est surtout nouveau pour ce dernier, c’est qu’autour des questions de transition environnementale et de souveraineté, « on voit émerger un besoin de régulation ». Reste à savoir si « cette question de régulation nécessite ou non des politiques publiques ». Aussi, plutôt que d’opposer l’Île-de-France et le reste de l’Hexagone, Jean Viard préfère miser sur les atouts de chacun d’entre eux. Il préconise de renforcer le pouvoir économique des territoires, de valoriser leurs singularités et d’identifier leurs moteurs de richesse, pour pouvoir ensuite les adapter aux besoins. « Tout en acceptant de considérer que le moteur économique, industriel, universitaire et créatif extrêmement puissant constitué par Paris et l’Île-de-France soit la ville monde de l’Union européenne qui s’articule avec New York, Los Angeles et Shanghai, et pas unique- ment la capitale de la France ». Et dès lors, « vous avez une France qui se remorcelle », conclut Jean Viard.
- EDF, un acteur majeur de la transition énergétique
Le groupe EDF propose des offres et solutions pour accompagnerses clients dans la décarbonation de leurs activités. Birgit Fratzke-Weiss, Directrice Commerce IDF, présente des exemples sur le territoire de la Métropole du Grand Paris. EDF était Partenaire Premium et Fournisseur officiel d’électricité renouvelable des Jeux Olympiqueset Paralympiques de Paris 2024. Pouvez-vous nous évoquer une réalisation restée en héritage et qui contribue à l’objectif de neutralité carbone ? Pour contribuer à réduire l’empreinte carbone des Jeux de Paris 2024, le groupe EDF a mis à leur service tout son savoir-faire et sa capacité d’innovation en matière d’offres et de solutions bas carbone. Parmila dizaine de projets, je citerai le Centre Aquatique Olympique, porté également par la Métropole du Grand Paris. La voûte inversée de sa toiture supporte 4 200 m2 de panneaux photovoltaïques. Installés par EDF ENR, ils produisent environ 20 % des besoins en électricité. Dalkia, filiale à 100 % d’EDF, assure l’ensemble des opérations techniques de maintenance du système énergétique et porte l’engagement de performance énergétique. Le bâtiment est alimenté par des énergies renouvelables et de récupération pour la thermique et l’électricité. J’évoquerai aussi l’offre de fourniture développée pour les Jeux de Paris 2024. EDF est désormais en mesure de fournir de l’électricité 100 % renouvelable sur des branchements provisoires communicants à travers des Garanties d’Origine Standards. Un grand pas vers la décarbo- nation des grands événements. Plus largement, pouvez-vous décrire commentle groupe EDF accompagne d’autres grands projets et la stratégie climat du Grand Paris ? Nous avons développé des solutions permettant à tous nos clients de mesurer leur impact CO2 et de réussir la transition énergétique de leurs activités tout en développant leur compétitivité. Par exemple, pour les projets « Inventons la Métropole du Grand Paris », nous proposons des solutions d’autoconsommation solaires, des pompes à chaleur, de la cogénération, des outils numériques de suivi des consommations, des solutions d’exploitation et de maintenance ainsi que des infrastructures de recharge de véhicules électriques, etc. Par la mobilisation des expertises du groupe EDF, nous sommes investis aux côtés de nos clients pour permettre à tous les acteurs économiques d’engager les projets nécessaires à la transition écologique du territoire. Ainsi accompagnée par le groupe EDF, l’entreprise B.J.F., acteur de la construction qui est intervenu sur de nombreux chantiers franciliens, a inauguré une installation d’autoconsommation solaire sur le toit de son siège social à Chelles. Cette opération représente un potentiel de production d’au moins 50 % de sa consommation d’électricité. Pour s’engager dans le type de projets que vous citez, les acteurs économiques ont besoin de visibilité à moyen terme. Que propose le groupe EDF pour aider les entreprises et collectivités à stabiliser leurs budgets énergétiques ? Notre offre de détail moyen terme, à horizon 4 ou5 ans, assure à nos clients une stabilité des prix de l’électricité et donc une visibilité sur le long terme du budget à consacrer à l’énergie. En effet, les prix à terme de l’électricité, à des horizons de 3 à 5 ans, sont beaucoup plus stables. C’est un bon moyen de se prémunir d’une volatilité des prix de court terme, telle que nous l’avons connue en 2022 et 2023. Avec la stabilité et le niveau de prix proposé, cette offre contribue pleinement à la compétitivité de nos clients.
- Regards croisés
Maires, conseillers métropolitains, présidents de conseil départemental, d’établissement public territorial ou de communauté d’agglomération, conseillers régionaux ou aménageurs, tous membres de l’association Acteurs du Grand Paris, confrontent leurs regards croisés de Grands Parisiens sur la décennie écoulée de construction du Grand Paris, le projet à date et ses perspectives futures. Propos recueillis par Catherine Bernard, Emmanuelle Chaudieu, Elena Jeudy-Ballini et Jacques Paquier. « Le Grand Paris avance » PHILIPPE LAURENT MAIRE DE SCEAUX (HAUTS-DE-SEINE) ET 2E VICE-PRÉSIDENT DE LA MÉTROPOLE DU GRAND PARIS « Dans l’ensemble des grandes villes de France, la structuration métropolitaine date de plus de 50 ans. Personne ne la remet en cause. À Paris, il a fallu attendre 2016 pour que la Capitale soit dotée d’une institution, la Métropole du Grand Paris, capable enfin d’associer l’ensemble des communes et des maires de l’agglomération dense dans une gouvernance et des objectifs partagés : attractivité, solidarité territoriale, accompagnement des communes dans les transitions écologique, énergétique et numérique, soutien à l’innovation urbaine. Sur ces objectifs, le Grand Paris avance. Le Schéma de cohérence territoriale a été, par exemple, adopté par 94 % de l’assemblée métropolitaine. D’importantes politiques d’investissement, par exemple la protection contre les inondations, ont été engagées. Le rééquilibrage territorial est en cours. Il faut maintenant doter la MGP, la métropole des maires, des moyens budgétaires nécessaires à l’intensification de ces politiques, comme cela était d’ailleurs prévu originellement. Aller au bout de la logique engagée il y a 8 ans, pour une métropole plus solidaire, plus attractive et encore plus agréable à vivre. » « Il faut porter des projets qui changent vraiment la vie des gens » STÉPHANE TROUSSEL PRÉSIDENT DE LA SEINE-SAINT-DENIS « Une organisation propre à la zone dense est nécessaire pour faire face à un certain nombre de défis, de problématiques qui lui sont spécifiques. Personnellement, je crois que toute réflexion institutionnelle sur cette zone dense, que l’on peut élargir au périmètre régional, doit avoir deux grands principes, deux boussoles : d’abord, il faut redonner de la légitimité démocratique à nos institutions parce que sinon on ne peut pas verser des larmes de crocodile sur la faiblesse de la participation des citoyens à un certain nombre de scrutins, dès lors qu’ils ne voient pas le sens de l’action de nos institutions. La deuxième chose, c’est que dans ce territoire du Grand Paris, et qu’encore une fois on peut élargir au périmètre régional, qui est à la fois le lieu le plus puissant, le plus riche de l’Hexagone, est aussi traversé par les plus grandes fractures, par les plus grandes ségrégations, et donc la deuxième boussole doit être de rechercher l’égalité, le rééquilibrage territorial. Cela passe par un certain nombre de grands projets concrets. Je pense bien évidemment au Grand Paris Express et aux transports en commun :le prolongement de la ligne 11, la réalisation de la ligne 14 jusqu’à Saint-Denis Pleyel, cela participe de ce rééquilibrage indispensable. Pour que l’on ait un développement plus harmonieux de cette zone dense, il faut une réflexion organisationnelle mais il faut surtout porter des projets qui changent vraiment la vie des gens. Parce que quand les transports vont permettre notamment de mettre les habitants de l’est parisien dans la même situation que ceux de Paris intra-muros, cela changera tout dans leur sentiment d’appartenance à ce Grand Paris. » « La Métropole du Grand Paris possède indéniablement des atouts en matière de biodiversité » BRIGITTE MARSIGNY MAIRE DE NOISY-LE-GRAND (SEINE-SAINT-DENIS) ET CONSEILLÈRE MÉTROPOLITAINE DÉLÉGUÉE AUX ESPACES BOISÉS ET AUX FORÊTS « Pour exister et peser à l’échelle européenne et internationale, il est indispensable de disposer d’une métropole forte, dynamique et attractive, capable de répondre aux besoins divers et variés, tels que le logement, le transport, le défi climatique et le développement économique. Avec les 131 communes réunies, je suis convaincue que ces objectifs peuvent être atteints, dessinant ainsi le canevas du futur de notre territoire. La Métropole du Grand Paris fait face à des enjeux majeurs en matière d’environnement et de biodiversité. Mais elle possède indéniablement des atouts en la matière avec ses vastes espaces verts. Afin de développer ce patrimoine, nous portons des actions ambitieuses, non seulement pour protéger, mais aussi renforcer cette richesse naturelle.En avril 2022, nous avons, par exemple, voté le plan biodiversité métropolitain qui s’est traduit par la mise en place de 13 mesures prioritaires, dont la création d’un fonds biodiversité. Parmi les initiatives métropolitaines, Noisy-le-Grand a candidaté à plusieurs appels à projets, notamment celui de la “solarisation” – qui prévoit des études sur le potentiel solaire des bâtiments communaux pendant trois ans – ainsi qu’au programme “Quartiers métropolitains d’innovation”, l’un des plus vastes projets d’expérimentation urbaine en Europe, lancé par la Métropole du Grand Paris en partenariat avec d’autres acteurs. » « Aucune vision alternative à la loi NOTRe ne fait l’unanimité » JEAN-FRANÇOIS VIGIER MAIRE DE BURES-SUR-YVETTE (ESSONNE)ET CONSEILLER RÉGIONAL D’ÎLE-DE-FRANCE « La question du Grand Paris se pose avec plus d’acuité depuis la création de la Métropole et des établissements publics territoriaux. L’organisation territoriale créée par la loi NOTRe ne satisfait personne, mais il n’existe, pour l’heure, aucune vision alternative qui fasse l’unité. Je l’avais déjà constaté, en 2017, lorsque le forum métropolitain que je présidais n’était pas parvenu à prendre une position claire sur la question. De mon côté, étant élu de grande couronne, je fais partie de ceux qui estiment que le bon périmètre de la Métropole est la Région. J’estime également que l’Île-de-France doit exercer des compétences nouvelles : c’est le sens du rapport « Pour un choc de décentralisation en Île-de-France », que j’ai rédigé, et par lequel, avec Valérie Pécresse, nous demandons 45 compétences nouvelles à l’État. Celui-ci doit nous répondre avant la fin de l’année. » « Montrer que les banlieues sont une chance pour notre pays » MATHIEU HANOTIN MAIRE DE SAINT-DENIS (SEINE-SAINT-DENIS) ET PRÉSIDENT DE PLAINE COMMUNE « Nous sommes à la résolution de cette équation qui fait que les banlieues, au lieu d’être finalement vécues uniquement négativement, deviennent une vraie chance pour notre pays. Dans ce contexte, nous travaillons en étroite collaboration avec la Métropole du Grand Paris. Cela a été le cas lors de la construction du Centre aquatique olympique de la Plaine Saulnier. Ce sera le cas avec le remontage de la deuxième flèche de la basilique. Notre projet, c’est finalement la construction de cette ville de demain que nous voulons attractive, ouverte au monde entier. Nous voulons faire la démonstration que cette ville de demain est aussi le lieu où l’on repense la place de la nature en ville. Grâce à la rénovation complète du quartier Pleyel, nous allons pouvoir organiser la première étape de la reconquête des berges de la Seine pour les rendre, et finalement même, pour les donner aux habitants. Pour moi, s’il fallait définir le territoire de Plaine Commune en trois mots, ce serait solidarité, ambition et fierté. Notre population, avec la moitié des habitants qui ont moins de 30 ans, un territoire jeune, cosmopolite, constitue à la fois une de nos spécificités et un motif de fierté. Ce qui nous rend si unique, c’est aussi notre positionnement, j’allais dire géostratégique, au nord de Paris, qui va devenir un hub majeur de transport en commun, notamment avec l’arrivée des lignes du Grand Paris Express à Pleyel. » « La Métropole duGrand Paris et les territoires, depuis leur création en 2016, n’ont pas démérité ! » FRANÇOIS-MARIE DIDIER PRÉSIDENT DU SYNDICAT INTERDÉPARTEMENTAL POUR L’ASSAINISSEMENT DE L’AGGLOMÉRATION PARISIENNE « Le Siaap a d’excellentes relations avec la Métropole, à la tête de laquelle Patrick Ollier effectue un travail remarquable. Je citerai par exemple le projet de bassin de rétention du Moulin de Berny, à Fresnes (94). Depuis 10 ans, ce dernier, pourtant attendu par les habitants, n’avançait pas, nous l’avons alors totalement relancé avec Olivier Capitanio, président du Conseil départemental du Val-de-Marne, et avons su convaincre la Métropole du Grand Paris de s’engager à nos côtés. Le sens du Grand Paris a toujours été celui de réussir des projets : le Grand Paris Express, « Inventons la Métropole », voire les Jeux olympiques et paralympiques. Sur ce plan-là, le Grand Paris est une réussite. Aujourd’hui, la question institutionnelle du Grand Paris, des territoires (EPT) et de Paris (loi PLM, compétences des conseils d’arrondissement) doit être tranchée une fois pour toutes. Le rapport d’Éric Woerth a fait des propositions, mais d’autres points de vue, pas seulement politiques, méritent d’être pris en compte. La Métropole du Grand Paris et les territoires, depuis leur création en 2016, n’ont pas démérité ! Mais ce fameux “millefeuille” administratif francilien est très clairement incompréhensible pour un non initié. » « Le Grand Parisest l’affaire de tous ! » GRÉGOIRE DE LASTEYRIE MAIRE DE PALAISEAU (ESSONNE), PRÉSIDENT DE L’AGGLOMÉRATION PARIS-SACLAY ET CONSEILLER RÉGIONAL DÉLÉGUÉ AUX MOBILITÉS DURABLES « Le Grand Paris, c’est d’abord une ambition nationale. En clair, booster notre attractivité et notre positionnement sur le plan international. Ce qui est profondément novateur, c’est l’idée que le Grand Paris n’est pas seulement l’affaire de l’État ou de la Métropole du Grand Paris, mais bien celle de tous ceux qui veulent œuvrer à la réussite de cette dynamique. Cela inaugure une nouvelle manière de bâtir une politique d’aménagement qui repose sur l’engagement de tout un écosystème d’acteurs marchant dans la même direction. Notre principale attente concerne évidemment la ligne 18 du Grand Paris Express, qui reliera à terme l’aéroport d’Orly et Versailles Chantiers via Palaiseau, avec comme premier objectif la mise en service de la portion entre Massy-Palaiseau et le CEA à Saint-Aubin en 2026. L’arrivée de la ligne 18 est une nécessité pour notre territoire, avec près de 50 000 personnes venant travailler ou étudier chaque jour sur le plateau de Saclay ! Elle aura également un impact positif pour les 900 000 voyageurs journaliers du RER B, qui verront leur quotidien amélioré grâce à ce mode de transport alternatif performant vers l’Essonne et les Yvelines depuis la ligne 14, prolongée à Orly. Il s’agira d’un profond rééquilibrage au profit de la grande couronne, trop longtemps délaissée ! » « La Métropole nous apporte une aide opérationnelle essentielle » CAMILLE GICQUEL MAIRE ADJOINTE D’ARGENTEUIL (VAL-D’OISE) EN CHARGE DE L’URBANISME, DE L’AMÉNAGEMENT ET DES PROJETS URBAINS, ET VICE-PRÉSIDENTE DE BOUCLE NORD DE SEINE « Le territoire Boucle Nord de Seine est la porte d’entrée de la Métropole du Grand Paris, mais aussi sa façade atlantique avec le port de Gennevilliers. Terre de Jeux et Territoire d’Industrie, et forts d’un bassin d’emploi et de vie de 450 000 habitants, nous sommes fiers d’appartenir à ce Grand Paris des maires. La Métropole du Grand Paris a toujours eu à cœur de soutenir et d’accompagner nos projets, comme à Argenteuil. À travers notamment les projets « Inventons la Métropole du Grand Paris », au cœur des quartiers d’activités économiques en plein renouvellement urbain tels que Porte Saint-Germain - Berges de Seine, mais aussi à travers le fonds d’investissement métropolitain, le fonds énergies, le fonds biodiversité. Ce ne sont là que quelques exemples d’aides concrètes dont bénéficient nos villes, mais en plus de ce soutien financier d’importance, la Métropole nous apporte une aide opérationnelle essentielle au développement des territoires, que l’on parle d’infrastructures, d’environnement, d’innovation avec le programme Quartiers Métropolitains d’Innovation ou d’économie locale avec le programme Action Cœur de Ville. Le Grand Paris est pleinement engagé à nos côtés dans notre volonté de faire du territoire Boucle Nord de Seine une place forte de la réindustrialisation de notre espace métropolitain, de conjuguer ville productive et ville à vivre, et de transformer les coupures urbaines en coutures urbaines, comme avec le projet de passerelle en mobilités douces entre Argenteuil et Colombes.
- Commissaire de justice : une nouvelle profession de juriste de proximité au service des collectivités
Benoît Santoire, président de la Chambre nationale des commissaires de Justice. Comment résumer ce qui caractérise le plus votre nouvelle profession de commissaire de justice ? Je dirais que c’est la nouvelle profession qui prouve et protège. C’est ce qui nous résume le mieux je pense. Les commissaires de justice peuvent protéger efficacement les intérêts des ayants droit en procédant à des inventaires précis, à l’accomplissement des mesures conservatoires dans le cadre d’une succession ou à l’organisation de ventes aux enchères et prisées judiciaires. Protecteurs des propriétaires qui ont parfois besoin de percevoir des loyers pour vivre ou des trésoreries des entreprises parfois menacées par les impayés, tout en préservant les droits de toutes les parties, les commissaires de justice peuvent procéder également au recouvrement amiable, encadrer une médiation judiciaire et conventionnelle, mais aussi, en dernier recours, après décision de justice, effectuer des actions de recouvrement judiciaire. Nous excellons également dans la matérialisation de la preuve. Contrairement aux offres trompeuses de certaines plateformes, le constat par commissaire de justice bénéficie d’une force probante singulière : il « fait foi jusqu’à preuve du contraire ». La preuve par commissaire de justice qui peut prendre la forme d’un constat serait donc supérieure aux autres ? C’est la preuve la plus sûre devant les tribunaux, car provenant d’un officier public et ministériel, neutre et impartial, et surtout qui est obtenue par le déplacement physique du professionnel. Ce déplacement est essentiel pour constater par soi-même et donner tous les conseils utiles au justiciable. Le commissaire de justice peut dresser désormais des constats sur tous types de supports numériques, tels que le constat sur internet, le constat de sms, ou réseaux sociaux. Il dispose également de différents moyens tech- niques de plus en plus innovants et peut ainsi effectuer des constats par drones ou des constats immersifs à 360 degrés, s’appuyant sur un dispositif de caméras adaptées. Les commissaires de justice peuvent-ils aussi accompagner les collectivités dans la gestion de leur patrimoine immobilier ? Tout à fait. Premiers relais de l’État et de la justice sur le terrain, juristes de proximité, les 3 700 commissaires de justice sont présents sur l’ensemble du territoire. Cette proximité se double d’une grande réactivité, ce qui contribue à crédibiliser notre rôle de tiers de confiance et de protection. Nous sommes autorisés à assurer la gérance et l’encaissement des revenus tirés des immeubles, ce qui dispense également la collectivité d’avoir à créer une régie de recettes. Concrètement, le commissaire de justice va apprécier la conformité du bien aux obligations légales, faire la publicité du bien à louer, sélectionner les locataires (en fonction des besoins exprimés par les collectivités, qui gardent ainsi, si elles le souhaitent, la maîtrise de leur politique du logement), vérifier leur solvabilité, rédiger le contrat de bail, dresser les constats d’état des lieux d’entrée et de sortie, procéder au recouvrement des loyers, des charges et des impayés le cas échéant. En tant qu’expert de la gestion locative, mais aussi en raison de sa grande connaissance du terrain, le commissaire de justice est à même d’apporter aux collectivités un service sur mesure au plus près de leurs besoins. Pour plus d’informations et trouver un commissaire de justice dans l’annuaire officiel de la profession : commissaire-justice.fr
- "Notre ambition pour le Grand Paris Express est de marquer un saut qualitatif dans le niveau de service"
Youenn Dupuis, directeur général adjoint de Keolis en charge de l’Île-de-France, acteur incontournable de la mobilité partagée, détaille les enjeux du groupe dans la région. Que recouvre le domaine d’expertise du groupe Keolis aujourd’hui ? Nous avons développé une expertise dans tous les domaines de la mobilité partagée : bus, tramway, métro, train... Avec ses filiales EFFIA et Cykleo, Keolis est même présent sur le stationnement et le vélo. Nous avons deux domaines où nous sommes les leaders mondiaux : le métro automatique et le tramway. Nous avons lancé, en 1983 à Lille, la première ligne de métro sans conducteur du monde. Ce projet pionnier a essaimé depuis : à Londres, pour les Jeux olympiques de 2012, ou à Doha, pour la Coupe du monde de football de 2022. En Île-de- France, Keolis a une forte empreinte industrielle et nous opérons dans les huit départements franciliens, en couvrant tous les compartiments de la mobilité : le bus, le tramway, le tram-train, bientôt le métro avec le Grand Paris Express et le train avec CDG Express ou encore le transport à la demande (TAD). Keolis compte parmi les exploitants du nouveau métro Grand Paris Express. En quoi consiste ce rôle ? Nous sommes heureux d’accompagner Île-de-France Mobilités et tous les territoires concernés dans cette formidable aventure qu’est le Grand Paris Express. Keolis met son expertise mondiale dans le métro automatique au service des lignes 16, 17 et 18, soit les trois quarts du nouveau réseau. En tant qu’exploitant, Keolis fait en sorte que les trains soient ponctuels, que les gares soient propres, sûres et accueillantes... Notre ambition, pour ce métro du XXIe siècle, est de marquer un saut qualitatif dans la performance et le niveau de service. Par exemple, depuis le 24 juin 2024, Keolis s’est vu transférer la gestion de la gare Saint-Denis Pleyel, la plus grande du réseau duGrand Paris Express. Pour recevoir tous les voyageurs avec leurs spécificités, nos Ambassadeurs ont été formés à Londres, dont le réseau est réputé pour la qualité de son accueil client. Quelle a été la contribution de Keolis auxJeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 ? Pour transporter 15 000 athlètes ainsi que l’ensemble des spectateurs à mobilité réduite, Keolis a mobilisé 1 000 conducteurs en provenance de toute la France et même de Belgique. 180 lignes de bus ont été créées, avec un départ toutes les 50 secondes. C’est le plus gros service de transport événementiel de ces dernières décennies. Entre 2024 et 2026, le réseau de bus RATP à Paris et en petite couronne va progressivement être ouvert à la concurrence. Keolis étant candidat, en quoi consiste votre offre ? L’idée n’est pas uniquement de prendre des parts de marché. Fort de son savoir-faire déployé dans de grandes métropoles, Keolis veut apporter un second souffle à ce réseau dont l’attractivité s’est érodée. Pour pallier la baisse de fréquentation, nous proposons une méthode nouvelle, fondée sur la proximité, le dialogue et la réactivité. Le principe est de faire évoluer le service en fonction des besoins et des dynamiques de chaque territoire pour rendre le réseau plus attractif, avec des ambitions d’amélioration de la régularité, de la vitesse des bus et de l’information voyageurs.











