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- NOUS VOULONS ÊTRE LA RÉGION DE L’ACTION CONCRÈTE : JEAN-PHILIPPE DUGOIN-CLÉMENT
JEAN-PHILIPPE DUGOIN-CLÉMENT DRESSE LE BILAN ET LES PERSPECTIVES DE L’ACTION DE VALÉRIE PÉCRESSE. LE VICE-PRÉSIDENT DE LA RÉGION ÎLE-DE-FRANCE CHARGÉ DU LOGEMENT, DE L’AMÉNAGEMENT DURABLE DU TERRITOIRE ET DU SDRIF ENVIRONNEMENTAL LIVRE ÉGALEMENT SES CONVICTIONS SUR L’AMÉNAGEMENT FRANCILIEN À L’HEURE DU ZÉRO ARTIFICIALISATION NETTE ET SUR LA DIFFÉRENCIATION TERRITORIALE QU’IL APPELLE DE SES VŒUX AU PLAN INSTITUTIONNEL. PROPOS RECUEILLIS PAR JACQUES PAQUIER Quel est, selon vous, le bilan de la mandature de Valérie Pécresse, qui vient de s’achever au conseil régional d’île-de-France ? Nous avons remis la Région en ordre de marche, en capacité de pouvoir investir et se développer. Rappelons que l’île-de-France est la seule région qui a réduit ses dépenses de fonctionnement, se redonnant des marges de manœuvre pour pouvoir investir. Nous avons d’ailleurs investi de manière extrêmement forte au cours des derniers mois dans le soutien à l’activité économique et en direction des personnes en situation de fragilité. Je pense notamment aux étudiants ou aux professionnels de santé. Citons également une mobilisation extrêmement soutenue dans le domaine des transports, avec un plan pluriannuel d’investissement colossal, que l’on a appelé « la révolution des transports ». Nous avons modernisé les rames, rénové les infrastructures. Pensez que certaines caténaires n’avaient pas été rénovées depuis 1920 ! Quels ont été les autres domaines dans lesquels vous avez investi ? Nous avons mené, par ailleurs, un plan pluriannuel d’investissement pour les lycées, d’ampleur inédite là aussi, et investi également massivement en faveur de la transition écologique. Un euro sur deux dépensé par la Région l’est en faveur de l’écologie, que ce soit dans le domaine des transports, de la rénovation énergétique des lycées, de notre politique en matière d’énergie, en faveur de la biodiversité, de l’économie circulaire ou de la gestion des déchets. Globalement, il s’est agi d’accompagner la transition d’une région métropole qui a des spécificités très fortes. L’Île-de-France est la seule région française qui comprend une métropole de taille mondiale, avec plus de 10 millions d’habitants. Nous avons à faire face à une croissance démographique permanente. Avec quelles conséquences ? Une telle croissance démographique suppose de conserver et développer de l’activité pour offrir des emplois, cela induit des problématiques d’aménagement et de logement extrêmement complexes. Tendre vers le Zéro artificialisation nette des sols, dans une région dont la population croît, conduit à repenser nos normes et nos stratégies en matière d’aménagement ou d’urbanisme, de travailler à la transformation de friches. Tout ce que nous avons enclenché lors de la précédente mandature, nous allons le pousser encore plus loin durant ce mandat. Avec un objectif : être la Région de l’action concrète, dans une logique de résultats plus que de proclamation d’objectifs inatteignables ou non tenus. Nous souhaitons, par ailleurs, nous inscrire toujours plus dans une logique de coopération plutôt que de contrainte. Avec les collectivités, les associations, toutes les institutions infra-régionales. C’est là une ligne de rupture très forte que l’on peut avoir avec un certain nombre de responsables politiques du passé. Quelles sont, selon vous, les grandes lignes du mandat qui s’ouvre ? Nous voulons une Région solidaire. Il faut garder à l’esprit que l’île-de-France est une région riche, mais aussi la région métropolitaine qui rassemble, aux deux extrémités de l’échelle, les quartiers les plus riches et les plus pauvres. Or la pandémie touche en priorité les plus fragiles. La Région, dans le cadre du Fonds Résilience, que l’on a enclenché pour éviter les faillites d’entreprises qui n’étaient pas éligibles au prêt garanti par l’état, ne demandera pas à être remboursée par les bénéficiaires de cette aide. Nous allons par ailleurs multiplier les constructions de logements à l’intention des étudiants ou des jeunes travailleurs. Pourquoi insistez-vous sur l’écologie ? Nous allons poursuivre en effet l’effort que nous portons en matière de transition écologique, au travers de nos politiques environnementales et énergétiques, ou au travers de nos politiques en matière d’aménagement. Nous voulons bâtir, dans le cadre de sa révision, qui débute cet automne, un Schéma directeur de la région île-de-France environnemental, un Sdrif-E. Il s’agit d’un acte majeur, d’une co-construction entre l’état et la Région qui pose l’intégralité du cadre de l’aménagement au sein de la Région-Métropole. Notre objectif est que ce document ne soit plus seulement un document d’urbanisme, mais aussi un document qui prenne en compte l’ensemble des axes de protection du cadre de vie, de l’environnement des Franciliens. Comment le Sdrif-E va-t-il s’articuler avec les autres documents d’urbanisme programmatique ? Tous les plans locaux d’urbanisme intercommunal (PLUI), de même que les schémas de cohérence territoriale (SCoT) doivent se conformer au Sdrif-E. Il constitue la pointe de la pyramide. C’est le cadre général. Il va débuter par une phase de consultation, d’enquête. C’est pour moi un document de travail que l’on doit co-construire dans le cadre d’une concertation extrêmement large et poussée, avec l’ensemble des acteurs, institutionnels, associatifs ou économiques franciliens. Avec une double logique, qui constitue toute la gageure francilienne : permettre à 50 000 personnes supplémentaires de se loger chaque année, tout en procédant à la transition environnementale. Selon les projections, on estime que la population de l’Île-de-France va croître de 800 000 à 1 million d’habitants d’ici à 2030. Si nous n’agissons pas, c’est autant de personnes qui vivront dans des logements insalubres, dans des conditions effroyables de suroccupation, avec des prix de plus en plus élevés, compte tenu d’une surtension du marché. Comment comptez-vous atteindre le Zéro artificialisation nette des sols ? Le Sdrif de 2013 autorisait 1 300 ha de consommation de terres naturelles chaque année. Ces dernières années, moins de 600 ha ont été artificialisés en Île-de-France. Autrement dit, nous avons réussi à réduire par plus d’un facteur 2 cette consommation. L’objectif est désormais d’aller vers le Zéro artificialisation nette à l’horizon 2030. Cela ne signifie pas qu’il n’y aura plus de projets, mais que nous devons mener un travail majeur, porté avec l’ensemble des collectivités et des institutions franciliennes sur la réutilisation systématique des friches. Cela veut dire que nous devons accompagner un effort de densification, travailler sur la reconversion et la mutabilité d’un certain nombre de fonciers. Je pense notamment à certains immeubles tertiaires, qui ne correspondent plus aux besoins, à des fonciers commerciaux. Nous devons passer d’une logique d’extension urbaine à une logique de reconstruction de la ville sur elle-même. On ne pourra le faire sans les maires ou les présidents d’agglomération, autrement dit sans le bloc communal. Quel doit être selon vous un nouvel acte de décentralisation en Île-de-France ? L’Île-de-France est administrativement la Région la plus complexe de France. Avec un enchevêtrement de structures. Je pense qu’il faut aller vers une simplification, que l’on redonne de la lisibilité, que l’on réduise le nombre d’échelons. Cela ne peut être enclenché que durant le début du mandat présidentiel. Il faudrait que l’on arrive à un véritable régime de différenciation territoriale. Les besoins de l’Île-de-France ne sont pas forcément ceux de la Corse ou de la Bretagne. La réalité de la petite couronne n’est pas forcément celle de la grande. Il faut aboutir à une décentralisation potentiellement à la carte, avec une évolutivité des compétences des différents échelons. D’une manière générale, l’état doit se recentrer sur ses compétences régaliennes, sur ses missions de contrôle. Mais il doit lâcher la bride aux collectivités.
- LE TRAIN NE PERMET PAS JUSTE D’ALLER AU TRAVAIL. C’EST LE DÉBUT DU VOYAGE : AMANDINE MARTIN
INTERVIEW D’AMANDINE MARTIN, SECRÉTAIRE GÉNÉRALE ET DIRECTRICE DES RELATIONS EXTÉRIEURES DE SNCF TRANSILIEN PROPOS RECUEILLIS PAR VIANNEY DELOURME Qui sont les voyageurs qui empruntent les lignes Transilien aujourd’hui ? En Île-de-France, 83 % des déplacements sont réalisés par seulement 5 % de voyageurs fréquents. Le sujet des voyageurs occasionnels commençait à émerger du côté transporteur et la crise sanitaire a été un incroyable booster qui nous a permis d’élaborer une politique pour l’ensemble de nos lignes. Comment vous emparez-vous du sujet du tourisme local ? Cette thématique n’était jusque-là pas une priorité pour les grands acteurs du tourisme car la Région Capitale était avant tout tournée vers les voyageurs nationaux et internationaux. La crise sanitaire a indéniablement renforcé la tendance au « staycation ». De notre côté, après avoir rassuré nos voyageurs s’agissant des mesures sanitaires mises en œuvre pour les accueillir, nous avons essayé de valoriser le riche patrimoine de la région à travers son accès en train. Ce qui s’est traduit par la campagne CPasLoinEnTrain…Nous l’avons lancée très rapidement à l’été 2020 pour valoriser le patrimoine local. Le train met à la portée des Franciliens un grand nombre de lieux et d’espaces pour s’évader. Nous avons souhaité proposer à nos voyageurs des parcours qui mêlent aussi bien culture, nature et sport. Nous avons également partagé des circuits hors des sentiers battus, y compris pour des destinations comme Versailles, et mis en avant des partenariats comme à Poissy, où un parcours a été pensé entre la gare et la Villa Savoye [dessinée par Le Corbusier, ndlr] autour de l’architecture. En quoi le train est-il un levier du tourisme durable ? Remettre le train au cœur du tourisme, c’est participer à la construction d’un tourisme plus responsable. L’accès des sites en train est un levier de développement pour le tourisme durable ; c’est moins de voitures et donc de parkings, moins d’avions aussi. Pour autant, nous devons travailler avec les collectivités et les acteurs du tourisme aux derniers kilomètres, aux modes complémentaires au train pour penser le parcours du touriste de bout en bout. Car le train ne permet pas juste d’aller au travail. C’est le début du voyage.
- LE GRAND PARIS EST UN FORMIDABLE LABORATOIRE POUR INVENTER LA VILLE DE DEMAIN : RÉMI VIAL-COLLET
À L’IMAGE D’UNIVERSEINE, OPÉRATION EMBLÉMATIQUE, RÉMI VIAL-COLLET REVIENT SUR LA DYNAMIQUE DU GRAND PARIS ET SON IMPORTANCE POUR VINCI IMMOBILIER. À L’HEURE POST-COVID, CE PROJET EST UN PRÉCIEUX RESSORT POUR RELANCER L’ACTIVITÉ ET QUESTIONNER L’IMMOBILIER DE DEMAIN. Quel est le cœur de métier de VINCI Immobilier ? VINCI Immobilier a pour ambition de rendre la ville de demain possible. Aujourd’hui, cela résonne tout particulièrement et nous « oblige » à accompagner les grandes mutations que la crise accélère. C’est vrai des usages en intégrant les nouvelles façons d’habiter, de travailler et de se déplacer, de l’attractivité des territoires en créant des quartiers équilibrés où chacun a sa place et est bien logé et, bien sûr, en s’engageant pleinement dans la transition environnementale. Cette ambition, VINCI Immobilier la réalise en s’appuyant sur ses trois grands métiers que sont la promotion, l’exploitation et les services. Dans ce contexte, quelles solutions mettez-vous en œuvre ? L’innovation est la seule réponse possible pour concevoir les logements de demain – modulables et dotés d’espaces extérieurs – et repenser notre façon d’accompagner les collectivités. Des collectivités qui veulent à la fois lutter contre l’artificialisation des sols et la densification. Comment innovons-nous ? Nous commençons par l’essentiel : la satisfaction des clients en tendant vers le zéro réserve à la livraison. C’est tout l’engagement de l’offre VINCI Immobilier 4You, une première en France. Nous créons des services comme Student Factory, un concept de résidence étudiants 100 % digitale ou avec BIKUBE, notre nouvelle offre de coliving. L’innovation est aussi programmatique avec des produits mixtes où l’on refait la ville sur la ville comme le projet O’Cœur à Bagnolet, réalisé dans le cadre d’une opération de renouvellement urbain avec des logements, une résidence Student Factory, un hôtel et des commerces. Dans ces grands projets, nous nous efforçons de donner vie à la ville du quart d’heure, cette ville à taille humaine, expression d’une nouvelle urbanité et contrepied à l’étalement urbain. Car l’innovation est aussi environnementale en concevant des bâtiments bas carbone et en intensifiant le recyclage urbain. Justement, quels sont vos engagements environnementaux ? Ils s’inscrivent dans la trajectoire du Groupe VINCI qui s’est engagé à réduire de 40 % ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, à développer l’économie circulaire et le réemploi pour économiser les ressources et à préserver les milieux naturels. Deux exemples l’illustrent. À Saint-Denis, Universeine est un laboratoire de solutions durables avec le réemploi des matériaux, la réversibilité des bâtiments ou la création d’un corridor écologique depuis la Seine pour reconstituer des écosystèmes. À Suresnes, nous allons créer 8 000 m2 d’espaces verts dont 3 500 m2 de pleine terre sur l’ancien site de Philips que nous allons réhabiliter en favorisant la biodiversité, en réduisant la densité et les impacts du chantier, et en conservant la structure du bâti existant. Quelle est votre participation au sein du Grand Paris ? Le Grand Paris est un booster d’innovations et de projets. Nous y réalisons des résidences gérées avec OVELIA, Student Factory et BIKUBE, qui connaissent une croissance soutenue et qui participent à l’équilibre des quartiers. Nous menons des opérations de renouvellement urbain comme à Taverny, Nanterreet Viry-Châtillon, trois sites industriels que nous dépolluons et aménageons. Nos actions les plus visibles concernent les grands projets d’aménagement dont Universeine est le plus emblématique par sa taille, sa réversibilité anticipée, son ambition environnementale et sa destination avec le Village des athlètes. VINCI Immobilier est aussi impliqué dans l’aménagement des gares où il conçoit des quartiers entiers comme à Bagnolet, Asnières-Sur-Seine ou Drancy. Sources de fierté, ces projets préfigurent la ville de demain. Une ville équilibrée, attractive et durable à laquelle nous aspirons tous, élus, promoteurs et, surtout, usagers.
- PARIS A TOUJOURS ÉTÉ UNE VILLE AUDACIEUSE : EMMANUEL GRÉGOIRE
CONSERVER L’ESTHÉTIQUE DE PARIS SANS EN FAIRE UNE VILLE MUSÉE, NE PAS OPPOSER TRANSITION ÉCOLOGIQUE DES VILLES ET QUESTION DU LOGEMENT… EMMANUEL GRÉGOIRE DÉCRIT LES LIGNES FORCES QUI GUIDENT L’ACTION MUNICIPALE, À LA RECHERCHE D’UN DIFFICILE ÉQUILIBRE. LE PREMIER ADJOINT D’ANNE HIDALGO REVIENT ÉGALEMENT SUR LE « BIG BANG » DE PROXIMITÉ, SOUHAITÉ PAR LA MAIRE DE PARIS, LES CONSÉQUENCES DE LA PANDÉMIE ET LA PLACE DE LA CAPITALE DANS LE GRAND PARIS. PROPOS RECUEILLIS PAR JACQUES PAQUIER Esthétique de Paris, plan local d’urbanisme bioclimatique, réaménagement des voiries, Paris a entrepris de multiples chantiers de transformation avec quelles lignes forces ? Inscrire Paris dans la transition écologique constitue la priorité de notre mandature. Nous allons passer d’un plan local d’urbanisme à un plan local d’urbanisme bioclimatique et c’est un gros changement. Après la phase d’information préalable réglementaire, nous avons ouvert, le 12 avril, la première étape de la concertation. Jusqu’au 16 juillet, les habitants et les usagers de la Capitale – les Métropolitains notamment – ainsi que l’ensemble des institutionnels, associations et professionnels qui le souhaitaient ont pu se prononcer sur le diagnostic territorial établi avec l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur). Il permettra d’assurer la construction d’une ville plus inclusive, plus solidaire et plus durable face aux effets du dérèglement climatique. Parallèlement, avec Marie-Christine Lemardeley, adjointe à la maire de Paris en charge de l’enseignement supérieur, de la recherche et de la vie étudiante, nous avons lancé les controverses urbaines, des grands débats universitaires avec des écoles françaises et internationales d’architecture et d’urbanisme. Nous prévoyons d’organiser une controverse par semestre. La première a porté sur le thème de la densité, autour de la question « Existe-t-il une densité idéale ? » et elle a jalonné la première grande phase de concertation, qui s’est déroulée le 15 juin dernier. Cet évènement traduit aussi notre volonté de mettre en valeur les travaux des étudiants et des chercheurs qui sont durement touchés par la crise sanitaire, sociale et économique. Quant à l’esthétique du paysage parisien, il est un enjeu crucial pour le rayonnement de Paris et plus encore pour la qualité de vie des Parisiennes et des Parisiens. Il est essentiel de préserver l’esthétique parisienne ! Ce qui ne signifie pas pour autant verser dans un conservatisme qui pourrait, à terme, faire de Paris une ville musée alors qu’elle a toujours été, au contraire, une ville audacieuse sachant s’adapter aux défis contemporains. Le « Manifeste pour une nouvelle esthétique parisienne », que nous rendrons public à la fin de l’année, se composera de trois documents. Tout d’abord, nous publierons un ouvrage de référence sur l’esthétique parisienne, dans le cadre de l’exposition « La beauté d’une ville » au Pavillon de l’Arsenal (qui a ouvert ses portes le 27 mai). Ensuite, nous produirons deux documents : l’un sur la transposition de nos réflexions sur l’esthétique parisienne dans les documents réglementaires de la Ville – le PLU, le règlement étalages et terrasses, voirie, parcs et jardins ou encore le règlement local de publicité ; et l’autre proposera un référentiel d’actions pour notre administration dans tous nos domaines d’intervention : végétalisation, pistes cyclables, mobilier urbain…Plus concrètement, ce guide montrera à quoi devra ressembler un pied d’arbre, une bordure de trottoir, la végétalisation d’un îlot… Comment concilier les impératifs de la transition écologique et du verdissement avec ceux de la construction de logements ? Tout d’abord, je ne crois pas qu’il faille opposer d’une part la transition écologique des villes et la question du logement qui est en fait une question sociale. La lutte contre le dérèglement climatique nous oblige à une transformation radicale et nécessaire du paysage urbain qui est aussi en cours dans toutes les grandes métropoles mondiales. La végétalisation, la débitumisation et le développement des mobilités douces métamorphosent déjà le visage de nos villes. Finies les skylines composées uniquement de béton, de pierre et de verre. C’est tout notre imaginaire de la ville qui est en train de changer. Le Pacte pour la construction représente une première étape. Il préfigure les grandes orientations du futur Plan local d’urbanisme bioclimatique et constitue un référentiel commun pour tous les acteurs de l’immobilier en les incitant à une approche plus vertueuse et citoyenne de la construction de logements. C’est une nouvelle façon de bâtir le Paris de demain autour de la végétalisation, de la sobriété énergétique et bas carbone. Paris a adopté un plan climat ambitieux. La rénovation du bâti – public et privé – doit répondre à notre objectif de trajectoire zéro carbone. Paris est à la pointe sur les sujets écologiques et nous devons nous montrer exemplaires en termes d’économie d’énergie. Comment la crise de la Covid a-t-elle confirmé et accéléré votre mobilisation pour faire de la Capitale une ville résiliente ? Cette crise aura été tellement dure et aura causé tellement de décès, de dégâts physiques et psychologiques sur le long terme ainsi qu’une telle explosion des inégalités qu’il est évident qu’il faudra saisir les opportunités qu’elle a générées. Nous avons tous vu collectivement émerger de nouvelles solidarités, de nouveaux usages, de nouvelles manières de travailler. La pandémie de la Covid-19 a aussi montré que la proximité était essentielle, que c’est à l’échelle de la ville du quart d’heure que nous devons penser nos politiques publiques. Nous devons penser dès maintenant le monde post-Covid et réfléchir au niveau mondial à la protection des écosystèmes et de la biodiversité, à la lutte contre les inégalités, à nos systèmes sanitaires. C’est d’ailleurs plus une nécessité qu’une opportunité. La crise sanitaire de cette année confirme l’importance d’outils d’urbanisme à même de rendre les villes résilientes et de répondre aux nouveaux usages urbains largement développés lors du confinement du printemps 2020. La densité doit être réinterrogée, les distances domicile-lieu de travail repensées, les services de proximité favorisés et les mobilités durables encouragées. Comment définiriez-vous la ville du quart d’heure ? La ville du quart d’heure offre la possibilité aux Parisiennes et aux Parisiens d’avoir à proximité tout ce dont ils ont besoin dans leur vie quotidienne, notamment en termes de services publics : espaces verts, accès aux soins, espaces culturels, infrastructures sportives... Nous avons déjà engagé une phase pilote d’ouverture des cours de récréation des établissements scolaires les week-ends afin d’offrir de nouveaux espaces de respiration et de jeux aux enfants et aux familles. La ville du quart d’heure, c’est aussi un changement d’échelle dans la décision publique. Anne Hidalgo a annoncé un big bang de la proximité. Il s’agit d’un déploiement simultané de plusieurs réformes qui concourent par leur ampleur à transformer radicalement l’organisation de la ville. Recentrer l’action publique parisienne à l’échelle des arrondissements, c’est faire de la politique publique de proximité. Quelle doit être selon vous, demain, la place de Paris au sein de la Métropole ? Depuis près de 20 ans, la participation de la Ville à la construction de la Métropole repose sur un triptyque : coopérations bilatérales, coopérations multi-acteurs et construction d’une institution métropolitaine spécifique à la zone dense qu’est l’agglomération parisienne. Ces trois pans complémentaires forment le socle d’une gouvernance partagée, de l’espace de discussion et de délibération indispensable au développement du projet métropolitain. Aujourd’hui comme demain, l’enjeu pour la Ville de Paris est de poursuivre et renforcer son action métropolitaine volontariste, en assumant son rôle de ville-centre ouverte sur le territoire métropolitain dans une optique de rééquilibrage. Afin d’améliorer et de recréer les liens entre nos territoires, nous engageons des politiques de coopération avec de très nombreuses collectivités métropolitaines. En avril dernier, nous avons ainsi adopté cinq nouvelles conventions de coopération avec Saint-Ouen, Saint-Denis, Plaine Commune et le département de Seine-Saint-Denis. L’une d’elles porte spécifiquement sur la transformation du linéaire des portes entre Paris et Plaine Commune. Notre but commun est de faire de ces lieux de nouvelles destinations métropolitaines, où la frontière du périphérique s’efface peu à peu pour devenir un lien entre nos territoires. Nous travaillons aussi au devenir du périphérique dans sa globalité, avec l’ensemble des collectivités métropolitaines, dans le cadre des Ateliers du Périphérique dont le Livre Blanc paraîtra à l’automne 2021, donnant ainsi des perspectives de transformation opérationnelle pour les années à venir. Un travail partenarial de transformation est d’ailleurs déjà largement engagé sur la porte de la Chapelle, notamment dans la perspective des Jeux olympiques et paralympiques de 2024. Au lendemain de la crise sanitaire qui a frappé notre pays et plus encore les grandes métropoles, le Grand Paris s’impose de plus en plus comme la juste échelle pour améliorer la vie quotidienne de ses habitants, que cela soit en termes d’apaisement des mobilités, de renaturation et de préservation de la biodiversité, de qualité de l’air ou de droit au logement pour toutes et tous. La création de la Zone à faibles émissions métropolitaine témoigne de ce changement d’échelle indispensable et d’une mobilisation collective inédite pour la lutte contre les pollutions. Paris est une ville qui se doit d’être accessible, ouverte et accueillante pour l’ensemble des habitantes et des habitants de la Métropole du Grand Paris. Nous avons une responsabilité métropolitaine indéniable que nous assumons par un rôle extrêmement proactif dans la construction du Grand Paris.
- PANAME, LOUEUR DE PRODUCTIVITÉ : NICOLAS PRUNIÈRES
CRÉÉE PAR ANNE ET NICOLAS PRUNIÈRES, PANAME REPENSE LE TRANSPORT TP DANS LE CADRE DE LA CONSTRUCTION DU GRAND PARIS. POUR RELEVER LE DÉFI, ILS MISENT SUR UN ÉQUILIBRE ENTRE 60 ANS D’EXPÉRIENCE ET DE MODERNITÉ, EN INJECTANT INNOVATIONS TECHNIQUES, DIGITALES ET ENVIRONNEMENTALES DANS UN SECTEUR TRADITIONNEL. Quel est l’ADN de Paname TP ? Nous voulons être un loueur de productivité pour nos clients, majors du BTP. Notre priorité est donc le service rendu que nous voulons performant en y apportant tout ce que la modernité permet en termes de traçabilité, d’efficience et de réduction de l’empreinte carbone du transport. Cela en utilisant à plein les innovations numériques. Nous avons ainsi développé, par exemple, une application qui permet une parfaite traçabilité de nos camions, une optimisation de nos itinéraires, une communication fluide avec nos chauffeurs et de la réactivité pour nos clients. L’application nous permet également une dématérialisation complète et instantanée des bons journaliers et bordereaux de suivi de déchets. Les conducteurs de travaux peuvent ainsi avoir une visualisation immédiate et numérique des flux : un véritable gain de temps. Quelles sont les spécificités de votre offre ? Nous disposons d’une flotte atypique de 100 moteurs avec des chauffeurs recrutés dans toute la France. Nous croyons fermement que le Grand Paris est un accélérateur et un catalyseur d’opportunités pour tous les Français. Notre baseline en dit long sur cette conviction : c’est la France toute entière qui est en train de construire sa capitale. Nous avons dans nos équipes des chauffeurs locaux, des quartiers que traversent le Grand Paris, mais aussi des chauffeurs de nos régions, en déplacement à la semaine. Nous disposons de chauffeurs expérimentés et des jeunes à qui nous avons fait passer les permis. C’est un projet sociétal fort que nous intégrons pleinement dans notre réalité opérationnelle. Il y a aussi le défi de la technologie, que nous relevons grâce aux partenariats noués avec Renault Trucks ou Michelin, pour lesquels nous sommes un laboratoire d’innovation. Notre flotte gasoil est équipée des dernières innovations Michelin et nos moteurs respectent l’exigeante norme Euro 6. Nous avons déployé par ailleurs, en lien direct avec nos clients, une flotte de véhicules au gaz pour les besoins des chantiers et des restrictions de circulation dans Paris intra-muros. Pour ces besoins particuliers, nous avons conçu, avec les constructeurs, des véhicules aux configurations spécifiques pour répondre précisément aux exigences de nos clients et de leurs donneurs d’ordre. Mais le vrai défi du Grand Paris dans notre secteur est de mener à bien tous les chantiers en ayant l’empreinte la plus faible possible sur notre environnement direct, et notamment en termes de nuisances pour les riverains. C’est pour cela que nous portons une attention particulière à la propreté des chantiers et de nos routes avec des rotations régulières de nos balayeuses haute pression. C’est aussi pour agir concrètement sur notre environnement que nous avons développé une offre de dépose et de collecte de déchets du bâtiment pour répondre aux obligations nécessaires et grandissantes de tri sur chantier et apporter une solution complète et concrète aux entreprises du BTP. Pour conclure, quel regard portez-vous sur le Grand Paris ? Le Grand Paris est une chance.
- VERS UN GRAND PARIS DE PLUS EN PLUS BIOSOURCÉ
BOIS, CHANVRE, PAILLE, BRIQUES DE TERRE CRUE : L’UTILISATION DES MATÉRIAUX BIOSOURCÉS N’EST PLUS RÉSERVÉE À QUELQUES PRÉCURSEURS. L’ENGAGEMENT ACCRU DES GRANDS MAÎTRES D’OUVRAGE, COMME LA SOCIÉTÉ DU GRAND PARIS ET LA SOLIDEO, DONNE UNE VISIBILITÉ NOUVELLE À CES FILIÈRES. PAR CATHERINE BERNARD ET EMMANUELLE CHAUDIEU La Société du Grand Paris, l’Epfif (Établissement public foncier d’Île-de-France), 6 collectivités, 11 aménageurs, 5 bailleurs sociaux et 15 promoteurs : 39 acteurs ont désormais signé le pacte Bois Biosourcés porté par l’interprofession FIBois Île-de-France, présenté le 5 novembre 2020. Tous se sont engagés à utiliser le bois ou d’autres matériaux biosourcés pour la construction ou la réhabilitation à hauteur de 10 % (niveau bronze), 20 % (niveau argent) ou 40 % (niveau or) des surfaces de plancher qu’ils aménageront ou construiront au cours des quatre prochaines années. Certains sont allés encore plus loin : telle la Société du Grand Paris, qui a promis d’utiliser au moins 50 % de bois et 70 % de matériaux biosourcés sur les fonciers qu’elle possède autour des gares du Grand Paris Express. Car l’usage des matériaux biosourcés sort de sa niche : les utilisateurs du périphérique peuvent ainsi admirer plusieurs immeubles de grande hauteur en structure bois dans le quartier de Bruneseau (Paris 13e). Dans la petite ville de Trilport, en Seine-et-Marne, 45 logements se construisent en béton de chanvre. Les matériaux biosourcés s’invitent également dans le domaine de la rénovation : ainsi, le Collect’IF Paille a réalisé en 2020 l’isolation thermique par l’extérieur d’une résidence de 14 logements sociaux de Paris Habitat, dans le 15e arrondissement. Et ce, avec de simples bottes de paille 100 % franciliennes. Le bois est également très prisé pour réaliser des surélévations d’immeubles, comme dans la cité Glacière, dans le 13e arrondissement : sa légèreté nécessite moins de reprises sur les fondations et il permet également des chantiers « propres », compatibles avec la poursuite de l’occupation de l’immeuble. Cycle Terre, l’économie 100 % circulaire À Sevran (Seine-Saint-Denis), la démarche d’économie circulaire va encore plus loin : dès septembre, la fabrique Cycle Terre devrait produire ses premières briques et enduits en terre crue à partir de terres excavées à proximité. Constituée sous forme de société coopérative, elle est le fruit d’un projet européen éponyme, porté par 13 partenaires et, notamment, la ville de Sevran, Grand Paris Aménagement, la Société du Grand Paris et le spécialiste des terres excavées ECT. « Cette usine urbaine fabriquera chaque année environ 10 000 tonnes de produits locaux », explique Magali Castex, pilote du démonstrateur à Grand Paris Aménagement. Les premières commandes fermes sont déjà engrangées et, en particulier, la construction d’un groupe scolaire dans la ville voisine de Rosny-sous-Bois.
- JOP PARIS 2024 : LA SOLIDEO ENTRE DANS LA PHASE TRAVAUX
L’ANNÉE 2021 MARQUE LE DÉBUT DES TRAVAUX POUR LES GRANDS CHANTIERS PILOTÉS PAR LA SOLIDEO POUR LES JEUX OLYMPIQUES ET PARALYMPIQUES DE 2024, NOTAMMENT LE VILLAGE DES ATHLÈTES. La Société de livraison des ouvrages olympiques (Solideo), dirigée par Nicolas Ferrand, est chargée de financer 62 ouvrages de dimensions variées, grâce à un budget de 1,386 milliard d’euros HT de financements publics (en valeur octobre 2016). Dans ce cadre, elle supervise 29 maîtres d’ouvrage publics et privés et assure l’aménagement du Village des athlètes – à Saint-Denis, Saint-Ouen et L’Île-Saint-Denis – et du Village des médias – à Dugny, La Courneuve et au Bourget. « Deux projets emblématiques qui deviendront, après les Jeux, de véritables quartiers de ville durables et accessibles, avec des logements, des écoles, des commerces et des bureaux », indique l’Institution. Pour répondre à l’ambition de faire des JOP « bas carbone », c’est-à-dire alignés sur l’Accord de Paris, la Solideo impose un modèle de construction durable et responsable, en s’appuyant sur l’innovation et le savoir-faire français. « L’idée est non seulement de répondre aux engagements internationaux de la France, d’opérer un changement radical des manières d’aménager, de construire et de gérer la ville pour limiter notre empreinte carbone, mais aussi de proposer des projets adaptés aux grands enjeux auxquels nos villes vont devoir faire face en 2050 », détaille l’établissement public. « Ces enjeux sont en particulier le réchauffement climatique et la préservation de la biodiversité. » Le « plus grand chantier mono-site de France » Après trois ans de conception, l’année 2021 marque le lancement de la construction des ouvrages. Sur le Village des athlètes, les 26 permis de construire ont été déposés par les groupements lauréats des différents lots, les opérations de déconstruction se terminent et les premières constructions se préparent. Depuis le début de l’été, quelque 4 000 ouvriers y sont mobilisés, ce qui en fait « le plus grand chantier mono-site de France », selon la Solideo. L’aménagement des espaces publics est, lui, encore en phase de conception. Ce projet, qui s’étend sur 52 ha, a la particularité d’être conçu pour être réversible : une fois les Jeux terminés, les logements des 14 000 athlètes seront transformés afin de créer un quartier vivant, ouvert à tous et offrant une mixité d’usages. Celui-ci accueillera des logements familiaux, étudiants, des activités économiques ainsi qu’une offre de commerces et de services. Sur le Village des médias, second projet d’aménagement d’ampleur de la Solideo, les promesses de vente ont été signées en fin d’année et les travaux de viabilisation des terrains ont commencé. Ce site sera aussi aménagé en deux temps, avec la construction de 700 logements pour les Jeux et 600 logements supplémentaires ensuite. Des commerces, une crèche, deux gymnases (un à Dugny, un autre au Bourget), deux groupes scolaires, un nouvel espace vert de 13 ha sont aussi programmés. Une décision de la Cour administrative d’appel en avril dernier a toutefois conduit à la suspension d’une partie des travaux – en attendant un jugement sur le fond – qui retarde l’opération. Rénovation de plusieurs équipements Le troisième chantier d’importance concerne le Centre aquatique olympique, qui verra le jour à proximité du Stade de France à Saint-Denis, au sein d’un quartier dont l’aménagement est géré par la Métropole du Grand Paris. Les travaux, menés par Bouygues bâtiment Île-de-France, ont débuté cet été. Parmi les autres ouvrages, l’Arena 2, située porte de la Chapelle à Paris, constituera une nouvelle salle culturelle et sportive pour le nord parisien. Le programme de la Solideo comprend également la rénovation ou la construction de plusieurs équipements sportifs qui accueilleront, à l’été 2024, des épreuves ou des entraînements des délégations olympiques et qui bénéficieront ensuite au territoire et aux futurs usagers. Parmi ceux-ci, le stade Yves-du-Manoir à Colombes revêt « une dimension particulièrement symbolique » puisqu’il était le site principal des Jeux de 1924. Il accueillera, pour les prochains JO, les épreuves de hockey sur gazon.
- NOUS ŒUVRONS POUR RENDRE LA MÉTROPOLE VISIBLE ET LISIBLE : PATRICK OLLIER
PLAN DE RELANCE, AMÉNAGEMENT, DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE,TRANSITION ÉCOLOGIQUE, ZONE À FAIBLES ÉMISSIONS OU GESTION DES MILIEUX AQUATIQUES : LE PRÉSIDENT DE LA MÉTROPOLE DU GRAND PARIS, PATRICK OLLIER, DÉCRIT LA MONTÉE EN PUISSANCE DES ACTIONS DE LA JEUNE COLLECTIVITÉ QUI VIENT DE LANCER LA TROISIÈME ÉDITION D’INVENTONS LA MÉTROPOLE DU GRAND PARIS ET ENTEND BIEN DÉMONTRER SON INDISPENSABILITÉ. PROPOS RECUEILLIS PAR JACQUES PAQUIER Comment la Métropole a-t-elle pris part à la relance post-Covid ? La Métropole du Grand Paris s’est fortement investie dans le soutien au tissu économique. Nous avons mis en place un plan de relance de 110 millions d’euros. Il comporte 5 axes et 50 actions, que nous sommes en train de décliner, dans différents domaines, l’économie, la culture, la santé, la transition écologique, l’aménagement du territoire ou la transition numérique. En même temps, nous avons souhaité participer au plan de résilience que la Région a lancé, et qui s’est élevé à 140 millions d’euros, pour soutenir déjà quelque 3 000 entreprises. La Métropole y a consacré 21 millions d’euros. Quelles sont vos actions dans le domaine de l’aménagement ? Nous avons lancé un ensemble d’activités économiques autour des ZAC métropolitaines et engagé un travail dans cinq opérations d’aménagement. Je pense, par exemple, à celle des Docks à Saint-Ouen, à celle de la Plaine-Saulnier à Saint-Denis, sur laquelle se construira le Centre Aquatique Olympique sur 22 000 m2 et dont la Métropole est maître d’ouvrage. En phase héritage, la gestion de cet équipement incombera à la Métropole, ce qui nous permettra, avec la passerelle qui le reliera au Stade de France, d’imaginer des synergies avec le Stade pour créer un lieu événementiel unique en France. Nous pilotons également la ZAC de Villeneuve-la-Garenne, qui s’étend sur 21 ha, celle de Noisy-le-Sec ou de Livry-Gargan. Pour rendre la Métropole visible et lisible, nous avons engagé déjà trois éditions d’Inventons la Métropole du Grand Paris, de 2017 à aujourd’hui. Les trois thématiques de la 3e édition de ce concours sont la transformation des bureaux en logements, la requalification des friches urbaines et l’aménagement des quartiers de gare. Ce dernier volet constitue naturellement un enjeu très important pour la Métropole du Grand Paris. Je rappelle que nous avons signé récemment une convention de coopération avec la Société du Grand Paris à ce sujet. En quoi consiste le contrat récemment signé avec l’État ? Avec le gouvernement, nous avons signé, le 18 mars dernier, un Contrat de relance et de transition écologique (CRTE), qui va nous permettre d’engager avec l’État, dans le cadre de nos compétences, une série d’actions. Il s’agira notamment du deuxième volet de l’opération « Centres-villes vivants », de soutien aux entreprises, mais aussi de mener des actions en faveur du numérique, de l’alimentation durable et de l’agriculture urbaine, de reconquête des friches urbaines, du développement des quartiers de gare ou de mobilité durable. Quel est votre bilan en matière de mobilité durable ? Je suis très fier de ce que l’on a engagé avec la Zone à faibles émissions (ZFE) métropolitaine, qui est la plus vaste d’Europe et permettra aux 5,6 millions d’habitants concernés par cette zone, encerclée par l’autoroute A86, de mieux respirer. Rappelons que l’on dénombre, au sein de la Métropole, 6 600 morts prématurées chaque année dues à la pollution de l’air par les particules fines. Et, au passage, nous aidons la France, accusée par l’Union Européenne de ne pas suffisamment agir contre la pollution de l’air. Nous avons mis en place, dans ce cadre, une série d’aides qui permettent de proposer jusqu’à 19 000 euros pour l’achat d’un véhicule propre neuf et 12 000 euros pour l’achat d’un véhicule propre d’occasion. J’ai obtenu en outre du gouvernement, et j’en remercie Jean-Baptiste Djebbari, le ministre en charge des Transports, la mise en place d’un micro-crédit pour les plus modestes qui peut aller jusqu’à 5 000 euros en fonction des ressources. À la suite d’un dialogue constructif et permanent avec les Chambres consulaires et différentes fédérations, la Métropole prévoit des dérogations en faveur des professionnels notamment impactés par la crise sanitaire. Il s’agit de dérogations de l’application des règles de la ZFE, jusqu’au 30 juin 2022. Nous avons mis en place également Métropolis avec un objectif de 5 000 bornes de recharge pour véhicules électriques d’ici 2022, que nous allons installer dans l’aire métropolitaine. Métropolis, il faut le souligner, verse 5 000 euros aux communes pour chaque borne installée. Nous avons lancé Vélib’ Métropole, avec l’engagement de créer 100 stations nouvelles, hors Paris. Nous lançons également un plan vélo pour créer un réseau métropolitain de pistes cyclables est-ouest et nord-sud. Sur quelles autres thématiques intervenez-vous ? Nous sommes en train de mettre en place des circuits courts avec des agriculteurs de la Métropole et de la Région. Nous sommes engagés dans des opérations de rénovation énergétique extrêmement importantes. L’État, et j’en remercie Emmanuelle Wargon, ministre alors en charge de ces questions, nous a apporté des moyens financiers substantiels pour faire face à nos engagements dans ce domaine, dans le cadre du programme SARE (Service d’accompagnement à la rénovation énergétique). Nous avons mis en place, dans ce cadre, le PREP, le Parcours de rénovation énergétique performante, qui permet à chacun d’accéder à une rénovation énergétique globale et performante de son logement ; 53 communes de la Métropole y sont d’ores et déjà engagées. Quelles sont vos actions au titre de la Gestion des milieux aquatiques et de la prévention des inondations (GEMAPI) ? Cette compétence est passionnante. Nous allons créer un réseau de 100 km de digues et menons une série de travaux pour la réouverture des rus et des petites rivières qui étaient jusqu’à présent recouverts ou embusés. Je pense à la Bièvre, entre Arcueil et Gentilly, à la renaturation du vallon du Sausset, à Villepinte ou Tremblay, où l’on investit plus de 5,2 millions d’euros, je pense à la Vieille Mer (4 millions d’euros), qui prend sa source à Dugny. Nous offrons par ailleurs, avec le Fonds inondation, une aide aux communes touchées par les crues. Et en même temps, nous travaillons sur le casier-pilote de La Bassée, où la Métropole investit 35 millions d’euros, qui doit être achevé pour les JOP de 2024, de telle sorte qu’il puisse sécuriser au mieux la ville de Paris, en étant en capacité de réduire la hauteur de l’eau de 8 à 10 cm. D’ores et déjà, la vanne-écluse de Joinville-le-Pont, dont nous avons financé les travaux, est en capacité de réduire l’étiage de la Seine en cas de crue. Quelles sont vos actions de stratégie à plus long terme ? J’ai relancé le travail sur le Schéma de cohérence territorial (SCoT), achevé à 75 %. Je souhaite qu’il soit voté d’ici la fin de l’année. Ce sera la colonne vertébrale de la Métropole pour les 10 à 15 prochaines années, en fixant les grands objectifs d’aménagement et de développement. Dans un second temps, nous retravaillerons sur le Plan métropolitain de l’habitat et de l’hébergement (PMHH). Quelles sont vos actions en faveur du rééquilibrage territorial ? Tout ce que l’on a fait jusqu’à présent est fondé sur cet objectif. Ainsi, deux tiers des projets financés par la Métropole, soit au travers du Fonds d’investissement métropolitain (FIM), sont situés au nord et à l’est, tandis qu’un tiers est situé à l’ouest. Ce rééquilibrage est essentiel. Il montre que la Métropole n’entend en rien préserver des situations acquises sans penser au vivre ensemble des 7,2 millions d’habitants et 131 communes qui la composent. Nous venons de conclure un accord avec la région Île-de-France, dans le cadre d’une convention de partenariat. Elle rejoint les préoccupations du Contrat de Plan État Région (CPER). Pourquoi vous intéressez-vous également à l’axe Seine ? Nous avons entrepris à ce sujet des discussions avec le président et le directeur d’Haropa. Le port commun au Havre, à Rouen et Paris est pour nous une base d’action importante, qui doit nous permettre de réfléchir à la structuration du développement économique de ces territoires. J’ai rencontré récemment les maires du Havre et de Rouen. J’ai écrit à l’ensemble des EPCI le long de la Seine, pour structurer nos actions communes. J’aime rappeler cette citation de Napoléon Ier, prononcée le 7 novembre 1802 : « Paris, Rouen, Le Havre, une seule ville dont la Seine est la grande rue. »
- LA PROXIMITÉ AVEC LES TERRITOIRES, C’EST NOTRE ADN : CHRISTOPHE AFONSO
FONDATEUR DE YUMAN, PROMOTEUR IMMOBILIER EN CROISSANCE RAPIDE, CHRISTOPHE AFONSO DÉCRIT L’HISTOIRE ET L’ADN DE SON GROUPE, BASÉS SUR UNE CULTURE DE LA PROXIMITÉ ET DE L’ÉCOLOGIE. Comment définiriez-vous l’ADN de Yuman ? L’ADN de Yuman, c’est la proximité avec les territoires, avec les élus et avec l’ensemble de nos clients. Être humain au sens vrai du terme, s’emparer des enjeux des villes, comprendre la volonté et les besoins des élus et transformer les souhaits des clients en projets immobiliers, c’est cela notre ADN. Nous en sommes conscients, chez Yuman, c’est nous qui avons besoin des élus, et non l’inverse. Nous défendons, par ailleurs, l’idée que protéger l’environnement, c’est protéger les hommes. Notre engagement est clair : nous compensons écologiquement 100 % de nos créations immobilières grâce à un partenariat exemplaire avec Reforest’Action. Comment est né Yuman ? Notre histoire commence il y a presque 15 ans. J’ai personnellement débuté ma carrière en tant qu’agent immobilier. Ce métier m’a notamment appris que ce n’était pas nous qui décidions ce que nous vendions, mais le marché qui décidait largement pour nous. Cela nous a permis de développer une approche un peu différente de la promotion immobilière. Nous sommes très à l’écoute de nos clients, en particulier du souhait des élus, propre à chaque commune. Nous nous investissons durablement sur les territoires en travaillant avec des entreprises locales pour que chaque projet soit créateur de valeur au profit de la commune qui l’accueille. De plus, pour chaque projet immobilier développé, nous proposons à l’équipe municipale d’identifier un jeune lycéen méritant issu d’une famille défavorisée afin de financer ses études supérieures et de l’accompagner jusqu’à son premier emploi. « Toutes nos opérations sont 100 % compensées carbone » « Nous avons une approche d’éco-conception pour les projets que nous réalisons. Nous nous fixons aussi comme priorité de réduire les émissions carbone des activités liées à l’immobilier. Et pour pallier l’urgence climatique, nous compensons d’ores et déjà toutes les émissions carbone de nos projets. Cela représente plus de 70 000 arbres plantés à ce jour. » Quelles sont vos spécialités ? Nos réalisations vont de l’immeuble collectif en ossature bois à des résidences étudiantes, des résidences services seniors, des hôtels d’entreprises, comme celui qui accueille nos bureaux à Romainville, des zones artisanales, en passant par des lotissements de maisons en bois, des immeubles de bureaux, des maisons d’architecte. Mais notre cœur de métier reste le logement collectif, qu’il soit social ou en accession. Nous venons de bâtir 7 000 m2 d’entrepôts, également à Romainville. Nous avons eu la chance d’avoir des élus qui ont cru en nous il y a 10 ou 15 ans, en Seine-Saint-Denis. Mais nous intervenons également en Seine-et-Marne, dans les Yvelines, en Essonne, dans le Val-de-Marne ou le Val-d’Oise. Priorité à l’emploi local « Nous mettons en place des chantiers qui favorisent l’insertion des habitants des territoires sur lesquels nous intervenons », souligne Christophe Afonso, fondateur de Yuman. « Ainsi, nous privilégions chaque fois que c’est possible un partenariat avec une entreprises locale. Objectif : faire de nos projets, dès leur construction, des éléments d’inclusion sociale au bénéfice de la collectivité. » Quel regard portez-vous sur la période actuelle ? Toutes nos créations immobilières sont dorénavant dotées d’espaces extérieurs, en roof-top, en jardins partagés ou en espaces privatifs. Il est désormais inconcevable de penser l’immobilier sans ces espaces, mais à l’évidence, le sujet sur lequel nous sommes tous attendus et sur lequel nous devons être à la hauteur de l’enjeu concerne l’écologie, le combat pour réduire l’empreinte carbone d’une activité qui figure parmi les plus polluantes. Et le Grand Paris ? Le Grand Paris, mais surtout le très Grand Paris, sont l’occasion pour toute la filière immobilière de se réapproprier les territoires, de s’affranchir des notions de petite et grande couronnes, de révolutionner notre approche sur les questions environnementales, tout simplement de proposer à nos clients un logement plus responsable, plus fidèle à leur demande. Il y a quelques années encore, les gens souhaitaient vivre à l’intérieur de Paris, puis ne pas dépasser l’A86. Aujourd’hui, ils demandent à ne pas franchir l’A104. Le cercle ne cesse de s’agrandir. Et les gares du Grand Paris vont réduire encore la frontière entre grande et petite couronnes.
- INTERVIEW DE STÉPHANE CORDOBES, PHILOSOPHE, GÉOGRAPHE ET PHOTOGRAPHE
« VIVRE À L’ANTHROPOCÈNE, C’EST INVENTER UN MODÈLE DE VIE QUI NOUS PERMETTE D’HABITER AVEC DIGNITÉ LE MONDE QUI VIENT » DU GREC ANTHROPOS (« HUMAIN ») ET KAINOS (« RÉCENT »), L’ANTHROPOCÈNE DÉSIGNE L’ÉPOQUE GÉOLOGIQUE ACTUELLE, DOMINÉE PAR DES HUMAINS QUI SERAIENT DEVENUS LA PRINCIPALE FORCE DE CHANGEMENT SUR TERRE, AU TRAVERS DE LEUR IMPACT SUR LES SOLS, LES AIRS ET LES MERS. SI CE TERME EST L’OBJET DE DISPUTES ACADÉMIQUES ET MÉDIATIQUES, IL EST DE PLUS EN PLUS FRÉQUEMMENT UTILISÉ POUR CARACTÉRISER LES PROFONDES MUTATIONS EN COURS. STÉPHANE CORDOBES NOUS EN EXPLIQUE LES DÉFIS ET LES ENJEUX. PROPOS RECUEILLIS PAR VIANNEY DELOURME D’ENLARGE YOUR PARIS Comment définiriez-vous le moment anthropocène que nous traversons ? Il s’agit d’un moment de basculement et de dévoilement. Basculement parce qu’en passant de l’holocèneà l’anthropocène, mais aussi de la modernité à l’anthropocène, nous assistons tant géologiquement qu’historiquement à une bifurcation majeure et à l’émergence d’un nouveau monde encore largement à édifier. Dévoilement parce que le soubassement économique, social, politique et culturel sur lequel nous avons bâti notre société et que nous avons longtemps cru indépassable – la fameuse fin de l’histoire – se craquelle et expose ses limites. On ne peut plus dissimuler que le projet moderne n’est plus tenable sur le plan environnemental évidemment mais aussi sur le plan social et économique. Et qu’il ne peut pas être étendu sans fin puisqu’il suppose une consommation des ressources qui est incompatible avec la capacité de la planète à se régénérer et à produire des conditions de vie dignes pour les humains et non humains qui y cohabitent. Sans compter les inégalités et injustices qu’il entretient. Notre modèle ne tient plus et il faut d’urgence le réinventer. Est-ce que selon vous les acteurs publics, les collectivités ont pris la mesure de cette urgence ? Il me semble que la prise de conscience de l’empreinte des activités humaines sur les écosystèmes terrestres et des dérèglements qu’elles entraînent du climat, de l’environnement, de la biodiversité, des sols, de tout cette « nature » qui nous permet de subsister devient commune. Les acteurs publics, et privés d’ailleurs, assistent comme tout un chacun avec stupeur aux manifestations les plus catastrophiques du basculement anthropocène qui se multiplient sur la planète. Pour autant, tous les territoires et toutes leurs populations ne sont pas exposés donc marqués de la même façon. Ce grand rendez-vous avec la géologie et l’histoire est loin d’avoir supplanté celui plus courant de la gestion politique du présent et des problèmes du quotidien. Il y a là très clairement un décalage à combler rapidement. Il faut affirmer haut et fort que l’anthropocène est non seulement une conséquence de l’industrialisation et de l’urbanisation du monde, mais aussi une crise globale et actuelle de l’habitabilité de la planète à laquelle tous les territoires et leurs acteurs sont confrontés. Dans beaucoup d’endroits, ces changements restent encore abstraits et secondaires par rapport aux difficultés économiques et sociales que l’on a plus l’habitude d’aborder et de traiter. Comme si l’on pouvait encore distinguer et traiter séparément ces problèmes… Cette crise de l’habitabilité du monde, peut-on la décrire plus précisément, notamment dans nos territoires ? C’est « pour quand » et sous quelles formes ? On ne manque pas d’exemples : tempêtes plus fortes et plus fréquentes, érosion et évolution rapide du trait de côte des territoires littoraux densément habités avec des risques majeurs de submersion, mégafeux dans les massifs forestiers asséchés, vagues de chaleur plus fortes et fréquentes avec des îlots délétères dans les villes, communs négatifs suite à des pollutions industrielles et agricoles qui ont altéré en profondeur les conditions de vie des populations comme aux Antilles avec le chlordécone, extinction massive des espèces vivantes… Le projet moderne et ses logiques d’extraction, de production et de consommation prométhéennes nous lègue un certain nombre de monstres avec lesquels nous allons devoir composer. La Covid est un de ses monstres les plus emblématiques et « pédagogique » parce que, contrairement à beaucoup d’autres, sa portée globale et locale s’impose à nous autant que son impact en profondeur, partout, dans nos chairs autant que dans nos organisations. La Covid donne la mesure de cette crise de l’habitabilité et de la vulnérabilité de nos territoires de vie qui caractérisent l’anthropocène. Qu’est-ce qui pourrait encourager les acteurs publics à mieux s’emparer des enjeux de l’anthropocène ? Par définition, les acteurs publics sont sensibles au public justement, à ses opinions et attentes, à ses craintes et manifestations d’humeur. De ce point de vue, on ne peut que constater l’accroissement de la présence des questions écologiques et sociales dans la sphère médiatique, dans la sensibilité des gens, dans les représentations collectives. Si on regarde cela sous le prisme générationnel, les faits sont encore plus manifestes : les jeunes ont un discours et une sensibilité qui vont rapidement rattraper et bouleverser les sphères publique et politique. Le sujet n’est peut-être déjà plus de savoir comment les acteurs publics vont s’emparer de l’anthropocène et des enjeux écologiques mais plutôt comment les enjeux écologiques vont s’emparer des acteurs publics et des institutions démocratiques, et ainsi devenir centraux et incontournables. La Covid est encore un bon exemple de ce point de vue, car c’est bien elle qui s’est emparée de nos institutions au point de les faire sortir de leur fonctionnement ordinaire, de montrer leur vulnérabilité mais aussi la capacité réelle à abandonner notre carcan mental, économique, politique moderne quand la situation l’exigeait, avec plus ou moins de réussite. C’est peut-être toute la boîte à outils des acteurs publics qui va se retrouver bouleversée par la crise de l’habitabilité de la Terre. Quelles évolutions vous semblent les plus nécessaires ou les plus probables ? Les acteurs publics – avec tous les habitants que nous sommes – doivent nous préparer à entamer un long processus de transformation. Pas simplement une transition qui, avec un peu de génie, de technique et d’effort, permettra de s’adapter sans véritablement changer de monde. Plutôt une révolution si tant est que l’on accepte d’utiliser un terme adapté aux circonstances mais par trop connoté par la modernité justement et certains de ces autres monstres. L’ampleur de la tâche et sa complexité peuvent donner le vertige et paralyser. Que l’on y entre par la question de la production ou de la consommation, des transports, de la gestion des déchets ou de l’énergie, de l’alimentation, de la culture et de l’éducation, de l’artificialisation importe finalement peu. L’important est de se lancer et de ne plus arrêter. Sans oublier, pour les acteurs publics, que l’anthropocène oblige évidemment à repenser aussi la manière de construire les politiques publiques et de faire vivre la démocratie. Dans ce contexte, le modèle métropolitain n’est-il pas rendu particulièrement vulnérable ? On a raison de considérer que l’urbanisation du monde, la métropolisation sont des facteurs explicatifs de l’anthropocène et on peut en effet s’interroger sur la fragilité de ces grands espaces métropolitains extrêmement technicisés, extrêmement dépendants du reste du monde. On peut aussi s’inquiéter de la fuite en avant qu’ils semblent suivre par exemple avec le marché de la smart city qui poursuit la trajectoire moderne, accroît leur vulnérabilité et renforce encore les situations de dépendance et de déresponsabilisation de leur public habitant. Pour autant, le procès intenté aux métropoles – j’ai en tête un journal qui titrait récemment La revanche des villes moyennes – et cette idée selon laquelle on vivrait mieux l’anthropocène dans des petites villes ou à la campagne me semblent sans intérêt, voire dangereux. Non pas qu’à titre individuel on n’ait pas le droit de se poser ces questions, d’avoir des préférences. Mais à l’échelle du politique, une telle approche est fortement préjudiciable : les « guéguerres » entre territoires ont déjà nui au développement moderne et à l’espoir qu’il portait de progrès et d’égalité ; dans l’anthropocène, leur poursuite s’avérerait catastrophique et nous oblige à changer tant l’esprit que les règles du jeu. On ne va pas métamorphoser la géographie du pays en quelques années : nul n’a intérêt à ce que les métropoles deviennent invivables et les petites villes et campagnes surpeuplées. Dans l’anthropocène, l’interdépendance des territoires et la nécessité pour ceux-ci de coopérer afin de relever les enjeux qui s’annoncent n’ont jamais été aussi impérieuses et vitales. Les fameux objectifs de compétitivité et d’attractivité des territoires et de leur aménagement sont condamnés à être réinterrogés. Comment les territoires, ensemble, en repensant leur interdépendance, en coopérant, en étant solidaires, en réinventant leur rapport aux ressources et à leur partage, inventent de nouvelles conditions de vie qui renforcent la vitalité de leur socio-écosystème, réduisent les injustices et participent à la régénération de la planète ? Voilà la question à laquelle il faut aujourd’hui répondre. Quid du monde économique ? Prendre conscience de l’anthropocène, est-ce nécessairement contester la nécessité de la vie économique et le rôle des entreprises ? Il me semble que tous les territoires et tous les acteurs publics et privés sont aujourd’hui d’ores et déjà concernés par le changement climatique, avec certes plus ou moins d’intensité. Je n’adhère pas à l’opposition entre petits gestes et grandes transformations, industrielles par exemple. Les deux sont indispensables : le simple habitant va devoir changer sa manière de voir le monde, de vivre avec les entités non humaines, de consommer… Les grandes entreprises vont devoir inventer une autre manière de produire et de trouver une rentabilité. Vivre à l’anthropocène, c’est inventer un modèle qui nous permette d’habiter avec dignité le monde qui vient, et non pas revenir à l’âge des cavernes, tous adhérer au survivalisme.Et savoir comment les grandes entreprises vont se transformer pour ne plus être dans une logique qui détruit la planète mais dans un processus d’engendrement, qui contribue à la restauration des environnements naturels viables pour tous, voilà une autre question à la hauteur de l’enjeu anthropocène. Stéphane Cordobes exerce aujourd’hui les fonctions de conseiller à l’Agence nationale de cohésion des territoires (ANCT) et de chercheur associé à l’École urbaine de Lyon (EUL). Ses travaux portent sur la prospective, les territoires et leur bifurcation écologique dans le monde anthropocène. Il s’intéresse notamment aux dimensions sensibles et culturelles de ce processus de transformation et intègre la photographie dans ses enquêtes.
- LA FABRIQUE DE LA VILLE À LA CROISÉE DES CHEMINS
ENJEUX CLIMATIQUES, LEÇONS DE LA CRISE SANITAIRE, FRILOSITÉ DES MAIRES À DENSIFIER LEUR COMMUNE, ZÉRO ARTIFICIALISATION DES SOLS, RECONSTRUCTION DE LA VILLE SUR ELLE-MÊME, PLU BIOCLIMATIQUE… L’AMÉNAGEMENT URBAIN VIT UNE PÉRIODE DE TRANSITION AUSSI BRUTALE QUE TOTALE. PAR FABIENNE PROUX Certes, les prémices des évolutions étaient déjà engagées avant l’arrivée de la Covid-19, mais la pandémie et ses conséquences sur la vie des urbains ont accru la prise de conscience que le modèle métropolitain actuel était loin d’être parfait et ont donc accéléré lacadence du changement. Même la mixité des usages, star éphémère des appels à projets urbains innovants, est abandonnée au profit de la flexibilité des bâtiments favorisant les mutualisations et le partage des locaux. Sous la pression de leurs administrés de plus en plus réticents face à l’arrivée de nouveaux programmes immobiliers, les majorités élues en 2020 ont déjà engagé un virage consistant soit à annuler des projets, soit à les revoir à la baisse, au grand dam des promoteurs. Si leur modèle économique s’en trouve fragilisé, puisqu’une opération avec moins de logements est forcément moins rentable et d’autant moins en Île-de-France où le foncier est particulièrement onéreux, ces derniers mettent aussi en avant le risque de pénurie de logements, alors que la demande reste très soutenue. Quelles réponses apporter à ces injonctions contradictoires ? Comment tirer profit de l’existant pour limiter l’empreinte carbone du secteur du bâtiment, l’un des plus émetteurs de CO2 ? Quel modèle trouver pour loger les Franciliens à des conditions financières acceptables tout en réduisant l’étalement urbain et en permettant à la région de rester attractive ? Les pistes de réflexion ne manquent pas et les initiatives commencent même à être lancées pour tester de nouvelles façons de faire la ville. L’ordre des architectes d’Île-de-France (Croaif) a ainsi constitué dès 2020 une Alliance des professionnels de l’urbanisme et de l’immobilier du Grand Paris*, pour « concevoir ensemble et avec les pouvoirs publics des solutions inédites qui mobilisent les savoir-faire de chacune de nos professions en faveur de la transition écologique et de la relance sur le territoire », rappelle Fabien Gantois, nouveau président du Croaif. 353 projets d’aménagement autour des gares du GPE Mais l’une des ruptures les plus radicales est probablement la démarche engagée par la ville deParis pour se doter d’un PLU bioclimatique d’ici à 2024, le document actuel ne permettant pas d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Il faudra bien la durée du mandat pour atteindre cet objectif visant à inscrire la Capitale dans une « trajectoire de transition écologique ». Inclusive, durable, vertueuse, résiliente, décarbonée, attractive, productive et actrice de la métropole, la ville se met au vert dans toutes ses dimensions. En matière de bâti, les orientations visent à privilégier la réhabilitation de l’existant, telle la transformation de locaux d’activité en logements (thème de « Réinventer Paris 3 »), intégrer dans les programmes des « externalités positives » ou encore utiliser les matériaux biosourcés. « Ce positionnement est très novateur », convient Madeleine Masse, architecte urbaniste, directrice déléguée territoires et clients publics- privés Île-de-France chez Arep. « Il n’est plus seulement question de réglementation du bâti ou de volumétrie, mais aussi de savoir comment on intègre dans cette réglementation la question de la matière, de l’énergie, en bref tous les leviers à utiliser pour répondre à l’acceptabilité de vivre dans une métropole très dense, très mobile et vivante. » C’est tout l’enjeu, à Paris bien sûr, mais aussi en petite et moyenne couronnes où l’arrivée des 68 gares du Grand Paris Express (GPE) ajoute encore une donnée supplémentaire à l’équation. Plus de 353 projets d’aménagement sont recensés dans ces 68 secteurs dont le périmètre est fixé à 800 mètres autour des futures gares. « Cela représente plus de 32 millions de mètres carrés programmés, dont environ 20 millions restent à bâtir », précise l’Apur (Atelier parisien d’urbanisme). Vers le zéro artificialisation brute Des projets à manier toutefois avec précaution et surtout anticipation, car « ces gares vont créer de l’affluence, de l’inflation foncière, de la construction et donc des coûts pour la collectivité en termes d’équipements publics à construire (écoles, crèches, etc) », alerte Maurice Sissoko, directeur général de Citallios. Aussi, plusieurs aménageurs publics préconisent de mettre en place des périmètres d’aménagement suffisamment larges autour de ces gares pour maîtriser la qualité et la cohérence des constructions mais aussi les problématiques de stationnement. L’aménagement du quartier Atlantis à Massy est, selon Willem Pauwels, « la préfiguration » de ce que vivront les quartiers de gare du GPE. « Nous avons su esquisser un montage de façon à transformer un quartier d’une centaine d’hectares en autre chose qu’un parc d’activités », fait valoir le directeur de Paris Sud Aménagement, « et ainsi réussi à créer un lieu de vie assez intense, hybride et multiple (palais des congrès, cinéma, commerces). » Véritables nœuds intermodaux, ces nouveaux quartiers sont en effet « au cœur de la mobilité et de la desserte des territoires, c’est donc là où il faut construire, car ils sont une réponse à la décarbonation des mobilités », confirme Madeleine Masse, préconisant par ailleurs d’aller au-delà du ZAN (zéro artificialisation nette) et d’abandonner le principe de compensation pour tendre vers le zéro artificialisation brute, c’est-à-dire de « sanctuariser » les terres non encore artificialisées. * L’APUI-GP a été créée avec la Fédération des promoteurs d’Île-de-France, la Chambre des Notaires de Paris et la FNAIM Grand Paris.
- FRANCE RELANCE : L’ÉTAT FINANCE DES MESURES CONCRÈTES ET À DESTINATION DE TOUTES LES FRANCILIENS
LA TRIBUNE DE MYRIAM ABASSI, SOUS-PRÉFÈTE À LA RELANCE AUPRÈS DU PRÉFET DE RÉGION MARC GUILLAUME La crise sanitaire a soumis l’économie francilienne à une épreuve inédite, d’autant que les secteurs les plus touchés par la crise – l’hôtellerie-restauration, la culture ou le tourisme – sont particulièrement bien représentés dans notre région. Pour y faire face, l’État a mis en œuvre des dispositifs de soutien exceptionnels, qui ont permis de limiter le nombre de défaillances d’entreprises mais aussi de préserver les compétences et les emplois. Près de 11 M de ont ainsi été mobilisés en Île-de-France pour permettre aux chefs d’entreprise de placer leurs salariés en activité partielle tandis que 7 M de ont été alloués par le fonds de solidarité aux PME et TPE de notre région pour leur permettre de traverser cette période difficile. Au-delà de ces mesures d’accompagnement immédiates et inédites, le Gouvernement entend également préparer l’avenir. Depuis près d’un an, la mobilisation de tous les services de l’État et de ses opérateurs a permis à France Relance de soutenir plusieurs centaines de milliers de Franciliennes et de Franciliens. C’est ainsi que plus de 280 000 jeunes ont été accompagnés grâce au plan « 1 jeune, 1 solution », plus de 15 000 ménages aidés grâce à MaPrimeRénov, plus de 150 entreprises subventionnées grâce aux fonds industriels, sans compter les 143 000 TPE/PME qui bénéficieront de la baisse des impôts de production en 2021, les 446 collectivités territoriales soutenues dans leurs investissements et la centaine de projets associatifs financés dans le domaine de l’économie circulaire ou de l’accompagnement des plus démunis. France Relance en Île-de-France, c’est déjà plus de 5 Mde attribués en faveur de la cohésion sociale, de l’écologie et de la compétitivité. Et ces chiffres évoluent bien sûr chaque jour, à mesure que les dispositifs du plan de relance poursuivent leur déclinaison dans les huit départements franciliens. Le chantier de la conversion écologique de l’économie francilienne est déjà bien engagé. Grâce à France Relance, plusieurs milliers de bâtiments publics et privés bénéficient de financements importants pour des travaux de rénovation thermique. Avec France Relance, l’État investit aussi dans les infrastructures de transport afin de faciliter le recours par les Franciliens aux mobilités vertes, grâce à la prime à la conversion et le bonus écologique. L’État investit aussi sur les filières de l’économie verte et notamment sur l’économie circulaire et la filière hydrogène qui constitueront de véritables gisements de croissance et d’emplois. Favoriser la formation et l’embauche des jeunes France Relance va également permettre à l’économie francilienne d’être plus indépendante, compétitive et attractive. 151 projets industriels, en majorité portés par des PME et des ETI, ont ainsi déjà été soutenus en Île-de-France, dans des domaines aussi variés que la santé, la 5G, l’automobile, l’aéronautique ou le numérique. Dès cette année, les entreprises industrielles franciliennes bénéficieront également de près de 2,88 Mde de baisse des impôts de production, ce qui facilitera leurs projets d’embauche et d’investissement. L’économie francilienne doit également pouvoir compter sur des femmes et des hommes bien formés. L’État est au rendez-vous de cette crise inédite : avec France Relance, nous nous donnons les moyens de revenir plus forts qu’avant la pandémie.











