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DONNONS LA PAROLE AUX PIONNIERS POUR SE PENCHER SUR LE FUTUR DE LA VILLE : CHRISTINE LECONTE

EN « LANCEUR D’ALERTE », CHRISTINE LECONTE, PRÉSIDENTE DU CONSEIL NATIONAL DE L’ORDRE DES ARCHITECTES (CNOA), S’INVITE DANS LE DÉBAT DE LA FABRIQUE DE LA VILLE. ENJEUX CLIMATI­QUES, RÔLE DE L’ARCHITECTE, DÉCARBONATION DE LA CONSTRUCTION,… ELLE PUBLIE, AVEC LES 300 ÉLUS ORDINAUX DE L’ORDRE, LE PLAIDOYER « HABITATS, VILLES, TERRITOI­RES, L’ARCHITECTURE COMME SOLUTION ». L’OBJECTIF ? INTERPELLER LES POUVOIRS PUBLICS SUR L’URGENCE À ADOPTER UNE STRATÉGIE POLITIQUE AMBITIEUSE, ALLIANT ÉCONOMIE ET ÉCOLOGIE.

PROPOS RECUEILLIS PAR AURÉLIEN JOUHANNEAU



À quels maux la ville est-elle aujourd’hui confrontée ?

Nous sommes confrontés à trois crises majeures. Climatique, d’une part, comme en attestent les derniers épisodes caniculaires ou encore les crues qui ont un impact direct sur nos villes. En matière de biodiversité, d’autre part, nos territoires souffrent de sur-bétonisation. Enfin, c’est aussi une crise des ressources avec des matières premières (métaux précieux, pétrole, sable…) qui manqueront dans un futur proche. À ces trois crises s’ajoutent de mul­ti­ples enjeux sociétaux, parmi lesquels le sur­peuple­ment des logements, comme c’est le cas dans le Grand Paris, le mal-logement, le vieillissement de la population et l’espace public qui doit être un espace démocratique. Aujourd’hui, force est de constater que notre société n’est pas assez inclusive. Tous ces maux auxquels la ville est confrontée doivent nous inter­roger collectivement pour réparer notre modèle urbain. Il faut donc revoir le logiciel de fond en comble, ce qui implique de remettre en cause des modèles économiques très ancrés dans la fabrique de la ville. De notre côté, le métier d’architecte évolue aussi !


Quelles mesures fortes proposez-vous à travers le plaidoyer « Habitats, villes, territoires, l’architecture comme solution » ?

Avec les élus du Conseil national de l’Ordre des Architectes et l’ensemble des conseillers régionaux, nous avons souhaité fournir un outil au service des élus pour leur révéler les savoir-faire des 30 000 architectes qui exercent sur l’ensemble du territoire et leur montrer la richesse des ressources disponibles pour agir dès à présent. Pour ce faire, notre plaidoyer s’articule autour de 5 grands axes et 16 mesures. D’abord, il s’agit de renforcer nos territoires afin de tendre à un développement mieux équilibré, notamment par la sanctuarisation des terres agricoles, l’accroissement du service public de l’architecture et le dispositif « 1 maire, 1 architecte ». Ce dispositif de proximité, nous allons le porter haut et fort pour accompagner les maires en matière de lecture de leurs territoires et de valorisation du patrimoine existant. Ensuite, nous invitons l’État à passer d’une politique du logement à une politique de l’habitat, en relevant les critères de qualité minimale des habitations et en créant un ministère d’État chargé de l’habitat, du cadre de vie et de l’aménagement du territoire. Tous les acteurs de la fabrique de la ville ont besoin d’un nouveau récit collectif et d’un cadre national, pour faire face aux enjeux sociétaux, qui passent par l’organisation d’États généraux de l’habitat et de l’aménagement du territoire. Pour les nourrir, il sera primordial de s’éloigner des schémas de pensée classique et de donner la parole aux pionniers pour se pencher sur le futur de la ville !

Par ailleurs, nous préconisons d’accorder la priorité à la réhabilitation et l’adaptation des bâtiments pour réparer nos villes. Ce changement de paradigme participe à la revitalisation des centres-villes et nécessite d’intensifier les aides publiques à la rénovation globale. Dans le même temps, nous devons changer nos pratiques héritées d’un autre siècle en matière d’urbanisme face au dérèglement climatique. Il faut mettre un coup d’arrêt à l’urbani­sation des zones à risques majeurs, tout en visant la sobriété énergétique pour atténuer notre impact et lancer un plan national de végétalisation. Enfin, pour décarboner le secteur de la construction, il faut promouvoir de nouvelles filières de matériaux – comme le chanvre en Île-de-France, ce que fait le Conseil régional de l’Ordre, sous la houlette de Fabien Gantois avec la Chambre d’agriculture et plusieurs partenaires – et le réemploi, mettre en place une architecture en circuits courts et encourager une agro-industrie locale au service d’un cadre de vie plus sain et plus écologique. De mémoire, les infrastructures et le BTP sont responsables de 75 % des déchets dans la région francilienne !


Pourquoi préconisez-vous le développement de la culture du risque ?

C’est un constat, en France, la culture du risque en urbanisme n’est pas assez développée pour faire face aux risques d’inondation, de canicule, d’incen­die ou encore de l’érosion côtière qui touchent nos métropoles et villes moyennes. Pour passer à la vitesse supérieure, nous préconisons trois mesures. Il s’agit de prendre en compte la thématique du risque dans les études territoriales, en sensibilisant et en associant les habitants aux choix d’aménagement : il faut accepter que certains espaces ne soient pas urba­nisables par exemple. Il faut mener également dans toutes les communes un audit stratégique permettant de réaliser un « diagnostic de vulné­rabilité » et proposer des solutions en matière d’adaptation ; anticiper les canicules futures en ciblant les endroits stratégiques à adapter le plus rapidement possible. Pour finir, il est nécessaire de réfléchir à la délocalisation des habitations situées dans les territoires soumis à ces risques majeurs, d’informer les habitants quand ils investissent dans un projet immobilier et de mettre un coup d’arrêt définitif à l’urbanisation de ces zones vulnérables. Autant de sujets sensibles pour les habitants : n’attendons pas d’être devant des catastrophes majeures, ce serait trop violent pour tous.




Zoom sur l’Ordre des Architectes d’Île-de-France

Le Conseil régional de l’Ordre des Architectes d’Île-de-France est présidé par Fabien Gantois, élu par ses pairs en mars 2021. Celui est entouré de trois vice-présidents : Johannie Bouffier, Rémi Doucet et Anne Labroille. Pour promouvoir l’intérêt public de l’architecture, Fabien Gantois s’appuie sur une équipe de 30 conseillers – 16 femmes et 14 hommes –, représentative des territoires franciliens. Le Conseil s’est fixé les objectifs suivants : accompagner et conseiller les élus et les institutions régionales dans les enjeux stratégiques du territoire francilien (adaptation des villes au changement climatique, réhabilitation de l’existant…) ; réaffirmer le rôle central d’une architecture d’utilité sociale ; œuvrer au rassemblement de la profession et renforcer la présence de l’Ordre au service de tous. « Cet intérêt à agir pour le bien commun est le sens de nos savoir-faire et de l’engagement des architectes comme celui des services de l’Ordre », entérine Fabien Gantois.


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