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  • Le Grand Paris vu par ceux qui l'aménagent

    Engagés de longue date dans l’aventure du Grand Paris, les acteurs de l’aménagement francilien tiennent le cap d’un développement respectueux de l’environnement et répondant aux besoins des territoires comme de leurs habitants. Grand Paris Express, crise de l’immobilier, zéro artificialisation nette, transition écologique... les réflexions foisonnent dans la région capitale. Le paysage grand-parisien se redessine et les acteurs relèvent le défi. « Le Grand Paris peut compter sur ses fondamentaux » Laurent Girometti, Directeur général d'EpaMarne-EpaFrance « Nous sommes à la veille d’un grand événement : la livraison du Grand Paris Express. Cela fait 15 ans que cette aventure a été lancée et nous touchons du doigt l’arrivée effective de ce transport ! Beaucoup de choses vont donc se concrétiser dans les quartiers concernés, par exemple sur le site de Noisy-Champs (Seine-Saint-Denis/Seine-et-Marne), qui a été retenu comme « territoire engagé pour le logement », dont les programmes entrent dans des phases opérationnelles avec les premières commercialisations de lots. Marqueur de notre secteur d’intervention : la question du logement et des tensions qui ne peuvent que s’exprimer quand un marché est largement bloqué. Ce contexte impacte également les bureaux et des locaux d’activité de manière générale, mais dans une moindre mesure notre territoire. Il y a des parcours résidentiels à l’intérieur du territoire, mais aussi des entreprises qui viennent d’ailleurs, en particulier de la première couronne. Néanmoins, le contexte immobilier, en posture délicate depuis deux ans, amène des défis supplémentaires avec des besoins importants. Ce contexte complexifie la sortie des opérations, notamment résidentielles. Cela nous engage à travailler de manière fine, à la recherche d’équilibre, entre exigences environnemen- tales et réalité économique, avec les acteurs de la promotion immobilière.Le Grand Paris peut Compter sur ses fondamentaux et demeure très attractif en dépit des difficultés. Il y a un vrai enjeu collectif en matière de logement pour faire en sorte de permettre à la demande de s’exprimer de nouveau. » « Une période prometteuse pour le Grand Paris » PASCAL POPELIN, DIRECTEUR GÉNÉRAL DE SEQUANO « Depuis deux ans, j’observe une véritable accélération des projets, pour partie liée au lancement du nou- veau programme national de renouvellement urbain (NPNRU). En effet, de beaux projets ont été lancés ou sont en phase d’étude avancée, à l’initiative des élus. Un grand nombre d’entre eux ne sont d’ailleurs pas effrayés par le terme « maire bâtisseur » et ont une véritable ambition pour quelques grandes emprises foncières qui appellent l’intervention des aménageurs. Je pense au périmètre d’étude d’intérêt métropolitain de La Molette au Blanc-Mesnil (60 hectares) ou au secteur Val Francilia à Aulnay-sous-Bois (300 hecta- res). En dépit d’un contexte morose et incertain, j’estime que des perspectives prometteuses en Termes de développement de nouveaux projets dans le Grand Paris se présentent devant nous. » « Le Grand Paris est une chance ! » OLIVIER PAGEZY, DIRECTEUR GÉNÉRAL DE LA SEM ÎLE-DE-FRANCE INVESTISSEMENTS ET TERRITOIRES « Le Grand Paris, qui est une chance pour attirer des nouvelles entreprises sur son territoire et pour main- tenir des emplois qualifiés, doit avoir une ambition économique forte en plus d’être un grand projet d’infrastructures, avec une vision qui dépasse l’organi- sation institutionnelle actuelle. La compétition entre territoires n’a jamais été aussi forte pour implanter des grands projets industriels et nous savons que la réindustrialisation de l’Île-de-France reste un défi. Les bons résultats en matière d’attractivité globale ne doivent pas masquer des difficultés à attirer des projets industriels, qu’ils soient français ou étrangers, y compris de taille moyenne. IDF Investissements et Territoires dispose d’un positionnement unique pour contribuer aux objectifs fixés par la Région en matière de réindustrialisation et de décarbonation. Elle intervient dans trois domaines clés pour la réussite de ces objectifs : l’immobilier d’entreprise, avec un recentrage de nos investisse- ments pour des projets industriels, le conseil en efficacité énergétique, qui a été réorienté sur le ter- tiaire public, et les énergies renouvelables. Mais nous savons que l’attractivité économique du Grand Paris commence par la disponibilité de fonciers adaptés aux besoins des entreprises et à des prix abordables. La mobilisation de tous les acteurs est nécessaire pour mieux identifier les fonciers disponibles, recycler plus rapidement des friches et avoir des outils de régula- tion pour éviter la spéculation, notamment pour les fonciers à proximité des nouvelles gares du Grand Paris Express. La SEM de la Région est très engagée dans ce domaine avec la publication d’une liste de 70 sites disponibles à court terme. » « Le Grand Paris est une énorme opportunité » MAURICE SISSOKO DIRECTEUR GÉNÉRAL DE CITALLIOS « Le Grand Paris recouvre plusieurs réalités, plusieurs concepts et plusieurs ambitions. Entre la vision ini- tiale portée par Nicolas Sarkozy et les différentes lois intervenues et interventions toutes légitimes, la coordination de l’action publique est devenue com- plexe pour les maires. Malgré cela, le Grand Paris est une énorme opportunité avec un maillage en trans- ports qui s’améliore au profit de zones plus éloignées de l’hypercentre, par exemple avec le prolongement d’Eole. C’est en conséquence des énormes investis- sements publics destinés à améliorer le quotidien de millions de Franciliens, mais aussi de milliers d’en- treprises. Ces investissements doivent donc être créateurs de valeur (financière comme en termes de bien-être) pour les territoires où ils se situent. Il nous faut passer au-dessus de la complexité administrative très parti- culière en France. Nous sommes donc en situation d’essayer de concilier les enjeux nationaux voulus par la loi sur le Grand Paris et les contraintes et enjeux locaux, notamment la contraction forte des ressources financières des collectivités. Notre feuille de route d’aménageur est de transformer les territoires pour permettre aux stratégies de développement des villes de se concrétiser, tout en maîtrisant les impacts envi- ronnementaux et sociétaux de ces politiques. Notre ambition est de travailler au rapprochement des enjeux de chacun à chaque fois qu’ils divergent, de concilier les ambitions des territoires locaux avec les politiques supra-locales. » « Nous sommes dans un virage ! » MARTIN GUESPEREAU DIRECTEUR GÉNÉRAL DE PARIS-SACLAY « Nous venons d’achever les inaugurations de la programmation initiale de Paris-Saclay (Essonne) en termes de bâtiments académiques. Ces derniers ont été livrés dans les temps et 30 000 étudiants ont fait leur rentrée sur le campus en septembre 2023. Le projet de rayonnement de la science française, initié par Nicolas Sarkozy et poursuivi par ses successeurs, a donc été tenu. À l’heure où l’intelligence artificielle explose, les sciences fondamentales revêtent une importance sans commune mesure. Nous sommes donc sur un projet porteur qui participe au rayonnement du Grand Paris. En matière d’aménagement, nous prenons actuellement un virage, celui qui conduit ce cluster scientifique à devenir aussi une ville universitaire avec des logements et de l’immobilier d’entreprise pour la recherche privée. Nous développons aujourd’hui du techtiaire, un produit très souple et tout nouveau en France, avec des bâtiments mutables entre bureaux et labos ! Le zéro artificialisation nette nous touche également, de même que la cadence des réglementations énergétiques et les questions de biodiversité. Les nouvelles ZAC créées prennent place sur des anciennes friches, à l’endroit où le métro arrive. Elles constituent ainsi la promesse d’un rapprochement domicile-travail. En deuxième couronne parisienne, où les gens se déplacent majoritairement en voiture, le nouveau métro change la carte et transforme radicalement le paysage. Paris-Saclay a été créé par la loi du Grand Paris. De par son histoire et sa gouvernance, Paris-Saclay a transcendé les conflits institutionnels et construit un des plus beaux succès du Grand Paris. En retour, le Grand Paris se grandit quand il se fédère autour des grands projets, et c’est nécessaire, parce que nos compétiteurs américains ou chinois, eux, n’attendent pas. Ce qui a été gagné reste à regagner tous les jours dans cette compétition scientifique et technologique, et cela passe par des moyens financiers, un alignement des élus autour des projets... C’est un travail de tous les jours. Les projets unissent. Le Grand Paris, pour moi, est notre aire naturelle de rayonnement. » LES QUATRE UNIVERSITÉS FRANCILIENNES DU TOP 100 DU CLASSEMENT DE SHANGHAI MARQUENT DES POINTS Les quatre établissements déjà référencés parmi les 100 premiers mondiaux par le classement de Shanghai (Academic ranking of world universities) marquent des points dans la dernière édition du classement, dévoilée mi août. L’université Paris-Saclay grimpe de trois places dans le top 15 et accède pour la première fois au 12e rang mondial. L’UPS est ainsi la mieux classée du continent européen. Paris Sciences et Lettres (PSL) gagne huit places (classée 33e), Sorbonne Université grimpe de cinq rangs (au 41e). Enfin, classée 60e mondiale, l’université Paris Cité , fruit de la fusion, en 2019, des universités Paris-Descartes et Paris-Diderot et du rattachement de l’Institut de physique du globe de Paris, affiche la plus forte progression des établissements français (+9 places). L’université atteint donc son meilleur niveau depuis sa création et sa première apparition dans le classement en 2020. Trois universités américaines, celles de Harvard, de Stanford, suivies par l’Institut de technologie du Massachussets, figurent en tête du classement.« En classant douze des seize établissements issus de la politique de regroupe- ment, le palmarès de Shanghai confirme ainsi le succès des nouveaux modèles d’universités françaises en leur apportant une visibilité internationale », s’est félicitée Sylvie Retailleau, alors ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, et elle-même ancienne présidente de l’Université Paris-Saclay.

  • La fondation Palladio éclaire la ville de demain

    Devenue incontournable dans l’univers de la fabrique de la ville, cette instance aux nombreuses ramifications se veut source d’inspiration pour construire la ville du XXie siècle, soit une cité bas carbone pour tous. Propos recueillis par Fabienne Proux. Créée en 2008 sous l'égide de la Fondation de France et l'impulsion de Bertrand de Feydeau, la Fondation Palladio se présence comme un lieu de rencontres, d’échanges, de débats et de réflexion, apolitique et aconfessionnel, avec une mission d’intérêt général autour de l’enjeu de la construction de la ville au XXIe siècle. En pleine crise immobilière planétaire, des professionnels du secteur ont souhaité réfléchir et investir dans l’innovation, mais aussi impliquer les jeunes générations en mettant en place des bourses à l’intention des doctorants et post-doctorants sur l’ensemble des domaines de l’urbain. Des centaines de candidatures sont soumises chaque année au jury. Forte de sa centaine d’adhérents et de mécènes, dont les derniers à avoir rejoint « l’aventure Palladio » sont Action Logement, Espaces Ferroviaires ou encore l’agence du designer belge Ramy Fischler, la Fondation mobilise et rassemble tous les secteurs et métiers concernés par la problématique immobilière et urbaine (aménagement, architecture, assurance, banque, construction, énergie, environnement, immobilier, ingénierie, logistique, numérique, transport, urbanisme...), les pouvoirs publics, le monde associatif, la société civile, les chercheurs et les médias. Dans la foulée de la création de la Fondation, la structure s’est dotée d’un Institut pour s’occuper des talents et des cadres à fort potentiel, avec comme particularité de désigner, chaque année, comme parrain ou marraine un homme ou une femme politique. Se sont entre autres succédé à cette fonction Valérie Pécresse et Anne Hidalgo. La marraine du cycle 2024, qui traite du thème « prendre soin de la ville », est Catherine Vautrin, ex-ministre du Travail, de la Santé et des Solidarités. Vigie et Connecteur innovation-recherche Une troisième instance, l’Université de la ville de demain, est venue en 2019 compléter l’édifice. Plusieurs outils d’accompagnement des acteurs de la ville ont également été créés, à commencer par la Vigie Palladio, présidée par Mathias Vicherat. Ce « pôle d’observation » regroupe des personnalités chargées d’identifier les tendances émergentes de la société, afin de nourrir l’ensemble des activités et des outils de la Fondation. Il s’agit également du Connecteur innovation-recherche Palladio qui s’adresse aux responsables innovations, R&D et prospective des entreprises de la fabrique de la ville ainsi qu’aux responsables et chercheurs des laboratoires de recherche. Sa mission consiste à « encourager le dialogue entre ces deux mondes, économique et académique, sur les enjeux de l’avenir des villes » Une communauté de plus de 100 mécènes Trois questions à Joachim Pflieger, Délégué général de la Fondation Palladio Dans le cadre de la refonte de la gouvernance de la fondation Palladion, Joachim Pflieger a été nommé Délégué général. Il a pris ses fonctions le 8 juillet dernier. Pouvez-vous nous retracer votre parcours ? Je me suis engagé depuis 2006 dans la culture, dans la fabrique de la ville et dans la philanthropie. J’ai débuté ma carrière à l’Opéra de Paris et à la Fondation du Teatro Realà Madrid. J’ai ensuite occupé les postes de directeur exécutif de la Galerie Thaddaeus Ropac à Paris et Pantin, puis de directeur général de la Fondation Fiminco et directeur des affaires culturelles et RSE du Groupe Fiminco de 2017 à 2021. À la demande de Mathieu Hanotin, maire de Saint-Denis, j’ai ensuite créé et dirigé le Fonds de dotation territorial Ambition Saint-Denis (Seine-Saint- Denis), avant de rejoindre la Fondation Palladio. En quoi consiste votre mission de délégué général de la Fondation Palladio ? Ma mission consiste à renforcer la capacité de la Fondation à transmettre et former, à susciter un débat d’intérêt général sur les mutations urbaines, sociales et environnementales, auxquelles nous faisons face, et à faciliter ainsi le passage à l’action. À la Fondation Palladio s’inventent chaque jour des nouvelles approches partenariales grâce à la mobilisation d’acteurs des secteurs public et privé, et à la société civile. Mon rôle est de pouvoir fédérer nos partenaires, d’une communauté de plus de 100 mécènes aujourd’hui. Nous travaillons également à une plus large diffusion des idées et de l’approche systémique qui est la nôtre, au service de la ville durable. Quelles sont les prochaines priorités et actualités de la Fondation pour cette fin d’année et pour 2025 ? Nous venons de lancer avec EY le nouveau baromètre d’Impact de l’industrie de la Ville, qui inclut désormais deux nouveaux volets, social et sociétal. Sur le volet du pôle académique de la Fondation, nous annoncerons à l’automne le nom des 12 chercheurs qui sont lauréats des bourses que nous octroyons et je peux dire que les thèmes de recherche sont passionnants, couvrant de larges pans de l’industrie de la ville. Avec l’Université de la ville de demain, nous nous déplaçons à Bordeaux et à Copenhague en septembre, et à Béthune en novembre, dans le cadre de nos Universités In Situ. L’automne sera riche en débats publics, petits-déjeuners du Connecteur et rencontres à la Maison Palladio, rue Favart. L'Université de la Ville de demain change les codes de la fabrique urbaine Prolongement opérationnel de la Fondation Palladio, l’Université de la Ville de demain se présente comme un « do tank » au service de la fabrique urbaine, avec comme particularité de réunir acteurs privés, publics et issus de la société civile. Chaque année en juillet depuis 2021 (exceptionnellement fin mai en 2024, JOP obligent), environ 200 personnalités se retrouvent pour le Sommet de l’Université de la ville de demain (UVD), qui se déroule à Chantilly pendant 24 heures et à huis clos, pour débattre, réfléchir, s’inspirer d’expériences urbaines réussies, mais aussi agir dans le cadre d’ac- tions collectives. On y côtoie des dirigeants d’institutions publiques (élus locaux, ministres, patrons des grandes administrations) et privées, au départ issus du secteur de la construction de la ville, puis des acteurs de la ville au sens large (mobilité, énergie, logis- tique, services) et de la société civile, des responsables d’ONG, des représentants des grandes religions et du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) ainsi que des journalistes, mais seulement « en qualité d’acteurs de la cité ». La particularité de ce mouvement atypique tient aussi à sa volonté d’agir à droit constant et sans solliciter d’argent public, « car il faut plutôt faire un meilleur usage de l’argent public ou privé », justifie Méka Brunel, actuelle présidente de la Fondation Palladio, qui présidait depuis l’origine l’UVD, jusqu’à ce qu’elle passe le flambeau en juillet dernier à Emmanuelle Cosse, l’ex-ministre du Logement et présidente de l’Union sociale pour l’habitat. La Nuit des « actions collectives » « Nous accompagnons l’accélération de la transformation en cherchant à casser encore plus de silos et créer encore davantage de cohésion de l’ensemble », poursuit Méka Brunel. Depuis 2021, des villes moyennes ont notamment été accompagnées dans le cadre de l’Université In Situ, à l’instar de Saint- Dizier (Haute-Marne), Val-de-Reuil (Eure), Lourdes (Hautes-Pyrénées), dont les maires souhaitaient accélérer la transformation de leur commune. Progressivement, l’Université de la ville de demain a été ouverte à d’autres univers que l’industrie de la construction de la ville, à savoir le transport, l’énergie, le luxe, la logistique, les services, la santé, « de façon à pouvoir aborder de manière systémique la ville bas carbone pour tous et pas uniquement à partir du prisme du bâti, d’autant plus que l’on va construire de moins en moins pour réparer, réadapter, restructurer, rénover », souligne l’ancienne directrice de Gecina. L’autre temps fort de l’UVD est, au printemps, « La Nuit de l’Action », au cours de laquelle l’avancée des « actions collectives », ces coalitions d’acteurs de tous bords qui coopèrent pour mettre à l’échelle de nouvelles pratiques urbaines vertueuses, validées lors du Sommet, est présentée devant plusieurs centaines de personnes. Création de la filière de la construction hors-site, intensification des usages des bâtiments, développement du recours à la géothermie de surface font partie des actions particulièrement innovantes mises en œuvre dans ce cadre.

  • Réindustrialisation : mobilisation générale en Île-de-France

    Réindustrialiser la France en général et l’Île-de-France en particulier part d’un double constat louable : retrouver une souveraineté dans certains secteurs d’activité et redonner de l’activité à des territoires qui ont subi de plein fouet les conséquences de la désindustrialisation menée dans les années 1980. Reste à trouver la bonne formule pour respecter à la fois les objectifs de décarbonation et du zéro artificialisation nette. Par Fabienne Proux. « La désindustrialisation qui nous frappe depuis 30 ans est une catastrophe sociale, car nous avons besoin d’emplois industriels, mais également environnementale, car un bien produit localement émet bien moins qu’un autre produit au charbon et transporté depuis l’autre bout du monde », a déclaré Valérie Pécresse lors du lancement de la COP Île-de-France le 3 avril 2024 au ministère de la Transition écologique. « Notre devoir est de réindustrialiser la région et de faire en sorte que cette industrie soit verte et vertueuse. Des sites autrefois très émetteurs se reconvertissent et nous devons encourager ce mouvement », a poursuivi la présidente de la région Île-de-France, très engagée dans ce domaine. Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, lors du lancement de la COP régionale en avril 2024. Si la Région Capitale compte montrer la voie du sursaut en la matière, elle entend le faire en misant sur une industrie choisie, innovante et décarbonée tout en restant compétitive. Alors que le Sdrif-e (Schéma directeur de la région Île-de-France environnemental) prévoit la sanctuarisation de 30 000 hectares dédiés à l’activité économique dont 54 % consacrés à l’industrie, 145 sites ont été identifiés dans la région pour un total de 1 500 hectares industrialisables, dont 550 disponibles avant 2025. Aussi, le Conseil régional a prévu d’investir 400 millions d’euros dans les cinq ans à venir et de créer un fonds souverain régional dédié au capital-investissement. Il allouera 65 millions d’euros au fonds « Île-de-France réindustrialisation » pour soutenir la pré-industrialisation de startups industrielles positionnées sur des technologies de rupture comme les nouvelles mobilités, le quantique ou la greentech, tandis que 150 millions d’euros seront accordés au fonds « Île-de-France décarbonation ». Les projets se multiplient dans les territoires Le premier prendra des participations minoritaires et investira entre 500 000 euros et 3 millions d’euros dans des entreprises œuvrant pour une industrie durable, décarbonée et/ou circulaire, et jusqu’à 9 millions d’euros pour les projets les plus stratégiques et ambitieux. Le deuxième vise à aider au développement des PME et des ETI de filières, telles que les mobilités, le bâtiment, la production ou le stockage d’énergies renouvelables. Enfin, 35 millions d’euros seront consacrés au fonds « Île-de-France InvESS », favorisant les entreprises à impact social ou environnemental qui se heurtent au manque d’investisseurs privés. Car pour se développer, la grande industrie a besoin de sous-traitants, d’où la nécessité de soutenir également la création de plus petites entreprises, voire d’artisanat industriel et productif, dont l’avantage est de pouvoir s’implanter au plus près des lieux d’habitation, parfois même au cœur des villes, de manière à rapprocher habitat et travail pour limiter les déplacements. Le secteur est plutôt porteur puisque, selon une récente étude de la CMA d’Île-de- France et de la Banque des Territoires, l’Île-de-France compte 100 000 emplois dans 47 000 entreprises artisanales industrielles et productives dont le nombre est en constante progression (+22 % en Seine-et-Marne et + 18 % dans le Val-d’Oise entre 2019 et 2021, + 10 % à Paris). Vue aérienne du site de Paris-Villaroche. L’impact de la stratégie française de réindustrialisation commence à porter ses fruits puisque le taïwanais ProLogium, qui construit à Dunkerque une gigafactory de batteries céramiques au lithium, une nouvelle génération de batteries plus performantes pour véhicules électriques, a annoncé en mai dernier l’implantation de son premier centre de R&D hors Taïwan à Paris-Saclay (Essonne). Dans les territoires, les projets se multiplient. Grand-Orly Seine Bièvre (Val-de-Marne et Essonne), lauréat pour la seconde fois de l’appel à projets national Territoires d’indus- trie, prévoit de réindustrialiser quatre sites suite au départ de leurs exploitants. L’agglomération Grand Paris Sud (Essonne et Seine-et-Marne) porte aussi une initiative similaire dans le cadre d’un projet partenarial d’aménagement (PPA), relatif à l’aménagement du site Paris-Villaroche (110 hectares), situé sur les communes de Montereau-sur-le-Jard et de Réau. « Il s’agit de renforcer la polarité existante autour de Safran pour constituer un site industriel stratégique de dimension nationale », précise Stéphane Raffalli, maire de Ris-Orangis et vice-président chargé notamment de l’Aménagement et des Grands projets. Au nord, le Val-d’Oise s’engage également dans la brèche. « Notre solution consiste à identifier des friches sur notre territoire susceptibles d’accueillir de nouvelles activités », a ainsi expliqué Jean-François Benon, directeur général du Comité d’expansion économique du Val-d’Oise (Ceevo), en mars dernier au Mipim. Des résultats sont déjà perceptibles puisque Dentressangle Immobilier Logistique crée un parc d’activités de 116 000 mètres carrés sur une friche de Renault à Éragny-sur-Oise.

  • Après les JOP, la page blanche ?

    La flamme des Jeux Olympiques et Paralympiques vient de s’éteindre, tournant la page d’un événement à la fois attendu et redouté dans un contexte de morosité et de tension aux plans national et international. Au terme des festivités, Nicolas Bauquet, directeur général de l’Institut Paris Région, invite à réagir, face notamment à ce qu’il appelle « une forme d’incertitude collective », et à « écrire une nouvelle page de l’histoire de notre territoire » Propos recueillis par Vianney Delourme. Les Jeux olympiques nous ont tenu en haleine pendant des années. Il fallait recevoir le monde et que ce rendez-vous soit celui de l’excellence française. Sans parler du contexte géopolitique, du défi de l’organisation... C’est un événement énorme et hors norme qui a absorbé toute l’attention, l’énergie et peut-être l’imaginaire de ceux qui pensent la ville et de ceux qui pensent le Grand Paris. N’y a-t-il pas maintenant le risque d’un passage à vide post-olympique ? Si passage à vide il y a, il a déjà commencé avant les Jeux olympiques. J’ai été en effet frappé parle contraste entre une mobilisation très forte de tous les grands acteurs, avec des réalisations très importantes, et un déficit d’enthousiasme, voire un réel scepticisme du grand public et des médias, avant l’événement. Notre difficulté à nous emparer des Jeux en tant que grande métropole mondiale, et même en tant que nation, est le symptôme d’un flottement qui nous invite à réagir. Ce scepticisme, je le vois comme le signe d’une crise de notre rapport avec le monde, et on est là vraiment au cœur de la question du Grand Paris, qui a été pensé pour être un lieu à la fois de la compétition et de l’affirmation dans le concert des métropoles. Une ambition qui renvoie au « moment Sarkozy » du Grand Paris, il y a 15 ans... Exactement. Le Grand Paris est alors pensé comme la future plateforme d’un pays dans un monde de plus en plus concurrentiel et ouvert. Bref, un projet clef pour pouvoir se maintenir dans le jeu mondial. Or, le discours négatif ou désabusé sur les JOP 2024 est pour moi le signe d’une interrogation sur le rôle que l’on veut jouer, sur la place que l’on a ou que l’on veut avoir dans le monde. En 2024, on reçoit le monde, mais on ne sait pas forcément quoi lui dire. On peut envisager que la crise est double : pourquoi se projeter dans le monde, qu’est-ce qu’on a à lui dire ? Et est-ce que le Grand Paris et l’Île-de-France sont bien un tremplin pour le pays ? Ce qui me frappe beaucoup, c’est qu’on ne sait plus répondre à la question de savoir ce qu’on a à faire dans le monde. C’est donc là qu’est notre défi : retrouver l’énergie et l’ambition du projet initié il y a 15 ans. Quelles sont les racines de cette crise, selon vous ? Cette interrogation profonde intervient aussi parce qu’il y a un moment de remise en question de la mondialisation, à la suite du Covid, c’est-à-dire la globalisation d’une pandémie aux conséquences géopolitiques, économiques, sociales, sanitaires et psychologiques immenses, et alors que le dérèglement climatique, dont on prend de plus en plus la mesure, est lui aussi associé à la globalisation de l’économie. Même si l’organisation des Jeux olympiques a été plutôt exemplaire d’un point de vue de l’empreinte écologique, il n’en reste pas moins que cette grande messe de la globalisation a perdu une partie de son sens. On a donc de bons motifs d’interrogation sur la raison d’être d’un tel événement. En revanche, il faut, sans hésiter une seconde, faire face aux défis de notre temps, leur tourner le dos n’a aucun sens et c’est en cela que je suis préoccupé par cette forme d’incertitude collective que je viens d’évoquer. Le monde se transforme, que nous le voulions ou non, par l’effet du changement climatique ou par celui de l’intelligence artificielle, par les mouvements de personnes, de biens et d’informations. Et cela, il ne faut surtout pas renoncer à le comprendre, ni à y répondre collectivement, pour faire face à nos réalités sociales, à l’état des banlieues, à la concurrence internationale, aux difficultés de la réindustrialisation. À la suite du Covid, on a justement connu un épisode de remise en cause de la métropolisation du territoire... On doit absolument travailler la question de l’attractivité par la qualité de vie, mais on a beaucoup parlé, peut-être un peu vite, du départ des cadres vers la province. Ce qui est sûr, en revanche,c’est que l’imaginaire a en partie déserté le cœur métropolitain francilien, l’envie d’y vivre s’est peut-être effritée. Le coût du logement, le temps passé dans les transports en commun, l’inflation et l’augmentation des prix des biens et des services, le besoin de plus en plus important de vert... Tout cela n’est pas une mode passagère. Pour autant, cela ne définit pas une politique économique pour la première région européenne en termes de richesse. La question à laquelle nous devons répondre, c’est de savoir comment on continue à créer de la richesse dans le Grand Paris et en Île-de-France. Un projet métropolitain n’a de sens que s’il est conquérant. On n’est pas obligé d’être optimiste sur le monde tel qu’il va, mais il faut avoir la conviction qu’au niveau individuel et collectif, on va faire la différence et écrire une nouvelle page de l’histoire de notre territoire. 2024, c’est aussi une étape importante de la réalisation du projet métropolitain, avec notamment toutes les grandes opérations d’infrastructures de transport en commun. Oui, en effet, ces projets structurants sont en train de se mettre en place et la tâche qui nous attend est immense, c’est la responsabilité de faire réussir et de faire perdurer toutes ces réalisations.Nous devons faire fructifier et fonctionner d’énormes investissements publics, alors que l’on sait que l’argent justement va être de plus en plus rare et cher. Si l’on revient aux Jeux olympiques, un des grands défis dans cette période d’héritage, c’est la transformation de la Seine-Saint-Denis. C’est un défi social énorme. Tout cela va dépendre d’une mise en œuvre très concrète, très patiente, très humble de politiques publiques qui seront peut- être moins spectaculaires que les grands projets, mais qui sont tout aussi nécessaires. D’ailleurs, je trouve passionnant que l’Institut Paris Region, en déménageant à Saint-Denis, au pied de la tour Pleyel, participe à cette dynamique. L’intérieur du périphérique, c’est fini, il faut passer à la suite de notre aventure. Le Tour Piéton du Grand Paris. À Nanterre près du chantier de la gare EOLE. Justement, quand on casse, quand on efface les barrières physiques entre des territoires, il faut créer, entre ces derniers, un lien politique, social, culturel et économique... Relier des territoires, cela veut dire que l’on ne peut plus en ignorer aucun. Il y a, à ce propos, un exemple qui me tient à cœur : c’est celui de Sciences Po, même s’il traverse des crises importantes depuis quelques années. Je pense au grand projet de Richard Descoings et, d’une certaine manière, ce qu’il a fait de Sciences Po est emblématique de ce que l’on doit faire en Île-de-France et dans le Grand Paris. Quand il est devenu directeur de cette institution parisienne, elle était menacée par l’insignifiance, par la marginalisation dans un monde globalisé et plutôt anglo-saxon. Il en a fait un lieu d’attraction mondiale. Il y a aujourd’hui 15 000 étudiants dans cette université, dont la moitié sont internationaux, ils viennent du monde entier étudier dans le cœur de Paris. La question qui se pose à nous, c’est comment on invente de nouvelles attractivités et comment ces nouvelles attractivités mobilisent toutes les énergies et tous les talents, y compris dans les territoires qui paraissent exclus de ces dynamiques mondiales et métropolitaines.

  • "Une plateforme au service des territoires"

    Pure le Projet est la première start-up de la rénovation des coeurs de ville qui mobilise des fonds privés pour accompagner les ambitions des collectivités publiques. Elias-Antoine Chebak, président de Pure le Projet Après 10 ans dans le monde politique, puis à la direction générale d’un groupe immobilier, vous avez décidé de créer Pure le Projet. Pouvez- vous nous en dire plus sur ce nouveau défi alors que le secteur traverse une crise inédite ? J’ai toujours pensé que les crises étaient des périodes d’opportunités, propices à une nouvelle vision,et de la prise de hauteur. La politique et le mondede l’entreprise m’ont énormément appris. Avec Pure le Projet, j’ai souhaité rassembler le meilleur des deux mondes afin d’apporter des solutions concrètes. En quelques mots, Pure le Projet a pour mission de réhabiliter la ville et valoriser le patrimoine territorial grâce à des financements privés. Notre méthode se décline en trois métiers : accompagner, financer et réaliser. Accompagner les collectivités, en étudiant les quartiers existants et en proposant des scénarios de transformation de ces mêmes quartiers à l’aide de notre technologie digitale Pure. Faire appel à un financement privé permettant de concrétiser cette transformation sans solliciter l’argent des collectivités. Réaliser, enfin, la maîtrise d’ouvrage des travaux et donner jour au projet. Autrement dit, nous sommes un acteur de la rénovation des villes et de la transition énergétique. À ce titre, Pure le Projet est incubé à la Station F, premier incubateur européen, sous le label Ville de demain . Comment comptez-vous faire la différence et accompagner les collectivités territoriales dans la réhabilitation des cœurs de ville ? Pure le Projet aide à bâtir la ville de demain sans lui grever ses ressources. Dans une période trouble, comme celle que nous vivons, mettre l’intérêt public au centre de l’équation économique est indispensable. Notre expertise prend en compte le modèle ZANet se fixe comme objectif de réparer la ville, l’adapter à son époque et ses valeurs. Nous sommes une plateforme au service des territoires. Enfin, en tant que start-up, nous bénéficions d’une agilité rare dans notre secteur. Notre écosystème permet d’être innovant en matière de transition énergétique et de financement. Nous faisons d’un souhait collectif inabordable un projet réaliste accessible. Quelle est la feuille de route de Pure le Projet ? Comment voyez-vous la suite ? À terme, Pure deviendra un outil entièrement digital : une plateforme propulsée par l’IA qui analyse, simule et modélise les projets de rénovation. Chaque acteur aura accès à ses solutions. La collectivité publique pourra obtenir, sur une zone géographique donnée, analyses, projets de rénovation et modélisations de financement. Si un scénario lui plaît, elle pourra générer sur la plateforme un appel à manifestation d’intérêt. Le fonds d’investissement, lui, pourra accéder à tous les projets générés par les collectivités sur la plateforme et répondre à ceux qui sont le plus en ligne avec sa thèse d’investissement.Enfin, les acteurs de la construction pourront accéder aux projets à développer et aux lots techniques auxquels répondre. Cet outil permettra d’étendre notre modèle et notre ambition, et contribuera à une rénovation à grande échelle.

  • Tiers-lieux culturels : des oasis urbaines de solidarité et de créativité

    Métro, boulot, tiers-lieux ? Tel est déjà le rythme de vie de nombreux franciliens adeptes de ces oasis urbaines de culture, d’entraide et d’inventivité. Véritables cabinets de curiosités, parfois végétalisés et à ciel ouvert, ils servent aussi d’espaces d’innovation sociale et citoyenne, et d’expérimentation artistique. Focus sur cinq tiers-lieux du grand paris où il fait bon vivre et faire ensemble. Par Anthony Vincent. Main d'Œuvres à Saint-Ouen. Vernissage Perception of the infinite bodies . ll existe autant de définitions de tiers-lieu que de nombre de ce type d’espace en France. C’est le sociologue Ray Oldenburg qui en apporte l’acceptation la plus commune, à la fin des années 1980, en le décrivant comme un lieu où les personnes se plaisent à sortir et se regrouper de manière informelle, qui n’est ni le domicile (« first place ») ni l’entreprise (« second place »). Mais plus que le café du coin, les tiers-lieux d’aujourd’hui se caractérisent par la mutualisation d’espaces et de compétences qui permettent d’hybrider des activités. En cela, ils en deviennent des leviers d’innovation citoyenne et même artistique. En tant qu’espaces souvent engagés dans les transitions économiques, sociales et écologiques, ils invitent donc à sociabiliser autrement et aussi à coopérer en faveur du territoire. D’après le site du ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires francetierslieux.fr, le pays en comptait 1 800 en 2018, et 3 500 en 2023, signe d’un intérêt grandissant. Si 55 % d’entre eux disposent de bureaux partagés/espaces de co-working, 31% s’affirment aussi comme des tiers-lieux culturels et 28 % comme des fablabs/makerspaces (espaces de faire). Au total, 83 % ont des partenariats avec les acteurs publics (la commune, l’intercommunalité et/ ou la région), preuve de leur ancrage local et de la reconnaissance de leur intérêt général, et 49 % de leur CA provient de subventions publiques. L’Île-de- France en affiche une concentration particulière, avec un fort intérêt pour la culture et l’art, et le refus d’être considérés comme de simples espaces de coworking avec un coin buvette. Mains d’Œuvres à Saint-Ouen, entre créations et apprentissage Main d'Œuvres à Saint-Ouen. Le cabaret des filles de joie . C'est le cas notamment de Mains d’Œuvres, à deux pas des Puces de Saint-Ouen. Sa directrice, Chiara Santini Parducci, évoque l’importance pour de tels espaces d’être des lieux citoyens et culturels où se pense et se crée le Grand Paris : « Si le grand public a vite fait de résumer les tiers-lieux intra-muros comme des bureaux partagés avec un peu de verdure, nous sommes plusieurs en périphérie à vouloir redéfinir cela comme des espaces avec la culture comme forme de vie. Mains d’Œuvres se veut être un lieu intermédiaire entre privé et public, qui accueille tous types de personne et sert aussi de fa- brique artistique. On soutient la création, pas juste de façon infrastructurelle en prêtant des murs et du matériel, mais avec de longues résidences (de 1 à 3 ans) au sein de nos 4 200 mètres carrés et une grande volonté de co-construction, de co-apprentissage. On est même devenu un lieu de formation certifié Qualiopi. » Des actions culturelles et citoyennes En cela, des tiers-lieux comme Mains d’Œuvres sont porteurs d’innovation sur le territoire, devenant une véritable expérience artistique et sociétale pour cultiver l’imagination artistique et citoyenne des publics locaux. En plus des résidences artistiques, plusieurs associations habitent aussi ce bâtiment de 1958 qui était initialement le centre social et sportif de l’entreprise Ferodo-Valeo. La Ville a racheté le bâtiment en 1999 et accordé un bail de longue durée à l’association Mains d’Œuvres qui s’y est installée en 2001, comme le rappelle l’actuelle directrice. « Plus qu’un lieu de culture sur le territoire, déclare- t-elle, l’espace ouvre le territoire et ses habitants à beaucoup d’actions culturelles et citoyennes, notam- ment avec des écoles et des associations sportives, en plus de propositions artistiques, et même une école de musique qui accueille plus de 400 élèves par an. Pour 2025, Mains d’Œuvres travaille également en partenariat avec le centre Astroparticule et Cosmologie (APC) à toute une série d’événements (expositions, actions dans des écoles, tables rondes), entre art et science. » MAINS D’ŒUVRES, 1 RUE CHARLES-GARNIER, 93400 SAINT-OUEN-SUR-SEINE Le Générateur à Gentilly, paradis des performances artistiques "Love intestine" , Ismaera Takeo Ishii au Générateur. Fondé et géré par des artistes en 2006 dans un ancien cinéma de quartier, datant de 1932, l’espace de 600 mètres carrés presque vide sert l’exploration pluridisciplinaire : concerts, expositions, installations, rencontres, et surtout beaucoup de performances. « C’est une association à but non lucratif, axée sur la création, les formes artistiques expérimentales et hy- brides ainsi que sur l’accueil d’artistes en résidence. En 18 ans d’activité, nous sommes devenus un établissement culturel structurant du territoire. À ce titre, la Métropole du Grand Paris nous soutient depuis 5 ans, notamment via la Nuit Blanche , et depuis 2024 pour La Métropolitaine, première manifestation internationale d’art contemporain de la Métropole », explique sa directrice et cofondatrice, la chorégraphe Anne Dreyfus. Ainsi, « plutôt que de diffuser des spectacles clés en main, Le Générateur accompagne les artistes dans leurs processus de réflexion et de création. Et le public peut souvent assister à ce work in progress dans cet espace non scénique, totalement vide, qui se réinvente à chaque projet comme autant de cartes blanches », poursuit Anne Dreyfus. Avant de compléter : « Comme nous privilégions l’accompa- gnement artistique aux logiques commerciales, nous accueillons en moyenne 3 projets par mois qui atti- rent environ une centaine de personnes chacun et jusqu’à quatre fois plus pour les gros festivals. » Par ailleurs, le lieu d’art et de performances propose depuis 2009 sa désormais culte « Frasq » annuelle : des expériences collectives où une vingtaine d’artistes différents performent ensemble. Fort de sa réputation sur le terrain des arts vivants, Le Générateur a même créé début 2023 « Performance Source », une base de données dédiée aux archives de performances en France. Soit une précieuse ressource pour nombre d’étudiants, chercheurs, historiens et artistes. Aujourd’hui, environ 20 % du public du Générateur vient de Gentilly, 30 % des villes alentour, et le reste de Paris et d’ailleurs, estime sa directrice : « C’est un espace citoyen car il est ouvert à tous, à des tarifs très accessibles, pour accueillir toutes les formes d’art. » LE GÉNÉRATEUR, 16 RUE CHARLES-FRÉROT, 94250 GENTILLY Vive Les Groues à Nanterre, pour apprendre en s’amusan t Vive les Groues. Organisation d'un bal à Nanterre. Avec ses 9 000 mètres carrés à deux pas de La Défense, ce tiers-lieu à 3 minutes à pied de la nouvelle gare Nanterre–La Folie dispose d’une pépinière horticole et de tout un écosystème d’acteurs variés et engagés dans l’économie sociale et solidaire. Pour Tanguy Colou-Mohbat, actuel responsable du projet : « Comme c’est surtout un tiers-lieu d’extérieur, son pic d’activité est au printemps-été : on accueille 3 000 personnes au cours des mois forts qui sont pour nous mai, juin, juillet et septembre. Mais l’espace continue de tourner durant l’automne-hiver pour les nombreuses associations, une vingtaine de structures de l’économie sociale et solidaire, qui ont leurs bureaux sur place. » La programmation, riche de concerts, de débats, de journées solidaires autour de friperies ou de brocantes, attire un public très local, de tous les âges. « Nos ateliers d’aquaponie (culture de plantes en synergie avec l’élevage des poissons) fait venir régulièrement des enfants et leurs parents, ce qui crée ce sens de la familiarité. On dispose aussi de terrains de basket, de ping-pong, de pétanque, d’un trampoline, ce qui en fait un lieu très accueillant. Tous les profils socioculturels se retrouvent chez nous, que ce soit le temps d’une soirée d’entreprise ou d’un barbecue solidaire avec des sans-abri de Nanterre », se réjouit Tanguy Colou-Mohbat. Un fort ancrage local Créé en 2017 à Nanterre, suite à un appel à manifestation d’intérêt porté par Paris La Défense et la Mairie de Nanterre, Vive les Groues est géré par Yes We Camp et permet de végétaliser l’ensemble de ce futur écoquartier, qui devrait être finalisé d’ici deux ans. Comme c’est le plus ancien projet que gère en- core l’association fondée en 2013 et experte dans la création de lieux inventifs et solidaires, elle en tire énormément d’expériences pour d’autres espaces du genre et le partage volontiers. « Même si notre économie reste fragile, dépendant beaucoup des bénévoles, le projet s’avère aujourd’hui à l’équilibre. Notamment grâce à la buvette qui permet de rémunérer les artistes qui viennent performer ainsi que couvrir des frais de fonctionnement. Grâce à notre fort ancrage local, nous cultivons un précieux esprit de village sur place. Ce tiers-lieu alimente un collec- tif qui nourrit lui-même la solidarité dans beaucoup d’espaces du Grand Paris et au-delà », conclut Tanguy Colou-Mohbat. VIVE LES GROUES, 290 RUE DE LA GARENNE, 92000 NANTERRE Les Laboratoires d’Aubervilliers, pour cultiver l’art et la citoyenneté Les labos d'Aubervilliers. Tout aussi artistiques et citoyens, Les Laboratoires d’Aubervilliers « repensent en actes comment faire du commun et génèrent des relations durables par le biais de connexions locales et territoriales fortes », selon leur co-directrice, Margot Videcoq. Dans le quartier Villette – Quatre Chemins, Les Labos occupent depuis 1994 une ancienne usine de métallurgie fine, suite à l’invitation du chorégraphe français François Verret par le maire de l’époque, Jack Ralite, pour en faire un lieu de création artistique et d’échanges transdisciplinaires. Depuis 2001, l’artiste a transmis à une direction collégiale la gestion du site. Une partie de l’immense espace sert aux services techniques de la mairie, une autre de salle de musculation et le reste à l’accueil des publics, aux répétitions et à des ateliers théâtraux. Comme pour d’autres tiers-lieux, Les Labos font bien plus que prêter leurs espaces aux artistes qui viennent en résidence, sans leur imposer de normes, ni de rythmes de production ou de diffusion. « Le but n’est pas de sortir de résidence avec un objet fini comme une pièce de théâtre ou un ballet prêt à tourner. On échappe aux logiques de programmation habituelles », précise la co-directrice. L’objectif consiste plutôt à ce que les créations artistiques se fassent en co-construction avec les habitants. Un grand jardin, baptisé La Semeuse Ce faisant, les Labos d’Aubervilliers interrogent aussi le patrimoine français et sa concentration francilienne, notamment en septembre 2024 grâce à la célébration des 20 ans du « Musée précaire Albinet » de l’artiste Thomas Hirschhorn. Celui-ci a exposé en 2004 des œuvres clés de l’histoire de l’art du XXe siècle en partenariat avec le Centre Pompidou et le Fonds national d’Art contemporain, en impliquant activement les habitants du quartier dans toutes les phases du projet. Dans le prolongement de cet esprit collaboratif, l’autre particularité du lieu aujourd’hui, c’est son grand jardin, ajoute Margot Videcoq : « Baptisé La Semeuse par l’artiste Marjetica Potrč qui l’a initié en 2010, cet espace vert crée un sas entre la ville et le lieu, nous n’avons pas directement pignon sur rue. Cela contribue à la sérénité qu’on peut ressentir sur place et, surtout, c’est un espace où faire commun, s’intéresser à la botanique, jardiner ensemble. Par jour, une trentaine de personnes viennent dans ce jardin pour se restaurer ou cultiver des légumes, par exemple. Et tous les mercredis après-midi, la coordinatrice du lieu consacre plusieurs heures à jardiner avec des habitants autour d’une pratique ou d’une thématique. » De quoi incarner toujours plus concrètement et durablement ces liens entre l’art, la culture, la terre, l’écologie et les habitants. Autre originalité : depuis 2021, grâce au four construit dans le jardin par la sculptrice Tiphaine Calmettes, Les Labos organisent plusieurs dimanches par an l’atelier Total Pain, qui consiste à apprendre aux habitants et faire ensemble avec des artisans des techniques ancestrales de boulangerie. LES LABORATOIRES D’AUBERVILLIERS , 41 RUE LÉCUYER, 93300 AUBERVILLIERS La Cité Fertile à Pantin, une oasis urbaine La Cité Fertile à Pantin. En parlant de jardin, on ne peut aborder les tiers- lieux du Grand Paris sans évoquer La Cité Fertile, véritable oasis de verdure au milieu de la ville de Pantin : un hectare de jardins et d’anciens bâtiments d’une gare de marchandise de la SNCF, géré par Sinny&Ooko (qui s’occupe aussi de La Recyclerie, La Machine du Moulin Rouge ou encore Le Pavillon des Canaux). « La SNCF a pensé à notre savoir-faire en matière de tiers-lieux culturels pour nous confier l’espace en 2018, le temps de l’amener à devenir un écoquartier de Pantin d’ici quelques années », indique Marion Bocahut, directrice des projets de La Cité Fertile. « Quand on est arrivé, c’était très minéral. Aujourd’hui, c’est devenu un havre de verdure d’une grande biodiversité. On a plus de 250 espèces végétales différentes. En plus, on propose plein d’événements et d’activités, comme du yoga, des concerts, des séminaires, des formations : on peut accueillir de 5 000 à 10 000 personnes, notamment parce qu’on a les plus beaux couchers de soleil de la Seine-Saint- Denis. Mais la colonne vertébrale de tout ça, c’est notre mission sociale, solidaire et écologique. » Que l’on vienne pour s’instruire, flâner, se défouler sur l’un des terrains sportifs ou festoyer, La Cité Fertile permet un certain dépaysement éco-responsable aux portes de Paris. On expérimente ce que pourrait être la ville durable de demain, que ce soit via l’école d’apprentissage de cuisine qu’est la Source Foodschool qui propose une carte hyper accessible et locale, l’agri- culture urbaine ou encore les toilettes sèches. Mais aussi le Campus des Tiers-Lieux : 90 personnes par an s’y forment au métier de responsable de tiers- lieu culturel. Plusieurs associations sont incubées au sein de La Cité Fertile. Cette dernière parvient aus- si à rentrer dans ses frais grâce à la privatisation de certains de ses espaces : « C’est l’activité sur laquelle on peut faire le plus de marge, mais c’est toujours de l’événementiel responsable, pour que cela corresponde à notre mission première », souligne Marion Bocahut. LA CITÉ FERTILE , 14 AVENUE ÉDOUARD-VAILLANT, 93500 PANTIN

  • La Cité de la gastronomie Paris-Rungis

    Le projet porté par les collectivités locales et le MIN de Rungis, mêlant formation, culture, innovation et événementiel, doit « mettre à l’honneur la production française et internationale ainsi que les savoir-faire des métiers de bouche ». Par Raphaël Richard, avec Emmanuelle Chaudieu. La Cité de la Gastronomie Paris-Rungis ouvrira ses portes en 2028. La Cité de la Gastronomie Paris-Rungis rejoindra celles de Dijon, Lyon et Tours et, au-delà de la gastronomie française, « représentera aussi celle de l’Île-de-France », a souligné Bruno Marcillaud, président du syndicat mixte de la Cité de la Gastronomie Paris-Rungis et maire de Rungis, lors d’une table ronde sur le projet au Salon de l’Agriculture en mars dernier. « Ce sera également une vraie vitrine pour les agriculteurs de l’Île-de-France », a-t-il ajou- té. Pour Stéphane Layani, président de la Semmaris qui gère le MIN de Rungis, la Cité va permettre de « refaire ville » et de « recoudre le territoire à un endroit qui a été abîmé ».Elle offrira aussi un « terrain de jeu aux 135 chefs étoilés du Gault&Millau », selon Valérie Pécresse, présidente du Conseil régional d’Île-de-France. L’esprit des pavillons du Marché de Rungis Fin 2022, le syndicat mixte qui pilote la Cité de la Gastronomie Paris-Rungis avait désigné un groupe- ment mené par Pitch Immo, filiale du groupe Altarea, associé à Gaïa Promotion, la foncière Hibrid et le groupe Ametis, pour la construction et la gestion de celle-ci. La signature en juin 2023 du protocole d’accord relatif à la cohérence programmatique et urbaine a constitué la première étape de la réalisation de l’opération. Ce protocole doit permettre de coconstruire « un grand quartier de la gastronomie qui s’inspirera de l’esprit des pavillons du Marché de Rungis et qui incarnera les réponses face aux enjeux alimentaires sur l’innovation, la formation, mais aussi le patrimoine culinaire et gastronomique », comme l’indiquent les acteurs du projet. Cinq espaces différents Le site, qui s’étendra sur une surface de plus de 53 000 mètres carrés, sera composé de cinq espaces répondant chacun à une mission de la Cité.Le Cœur, son volet culturel, sera « construit comme un parcours expérientiel innovant ; il s’articulera au- tour de différentes expositions, d’ateliers immersifs et d’un jardin pédagogique au sein d’un espace événementiel unique ».Le Campus proposera un pôle de formation aux métiers de bouche avec aussi bien des ateliers ludiques pour le grand public que des cours pratiques et théoriques destinés aux étudiants et professionnels. Les Pavillons se présenteront comme la vitrine des métiers de la gastronomie française. Le Lab sera dédié aux grandes entreprises de l’agroalimentaire et aux acteurs de la filière food. Enfin, le Hub fera office d’infrastructure consacrée à l’événementiel, avec un centre de conférences et un auditorium pour accueillir des manifestations de grande ampleur (congrès, conférences sectorielles, salons, etc.) ainsi qu’une offre hôtelière. La première pierre doit être posée en 2025, en vue d’une inauguration en 2028.

  • "Aucune autre métropole européenne que l'Île-de-France n'a la capacité de remplacer Londres en tant que place financière"

    Directeur de Choose Paris Region, Lionel Grotto fait le point sur l’attractivité de la région Île-de-France, en tant que place financière, et souligne le regain d’intérêt des investisseurs étrangers en sa faveur, en particulier depuis le Brexit et la Coupe du monde de rugby. Tout en insistant sur la nécessité de rester vigilant et de miser sur d’autres secteurs compétitifs de la région capitale. Propos recueillis par Catherine Bernard. Comment l’attractivité de la Région Capitale évolue-t-elle ? En termes quantitatifs, le nombre de projets d’investissements internationaux est, depuis 6 ans, relativement stable, oscillant entre 330 et 430 par an. En matière d’emplois créés en revanche, nous notons une progression importante : en 2018,nous en dénombrions 6 300 ; nous franchissons désormais régulièrement la barre des 10 000 créations annuelles, avec un pic historique à 11 200 emplois promis en 2023. La dynamique se poursuit donc, démontrant une grande résilience de la région qui, pour la première fois en 2022, a dépassé Londres en nombre de projets d’investissement. Vous évoquez Londres. Paris a-t-elle réussi à se positionner en tant que place financière à l’issuedu Brexit ? Les effets du Brexit n’ont pas été immédiats et se sont produits lors de phases différentes. Dans un premier temps, Francfort a souvent été citée comme une alternative à Londres et un mouvement s’est initié dans cette direction. Mais certains salariés de grandes banques se sont montrés réticents et la France a, par ailleurs, mis en place un guichet unique et des mesures fiscales et sociales plus favorables. De notre côté, nous sommes intervenus à la fois pour fluidifier les aspects fonciers, accompagner les politiques de recrutement et pour que les nouveaux venus s’intègrent bien à leur écosystème local.Nous avons pour ce faire organisé entre autres des clubs, des événements, des mises en relation. Beaucoup d’acteurs avaient envie de venir à Paris, ces actions ont permis de répondre à ce désir.Au final, l’Île-de-France occupe la première place en Europe pour le nombre d’emplois relocalisés après le Brexit. Selon notre observatoire, au31 décembre 2023, 235 projets ont été gagnés pour l’Île-de-France, en lien avec le Brexit, représentant7 814 emplois : 77 % dans la banque, 12 % dans les activités de services et conseil. On peut citer les grandes banques américaines, mais aussi d’autres institutions financières du reste du monde, comme la britannique Barclays, sur un plan plus institutionnel l’Autorité bancaire européenne ainsi que des acteurs canadiens, australiens ou encore une banque nigériane. Quels effets ces investissements ont-ils sur la place financière francilienne ? En acquérant d’importants actifs immobiliers en plein cœur de la Capitale, ces institutions ont fait de Paris une vitrine. Elles continuent maintenant de grandir, procèdent à des recrutements importants et annoncent même, pour certaines, la constitution d’équipes de recherche. Existent cependant des sujets de vigilance : certes, aucune autre ville en Europe que Paris n’a la capacité de remplacer Londres, mais le régime des impatriés – d’une durée de 8 ans – mis en place à l’occasion du Brexit arrive, pour les premiers venus, à son terme. Nous avons aussi en France des contributions sociales sur les hauts revenus élevées, sans commune mesure avec ce que proposent, par exemple, l’Espagne ou l’Italie. Il convient donc de veiller à conserver des mesures en faveur de l’attractivité pour garder les salariés de ces banques. Plus largement, vous notez l’arrivée de nouveaux pays investisseurs. Lesquels ? Effectivement, l’attractivité francilienne a pris une dimension un peu différente ces dernières années. Paris a toujours été une grande capitale mondiale, mais nous notons depuis le Brexit, et plus encore depuis la récente Coupe du monde de rugby, une diversification des pays qui y investissent. Ainsi, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, l’Afrique du Sudet l’Amérique latine, dont le Mexique, font partie des nouveaux investisseurs. Nous enregistrons également des projets venus du Japon, de Coréedu Sud et d’Inde : les investissements ne sont pas nécessairement nombreux, mais ils sont en général importants et issus de sociétés très solides. L’Europe du Nord – et notamment la Suède – compte aussi pour nous, car s’y trouvent des entreprises intéressantes dans les domaines des mobilités et de l’énergie par exemple. Comment expliquez-vous ce nouvel intérêt ? C’est une rencontre entre un besoin de leur partde venir en Europe et une action volontariste de notre côté. Ainsi, la National Australia Bank, la plus grande banque australienne, a choisi Paris comme hub européen, il y a deux ans, et ceci a engagé un cercle vertueux. Valérie Pécresse s’est rendue en 2023 en Australie et en Nouvelle-Zélande, et des partenariats noués au plus haut niveau ont joué un rôle d’accélérateur. Nous sommes ensuite, en tant que Choose Paris Region, retournés sur place pour poursuivre ce travail. Enfin, nous avons utilisé la Coupe du monde de rugby pour faire venir des entreprises. Un autre exemple est l’Inde, où nous venons d’ouvrir un bureau à Mumbai. Cela fait suite, également, à un déplacement des responsables politiques franciliens, sous l’impulsion de Valérie Pécresse, dans ce pays où beaucoup de secteurs – l’intelligence artificielle, le spatial, le médical, etc. – nous intéressent. Dans quels secteurs, outre la finance, cherchez-vous des projets internationaux ? Notre démarche est d’identifier les sujets essentiels qui permettront à la Région Capitale de faire face à ses défis. Parmi ceux-ci se trouve tout ce qui concerne la construction durable, par exemple la construction hors-site, ou les mobilités. Souvent, cela passe par la transformation de fonciers industriels existants ; nous sommes donc en veille active des évolutions de ces fonciers. Nous devons réfléchir aux industries sur lesquelles nous pouvons être compétitifs, comme l’aéronautique, l’aérospatial, la cosmétique, la santé. Bien entendu, nous sommes aussi très présents dans la deeptech, l’intelligence artificielle ou le quantique. Enfin, le tourisme reste une classe d’actifs attractive. Notons ainsi les implantations de H-Hotels.com à Saint-Denis Pleyel et d’EasyHotel à Aubervilliers (Seine-Saint- Denis) ou encore des plateformes de location comme Apartool (Espagne) ou Fairbnb.coop (Italie). La fusion récente entre le Comité régional du tourisme et Choose Paris Region nous permet désormais d’avoir toutes les cartes en main pour générer un impact maximal sur ce secteur du tourisme.

  • Un impératif pour un avenir durable

    Les émissions de carbone doivent baisser pour lutter contre le changement climatique. C’est vrai pour tous et partout. Par Aymeric Renaud, vice-président de l'activité industrial automation et end users chez Schneider Electric France. Maintenir le réchauffement climatique sous la barre de 1,5 degré va nécessiter au niveau mondial de réduire de 45 % les émissions de CO2 (en 2030 par rapport à 2017). On a désormais l’habitude d’évoquer le thème de la décarbonation dans les activités industrielles. L’État s’est emparé du sujet et accompagne les sites les plus émetteurs de carbone. L’enjeu des bâtiments La décarbonation est également clef dans les bâti- ments, secteur qui représente de l’ordre de 44 % des émissions françaises. À ce titre, elle concerne donc tous les territoires. On parle d’une décennie cruciale (2020-2030) et d’aller trois fois plus vite dans cette dernière ligne droite essentielle. Les solutions La bonne nouvelle, c’est que les technologies existent et ont fait leurs preuves. Une étude* a estimé qu’une rénovation alliant électrification des usages, intégra- tion des énergies renouvelables et digitalisation du bâtiment permettrait de réduire jusqu’à deux tiers des émissions de CO2, selon le point de départ du bâtiment. De plus, ces rénovations ont d’autres avantages. D’abord, elles génèrent rapidement des économies d’énergie qui permettent de rentabiliser l’investissement et de se conformer aux nouvelles réglementations. Ensuite, elles sont l’opportunité d’intégrer de nouveaux usages, comme la voiture électrique, et d’améliorer le confort des utilisateurs. Il faut maintenant agir, très vite et tous ensemble, à tous les échelons de l’équipe des territoires, chacun à son niveau. La décarbonation est une mission collective et Schneider Electric, à travers son engagement, ses compétences et ses solutions concrètes, s’inscrit comme un acteur majeur dans la réalisation de cette mission cruciale pour l’avenir de notre planète. * The Path to Net zero buildings, Sustainability Research Institute Schneider Electric, 2022. Aymeric Renaud a rejoint Schneider Electric en 2012, après 8 années dans le conseil en stratégie.Il est vice-président de l’activité Industrial Automation et End Users de Schneider Electric France. Il assume successivement des responsabilités commerciales des branches Services à la Gestion d’Énergie et du Conseil en Développement Durable, puis à la Direction de l’activité Services France. Il est diplômé d’un master d’ingénieur du numérique (ISEP).

  • "L'activité d'Air France bénéficie de plus en plus à l'Île-de-France"

    L’année 2024 est synonyme de noces de porcelaine pour le groupe franco-néerlandais Air France-KLM. Voilà 20 ans que les deux compagnies aériennes volent ensemble et génèrent de la croissance en France et aux Pays-Bas. Depuis 2016, le groupe commande régulièrement une étude d’impact socio-économique à l’enseignant-chercheur Herbert Castéran, également directeur de l’Institut Mines-Télécom Business School (IMT-BS). Le chercheur revient ici sur les résultats de sa dernière étude qui s’intéresse à l’impact économique d’Air France-KLM sur l’année 2023, la première enquête depuis la crise Covid en 2020. Propos recueillis par Stéphane Duguet. Parmi les principaux résultats, Herbert Castéran explique qu’en France, l’activité du Groupe qui rassemble Air France, KLM et Transavia génère 1,9 % du PIB national et que 552 570 emplois dépendent directement et indirectement de son activité. L’impact du géant aérien est estimé à 48,9 milliards d’euros en France. Bien que toutes les régions profitent de l’activité d’Air France-KLM – même celles où le Groupe n’a pas de desserte –, l’Île-de- France en reste la première bénéficiaire. Vous qui avez mené plusieurs études sur l’impact économique d’Air France-KLM en 2016, 2019et 2024, quelle différence observez-vous sur ces huit dernières années ? L’impact d’Air France-KLM en Île-de-France est croissant en valeur absolue. Mais c’est aussi un impact croissant en termes relatifs. Si l’on prend en compte la part de l’entreprise au sein duPIB francilien, elle se situait en 2016 à 1,7 % alors qu’aujourd’hui elle atteint 3,2 %. Cela signifie que l’activité d’Air France-KLM a cru plus que proportionnellement dans le PIB de la région Île-de-France.3,2 % du PIB représente à peu près plus de 2 000 euros par Francilien de création de valeur annuelle. L’impact total du groupe Air France- KLM en 2023 est de 24,843 milliards d’euros. Comment peut-on expliquer ce résultat ? Il y a sans doute une part du résultat qui est associée à l’organisation du trafic d’Air France avec la politique de hub qui permet de structurer l’activité du groupe autour des plateformes de correspondances de Paris–Charles-de-Gaulle et d’Orly. Cette croissance de l’impact d’Air France se traduit par trois éléments : un accroissement de la part de la masse salariale qui est plus importante au niveau de l’Île-de-France, une hausse du trafic dans la région et aussi une augmentation des dépenses et des achats réalisés dans cette zone. Ces achats concernent aussi bien les fournitures industrielles que des biens et des services. Si on s’intéresse à l’emploi en Île-de-France, que génère directement et indirectement Air France ? En 2023, Air France a soutenu au total 237 000 emplois en Île-de-France, ce qui recouvre à la fois les emplois directs, avec les salariés d’Air France- KLM, mais aussi les emplois générés par les activités induites, associées à l’activité du Groupe. Le nombre d’emplois générés et le retour moyen sur investissement sont notables. En moyenne, lorsque le groupe Air France-KLM crée 1 emploi, 9 emplois sont engendrés localement. Cela veut dire qu’en Île-de-France, en moyenne, lorsqu’Air France-KLM investit 1 euro, 5,2 euros sont générés au niveau de l’économie francilienne. Quels types d’emploi sont créés directementet indirectement par l’activité d’Air France ? Une compagnie aérienne crée des emplois directs essentiellement sur sa base principale : des personnels navigants commerciaux et pilotes,des personnels d’escale et de piste, des fonctions administratives liées au siège de l’entreprise, des fonctions de maintenance des avions. C’est la raison pour laquelle la très large majorité des emplois d’Air France sont implantés en Île-de-France. Les emplois indirects sont notamment liés à la sous-traitance. Qu’avez-vous remarqué de particulier sur l’activité d’Air France en 2023 ? Il y a un effet redistributif de l’activité du groupe Air France-KLM dans d’autres régions. Ainsi, en Bourgogne-Franche-Comté, vous n’avez pas d’aéroport desservi directement par Air France ou Transavia, mais la région bénéficie de l’activité de l’entreprise à hauteur de 500 millions d’euros par an. C’est, par exemple, l’achat de bouteilles de vin qui seront servies à bord des avions de la compagnie aérienne. Concrètement, à travers ses achats, Air France-KLM participe à l’activité économique d’une région même lorsqu’il n’y a pas de desserte aérienne. Herbert Castéran, enseignant-chercheur, également directeur de l'Institut Mines-Télécom Business-School. Vous avez réalisé une étude en 2019 avant la crise du Covid-19. Avec cette nouvelle étude sur l’année 2023, avez-vous observé des conséquences dela crise sanitaire sur les résultats d’Air France ? C’est difficile de vous répondre parce que la crise Covid est intervenue entre les deux. Il y a eu un impact en 2020 et en 2021 à cause de la baisse du trafic aérien. En 2023, nous observons sans doute un retour à une situation pré-Covid avec des déplacements rationalisés. Par exemple, pour des déplacements courts, on va assister à une fréquentation aérienne plus limitée et à des déplacements moins fréquents. Je parlerais néanmoins d’un retour à la normale parce que si l’on regarde la part d’Air France dans le PIB francilien en2023, elle s’établit à 3,2 %. C’est finalement assez comparable avec celle que l’on observait en 2019. Mais je constate aussi une progression de 5,6 % des injections directes en Île-de-France entre 2019 et 2024. On voit que l’activité d’Air France bénéfice de plus en plus à la région francilienne. Les injections directes s’établissent à 4,7 milliards d’euros. Elles se décomposent en deux grands éléments : 2,2 milliards d’euros de rémunérations payées aux différents employés sur les sites de Roissy et d’Orly et puis 2,5 milliards d’euros d’achats réalisés sur le territoire francilien. Par rapport à 2019, j’observe une croissance marquée des achats avec une augmentation de 17,3 % de ces derniers dans la région Île-de-France. Ça, ce sont pour les injections directes. Au total, les injections induites par l’activité d’Air France sont, elles aussi, en croissance avec+13 % entre 2019 et 2024. Comment arrivez-vous à calculer ces résultats ? Je pars de trois données. D’abord, la structure des dépenses d’Air France-KLM. Elles s’expriment par les achats réalisés, la rémunération des salariés et la fiscalité. Ensuite, il y a un deuxième niveau. L’impact de l’entreprise est complété par les dépenses des passagers d’Air France-KLM. Quand Air France amène des touristes pour les Jeux olympiques en Île-de-France, la compagnie aérienne leur offre l’opportunité de faire des achats dans la région. Et puis, je prends également en compte l’activité des aéroports franciliens avec la présence d’Air France. Il faut par ailleurs noter le fait que des entreprises peuvent se maintenir dans certaines régions grâce à la desserte proposée par la compagnie. Air France souhaite quitter l’aéroport d’Orly en 2026 pour laisser place à sa filiale low cost Transavia et se concentrer sur l’aéroport de Roissy. Est-ce que cela pourrait modifier l’impact de la compagnie en Île-de-France ? Je n’ai pas étudié cela en particulier, mais dès lors qu’il y a une modification de desserte, en théorie, il peut y avoir un impact. Mais en pratique, dans la mesure où il ne s’agit pas d’un départ mais plus d’une spécialisation de leurs dessertes et d’une rationalisation de l’utilisation des différents aéroports, j’ai tendance à penser que cela va plutôt accroître les retombées sur l’Île-de-France. Quelles sont les principaux bénéfices liés à la présence d’Air France dans la région Île-de-France ? Il y a trois éléments. Le premier, c’est que l’entreprise sert à assurer la possibilité pour un certain nombre de touristes et d’hommes d’affaires de venir dans la région. Elle assure une capacité à se déplacer. Deuxièmement, Air France exerce un effet structurant sur la présence d’entreprises et la possibilité de faire de l’Île-de-France un territoire d’émission et de réception en termes de volume d’affaires. Et enfin, c’est un donneur d’ordre puisque c’est un acheteur et un employeur de premier plan dans la région.

  • "Il faut promouvoir ce métier vertueux qui consiste à décarboner les territoires"

    Directeur général d’Idex, Thomas Le Beux présente les activités d’un groupe proactif en matière de transition énergétique et qui a fêté, en 2023, les 60 ans de sa création à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Qu’est-ce qui fait la singularité d’Idex sur le marché de l’énergie ? Pour des collectivités et des industriels, nous concevons et exploitons des infrastructures énergétiques locales et bas carbone. En France, nous sommes l’unique acteur présent sur toute la chaîne de valeur de l’énergie. En amont, nous sommes capables de choisir les bonnes sources d’énergies locales, comme la géothermie ou la biomasse. Puis nous assurons la distribution de cette énergie au travers, notamment, de réseaux de chaleur. Enfin, nous savons optimiser les bâtiments en les équipant de panneaux solaires, de pompes à chaleur ou encore de chaudières à géothermie peu profonde. Avec 6 100 salariés, Idex n’est pas une major de l’énergie. Cependant, rapportée à son dimensionnement, sa capacité investissement est forte. Notre actionnaire Antin Infrastructure Partners nous permet de financer entre 250 et300 millions d’euros par an d’infrastructures. On a la chance d’avoir en France des entreprises avec de l’envie et des moyens. Il faut promouvoir ce métier vertueux qui consiste à décarboner les territoires. Dans le Grand Paris, quel projet est emblématique de l’offre d’Idex ? Idex gère le réseau de chaleur et de froid de La Défense pour le syndicat mixte GENERIA. Pour verdir le mix énergétique du site et sortir totalement du fioul, deux chaudières ont été reconverties à la combustion d’« agropellets ». Ce matériau fait partie de la famille de la biomasse. Il s’agit de granules végétaux fabriqués à partir de matières premières agricoles, c’est-à-dire de déchets verts, de paille, de noyaux d’olives, etc. Ces agropellets sont acheminés en train depuis l’Eure-et-Loir. Dans ce projet, il y a de l’innovation, avec une nouvelle source d’énergie, mais aussi du réemploi infrastructures existantes. On a fait du neuf avec du vieux. Les brûleurs des chaudières ont été remplacés et un système de « décendrage » a été créé. Les cendres issues de l’incinération sont valorisées localement en étant épandues pour fertiliser les sols. Nous sommes fiers de ce projet qui contribue à l’objectif de 60 % d’énergies renouvelables dans le quartier de La Défense. Comment envisagez-vous l’avenir dans le Grand Paris ? Nous comptons bien faire essaimer la technologie développée pour La Défense. Des tests ont été effectués sur le réseau de chaleur urbain de la Capitale, avec la Compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU). Il y a aussi le défi de la rénovation énergétique des bâtiments. En Île-de-France, en 2021, le résidentiel et le tertiaire concentraient 67 % de la consommation énergétique et émettaient 46 %des émissions de gaz à effet de serre*. Sur ces sujets énergétiques, somme toute assez consensuels, la Métropole du Grand Paris a la capacité d’avoir de vraies ambitions. L’interconnexion entre les territoires et l’élaboration de schémas cohérents en constituent des enjeux clés. C’est à cette échelle qu’il est par exemple possible d’éviter les doublons en matière d’investissements. * Selon les données du tableau de bord du Réseau d’observation statistique de l’énergie et des GES (ROSE) en Île-de-France. https://www.roseidf.org/panorama-regional/tableau-de-bord-2024

  • Mobilités dans le très Grand Paris : "passer d'un temps de transport contraint à un temps utile"

    Avec le projet de déploiement de cars express en Île-de-France pour relier les zones d'habitat et les zones d'emploi ou de mass transit, François Durovray, président du Conseil départemental de l'Essonne, et membre d'Acteurs du Grand Paris, qui a piloté la démarche pour Île-de-France Mobilités, projette de décarboner la route en proposant une alternative moins coûteuse aux automobilistes. Ainsi, 45 nouvelles lignes pourraient voir le jour d'ici à 2030, tandis que celles existantes seront modernisées. Quelle est l’offre actuelle de cars express en Île-de-France ? Une cinquantaine de lignes ont ce label, mais seulement une dizaine sont réellement « express », dont les deux emblématiques – Mantes-la-Jolie – La Défense et Dourdan – Massy –, car elles offrent une vitesse commerciale élevée sur une longue distance, ont peu d’arrêts et disposent d’aménagements adaptés, dont des voies réservées. Pourquoi développer les cars express dans la région ? Si je me suis attaqué à ce sujet, c’est qu’il est illusoire de desservir la grande couronne avec des métros ou des tramways, c’est une hérésie économique et les flux ne sont pas suffisants. De plus, la route doit se transformer et se décarboner, avec un changement des motorisations et une massification des déplacements, c’est-à-dire plus de monde dans moins de véhicules. L’objectif de ces cars express est de relier des lieux d’habitat aux zones d’emploi ou à des sites de mass transit. Vous êtes-vous inspiré d’exemples français et étrangers ? J’ai voulu comprendre pourquoi il n’y avait pas beaucoup plus de lignes en Île-de-France et m’inspirer des lieux où ça marche. La situation de Madrid est exceptionnelle, où a été développé un réseau de cars en même temps que la ligne 6 de métro qui fait le tour de la ville. Des gares routières souterraines sont donc directement connectées aux stations de métro, ce que nous n’avons pas fait avec le Grand Paris Express. Je suis aussi allé à Bordeaux et Aix-Marseille où ce type de transport fonctionne très bien grâce à des aménagements très simples de voies réservées sur les autoroutes qui permettent de garantir les temps de parcours sans trop de dépenses. Quels principes ont été retenus pour les nouvelles lignes franciliennes ? Nous avons identifié les flux qui regroupent suffisamment de trajets domicile-travail. L’ambition est de construire la promesse, pour ceux qui vont au travail en voiture, de passer d’un temps de transport contraint à un temps utile. Pour cela, l’offre aux personnes qui ont des trajets longs et polluants doit disposer d’une haute fréquence, de temps de parcours garantis grâce notamment à des voies réservées, de l’assurance d’avoir un fauteuil, le Wifi, et des ports de recharge USB. L’autre promesse est de baisser le coût de la mobilité, au niveau du pass Navigo, car les déplacements quotidiens en voiture peuvent représenter jusqu’à 500 euros par mois. Quel plan de déploiement est prévu pour ces lignes ? Nous prévoyons de développer 45 lignes de cars express dans les quatre ans à venir. La moitié sans travaux préalables, l’autre moitié nécessitant des travaux. Depuis le vote du projet par Île-de-France Mobilités en novembre 2023, nous travaillons avec les collectivités pour identifier les 23 lignes de la première phase. Les premières pourraient être créées à partir de la rentrée 2024 avec le réaménagement des lignes existantes. Début 2025, une dizaine de nouvelles lignes verra ensuite le jour. Cette offre s’appuie-t-elle aussi sur l’existence de pôles multimodaux ? C’est indispensable. Une des raisons aujourd’hui pour lesquelles l’offre de cars n’est pas fonctionnelle est la complexité administrative de l’organisation territoriale, avec différents acteurs qui sont propriétaires des voiries et qui développent l’offre de transport. De ce fait, j’ai proposé qu’Île-de- France Mobilités finance la création de ces pôles multimodaux pour le compte de collectivités, voire même en assure la maîtrise d’ouvrage. Environ 60 gares routières sont à réaliser, qui pourront dans un premier temps être assez sommaires, mais devront ensuite offrir un lieu fermé, sécurisé, chauffé où l’on peut attendre son bus avec du Wifi ou une offre commerciale. Ces gares devront constituer des hubs vers lesquels les habitants vont se plugger grâce à des parkings vélos sécurisés et des places de stationnement en nombre. La gare la plus récente de ce type est celle de Longvilliers (Yvelines), inaugurée fin 2020 et dont le parking est déjà plein. Quel effet ces cars express pourraient-ils avoir sur la circulation routière ? À terme, avec la mise en place d’une centaine de lignes, l’objectif est de passer de 90 000 usagers par jour actuellement à 150 000. Les 45 premières lignes pourraient alors permettre d’éliminer la circulation de 110 000 voitures. Les 500 000 Franciliens qui font plus de 50 kilomètres en voiture pour leurs trajets domicile-travail sont la cible prioritaire des cars express. QUEL FINANCEMENT ? Afin d’assurer la mise en place du projet de cars express en Île-de-France, des crédits pour les aménagements (de 150 à 200 millions d’euros d’ici à 2030) et l’achat de 200 autocars (70 millions d’euros) sont fléchés dans le contrat de plan État-Région. Le fonctionnement, estimé à 70 millions d’euros annuels, sera assuré par Île-de-France Mobilités.

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