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« Grand Paris, territoire sous pression climatique : ce que les acteurs de l'aménagement ne peuvent plus ignorer »

  • il y a 2 jours
  • 2 min de lecture


Par Éric Malenfer, président de Gexpertise.


Le Grand Paris est une réussite collective : douze millions d'habitants, 30 % du PIB national, un projet métropolitain d'envergure mondiale. Et simultanément, l'un des territoires les plus vulnérables aux aléas climatiques d'Europe occidentale. Ce paradoxe est désormais une contrainte opérationnelle pour chaque acteur.


Les chiffres parlent d'eux-mêmes. 435 communes franciliennes sur 1 268 sont en zone inondable. 5 millions de Franciliens sont exposés à une crue centennale, qui générerait entre 30 et 48 milliards d'euros de pertes. La crue de 2016 a déjà mobilisé des cellules de crise dans les préfectures et les entreprises.


À côté du risque inondation, la sécheresse géotechnique progresse. En 2022, plus de 40 000 sinistres liés au retrait-gonflement des argiles ont été déclarés en Île-de-France, le double de la moyenne décennale. Dans certaines communes de Seine-et-Marne, du Val-de-Marne ou de l'Essonne, les déclarations ont bondi de 300 %. Le phénomène s'aggrave à chaque été particulièrement chaud.


La réponse réglementaire existe : PGRI Seine-Normandie 2022-2027, PAPI, loi Baudu, PNACC-3. Mais entre l'affichage politique et la mise en œuvre sur un projet précis — permis de construire, acquisition foncière, réhabilitation — subsiste un espace que chaque maître d'ouvrage doit combler par une expertise de terrain. Les assureurs l'ont compris : indemniser à l'identique, c'est programmer le sinistre suivant. La surprime Cat Nat est passée de 12 % à 20 % en 2023. Certains assureurs refusent de couvrir des biens en zones à risque avéré ; les fonds d'investissement intègrent les scores de résilience dans leurs due diligences.


Anticiper fait la différence entre un projet qui aboutit et un projet qui s'enlise : connaître la topographie d'une parcelle soumise aux remontées de nappe, identifier les cotes de référence des PPRI, dimensionner noues, bassins et tranchées drainantes en conception plutôt qu'en correction de chantier, modéliser les flux hydrauliques d'une ZAC avant les terrassements.


La renaturation de la Bièvre par le SIAVB, les programmes de désimperméabilisation de Nanterre, Vitry ou Paris, les ZAC conçues comme des éponges urbaines ne sont pas des opérations de communication : ce sont des réponses techniques à des contraintes documentées, avec des résultats mesurables — jusqu'à 30 % de réduction du débit de pointe en crue décennale sur la Bièvre. Pour les maires, c'est une question de responsabilité : un PLU ignorant le PGRI expose la collectivité à des recours. Pour les investisseurs, une question de valeur : un actif non adapté voit sa valeur se dégrader. Pour les professionnels de l'aménagement et du BTP, une question de méthode.


Le Grand Paris de demain sera résilient ou ne sera pas compétitif. Ce choix se fait projet par projet, parcelle par parcelle.


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