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LA MÉTROPOLE DOIT ÊTRE PRESCRIPTRICE D’UNE POLITIQUE DE LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE : JÉRÉMIE ALMOSNI

SELON JÉRÉMIE ALMOSNI, DIRECTEUR RÉGIONAL DE L’ADEME ÎLE-DE-FRANCE, UN RÔLE RENFORCÉ DE LA MÉTROPOLE DU GRAND PARIS PERMETTRAIT DE MIEUX TENIR COMPTE DES SPÉCIFICITÉS CONTRASTÉES DE LA RÉGION CAPITALE. UNE VISION ÉQUILIBRÉE ET UNE COHÉRENCE TERRITORIALE ACCRUE QUI ACCÉLÉRERAIENT DE FAÇON SIGNIFICATIVE LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE FRANCILIENNE.



Quelle vision avez-vous du rôle de la Métropole du Grand Paris face aux enjeux de transition écologique ?

L’Île-de-France représente près de 10 % de la population française. Dorénavant, il nous faut enclencher la transformation de nos écosystèmes à la fois économiques et institutionnels, y compris à l’échelle des territoires. L’action commune s’avère donc indispensable et le rôle de la Métropole essentiel pour permettre des dynamiques collectives et transversales. Ce qu’elle incarne dans son SCoT ou encore sa stratégie autour de l’économie circulaire constituent de très bons exemples du cadrage nécessaire à une planification pertinente dans laquelle les territoires puissent s’inscrire. L’éparpillement institu­­tionnel pose parfois de sérieuses incohérences territoriales sur des enjeux importants. Prenons l’exemple des mobilités : le travail de concertation mené par la Métropole pour bâtir sa stratégie du plan vélo a mis en lumière les besoins des territoires portés par les élus de terrain et de les agréger à la maille francilienne. C’est une excellente illustration de sa force d’action. Il y a nécessité d’accompagner au plus près les territoires en tenant compte des spécificités très contrastées de l’Île-de-France.


La Métropole est-elle un partenaire important dans la politique de rénovation énergétique des bâtiments, éminemment stratégique pour la réduction de l’empreinte carbone globale de l’habitat ?

Absolument. La Métropole est un partenaire de premier rang. Pour rappel, les émissions de gaz à effet de serre du résidentiel et du tertiaire représentent 47 % des émissions en Île-de-France. Sur le territoire métropolitain, cette part doit être encore plus importante, étant donné la desserte en termes de transports. La rénovation énergétique constitue le levier principal pour réduire ces émissions. Aujourd’hui, nous sommes partenaires associés du programme SARE, visant à aider les Français à se faire conseiller pour la rénovation énergétique. La Métropole a ce rôle fédérateur. Elle accompagne aussi les espaces France Rénov’, dont beaucoup sont appuyés par des agences locales énergie climat (Agence parisienne du climat, ALEC-MVE, ALEC Paris-Ouest La Défense, etc.).


L’Ademe accompagne-t-elle l’action de la Métropole en faveur des mobilités électriques et, notamment, du réseau Métropolis ?

Depuis 2014, nous déployons des installations de recharge de véhicules électriques dans l’espace public à travers le Programme d’investissements d’avenir. L’Ademe a participé au premier maillage des bornes publiques et demeure partenaire du programme Advenir, piloté par l’Avere, dans le cadre des certi­ficats d’économie d’énergie. Forte de son tissu d’élus de terrain, la Métropole peut accompagner la mise en œuvre des schémas directeurs structurants portés par les grands syndicats d’énergie et faciliter leur intégration grâce à l’identification des fonciers et l’implication des maires pour des taux d’usage optimisés.


L’autorité organisatrice de la mobilité de second rang est-elle un exemple de compétence que la Métropole pourrait utilement exercer ?

La région francilienne est aujourd’hui si dense qu’elle impose à ÎIe-de-France Mobilités de poser son regard majoritairement sur le mass transit et les infrastructures. Il reste suffisamment de place pour que la Métropole s’installe sur les enjeux du dernier kilomètre et se tourne en particulier vers le développement des mobilités actives. C’est un appui qui peut s’avérer très pertinent, à l’aune de l’arrivée du Grand Paris Express. L’autorité organisatrice de la mobilité s’intéressera beaucoup aux déplacements des voyageurs, mais pas seulement : l’enjeu lié au fret et la démarche enclenchée par la Métropole sur l’aspect logistique sont intéressants. La sobriété foncière et la gestion des flux intègrent cette dimension exponentielle sur le territoire francilien. Il faut avoir une métropole prescriptrice qui conseille et préconise en matière de logistique afin d’accompagner l’ensemble des acteurs et ne pas les laisser s’engouffrer dans des logiques ne tenant pas compte de la vision globale et équilibrée du territoire. Depuis le SCoT, beaucoup d’éléments peuvent être innervés. Zéro artificialisation nette et enjeux de renaturation constituent la déclinaison d’un SCoT réussi. Cela demande de la cohérence territoriale. Ce point fort permet de positionner la Métropole en prescripteur d’une politique globale en faveur de la transition écologique et des enjeux d’aménagement durable.


Quel regard portez-vous sur le Grand Paris Express et la mobilisation de l’État sur la vitalisation des quartiers de gare ?

L’Ademe est peu partie prenante sur ce projet, bien qu’elle apporte conseil et expertise. Nous ne pouvons que nous réjouir de l’émergence de ces nouveaux hubs, facteurs de polycentrisme et de décongestion de la ville-centre. Il convient néanmoins de réfléchir à des aménagements durables avec une réflexion plus holistique. Les quartiers de gare ne doivent pas simplement porter une vision sur le logement, le risque étant de créer des sortes d’effets rebond avec un surnombre de hubs en zones résidentielles et des services publics éloignés.


La Métropole constitue-t-elle un vecteur de coordination et d’harmonisation des politiques ?

Tout à fait. Il me semble important que la Métropole installe des espaces de dialogue et d’échange pour partager les meilleures pratiques et mettre en évidence les bonnes initiatives. Le regard et l’ambition des élus locaux, maires et présidents d’agglomération, ne sont pas à négliger car ils inspirent les orientations. La Métropole doit porter les politiques publiques. Elle dispose aujourd’hui de peu de compétences sur les sujets de transition écologique et s’appuie sur des syndicats forts comme le Syctom. Elle peut jouer le rôle de prescripteur sur la base de son SCoT et avec les Plans climat, tout comme avec le SDRIF-E, donner une ligne directrice. L’Ademe intervient à ses côtés en soutenant les financements de projets.


Quid de l’adaptation au changement climatique ?

Cette question est au nombre des recommandations du Haut conseil pour le climat, rappelées à Élisabeth Borne. La Métropole peut avoir aussi un rôle de fer de lance autour de ces sujets. Quand on dresse des diagnostics sur les vulnérabilités, par exemple sur les inondations, la Métropole, de par sa compé­ten­ce sur la Gemapi, est susceptible de jouer un rôle très intéres­sant. Les îlots de chaleur liés à la perméa­bili­sation des sols et aux opérations d’aménagement qui vont drainer le territoire sont aussi des enjeux importants, et le SCoT s’y intéresse. L’Ademe devrait

certainement accompagner la Métropole sur ces points, tant dans l’établissement de diagnostics que dans la mise en place d’actions plus concrètes à destination des élus.

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